mercredi 30 avril 2008
"Revue de presse" - avril 2008
Le Tibet, zone interdite à cent jours des Jeux olympiques ("Le Monde")
Sarkozy, le Gribouille de l'économie ("Marianne")
Tibet crise JO : Matthieu Ricard sur France 2 (video)
Nicolas Sarkozy : pervers ou incompétent ? ("Betapolitique")
Présidence Sarkozy : Eric Besson avait raison… ("Ré-so.net")
Soleil levant (Bernard Langlois - "Politis")
Rony Brauman : « Le partage de la morale est de plus en plus intolérable » ("Politis")
Une députée UMP dénonce les niches fiscales (video)
La politique fiscale du gouvernement sévèrement épinglée par une députée UMP !
Ovation debout à gauche.
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A lire aussi :
Henri Guaino louvoie avec l'Histoire de France pour flatter la Tunisie
Lors d'un discours prononcé lundi soir à Tunis, le Président Sarkozy a déclaré :
« A ceux qui pensent que l'humanisme est une invention occidentale, et qui regardent donc les autres avec un peu de suffisance, je veux rappeler que Tunis a aboli l'esclavage en 1846, deux ans avant Paris. »
Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'il voulait "en finir avec Mai 68" (encore
là une idée lumineuse de Guaino, sans doute). Henri Guaino voudrait-il
aller jusqu'à réécrire l'Histoire de la Révolution française ?
Il est impossible que Henri Guaino ignore que la première abolition de l'esclavage
en France - plus précisément dans les colonies - eût lieu non pas en
1848, mais en 1794 (abolition qui s'avèrera provisoire, et dans les faits d'application très partielle).
La phrase de Sarkozy, écrite par Guaino, fut un mensonge. Disons un mensonge par omission ou approximation, intéressant d'ailleurs à étudier car il dévoile je ne sais quoi de sournois, de retors, qui parait bien appartenir en propre à Henri Guaino.
« Tunis a aboli l'esclavage en 1846, deux ans avant Paris »
La phrase de Guaino est fausse en ceci qu'elle
fait croire que la Tunisie a aboli l'esclavage avant la France (la
France l'avait fait, une première fois, 52 ans avant la Tunisie).
Elle est vraie en ceci que la Tunisie a effectivement aboli l'esclavage 2 ans avant la deuxième abolition, définitive celle-là, en France.
Le but de ce mensonge par approximation ou omission, conscient, volontaire, et que l'on pourrait qualifier d'injure à l'Histoire de France (et plus précisément à l'Histoire de la Révolution), était de flatter les hôtes du Président français.
En quel sens ? En celui-ci, assourdissant : "la Tunisie n'a pas de leçons à recevoir
de la France en matière de liberté et de droits de l'homme". Nicolas Sarkozy l'exprime très clairement peu après dans le même
discours :
« Ce chemin
[de la liberté et du respect des individus], aucun pays ne peut
prétendre l'avoir entièrement parcouru ; et personne ne peut se poser
en censeur. Je viens d'un continent dont l'histoire, y compris
l'histoire récente, recèle des tragédies abominables. Je ne
vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu
en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons. »
Pour résumer : Guaino/Sarkozy gomment un fait important de l'Histoire de la Révolution française (qui a vu notamment triompher la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen), ceci pour égaliser les niveaux et éviter de se placer en position de juge vis à vis de la Tunisie (« Tout n'est pas parfait en Tunisie. Tout n'est pas parfait en France non plus », dixit Sarkozy), et finalement pour donner un brevet de bonne volonté "droit-de-l'hommiste" à la Tunisie !
A noter qu'il y a exactement un an, Henri Guaino avait mis de toutes autres paroles dans la bouche du candidat Sarkozy :
Sarkozy et les droits de l'Homme
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A lire aussi :
Henri Guaino
Tunisie : L'ONU pas d'accord avec Sarkozy ("Actualité du droit")
Témoignage sur la Tunisie de Ben Ali ("Agoravox")
lundi 28 avril 2008
Henri Guaino
On sait les remous qu'avait provoqué le discours du président Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007.
On se rappelle les propos de Vincent Peillon, la semaine dernière sur iTELE :
« Quand [Sarkozy] est venu parler devant le Parlement européen, c'est le seul Président de la République qui a failli se faire siffler, tellement son discours était absolument insensé, et nationalo-poujadiste - en donnant des leçons à tout le monde.»
Or on vient d'apprendre que Nicolas Sarkozy à prononcé les mots suivants, vendredi dernier, dans une allocution à Monaco :
« J'ai fait un rêve, c'est que les peuples de la Méditerranée du Nord comme du Sud soient aussi imaginatifs et courageux que les peuples d'Europe continentale »
(Nicolas Sarkozy, Monaco, 25/04/2008)
Source : "Les mots ont un sens"
Il suffit d'ouvrir les yeux ou de voyager un peu pour constater que le talent, le génie, et on ne sait quelle harmonie humaine, fleurissent naturellement chez les gens du pourtour méditerranéen (et pas seulement en Andalousie), il y a même là quelque mystère.
Celui qui a écrit cette phrase sur les "peuples de la Méditerranée", prononcée par le président, est soit un ignorant manifeste, soit un être rongé par de douteux relents intérieurs (ces choses ne sont d'ailleurs pas strictement incompatibles) : il ne peut s'agir, encore une fois, que du consternant Henri Guaino, "plume" du président de la République (la pensée de Sarkozy ne va pas sans doute pas si loin).
Il est grave de pouvoir écrire impunément de telles conneries stupidités (d'autant que celles-ci sont prononcées publiquement par rien moins que le président de la République...). Il existe en Andalousie des gens auprès desquels Guaino ne ferait même pas figure d'insecte.
- « Et un "I had a dream" à la française, en plus ! Luther King a forgé ce discours, sur un célèbre discours de Lincoln "the Gettysburgh Adress". Lincoln, président abolitionniste, repris par un pasteur noir qui défend les droits des Noirs, ça a un sens. Faire référence à Luther King pour tenir un propos aussi raciste, est non seulement consternant, mais tellement typique de l'ignorance crasse de Guaino, on ne peut s'étonner d'une telle c....rie ! » (Chris79)
« Mais il devroit avoir quelque coërction des loix contre les escrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabons et faineants. »
(Montaigne, Essais III, 9. "De la vanité")
Évidemment, la responsabilité de ces discours incombe au président de la République, qui est censé mesurer la portée des paroles qu'il prononce, et pour commencer prendre le temps nécessaire à cela. Mais peut-être est-ce trop demander ? Quand on pense au soin que Mitterrand apportait à ses discours, les corrigeant et recorrigeant...
