Au lendemain de l'intervention télévisée du Président, les commentateurs de l'opposition invités dans les médias vont se voir accoler, à l'inverse de ce qui était prévu, des porte-paroles sarkozystes

   

peillon


Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.

Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)

   

Sur la prestation télévisée du Président de la République :

« Comment on entre dans cette présidence française de l'Europe ? Quel est le réel rapport de la France à la Chine ? Qu'est-ce qu'on pense de la réforme des lycées ? Le Président de la République doit quand même nous dire quel est le sens de son action, parce que aujourd'hui il n'y en a plus. C'est quand même son devoir de nous indiquer, et d'indiquer aux français, ce qu'il compte faire, ce qu'il fait au quotidien, et quelle est sa vision de la France, de son avenir - à un moment quand même où les choses sont pour notre pays très difficiles. Donc espérons que l'on va sortir de ce qu'il a contribué à faire d'ailleurs : l'abaissement du débat public, la peopolisation - on ne parle de rien, on dit n'importe quoi, on se fait interviewer (car il a déjà fait une interview sur le pouvoir d'achat à Noël avec des gens en face, qui étaient des grands journalistes, mais qui visiblement n'étaient absolument pas informés ni des chiffres ni des réalités, et ne relançaient jamais le débat - je crois que la profession entière en a été consternée) : donc est-ce qu'on va avoir quand même, sur les questions de fond, du Président de la République française (donc "que fait la France ?"), un certain nombre d'éléments de réponse.  »

   
Sur l'équité du débat démocratique, sur une "servitude volontaire" des médias :

« Moi je suis très soucieux aujourd'hui d'une forme de servitude volontaire. (...) Il parle ce soir deux heures (...). C'est donc le Président de la République. "Président de tous les français" c'est une vraie question : il dirige les bureaux de l'UMP, on le voit intervenir dans toutes les... C'est aussi un peu nouveau cette pratique. Mais demain, dans toute la journée de commentaires, dans les émissions où nous étions prévus, l'opposition (47%-53%, c'est encore un pays démocratique) : eh bien on nous a collé des porte-paroles de Nicolas Sarkozy. Ce qui veut dire que [deux] heures d'antenne ce soir, et demain on partage, on recommence à partager entre l'opposition et la majorité. On me dit, puisque j'ai eu l'occasion d'injurier quelques chefs de rédaction aujourd'hui pour leur dire "c'est curieux c'est tombé dans la journée", alors je les cite en vrac, et d'ailleurs je vais pas les citer c'est tous, c'est tout le monde. C'est à dire que demain vous verrez, vous aurez (que ce soit sur Europe 1, que ce soit sur France info), ce sera des débats, où nous aurons, nous l'opposition, Madame Morano, Monsieur etc. : "envoyez les ministres de Sarkozy". Je trouve que, si vraiment ce n'est pas l'Elysée qui a passé des coups de fil, il y a aujourd'hui dans ce pays un petit problème qui est en train de s'installer sur ce que signifie un espace public, les droits de l'opposition, et la possibilité de converser. (...) Moi j'étais prévu (avant que même lui [Sarkozy] ait changé sa date) [pour] des invitations où vous êtes seul, où on vous colle d'autres gens qui viennent soutenir le Président de la République qui a parlé [deux] heures, et je vais vous dire une chose. Je suis ce que je suis. Mais quand vous devez argumenter deux minutes (vous avez vu déjà la difficulté), et que vous avez Madame Morano en face, c'est quand même fait (parce que Nicolas Sarkozy sait ce qu'il fait) pour qu'il n'y ait pas de débat intellectuel et de débat sur les faits. (...) [Nadine Morano] a quand même expliqué que nous étions le "parti des assassins", dans quel pays on vit ? Elle a été nommée ministre après des propos de cette nature ! Donc il faut commencer à dire les choses, moi j'irai d'ailleurs dans toutes ces émissions demain pour soulever ce problème, en demandant pourquoi aujourd'hui il y a, dans un pays où vous avez 53-47 (plus l'appréciation des français aujourd'hui), 95-5% de droite, je trouve qu'il faut commencer à le dire. »

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Ce Billet a également été publié sur  Betapolitique.fr