dimanche 20 avril 2008
La chienlit au pouvoir
Chienlit
1. Masque de carnaval
2. Fig. Mascarade, déguisement grotesque. Désordre. => pagaille.
"Je suis heureux de mourir plutôt que de voir la chienlit en France" (Drieu la Rochelle)
"La réforme, oui ; la chienlit, non" (attribué au Général de Gaulle, mai 68)
(Le Petit Robert)
***
Presse écrite, radios, télés, web : les commentaires fusent jour après jour, dans un concert tendant à l'unisson, pour déplorer la façon dont le pays se trouve actuellement gouverné.
On peut prendre la mesure de cet étonnant phénomène en constatant que même le digne Jean-Michel Apathie donne de la voix :
« De tout cela, il ressort une impression d'amateurisme et de désordre qui ne rehausse pas le crédit des responsables politiques. Il est difficilement concevable qu'une démocratie moderne soit ainsi gouvernée. »
Diantre !
Florilège de déclarations de ces derniers jours :
- « Je me demande sincèrement, depuis quelques jours, si le gouvernement Sarkillon (habile contraction, je l'avoue, de Sarkozy et de Fillon) n'est pas l'équipe la plus faible depuis des lustres. Je n'ai pas souvenir pour ma part, et depuis bien longtemps ( ...), d'une cacophonie gouvernementale aussi aboutie, d'un tel assortiment de "tocards" même, pour parler le Panafieu... » (Guy Birenbaum)
- « Tous les jours, ou presque, sortent des annonces mal préparées – sur le non-remboursement des lunettes, sur la carte famille nombreuse, sur les allocations familiales, qui rendent le gouvernement impopulaire et pourtant sont en général démenties ou retirées, comme au bon vieux temps de Jacques Chirac.» (Pierre Moscovici )
- « Fidèle à lui-même, Nicolas Sarkozy reste le président de la parole, pas celui des actes (...). Mercredi, en Conseil des ministres, le chef de l'Etat avait affirmé, selon l'un des participants, qu'il n'y aurait "pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et que "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir" (...) Application immédiate : Luc Chatel (porte-parole) dément l'information du Monde sur la diminution des allocations familiales. Nadine Morano (Famille) dit que Luc Chatel n'a rien compris et François Fillon dément Luc Chatel. Luc Chatel viré ? Non. Nadine Morano virée? Non. François Fillon viré? Encore moins! En tout cas, pas tout de suite! » (Jean-Louis Bianco)
- « Le cafouillage est permanent, les reculs et les démentis succèdent aux annonces à grand spectacle. Ce gouvernement ignore où il va, mais il y entraîne la France. Vraiment, cette équipe n'est pas professionnelle. » (Bertrand Delanoë)
- « Sur l’origine du couac, impossible pourtant de ne pas s’interroger sur le rôle d’un élément déclencheur nommé Sarkozy. » (Daniel Schneidermann)
- « Nicolas Sarkozy est complètement imprévisible » (Elysabeth Green, diplomate britannique)
- « Nicolas Sarkozy ne convainc pas, il reste un non-Président, qui laisse une étrange impression de vacuité, de flottement et d’inefficacité. » (Pierre Moscovivi)

Le président Sarkozy avait voulu étouffer l'opposition avec son concept d'"ouverture" (sobrement baptisée "chasse aux nigauds" par Philippe Léotard) : c'est finalement des propres rangs de l'UMP que s'élèvent des voix discordantes.
- « Depuis l'élection présidentielle, la vie politique se résume à un face-à-face entre l'Elysée et l'opinion. (...) Les députés ne veulent plus être traités comme de simples bulletins de vote. (...) Les ministres ont acté que le Parlement n'avait plus de pouvoir. (...) C'est insupportable. (...) Le débat sur le renforcement de nos troupes en Afghanistan était très frustrant. J'aurais aimé qu'il y ait un vote et, surtout, qu'on soit informés en amont. » (Claude Goasgen, député UMP de Paris)
- « J'en ai marre d'être confrontée à une armée de lâches. (...) Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum (...). » (Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, secrétaire générale adjointe de l'UMP)
(NKM avait ensuite du se rétracter en signant un communiqué rédigé par le directeur de cabinet de François Fillon - source Le Canard Enchainé)
- « Ce dont le pays a besoin, aujourd'hui, c'est d'une méthode de réforme. Il faut hiérarchiser, il ne faut pas bousculer, il ne faut pas embouteiller, on ne fait pas tout en même temps. » (Jean-Pierre Raffarin)
- « Après une série de couacs et de cafouillages fâcheux, notamment celui de la Carte familles nombreuses SNCF, [le couac sur la majoration des allocations familiales pour les adolescents] laisse à penser que nous sommes confrontés à une politique de petits coups et non à une réforme globale pensée et sérieuse que nos concitoyens sont en droit d'attendre et d'ailleurs réclament. » (Hervé de Charette, député UMP)