***
Interview, dans le journal Le Matin (Suisse), d'un journaliste français nommé... Jean-Michel Apathie.
Question : Le réalisateur Claude Chabrol a dit: « Sarkozy est un homme intelligent qui réfléchit peu. » Vous en pensez quoi ?
JMA : « Ce n'est pas faux. »
Mise à jour 29/04/2008
On apprend que le Président de la République française a prononcé aujourd'hui ces fortes paroles en Tunisie (pays qui, dixit Sarkozy, « développe sur tant de points l'ouverture et la tolérance » et où « l'espace des libertés progresse ») :
« Vous avez une main d'œuvre qui ne demande qu'à être formée. Nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation. Ensemble, le Nord de la Méditerranée et le Sud de la Méditerranée, on peut créer un pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie. »
(Nicolas Sarkozy, Tunis, 29/04/2008)
Tentative d'exégèse des écrits de Henri Guaino
(endossés et déclamés par le président de la République française)
Au "Nord de la Méditerranée", ainsi qu'au "Sud de la Méditerranée", on est pas très "courageux" ni très "imaginatifs" (comparés aux "peuples d'Europe continentale").
Au "Nord de la Méditerranée", on a néanmoins ("beaucoup") d'"intelligence" et de "formation".
Par contre, au "Sud de la Méditerranée", on ne trouve principalement que de la "main-d'œuvre" ; pas très "courageuse" ni très "imaginative" (par rapport aux "peuples d'Europe continentale") ; et ayant, de plus, besoin d'"intelligence" et de "formation".
Mise à jour 30/04/2008
Rappelons ce grand moment de la pensée Guainotesque (qui avait fait dire à Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, que Henri Guaino avait "50 ans de retard") :
« Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [...] l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. »
« Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons »
"Avec les saisons" : mais n'est-ce pas, par définition et depuis des millénaires, le propre de tout paysan, où qu'il habite ? (encore à l'heure actuelle, si l'on réfléchit quelques secondes en quoi consiste le métier de paysan). Mais, dans l'esprit (supérieur) de Henri Guaino, le paysan africain semble affecté de quelque tare, qui le placerait naturellement au bas de l'échelle des paysans de la planète.
On aperçoit ici les ravages d'une certaine idée du "progrès", à laquelle se trouve comme accolée l'idée d'une "supériorité" de l'homme instruit (blanc de préférence), sur le "non instruit", par exemple le paysan (et à plus forte raison, dans l'esprit de Guaino, le paysan africain).

Henri Guaino ne s'est-il jamais intéressé, par exemple, aux Inuits ? Avec lesquels on peut passer trois heures grâce au remarquable film Atanarjuat (Zacharias Kunuk, 2002) - film à propos duquel quelqu'un écrivait :
- « La vision de ce film engendre par comparaison beaucoup de réflexions sur l'état de la "civilisation moderne", sur le "progrès" et les décadences diverses qui en sont on le dirait le corollaire. C'est il me semble le grand intérêt du film. On y contemple une humanité livrée à elle-même, "à l'état de nature", dans un dénuement matériel quasi complet : la plupart des personnages sont d'un naturel gai ou en tous cas rient pour un rien. Juste après ça on se retrouve dans le métro entouré de têtes de fous... » (contribution anonyme)
Henri Guaino ne s'est-il jamais intéressé aux gitans d'Andalousie, dont certains spécimens pourtant relativement peu avancés sous le chapitre de la culture littéraire, seraient à même de révéler à Henri Guano des choses qui le feraient premièrement s'évanouir pour une durée minimale de 24 heures, et deuxièmement sans doute, faire un public mea culpa pour la bouillie qu'il a cru bon de lancer pendant si longtemps à la face du monde, via le président de la République française ? (car Henri Guaino n'est au fond pas un mauvais bougre : c'est, quelque part, une sorte de grand petit garçon)
Enfin même les Papous de Nouvelle-Guinée seraient à même d'instruire Henri Guaino.
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« Sarkozy est déjà allé loin dans cette direction, n'hésitant pas à nous comparer très favorablement aux Africains. Il leur a fait savoir qu'ils étaient loin de nous valoir, et que, par conséquent, s'ils sont misérables chez eux, comme c'est de leur faute, ils doivent y rester. (...) Bien sûr, il nous faut des balayeurs, des éboueurs, des terrassiers... On les triera sur le volet, et ils sont priés de ne pas faire de tapage, ruminant, mal intégrés qu'ils sont, leur évidente infériorité. Comme dans le cas Pétain, il s'est trouvé une clique intellectuelle pour applaudir ces rodomontades racialistes de l'homme aux rats. »
(Alain Badiou, "De quoi Sarkozy est-il le nom ?", p. 113)
« Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. »
- « Pour une très grande majorité des caciques et élus de droite, Guaino passe dans le meilleur des cas pour "un cinglé". Le problème est qu’il a fini par leur faire peur et que, pire pour eux, son attelage avec le chef de l’Etat tient sur la distance. » ("Libération", 09/10/2007, ICI)
Bernard Accoyer : mauvaise surprise -vidéo
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A lire aussi :
Guaino : la caricature de Sarkozy ou l’inverse ? ("Agoravox" 23/10/2007)
Le marionettiste se hausse du col ("Avez-vous voté pour cela", 21/10/2007)
Guaino est tombé dans le piège de BHL ("Sarkofrance", 10/10/2007)
Pierre Moscovici en a "ras-le-bol d'Henri Guaino" ("Nouvel Observateur", 08/02/2008)
Henri Guaino, émissaire de l’ombre… dans la lumière ("Le Blog Politique", 12/10/2007)
Sarkozy : les peuples méditerranéens ni imaginatifs, ni courageux ("Plume de presse", 28/04/2008)
Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
Henri Guaino louvoie avec l'Histoire de France pour flatter la Tunisie
La confusion des mémoires du discours sarkozyen
Ce billet a été également été publié sur Betapolitique.fr
dimanche 27 avril 2008
Le ton grave de Ségolène Royal,
Dressant un sévère tableau de la première année de gouvernance sarkozyenne, elle affirme qu'une autre politique est possible
« Gouverner c'est à la fois tracer un cap et donner une cohérence. Nicolas Sarkozy n'a donné ni le cap, ni la cohérence. »
(Ségolène Royal, 25/04/2008)
Forte intervention de Ségolène Royal vendredi matin sur France Inter, au lendemain de la "grand-messe" télévisée sarkozyenne.
