L'appel suivant commence à circuler ici ou :

 

« Des citoyens haut-savoyards soutenus par trois figures de la Résistance :

Walter Bassan, déporté, résistant, rescapé de Dachau ;
Robert Lacroix, résistant ;
Constant Paisant, résistant, ancien des Glières

lancent un appel à un rassemblement aux Glières dimanche 13 mai 2007 à midi pour dire :

 

Non, M. Sarkozy, les combattants des Glières ne sont pas récupérables !  [1]
       

M. Sarkozy vient de réaliser une opération médiatique sur le lieu des combats de 1944, aux Glières.
Tantôt marchant absolument seul vers le monument, tantôt serré par des parlementaires de son parti et entouré de micros et caméras, il est certain que M. Sarkozy disposait d’un bon metteur en scène ce vendredi 4 mai 2007.

Les dialogues étaient beaucoup moins affûtés : parler de la « sérénité » du lieu s’accommodait bien mal de la bousculade médiatique de ce jour là. Et les propos polémiques contre sa concurrente au poste de la Présidence de la République face aux micros tendus n’étaient pas dignes d’être proférés sur le lieu même du sacrifice des Résistants Unis.

M. Sarkozy ne sert pas la mémoire des Glières et de la Résistance.
M. Sarkozy se sert des Glières.


Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage personnel et discret aux hommes tombés ici.
Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage public dans une fonction officielle.
Nous lui contestons le droit de récupérer un symbole historique au service de son ambition personnelle, dans une mise en scène détestable à quelques heures du scrutin.


La mémoire des combattants des Glières appartient au peuple français. Les avancées politiques issues de ces sacrifices et des combats de toutes les Forces Françaises de l’Intérieur doivent être défendues.
Le programme du Conseil National de la Résistance, unifiant les composantes combattantes a permis des avancées sociales extraordinaires à la Libération.
Nous, nous y souscrivons toujours.

Nous appelons à un rassemblement digne sur le plateau des Glières, autour d’un repas tiré du sac et fraternellement partagé, dimanche 13 mai 2007 vers midi : citoyennes et citoyens de Haute-Savoie ou d’ailleurs sont conviés à montrer que ce sont des gens du peuple, d’origines très diverses, qui se sont dressés ici contre l’oppression.

Non, aucun politique en campagne, de quelque bord qu’il soit, n’aurait dû venir entacher l’esprit du plateau.

Haute-Savoie, le samedi 5 mai 2007.

   

[1]  « Le mot "Non", fermement opposé à la force, possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. »
(extrait du discours prononcé par André Malraux, le 2 septembre 1973, à l’occasion de l’inauguration du Monument de la Résistance érigé par le sculpteur Gilioli sur le Plateau des Glières). »

   


 

A l'occasion d'une précédente tentative de récupération, un des signataires de cet appel, Constant Paisant, avait ainsi décrit, en 1997, le maquis des Glières :

« C’est le premier grand rassemblement de résistants sur un site précis.  (...) Dans l’histoire de la Résistance, le maquis des Glières représente le premier groupement réunissant des mouvements de différentes sensibilités, Armée secrète et FTP. L’unité de la Résistance s’y est caractérisée. C’est également un symbole d’une lutte antifasciste de dimension internationale. Après la dispersion du maquis, la Résistance s’est reconstituée. La Haute-Savoie sera le premier département de la métropole à être libéré, le 19 août 1944, par les seules forces de la Résistance. Les Glières ont donc une signification nationale. »

(source)

   

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tommorelDans un portrait de Théodose "Tom" Morel, chef des maquis de Haute-Savoie à partir de janvier 1944, on relève cet horrible passage:

« Le 2 mars, il décide une opération contre l'Hôtel Beau séjour à Saint Jean de Sixt, où sont cantonnés les GMR [Gardes Mobiles de Réserve]. Trente d'entre eux sont faits prisonniers, monnaie d'échange en contrepartie de la libération de Michel Fournier, un étudiant en médecine, infirmier du maquis, arrêté au Grand Bornant quelques jours auparavant. Mais, malgré l'accord sur l'honneur de l'intendant de police d'Annecy, celui-ci reste détenu. »

Et cet autre :

« Pour rompre l'encerclement, Tom décide alors de mener, dans la nuit du 9 mars 1944, contre le P.C. des GMR à Entremont, une opération importante dans laquelle il engage une centaine d'hommes. Il se réserve l'objectif principal : l'attaque de l'Hôtel de France, siège de l'Etat-major des forces de l'ordre. La section des éclaireurs-skieurs parvient à pénétrer à l'intérieur, au prix d'un combat acharné. Au moment où les chasseurs désarment leurs prisonniers, le commandant Lefèvre, chef des GMR, qui, comme officier, a été autorisé à garder son arme, tire lâchement à bout portant sur Tom Morel qui s'effondre, touché au cœur, avant d'être lui-même abattu. »

On le voit, la dignité, l'honneur, étaient choses sacrées pour ces résistants.

