Très sévère réquisitoire de Vincent Peillon après la prestation présidentielle, qu'il qualifie de simple opération de "communication"



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Vincent Peillon était ce matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV, en compagnie de Laurent Wauquiez.

    
« On se tape 2 heures de Nicolas Sarkozy, il n'y a pas une mesure, (...) il y a le RSA financé par la prime pour l'emploi, il faut quand même se rendre compte, c'est à dire : "je vais donner un peu d'argent à ceux qui sont dans le RMI, en le prenant à ceux qui ont les plus bas salaires". Voila la mesure annoncée par un Président pendant deux heures. Le reste c'est "moi je, ma politique etc." Ce que nous venez de dire [Laurent Wauquiez], qui est intéressant d'ailleurs, c'est quelque chose qui était déjà dans la campagne. C'est à dire que le Président a redit hier, et M. Wauquiez vient de le confirmer, ce qu'il nous avait déjà dit il y a 6 mois, c'est à dire "JE demanderai à ce qu'il y ait une négociation" (une négociation vous l'avez bien noté, et pas une augmentation des salaires). Donc au bout d'un moment, ce travail de communication, moi ça me semble être le fond de l'affaire. (...) »

« Est-ce que c'est de la communication, de la pédagogie ("nous sommes des imbéciles", il faut de taper des heures de etc.), ou est-ce que nous parlons des réalités politiques ? Alors si nous parlons des réalités politiques, les réalités politiques d'hier soir, je vais vous dire, c'est simple : il n'y en avait aucune. Il y a un abus absolument incroyable de l'utilisation de la première personne du singulier "je, je, je", il y a un exercice (que l'on a déjà connu dans la campagne) "je suis volontaire, je vais travailler plus etc.", et quand on se dit "quand même dans le fond, on est une grande démocratie, on pourrait se préoccuper étudier les dossiers, apporter des réponses" : il n'y a rien, il y a une mesure, celle que je vous ai indiquée. » 

« [à Laurent Wauquiez] Dites aux français que vous n'avez pas de mesures, et que vous faites des discours, et donc vous avez besoin d'occuper beaucoup le temps de parole. »

« La question est : "est-ce que l'on réforme ce pays, et est-ce que l'on essaye d'avoir des résultats, ou est-ce que l'on fait une déconnexion totale entre la politique et les réalités ?" (...) Je trouve que l'on est dans une fantastique comédie. [Sur l'emploi des seniors] il n'y a rien du tout, sur aucun sujet d'ailleurs. »

« Il y a un problème de gouvernance en réalité, il n'y a pas un problème de communication, il [Nicolas Sarkozy] ne fait que communiquer en permanence. Il y a un problème pour le pays de gouvernance. »

« [Sur le RSA] ce que j'ai entendu hier, c'est gravissime. Et j'ai été étonné que les réactions ne soient pas plus vives. Dire "je vais financer le retour au travail des gens qui sont dans l'assistance, en diminuant les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires", alors là pour le coup on marche sur la tête ! Et d'une idée généreuse, on fait, à la fois, un danger social (dresser ceux qui sont sans emploi contre ceux qui sont dans les bas salaires - et on a ça en France depuis des années, "les RMIstes les feignants etc."), et deuxièmement, un échec économique, parce tout le discours (et c'est là que c'est quand même stupéfiant !) : "augmenter les salaires ? Eh ben on va baisser les revenus des salariés les plus pauvres" ! Voila la décision annoncée par le Président de la République hier ! La seule de toute son émission. Donc quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les décisions qu'on prend, il y a un problème. Et je pense que c'est un problème lourd (...). Je ne pense pas que la droite ce sont des gens dangereux, je pense (...) que l'on partage un consensus républicain (...). Là, j'ai une inquiétude pour le pays, je vous le dis. Et quand je vois ce numéro invraisemblable (et que je vois le traitement qu'on en fait) de "je vais", "y'a qu'à", "faut qu'on", "je suis un type très volontaire" : et une mesure, qui est profondément dangereuse, même idéologiquement - je vais dire aux gens qui sont à 1,2 x le SMIC "pour que le type qui est au RMI retrouve un travail, c'est toi qui va payer" ! Vous imaginez ce que ça fait dans la réalité de la vie des gens ? »   
 

Extrait audio de l'émission ICI 

 

   
   

 

Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr

    

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Mise à jour 06/01/2010

   

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Invité de Jean-Jacques Bourdin hier matin sur RMC-BFMTV, Vincent Peillon confirme son diagnostic.