C'est elle qui avait lancé les premières attaques contre la politique et le comportement du Président Sarkozy, il y a quelques mois, alors que celui-ci, encore soutenu par des médias complaisants, planait relativement dans les sondages. Là, le ton est plus grave.
Ségolène Royal - France Inter (25/04/2008)
Extraits.
« Je crois que les Français sont inquiets aujourd’hui, la question est de savoir s’ils sont rassurés après cette émission : force est de constater que non. On est même plus inquiets après l’émission qu’avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un Président de la République hier, mais un candidat perpétuel. Il a dit à cinq reprises : "j’ai ma part de responsabilité" (on sent d’ailleurs un peu la formule de communication : en clair ça veut dire "je me suis trompé"). Mais il s’est trompé sur quoi ? Il ne nous l’a pas dit, ni quelles conséquences il en tire pour rectifier sa politique : on ne le sait pas.fichus à l’issue de l’école primaire". Je crois qu’un Président de la République ne peut pas s’exprimer de cette façon là. Il a fait aussi beaucoup d’approximations, d’improvisation (Bernard Guetta vient d’ailleurs de le dire, en politique étrangère), il a dit des contrevérités sur la question des retraites, il nous a dit qu’il allait financer le RSA par la suppression de la prime pour l’emploi (c'est-à-dire 4 millions de salariés modestes vont voir leur pouvoir d’achat baisser). Il n’a pas répondu sur les préoccupations concrètes des Français : c'est-à-dire rien sur la question du pouvoir d’achat. Il a dit des aberrations sur l’éducation, il a par exemple dit : "15 % des élèves sont Il a donné une image de la France en situation d’échec, en particulier sur l’Education nationale. Il a osé dire que c’était l’échec global de l’Education nationale : ce n’est pas vrai. (...) Le Premier ministre avait dit qu’il attendait de cette émission une feuille de route : compte tenu de tout ce que je viens de dire - et il y aurait encore beaucoup de choses à souligner sur les approximations, les contrevérités, le sentiment que parfois il ne maîtrisait plus les choses : je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute. »
« [Le bilan de cette première année de présidence Sarkozy] est un échec grave, d’ailleurs les Français le savent, nous le sentons, la France est tirée vers le bas. Mais (...) une autre politique est possible, il est possible et urgent de faire autrement. (...) Nicolas Sarkozy [attribue], de façon assez malhonnête, [les difficultés de cette année] à des chocs extérieurs (il a identifié quatre chocs, en particulier la hausse du coût de l’énergie - [que l'on ne peut] pas nier : mais tous les pays sont confrontés à la hausse du coût de l’énergie). Or l’Allemagne par exemple est en excédent commercial. On pourrait prendre plein d’autres exemples dans lesquels les pays prennent à bras le corps leurs talents, leurs potentialités, la France en a beaucoup. »
« La France a besoin de réformes, mais où sont-elles aujourd’hui, qu’est-ce que c’est qu’une réforme ? Une réforme c’est prendre des décisions pour que cela aille mieux, pas pour que cela aille plus mal ! Une réforme c’est faire des choses avec les gens, et pas contre eux ! Or c’est ce qui est aujourd’hui en train de se passer. C’est de la brutalité, c’est beaucoup d’arrogance - contrairement à ce qui a été dit moi j’ai vu un Nicolas Sarkozy parfois méprisant à l’égard des Français (je viens de le souligner sur l’éducation), il a dit des monstruosités sur la laïcité, une fois de plus, en confirmant que les clercs et les prêtres donnaient du sens à la vie et pas les enseignants ; mais dans une société ce sont tous les adultes qui donnent du sens à la vie aux plus jeunes. Il a dit aussi des choses aberrantes sur la Chine - il a osé dire, pour se justifier qu’il se couche devant la Chine (disons les choses très clairement), il a osé dire que la Chine aidait le Darfour. (...) Est-ce que ce n’est pas inquiétant qu’un Président de la République et membre permanent du Conseil de Sécurité ignore à ce point, que chaque fois qu’il y a eu des résolutions contre le Soudan, la Chine a voté contre ? Donc même sur la politique étrangère il ne nous a pas rassurés, et au contraire c’est extrêmement inquiétant. »
« Je crois qu’il est en train de payer (...) la masse des mensonges qu’il a proférés pendant la campagne présidentielle. J’ai là sous les yeux un certain nombre de promesses. Souvenez-vous : "+ 25 % immédiatement de l’augmentation des retraites" ; "travailler plus pour gagner plus" ; "je propose la propriété pour tous" - la crise du logement n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui ; "l’allocation adulte handicapée + 25 %" : on attend toujours. Le remboursement des soins d’optique écoutez, il avait dit exactement (le 5 février 2007) : "les remboursements pour les lunettes et les prothèses dentaires, on ne peut pas dire que c’est du confort, on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque et c’est pareil pour les lunettes ; ce n’est pas une question de mode c’est une question de nécessité, et je vais porter les remboursements à 50 %." Et là le gouvernement est en train de faire le contraire, c'est-à-dire de diminuer les remboursements. Donc je crois que la situation est grave ! Et hier, finalement, on a eu quelqu’un qui était satisfait de lui, il a même osé dire que cela allait mieux pour les Français ! Mais autour de nous on ne voit que des Français qui disent que ça va plus mal. »
« Qu’est-ce que c’est que gouverner ? Gouverner d’abord c’est prévoir, c’est donner du sens aux choses. Hier, on n’a eu aucun sens donné à la politique globale. Gouverner, c’est ensuite dire la vérité. Il y a eu beaucoup de contrevérités qui ont été dites hier. Et enfin gouverner, c’est rectifier son action lorsque l’on fait des erreurs. Il a reconnu ses erreurs : [mais] c’est un truc de communication (...). [Moi] si je reconnais des erreurs, (...) j’en tire les conséquences : c’est à dire que je rectifie les choses, je réajuste ce que je dis ou ce que je fais. Ce que l’on attend quand on reconnaît des erreurs, ce n’est pas seulement une opération de communication pour que ce matin les gens puissent dire "ah ben il a reconnu ses erreurs il est plus modeste qu’avant". Non ! C’est d’aller jusqu’au bout de cette logique (...). »