   

Le massif des Glières a été le témoin d'une résistance héroïque, comme le rappelle Constant Paisant :

r_sistance

« Au début janvier 1944, 465 combattants de la Résistance, provenant de l’Armée secrète et des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), se sont regroupés sur le massif des Glières. C’était un point de parachutage important dans le nord des Alpes. Le 30 janvier, le régime de Vichy décrète l’état de siège en Haute-Savoie et décide d’éradiquer le maquis. 3.000 hommes des Groupes mobiles de réserve, la force de répression pétainiste, sont dépêchés pour organiser le blocus. Courant mars, un millier de miliciens viennent en renfort et attaquent les résistants retranchés.

Mais Vichy se montre impuissant. L’aviation allemande, la Luftwaffe, intervient, menant des raids destructeurs du 13 au 26 mars. Devant l’absence de résultats, la 157e division allemande (10.000 soldats), commandée par le général Pflaum, prend position. Son artillerie et ses chasseurs de montagne vont enfoncer le dispositif des maquisards. L’ordre de dispersion sera donné. 150 résistants sont morts, dont 70 ont été exécutés après avoir été faits prisonniers, fusillés par la Wehrmacht mais aussi par la Milice. Aujourd’hui, 105 de ces combattants - des Français, mais aussi des antifascistes espagnols ou allemands - reposent à la nécropole de Morette, en bordure du plateau des Glières, là où furent découverts, à l’origine, les cadavres de 17 maquisards.

Ce lieu est donc un symbole... »

(source)

    

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On saisit maintenant toute l'indécence de ce déplacement médiatique de Sarkozy au Plateau des Glières. Lui qui a derrière lui toutes les puissances d'argent ; à sa disposition le pouvoir de la plupart des grands médias. Se rendre en ce lieu qui a précisément été le théâtre de la résistance d'une poignée contre une multitude à la puissance incomparablement supérieure : il y a dans cette démarche de Sarkozy quelque chose d'insoutenable. Sans compter que ce même qui a essayé de tirer profit d'un lieu de mémoire de combats anti-fascistes, est celui qui lors de la campagne électorale a projeté sur le devant de la scène les thèmes de l'extrême-droite (pour en capter les électeurs)... Bien entendu, suite à cette détestable équipée sur le Plateau des Glières, pas un journaliste n'a osé la moindre remarque.

Ségolène Royal, qui a du ramer presque seule contre tous tout au long de la campagne présidentielle, aurait sans doute moins déparé sur ce plateau des Glières... Hélas ses capacités en termes de démagogie et de cynisme étaient manifestement très en deçà de celles de celui qui sera, bientôt, sacré président...


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Dans l'appel du 5 mai 2007, on relève ce passage :

« Les avancées politiques issues de ces sacrifices et des combats de toutes les Forces Françaises de l’Intérieur doivent être défendues.
Le programme du Conseil National de la Résistance, unifiant les composantes combattantes a permis des avancées sociales extraordinaires à la Libération.
Nous, nous y souscrivons toujours.  »

Parmi les mesures envisagées par le Conseil National de la Résistance, et appliquées après la Libération, on peut citer : vote des femmes (1944), création de la sécurité sociale (1945), semaine de 40H (1946), nationalisation du gaz et de l'électricité (1946), création du SMIG (1947).

   

Le moment est choisi pour visionner un autre appel, lancé en mars 2004 par d'anciens résistants (les médias n'avaient à l'époque pas jugé utile de relayer, comme le précise Cygne sauvage dans les commentaires) :

Programme de la résistance

« Les résistant ne se sont pas seulement battu contre Hitler et contre les nazis : Ils avaient un idéal... Ils l'ont consigné dans le programme du Conseil National de la Résistance et aimeraient bien qu'on n'oublie pas complètement leur héritage, ce pourquoi ils se sont battus! »

On relève ce passage :

  • « Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil National de la Résistance, et aux ordonnances sur la presse de 1944. »

 

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Mise à jour 16/05/2007


070513_Gli_res

Robert Lacroix, ancien résistant, prononce un discours le 13 mai 2007 sur le Plateau des Glières, lors d'un "pique-nique citoyen". Un millier de personnes, dont des figures locales de la Résistance, se sont rassemblées dimanche sur le plateau des Glières contre "la récupération de la Résistance" par Nicolas Sarkozy, qui s'était rendu sur le site avant son élection. (AFP)

 


Glières : le 13 mai 2007

   


Mise à jour 13/06/2007

   
Comptes-rendus de cette journée du 13 mai
, par le Forum Social de Haute-Savoie (qui avait lancé l'original de l'appel) :

Flash sur la journée du 13 mai aux Glières

Paroles de Résistants, Paroles de Liberté

 

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"Là-bas si j'y suis", France Inter :
Audio : Créer c’est résister, résister c’est créer (23 mai 2007)
Audio : Créer c’est résister, résister c’est créer (2) (24 mai 2007)
« Juste avant la clôture de la campagne officielle, Nicolas Sarkozy se rendait sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance, entouré de journalistes et de parlementaires UMP. Il avait juste oublié d’inviter les résistants dans son pèlerinage... (...) "Là-bas si j’y suis" leur donne la parole. »
   

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A lire aussi :

Contre une profanation sarkozyste (Politis)

Graine de résistance (Libération)