Vincent Peillon invité de RMC-BFMTV (05/01/10) - Partie 2 - vidéo

(cliquer sur le lien)

   
Extraits :


La France n'est pas entrée dans le XXIème siècle (à 6'01)

Vincent Peillon :
« Depuis 2002 la France n'avance pas, elle n'est pas entrée dans le XXIème siècle. On a eu un quinquennat de Chirac somnolent, et on a depuis 2 ans et demi une régression. (...) Il va falloir entrer dans le XXIème siècle en 2012, c'est le grand enjeu pour la France. »

« Tout le monde a compris maintenant que c'est "le ministère de la parole". »
   

"Une mauvaise gouvernance" (à 7'18)

Vincent Peillon :
« Nous sommes victimes d'une mauvaise gouvernance. Vous l'avez vu avec la taxe carbone. On vient de le voir avec la grippe A. J'espère qu'une commission d'enquête parlementaire permettra de comprendre ce qui s'est passé. (...) Il faut que l'on mette ça sur la table, car si il y avait eu une pandémie, ou s'il y en avait une demain, on a vu que l'on était pas près). »

« Je m'intéresse beaucoup aux questions d'éducation. Quand Luc Chatel [ministre de l'éducation depuis juin 2009] est nommé il fait deux choses. Il va faire les courses dans un supermarché (et fait marrer la France entière parce que avec des figurants, c'est quand même une curieuse conception de l'école). La deuxième chose : il va faire une interview dans Le Figaro pour dire (on est quand même le 20 août) : "à 3 cas je ferme les écoles, apprêtez-vous à garder vos enfants chez vous". La psychose, la peur ! Rien n'est préparé. Cette façon de gouverner c'est de la communication, c'est gérer la peur, c'est faire en sorte qu'on ne parle pas des vrais problèmes : la montée du chômage, le déficit de l'investissement industriel, la panne des finances publiques (c'est tout ça quand même que l'on va payer ensemble - comme d'ailleurs la grippe A). »
   
   
Grippe A : "une désorganisation étatique"
(à 8'28)

Vincent Peillon :
« Ce qui m'intéresse c'est que la France travaille mieux. Quand on écoute les professeurs de médecine c'est accablant. On vient de voir non seulement qu'on a fait n'importe quoi (on a acheté le 1/3 du tamiflu mondial, on a acheté 95 millions de doses [de vaccin], maintenant on essaye de les revendre aux pays pauvres enfin tout ça est absolument invraisemblable) ; mais la question majeure pour moi elle n'est pas celle-la. Elle est qu'il n'y a que 6 millions de français de vaccinés ! Je suis désolé de prendre mon exemple mais on est 6 dans la famille, j'ai 4 enfants. J'ai reçu 1 bon, pour un de mes fils. Et les autres on fait quoi ? J'ai appris que des malades en grande difficulté ne recevaient pas les doses à l'hôpital, et quand on les emmenait dans les gymnases là on leur disait "vous n'avez pas le bon" ! Des gens qui sont immuno-déficients. Donc cela a été une désorganisation étatique, [sur] une question de santé publique. »

Jean-Jacques Bourdin : Dites-moi ça fait peur !

Vincent Peillon :
« Mais bien sûr que ça fait peur ! Et c'est pour ça qu'il faut une commission d'enquête parlementaire, on ne va pas recommencer la prochaine fois ! On a déshabillé nos hôpitaux publics, vous savez que l'on a emmenés des internes [en médecine] (de la même façon que le tamiflu avait été accompagné par des militaires, maintenant on le distribue à la pelle dans les pharmacies), on a pris dans les hôpitaux des internes en médecine, qui sont là à s'occuper [de personnes en grande difficulté], pour les emmener, sous la contrainte de la force publique, dans les gymnases. Tout ça mérite quand même que très froidement, après les élections [régionales], (...) - le Nouveau Centre qui est de droite et qui participe à la majorité a demandé cette commission d'enquête, on est quand même un pays éclairé ! Il faut comprendre ce qui n'a pas marché, pour que la prochaine fois, cela marche mieux. »