« Moi j’ai proposé que (...) avec les 15 milliards [du paquet fiscal], on double la prime pour l’emploi pour les 8 millions de salariés. Lui, il vient de dire le contraire : on va supprimer la prime pour l’emploi pour 4 millions de salariés. C’est quand même très grave ! Il fait de la redistribution entre les précaires et entre les gens modestes ; au lieu de reprendre aux plus riches, pour redonner aux plus pauvres : c’est ça que les gens attendent. (...) Il a défendu le bouclier fiscal, mais qu’est-ce que c’est que le bouclier fiscal ? Il y a même une personne qui a reçu un chèque de ristourne de 7 millions et demi d’euros ; il y a eu 350 millions d’euros rendus à 15 000 contribuables, les plus riches. Donc il faut arrêter ! Il faut cesser de redonner cette année en 2008 15 milliards aux plus favorisés, et encore en 2009 15 milliards au plus favorisés - parce qu’il faut que les Français comprennent bien que ces fameux cadeaux fiscaux, c’est tous les ans ! Donc il faut récupérer ces moyens là, pour les remettre là où c’est nécessaire, c'est-à-dire sur le pouvoir d’achat des salariés, et sur l’innovation dans les entreprises, je le répète une autre politique est possible. »
« Il y a quelque chose de profond qui est en train de se déliter [dans le pays], et en particulier la question des services publics. Le premier devoir de l’opposition, des élus d’opposition qui sont sur le territoire, c’est d’essayer d’amortir les chocs d’une mauvaise politique aujourd’hui, de quelque chose qui détruit des solidarités profondes. Dans la Région que je préside (...) il y a la suppression de 9 tribunaux d’instance et de 2 tribunaux de commerce ; il y a la suppression de 11 plateaux de chirurgie dans les hôpitaux, [dans] des villes petites et moyennes ; il y a 40 écoles qui vont fermer en milieu rural et il y a 74 suppressions de formation professionnelle pour les lycéens. Aujourd’hui les lycéens bloquent les lycées, pourquoi ? Parce qu’ils veulent travailler. Il y a la suppression du Brevet d’enseignement professionnel, ce qui est grave pour les entreprises, et ce qui est grave pour les jeunes. Eh bien moi je dis qu’il est possible de faire autrement, et la responsabilité de l’opposition aujourd’hui, et même des Français, vraiment c’est d’exiger autre chose. C'est-à-dire qu’on cesse de casser ce qui fonctionne bien dans le pays ; qu’on réforme l’Etat pour déployer les énergies qui sont sur le territoire, et il y en a ; qu’on donne du potentiel aux Français qui veulent aller de l’avant, et aux entreprises qui veulent aller de l’avant. Je pense que comme ça, la France pourrait remonter la pente. »
« J’ai été candidate à l’élection présidentielle et donc je sais, pour avoir parlé aux Français, avoir convaincu 17 millions de Français, qu’il y a une autre vision de la France, qu’il y a d’autres valeurs à mettre en mouvement, qu’il y a un potentiel formidable qui est aujourd’hui freiné et cassé par des réformes injustes et inefficaces. Et je le dis, le plus clairement, le plus fermement possible, parce que ma responsabilité c’est d’entretenir l’espérance aussi, c’est de dire aux Français que ce n’est pas possible de continuer comme ça pendant quatre ans. Et donc on va tout faire pour que de vraies réformes arrivent (...). »
Ségolène Royal répond ensuite à quelques questions d'auditeurs.
Question : Si vous aviez été élue l’année dernière, quelle mesure auriez vous prise, la mesure phare que vous auriez pu prendre pour améliorer le pouvoir d’achat, et à votre avis quel en aurait été le résultat à cette période, un an après ?
« J’aurais fait plusieurs choses. D’abord, puisqu’il y avait une marge de manœuvre de 15 milliards (que Nicolas Sarkozy (...) a donnés en cadeaux fiscaux aux plus riches), j’aurais utilisé cette marge de manœuvre pour premièrement baisser la TVA. Deuxièmement pour doubler la prime pour l’emploi, ce qui aurait fait du pouvoir d’achat. Troisièmement j’aurais baissé les taxes sur l’essence, puisqu’il y a une partie de la consommation d’essence en taxes (Nicolas Sarkozy a supprimé le système qui faisait que lorsque le prix du brut augmente, les impôts sur l’essence diminuent, et ça je pense que j’aurais rétabli ce dispositif). Mais surtout, j’aurais mis en place une politique très volontariste de contrôle, non pas des prix, parce que vous savez que ce n’est pas possible, mais de contrôle des marges. C’est là où il y a un vrai problème. Hier Nicolas Sarkozy nous a raconté pour la troisième fois l’histoire de la tranche de jambon, d’ailleurs en exagérant. Le Président de la République, il n’est pas là pour raconter des histoires de tranche de jambon, mais pour résoudre le problème de la hausse des prix. Il nous a dit "la hausse du prix du jambon, c’est + 40 %" : comme sur tout il exagère, ce n’est pas + 40 c’est + 20 % (ce sont les yaourts qui augmentent de 40 %), mais passons ! La question est de savoir comment on répond à ce problème. »
Le soir, Ségolène Royal était au 20H de France 2.
« Cette année est ratée, elle est perdue pour la France (...). Au fond c'est très simple ce qui s'est passé. Nicolas Sarkozy s'est occupé, et s'occupe encore, plus de lui-même que de la France. Et à un moment ça se paye : le problème c'est que ce sont les Français qui en subissent les conséquences. »
« Nicolas Sarkozy est Président de la République, et on a eu affaire à un candidat perpétuel, reprenant des promesses de campagne - alors même que celles que les Français attendaient n'ont pas été réalisées. »
« La France a besoin de réformes, mais la France n'a pas besoin d'être brutalisée, comme ce qui se passe dans l'Education Nationale. Pourquoi casser, pourquoi brutaliser, pourquoi ne pas réformer avec les gens, plutôt que de réformer contre eux ?»