De par sa volonté de tout régenter lui-même - cumulant de fait les fonctions de président et de 1er ministre - Nicolas Sarkozy avait été accusé il y a trois mois de tendre vers une monarchie élective.
Or force est de constater, dans la gouvernance actuelle, une désorganisation : on pourrait même avancer le mot désorientation
Dès lors il est possible de poser cette question : Nicolas Sarkozy a-t-il les capacités requises pour diriger ce pays ?
« Finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais. »

Mise à jour 21/04/2008
Marianne vient de mettre en ligne ce grave article :
Les députés UMP entrent en dissidence (Marianne2)
Qui conclut par ces mots de Jean-Pierre Grand, député UMP villepiniste :
« Si on continue, Sarkozy n'aura plus d'autre choix que dissoudre l'Assemblée »
Deux livres-scuds de droite contre le Président (Marianne2)

Jean-François Kahn, il y a quelques semaines, avec la lucidité qui le caractérise toujours, avait prédit que le retournement des médias vis à vis de Sarkozy tournerait au "lynchage" (qu'il désapprouvait par avance). Mais comment ne pas reconnaître l'incongruité du personnage Nicolas Sarkozy au poste de Président de la République ?
Cette incongruité avait été prédite, annoncée, pendant la campagne présidentielle : mais ceci principalement sur le web (à l'exception notable de Marianne, avec son fameux numéro "Le vrai Sarkozy" - survenu un peu tard il est vrai). Les auteurs de ces mises en garde se faisaient à l'époque facilement taxer d'"anti-Sarkozystes primaires"...
Il faudrait se demander pourquoi et comment une telle partialité des médias dans le "traitement" de l'info a été possible, durant la campagne présidentielle (et au-delà). Le récent retournement de veste des médias dominants ressemble un peu trop à une crainte de se faire "lyncher" avec le principal coupable...
- « Un jour ou l’autre, tout de même, il faudra bien qu’ils s’expliquent. Tous les confrères journalistes qui, avant l’élection, côtoyaient quotidiennement Sarkozy; tous ceux qui le retrouvaient au petit matin dans les salles d’embarquement, faisaient cercle autour de lui dans les avions privés, recueillaient ses humeurs et ses confidences ; tous ceux qui essuyaient ses colères, ses caprices et ses plaisanteries ; tous ceux-là, vraiment, n’avaient-ils rien vu ? Rien vu du stupéfiant narcissisme qui éclate aujourd’hui en pleine lumière et qui le rend manifestement inapte à s’intéresser à autre chose qu’à lui-même ? Rien vu de l’amateurisme tant reproché à Royal au cours de la campagne, bourde après bourde, et qui, chez le tenant du titre, suscite aujourd’hui un accablement incrédule ? »
- « Des bourdes de cette nature (et de cette gravité), Sarkozy en avait commises lui-même (quelqu'un les avait répertoriées je ne sais plus où et elles surpassaient assez sensiblement la production ségolénienne) : mais peu importait à l'info couchée qui a sévi durant des mois dans ce pays et qui s'acharnait sur Ségolène Royal, de façon absolument hallucinante (y compris en relayant de fausses bourdes, créées de toutes pièces par les "snipers UMP", comme avec l'affaire du mot créole). »
(contributeur anonyme)

Mise à jour 06/11/2009
Un an et demi après ce que l'on appelait à l'époque des "couacs" (ils paraissent presque anodins aujourd'hui !), les commentaires réunis au début de ce billet semblent prendre toute leur dimension.
Après une succession "d'affaires", dont la plus révélatrice, impliquant le fils du chef de l'Etat, aura fait le tour du monde et durablement marqué les esprits, il semble qu'un nouveau degré dans la chienlit installée au pouvoir soit franchi, plus digne d'un préau d'école que du gouvernement de la République :
Grand emprunt : Guaino renvoie Fillon dans les cordes (NouvelObs.com)
Il y a un an et demi, le président de la République avait pourtant promis...
Sarkozy : "Je ne tolèrerai plus aucun couac" (avril 2008) - vidéo
Intéressante théorie du désordre exponentiel :
Sarkozy : le désordre au pouvoir et dans le pouvoir (Imhotep - Agoravox)

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A lire aussi (avril-mai 2008) :
Les réformes de Sarkozy fichent la trouille même à la droite (Bakchich)
Nouvelle cacophonie gouvernementale sur les allocations familiales (Libération)
Baisse des allocations familiales : Morano se moque du monde (Plume de presse)
Et si le gouvernement Sarkillon était le pire depuis des lustres ? (Guy Birenbaum - LePost)
Le best of des couacs du gouvernement (LePost)
Commentaires
Le problème principal de l'heure, c'est la politique menée par l'Etat-UMP, qui s'en prend aux plus faibles, aux plus défavorisés.
Une société basée sur l'injustice et l'inégalité ne peut pas être stable et harmonieuse.
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