vendredi 25 avril 2008
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Très sévère réquisitoire de Vincent Peillon après la prestation présidentielle, qu'il qualifie de simple opération de "communication"
Vincent Peillon était ce matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV, en compagnie de Laurent Wauquiez.
« On se tape 2 heures de Nicolas Sarkozy, il n'y a pas une mesure, (...) il y a le RSA financé par la prime pour l'emploi, il faut quand même se rendre compte, c'est à dire : "je vais donner un peu d'argent à ceux qui sont dans le RMI, en le prenant à ceux qui ont les plus bas salaires". Voila la mesure annoncée par un Président pendant deux heures. Le reste c'est "moi je, ma politique etc." Ce que nous venez de dire [Laurent Wauquiez], qui est intéressant d'ailleurs, c'est quelque chose qui était déjà dans la campagne. C'est à dire que le Président a redit hier, et M. Wauquiez vient de le confirmer, ce qu'il nous avait déjà dit il y a 6 mois, c'est à dire "JE demanderai à ce qu'il y ait une négociation" (une négociation vous l'avez bien noté, et pas une augmentation des salaires). Donc au bout d'un moment, ce travail de communication, moi ça me semble être le fond de l'affaire. (...) »
« Est-ce que c'est de la communication, de la pédagogie ("nous sommes des imbéciles", il faut de taper des heures de etc.), ou est-ce que nous parlons des réalités politiques ? Alors si nous parlons des réalités politiques, les réalités politiques d'hier soir, je vais vous dire, c'est simple : il n'y en avait aucune. Il y a un abus absolument incroyable de l'utilisation de la première personne du singulier "je, je, je", il y a un exercice (que l'on a déjà connu dans la campagne) "je suis volontaire, je vais travailler plus etc.", et quand on se dit "quand même dans le fond, on est une grande démocratie, on pourrait se préoccuper étudier les dossiers, apporter des réponses" : il n'y a rien, il y a une mesure, celle que je vous ai indiquée. »
« [à Laurent Wauquiez] Dites aux français que vous n'avez pas de mesures, et que vous faites des discours, et donc vous avez besoin d'occuper beaucoup le temps de parole. »
« La question est : "est-ce que l'on réforme ce pays, et est-ce que l'on essaye d'avoir des résultats, ou est-ce que l'on fait une déconnexion totale entre la politique et les réalités ?" (...) Je trouve que l'on est dans une fantastique comédie. [Sur l'emploi des seniors] il n'y a rien du tout, sur aucun sujet d'ailleurs. »
« Il y a un problème de gouvernance en réalité, il n'y a pas un problème de communication, il [Nicolas Sarkozy] ne fait que communiquer en permanence. Il y a un problème pour le pays de gouvernance. »
« [Sur le RSA] ce que j'ai entendu hier, c'est gravissime. Et j'ai été étonné que les réactions ne soient pas plus vives. Dire "je vais financer le retour au travail des gens qui sont dans l'assistance, en diminuant les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires", alors là pour le coup on marche sur la tête ! Et d'une idée généreuse, on fait, à la fois, un danger social (dresser ceux qui sont sans emploi contre ceux qui sont dans les bas salaires - et on a ça en France depuis des années, "les RMIstes les feignants etc."), et deuxièmement, un échec économique, parce tout le discours (et c'est là que c'est quand même stupéfiant !) : "augmenter les salaires ? Eh ben on va baisser les revenus des salariés les plus pauvres" ! Voila la décision annoncée par le Président de la République hier ! La seule de toute son émission. Donc quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les décisions qu'on prend, il y a un problème. Et je pense que c'est un problème lourd (...). Je ne pense pas que la droite ce sont des gens dangereux, je pense (...) que l'on partage un consensus républicain (...). Là, j'ai une inquiétude pour le pays, je vous le dis. Et quand je vois ce numéro invraisemblable (et que je vois le traitement qu'on en fait) de "je vais", "y'a qu'à", "faut qu'on", "je suis un type très volontaire" : et une mesure, qui est profondément dangereuse, même idéologiquement - je vais dire aux gens qui sont à 1,2 x le SMIC "pour que le type qui est au RMI retrouve un travail, c'est toi qui va payer" ! Vous imaginez ce que ça fait dans la réalité de la vie des gens ? »
Extrait audio de l'émission ICI.
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Vincent Peillon
Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr
Commentaires
antennerelais...
ton lien vers le .mp3 de RMC est pas bon je crois.
Corrigé merci ;)
Merci à toi
M'ébahirai-je, me pâmerai-je, devant les propos de Vincent, avec lesquels je ne peux être que d'accord? :-) Toute plaisanterie mise à part, pour avoir vu les extraits a posteriori du grand show de jeudi soir, je dois dire que ce n'était pas franchement le discours d'un Président de la République qui se rend compte que ça urge, que son peuple est en train de craquer! Enfin, l'histoire jugera! Quant à son mea culpa de circonstance qui cache son auto-congratulation... La technique est un peu événtée, depuis un an, non?
Je mets le lien vers ta brillante thèse qui coïncide avec celle de ton chouchou Peillon :
http://www.lepost.fr/article/2008/04/24/1185359_reformer-plus-pour-passer-plus-a-la-tele.html
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