« J'ai été très choquée quand Nicolas Sarkozy a dit "il y a 15% d'élèves qui sont fichus". J'estime qu'un Président de la République n'a pas le droit de parler comme cela (...). Aucun enfant n'est "fichu", au contraire il faut continuer à leur tendre la main, et à leur donner les moyens de réussir à l'école. »
« J'ai été très choquée aussi lorsqu'il parle de lui-même en disant, à propos d'un futur prochain quinquennat : "je vais quand même pas en reprendre pour 5 ans". On a l'impression que finalement ce qui l'a intéressé c'est d'arriver au pouvoir, que aujourd'hui il s'ennuie, qu'il s'occupe surtout de lui-même : mais la France a besoin de continuer à avancer. La France a du potentiel, la France a besoin de réformes, une autre politique est possible (...). »
« [Sur le RSA] il faut distinguer entre les annonces et la réalisation - la façon dont sont financées les réformes et [la façon] dont elles sont conduites. Ce qui est très choquant dans ce qui a été annoncé hier, c'est que il va reprendre aux gens modestes (c'est à dire aux smicards, qui touchent aujourd'hui la prime pour l'emploi - donc il va reprendre à 4 millions de salariés sur 8 millions) la prime pour l'emploi, pour financer le Revenu de Solidarité Active. Mais c'est tout à fait choquant ! Le RSA doit être financé avec les cadeaux fiscaux qui eux doivent être supprimés. Rappelons quand même que 15.000 contribuables [les plus riches] ont reçu en ristourne 350 millions d'euros ! (...) Ce n'est pas raisonnable de faire cela, et en plus c'est injuste. Je crois moi que les Français sont prêts à accepter des réformes, si elles sont conduites avec eux, si elles sont justes (...). »
« Gouverner c'est à la fois tracer un cap et donner une cohérence. Nicolas Sarkozy n'a donné ni le cap, ni la cohérence. »
« Pour avoir porté une campagne présidentielle et avoir dessiné un autre visage de la France que celui qui nous est proposé aujourd'hui, je suis convaincue que la France a beaucoup de potentiel, que les Français ont envie d'aller de l'avant, de croire en leur avenir (...). »
« Quand un pays est comme ça tiré vers le bas, et qu'on lui fait croire en plus que rien n'est possible (parce que c'est ce qu'a dit Nicolas Sarkozy - il a fait appel aux "chocs extérieurs", à la crise internationale pour expliquer qu'il ne pouvait rien faire) : [il se trouve que] d'autres pays arrivent à s'en sortir, parce qu'ils réforment mieux. »
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Sur le même sujet :
Le micro-crédit en Poitou-Charentes
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Réactions à la grand-messe TV présidentielle
Le matamore
Ségolène tacle Sarkozy
samedi 26 avril 2008
Le matamore
sarkozy à la télé : le best off
« Je rendrai aux français du pouvoir d'achat, en obtenant soit la baisse des prix, soit en tous cas la maitrise de l'augmentation [des prix]. »
(Nicolas Sarkozy, 24/04/2008)
"Maitrise de l'augmentation des prix" : c'est à dire empêcher ou freiner la hausse.
Où se trouve la gain de pouvoir d'achat là-dedans ? La phrase "je rendrai aux français du pouvoir d'achat" n'est rien d'autre qu'une phrase de matamore (et, en l'occurrence, un mensonge). Est-il permis de dire ainsi n'importe quoi ?
Matamore
Faux brave, vantard. => bluffeur, bravache, fanfaron, fier-à-bras.
Faire le matamore
(Le Petit Robert)
« Falstaff emprunte aussi au matamore ses rodomontades et sa couardise sur le champ de bataille » (Wikipedia)
Rodomontade
Action d'un rodomont. => bravade, fanfaronnade, vantardise
« Les chefs se répandent en menaces et en rodomontades » (Duham).
(Le Petit Robert)
Rodomont
Personnage fanfaron. => bravache, fier-à-bras, matamore ; rodomontade.
« Honteux de servir sous des généraux rodomonts » (Bernanos).
(Le Petit Robert)
vendredi 25 avril 2008
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Très sévère réquisitoire de Vincent Peillon après la prestation présidentielle, qu'il qualifie de simple opération de "communication"
Vincent Peillon était ce matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV, en compagnie de Laurent Wauquiez.
« On se tape 2 heures de Nicolas Sarkozy, il n'y a pas une mesure, (...) il y a le RSA financé par la prime pour l'emploi, il faut quand même se rendre compte, c'est à dire : "je vais donner un peu d'argent à ceux qui sont dans le RMI, en le prenant à ceux qui ont les plus bas salaires". Voila la mesure annoncée par un Président pendant deux heures. Le reste c'est "moi je, ma politique etc." Ce que nous venez de dire [Laurent Wauquiez], qui est intéressant d'ailleurs, c'est quelque chose qui était déjà dans la campagne. C'est à dire que le Président a redit hier, et M. Wauquiez vient de le confirmer, ce qu'il nous avait déjà dit il y a 6 mois, c'est à dire "JE demanderai à ce qu'il y ait une négociation" (une négociation vous l'avez bien noté, et pas une augmentation des salaires). Donc au bout d'un moment, ce travail de communication, moi ça me semble être le fond de l'affaire. (...) »
« Est-ce que c'est de la communication, de la pédagogie ("nous sommes des imbéciles", il faut de taper des heures de etc.), ou est-ce que nous parlons des réalités politiques ? Alors si nous parlons des réalités politiques, les réalités politiques d'hier soir, je vais vous dire, c'est simple : il n'y en avait aucune. Il y a un abus absolument incroyable de l'utilisation de la première personne du singulier "je, je, je", il y a un exercice (que l'on a déjà connu dans la campagne) "je suis volontaire, je vais travailler plus etc.", et quand on se dit "quand même dans le fond, on est une grande démocratie, on pourrait se préoccuper étudier les dossiers, apporter des réponses" : il n'y a rien, il y a une mesure, celle que je vous ai indiquée. »
« [à Laurent Wauquiez] Dites aux français que vous n'avez pas de mesures, et que vous faites des discours, et donc vous avez besoin d'occuper beaucoup le temps de parole. »
« La question est : "est-ce que l'on réforme ce pays, et est-ce que l'on essaye d'avoir des résultats, ou est-ce que l'on fait une déconnexion totale entre la politique et les réalités ?" (...) Je trouve que l'on est dans une fantastique comédie. [Sur l'emploi des seniors] il n'y a rien du tout, sur aucun sujet d'ailleurs. »
« Il y a un problème de gouvernance en réalité, il n'y a pas un problème de communication, il [Nicolas Sarkozy] ne fait que communiquer en permanence. Il y a un problème pour le pays de gouvernance. »
« [Sur le RSA] ce que j'ai entendu hier, c'est gravissime. Et j'ai été étonné que les réactions ne soient pas plus vives. Dire "je vais financer le retour au travail des gens qui sont dans l'assistance, en diminuant les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires", alors là pour le coup on marche sur la tête ! Et d'une idée généreuse, on fait, à la fois, un danger social (dresser ceux qui sont sans emploi contre ceux qui sont dans les bas salaires - et on a ça en France depuis des années, "les RMIstes les feignants etc."), et deuxièmement, un échec économique, parce tout le discours (et c'est là que c'est quand même stupéfiant !) : "augmenter les salaires ? Eh ben on va baisser les revenus des salariés les plus pauvres" ! Voila la décision annoncée par le Président de la République hier ! La seule de toute son émission. Donc quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les décisions qu'on prend, il y a un problème. Et je pense que c'est un problème lourd (...). Je ne pense pas que la droite ce sont des gens dangereux, je pense (...) que l'on partage un consensus républicain (...). Là, j'ai une inquiétude pour le pays, je vous le dis. Et quand je vois ce numéro invraisemblable (et que je vois le traitement qu'on en fait) de "je vais", "y'a qu'à", "faut qu'on", "je suis un type très volontaire" : et une mesure, qui est profondément dangereuse, même idéologiquement - je vais dire aux gens qui sont à 1,2 x le SMIC "pour que le type qui est au RMI retrouve un travail, c'est toi qui va payer" ! Vous imaginez ce que ça fait dans la réalité de la vie des gens ? »
Extrait audio de l'émission ICI.
***
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Vincent Peillon
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Réactions à la grand-messe TV présidentielle
(coût 280.000€)
Revue de presse européenne de France Culture
(à noter que cette revue de presse mêle paraphrases et citations littérales)
D'après Der Spiegel (Allemagne)
« Dans l'ensemble, il n'est plus du tout crédible »
D'après BBC (Grande Bretagne)
« C'était moins un discours à la Nation qu'une embarrassante explication d'un mauvais élève devant toute son école, et un mauvais élève qui n'a pas su convaincre, finalement. »
D'après The Times (Grande Bretagne)
« Un an après, Sarkozy est le pire président que la France ait jamais porté »
D'après The Times (Grande Bretagne)
« Le problème de M. Sarkozy c'est qu'il est toujours partout, il papillonne mais finalement ne fait rien. C'est comme son grand show hier à la télévision : il parle, il parle, il parle de tout, mais il ne dit rien, si ce n'est admettre l'évidence : sa baisse de popularité. »
D'après BBC (Grande Bretagne)
« Il n'a pas arrêté de répéter qu'il assumait ses erreurs, mais les français veulent des preuves qu'il est en train de remettre de l'ordre dans tout ça, dans ses affaires privées certes, mais aussi dans ses affaires publiques. Et il est trop facile d'incriminer le contexte international pour le manque de résultats. »
D'après Diario de noticias (Portugal)
« "C'est pas moi, c'est la conjoncture" »
« En général les grands discours de la présidence française à la télévision ont lieu dans des circonstances exceptionnelles. Mais ce temps issu de Charles de Gaulle est révolu. Le Sarkoshow lui a succédé. Voila donc le président français qui utilise qui utilise cette grande messe télévisuelle, non pour annoncer de grandes choses, de grands projets, des choses graves, mais pour faire tout simplement remonter sa côté de popularité, lors d'une cérémonie digne de la cérémonie des Césars. Reste à savoir si la ruse sera suffisante, alors que les couacs du Président (...) se sont multipliés dernièrement, et alors que l'on va célébrer les 40 ans de mai 68 et que les lycéens sont à nouveau dans la rue (...). »
Autres réactions à l'étranger :
« Le contexte n'est pas seul responsable de la désillusion. Si ceux-là même qui l'ont élu doutent désormais de lui, (...) c'est que Nicolas Sarkozy se révèle aujourd’hui si rempli de paradoxes que les français sont en droit de se demander où il les emmène. Et de s'inquiéter. Mitterrand avait ses travers. Mais il avait une vision de la société. Chirac n’a pas laissé un grand héritage. Mais il avait ses valeurs.
Nicolas Sarkozy se félicite d’avoir, en une seule année, réformé la France comme on ne l’avait plus fait depuis Charles de Gaulle. Oui, mais comment ? Quel est son modèle ? L’an dernier, il citait Blum et Jaurès. Aujourd’hui, c’est le modèle américain, celui d’une société de « tous les possibles », qu’il met en avant. (...) Quel est le cap fixé pour remettre cette France debout ? Le fil conducteur de réformes dispersées aux inspirations parfois contradictoires ? Quelle est cette « politique de civilisation » qu’il annonçait à Noël ?
Il est frappant de voir que ce sont les plus grands chantiers qui semblent abandonnés : que devient le rapport Attali, censé doper la croissance ? Et le Grenelle de l’environnement, qui devait guider toutes les politiques publiques ? Nicolas Sarkozy paraît désormais naviguer à vue. »
(Le Soir, Belgique)
« En se contentant de défendre son bilan sans oser de propositions, ses aveux d’erreurs paraissent bien légers pour reconquérir la confiance des Français »
(Le Soir, Belgique)
« Comme lors de sa précédente intervention télévisée, le 29 novembre dernier, il a évoqué une multitude de projets de réformes, au risque de donner une impression de confusion. »
(Le Temps, Suisse)
En France :
« On est plus inquiets après l'émission qu'avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel. Le Premier ministre avait dit qu'il attendait de cette émission une feuille de route. Je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute, qui cumule les aberrations. (...) Il est en train de payer la masse des mensonges qu'il a proférés pendant la campagne présidentielle. »
(Ségolène Royal)
« La modestie affichée risque fort d'apparaître pour de l'habileté. Et la
ténacité pour de l'entêtement. Si c'est le cas, les mois à venir seront
plus difficiles encore pour Nicolas Sarkozy. Et délétères pour le pays. »
(Le Monde)
« Notons qu’il nous a demandé si on préférait “laisser faire” ces “Talibans qui coupent la main des femmes lorsqu’elles mettent du vernis à ongle”. (...) Le Sarkozy d’hier, en plus d’être moins à l’aise que les fois précédentes, a tellement rabâché ses gros arguments, ses grosses formules, que même le populo est fondé à pousser un soupir de lassitude. »
(MC)
Dans un registre plus ouvertement divertissant :
« Nicolas Sarkozy s'est montré convaincant, pédagogue »
(Bernard Accoyer (UMP), président de l'Assemblée nationale)
« Ce fut un moment de vérité comme jamais dans une émission politique »
(Xavier Bertrand, ministre (UMP) du Travail)
« un grand moment pour tous les Français »
(Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement)
***
Sur le même sujet :
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Sarkozy ou l'imposture permanente
jeudi 24 avril 2008
Vincent Peillon fustige une "servitude volontaire" des médias
Au lendemain de l'intervention télévisée du Président, les commentateurs de l'opposition invités dans les médias vont se voir accoler, à l'inverse de ce qui était prévu, des porte-paroles sarkozystes
Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.
Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)
Sur la prestation télévisée du Président de la République :
« Comment on entre dans cette présidence française de l'Europe ? Quel est le réel rapport de la France à la Chine ? Qu'est-ce qu'on pense de la réforme des lycées ? Le Président de la République doit quand même nous dire quel est le sens de son action, parce que aujourd'hui il n'y en a plus. C'est quand même son devoir de nous indiquer, et d'indiquer aux français, ce qu'il compte faire, ce qu'il fait au quotidien, et quelle est sa vision de la France, de son avenir - à un moment quand même où les choses sont pour notre pays très difficiles. Donc espérons que l'on va sortir de ce qu'il a contribué à faire d'ailleurs : l'abaissement du débat public, la peopolisation - on ne parle de rien, on dit n'importe quoi, on se fait interviewer (car il a déjà fait une interview sur le pouvoir d'achat à Noël avec des gens en face, qui étaient des grands journalistes, mais qui visiblement n'étaient absolument pas informés ni des chiffres ni des réalités, et ne relançaient jamais le débat - je crois que la profession entière en a été consternée) : donc est-ce qu'on va avoir quand même, sur les questions de fond, du Président de la République française (donc "que fait la France ?"), un certain nombre d'éléments de réponse. »
Sur l'équité du débat démocratique, sur une "servitude volontaire" des médias :
« Moi je suis très soucieux aujourd'hui d'une forme de servitude volontaire. (...) Il parle ce soir deux heures (...). C'est donc le Président de la République. "Président de tous les français" c'est une vraie question : il dirige les bureaux de l'UMP, on le voit intervenir dans toutes les... C'est aussi un peu nouveau cette pratique. Mais demain, dans toute la journée de commentaires, dans les émissions où nous étions prévus, l'opposition (47%-53%, c'est encore un pays démocratique) : eh bien on nous a collé des porte-paroles de Nicolas Sarkozy. Ce qui veut dire que [deux] heures d'antenne ce soir, et demain on partage, on recommence à partager entre l'opposition et la majorité. On me dit, puisque j'ai eu l'occasion d'injurier quelques chefs de rédaction aujourd'hui pour leur dire "c'est curieux c'est tombé dans la journée", alors je les cite en vrac, et d'ailleurs je vais pas les citer c'est tous, c'est tout le monde. C'est à dire que demain vous verrez, vous aurez (que ce soit sur Europe 1, que ce soit sur France info), ce sera des débats, où nous aurons, nous l'opposition, Madame Morano, Monsieur etc. : "envoyez les ministres de Sarkozy". Je trouve que, si vraiment ce n'est pas l'Elysée qui a passé des coups de fil, il y a aujourd'hui dans ce pays un petit problème qui est en train de s'installer sur ce que signifie un espace public, les droits de l'opposition, et la possibilité de converser. (...) Moi j'étais prévu (avant que même lui [Sarkozy] ait changé sa date) [pour] des invitations où vous êtes seul, où on vous colle d'autres gens qui viennent soutenir le Président de la République qui a parlé [deux] heures, et je vais vous dire une chose. Je suis ce que je suis. Mais quand vous devez argumenter deux minutes (vous avez vu déjà la difficulté), et que vous avez Madame Morano en face, c'est quand même fait (parce que Nicolas Sarkozy sait ce qu'il fait) pour qu'il n'y ait pas de débat intellectuel et de débat sur les faits. (...) [Nadine Morano] a quand même expliqué que nous étions le "parti des assassins", dans quel pays on vit ? Elle a été nommée ministre après des propos de cette nature ! Donc il faut commencer à dire les choses, moi j'irai d'ailleurs dans toutes ces émissions demain pour soulever ce problème, en demandant pourquoi aujourd'hui il y a, dans un pays où vous avez 53-47 (plus l'appréciation des français aujourd'hui), 95-5% de droite, je trouve qu'il faut commencer à le dire. »
A lire aussi :
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance" (25/04/2008)
Vincent Peillon, tel un phare (24/04/2008)
Le blog de Vincent Peillon
Vincent Peillon
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mardi 22 avril 2008
Vincent Peillon, tel un phare
L'ancien pédagogue renoue avec son métier de jeunesse pour éclairer la difficile situation actuelle de la France
Durant la campagne présidentielle, deux personnes se distinguèrent tout particulièrement dans l'équipe de Ségolène Royal. De par leur authentique force de conviction, alliée à une abnégation personnelle rare ; de par leur sérieux et leur honnêteté manifestes ; de par leur grande pénétration d'esprit, alliée à une évidente élévation morale ; bref de par leur humanité vertueuse et rayonnante : Jean-Louis Bianco et Vincent Peillon suscitaient à chacune de leurs interventions des réactions enthousiastes et admiratives.
Agrégé et docteur en philosophie, député de la Somme de 1997 à 2002, actuellement député européen, Vincent Peillon s'est exprimé hier dans l'émission le franc-parler (France-Inter / iTELE). Au delà de l'imbroglio de la situation politique actuelle, il analyse et éclaire plus d'un an de vie politique française, dressant au passage un sévère bilan de la première année de gouvernance sarkozyenne.
Extraits.
Vincent Peillon au Franc-parler partie 1
Sur la gouvernance de Nicolas Sarkozy (à 2'43) :
« Derrière la mauvaise gouvernance de Nicolas Sarkozy, les erreurs qui sont les siennes et qui sont évidentes, la situation du pays qui n'est pas bonne, je m'inquiète beaucoup parce que je garde le souvenir d'avril 2002, je regarde ce qu'ont été les 5 ans de gouvernance, déjà, de M. Sarkozy, avec M. Raffarin, avec M. Chirac. Et je me dis que la vraie question - pour nous en tous cas, pour ceux qui sont intéressés par la vraie responsabilité politique (pas celle du commentaire), celle de l'intérêt général et de l'action efficace au service de tous - la vraie question c'est comment on fait dans ce pays demain pour faire les réformes dont nous avons besoin, et remettre je dirais un peu de sagesse, un peu de raison, au cœur de cette vie publique. »
Sur "l'illusion Sarkozy" (à 3'24) :
« Pendant la campagne présidentielle, (...) il me semblait déjà que nous** devions savoir qui était Nicolas Sarkozy. Lorsqu'il faisait campagne (contre d'ailleurs les principes républicains, puisqu'il était en responsabilité [Ministre de l'Intérieur]), au moment où on faisait la loi sur la solidarité et le renouvellement urbain, pour dire "il faudrait 20% de logements sociaux"... Lorsqu'il avait fait, comme Ministre des finances, un parcours absolument calamiteux... Y compris d'ailleurs déjà sur la question du pouvoir d'achat et des prix. Lorsqu'il avait commencé comme Ministre de l'Intérieur par faire une loi contre les prostituées, les jeunes en bas des cages d'escalier, et les mendiants... J'avais mesuré le danger de ce personnage. »
** Ce "nous" est un chef-d'œuvre de délicatesse et de sous-entendu : il englobe poliment la classe journalistique, sous-entendant que celle-ci n'aurait peut-être pas fait convenablement son travail durant la campagne présidentielle...
« Ce qui m'inquiète beaucoup plus - comme au 21 avril 2002, où un
homme qui avait bien gouverné, Lionel Jospin, s'est retrouvé derrière
le Front National - c'est que j'ai eu l'impression que dans ces
mouvements extrêmement rapides de l'opinion (qu'on nous demande
d'ailleurs toujours de commenter), eh bien nous ne revenons pas à nos
fondamentaux, qui sont réels pour la France (une croissance très
faible, une précarité qui s'accroit, des difficultés dans notre système
scolaire) et que toutes ces questions ne sont pas abordées avec
suffisamment de raison. »
« Si vous pensez à l'"ouverture", je ne crois pas que ce
soient des hommes de gauche. Je crois que ce sont des opportunistes -
et nous en avons, puisque nous sommes devenus une gauche qui gouverne,
et donc nous attirons à nous un certain nombre de gens qui sont assez
peu vertébrés, et plus intéressés par les fonctions qu'ils pourraient
exercer que par leurs convictions. »
« Le fond de la réflexion pour nous, après trois
présidentielles perdues, c'est comment, en responsabilité devant un
pays qui va mal, nous faisons un travail qui permet que la prochaine
fois nous gagnions. »
Sur la question de l'immigration et de la régularisation des sans-papiers (à 9'35) :
« Nous allons avoir la présidence européenne (je siège à la commission des libertés). Un
des grands projets du Président de la République, c'est de faire la
leçon à tous les autres européens, et en particulier à ceux qui ont
régularisé - les espagnols ou les italiens - pour leur dire "vraiment ce que vous faites est scandaleux et vous nous obligez à accueillir toute la misère du monde".
C'est à dire il va faire des moulinets avec ses petits bras sur la
scène européenne comme il cherche à le faire ici. C'est détestable et
ça nous fait honte, au plan européen. D'ailleurs il ne sera
pas entendu du tout, et les questions seront réglées avant qu'il
devienne Président de l'Europe. Alors moi je dis c'est cet état
d'esprit qu'il faut changer. Et donc qu'on se comprenne bien : je ne
suis pas dans une hypocrisie qui consiste à dire "les critères ça va être : un, deux, trois [les quotas]"
- et puis surtout quand le type est déjà en train d'enjamber la fenêtre
avant de se suicider - (...) (ça me rappelait du Jacques Prévert avec
sa "Chasse à l'enfant"
en ce moment, on a des cas extrêmement douloureux) : ce n'est pas digne
de la France. Ce n'est pas digne d'un pays comme le nôtre. Je pense à
des régularisations qui sont importantes, mais qui demeurent sur
critères. »
Sur l'Education Nationale (à 11'41) :
« Nous n'avons jamais pensé qu'il ne fallait pas réformer en profondeur l'Education Nationale, qui est un système en France qui 1. reproduit les inégalités - de façon massive ; 2. nous donne un certain nombre de jeunes sans qualification à l'issue du système scolaire ; et 3. provoque chez les jeunes de la douleur, de l'angoisse, beaucoup plus que dans les autres pays. Donc il ne faut pas simplement toujours parler de quantité, mais faire une réforme qualitative. (...) Et quelle est la grande difficulté face à laquelle se retrouve Darcos ? Là on le sent bien dans cette affaire, et plus globalement dans la politique de Nicolas Sarkozy. C'est que dans le fond, Darcos dit "je supprime 10.000 ou 11.000 postes" (en réalité le Président lui en demandait 20.000), mais qu'en contrepartie il n'a pas le projet suffisant, pour emmener les uns et les autres vers un projet scolaire. On a construit la République autour de l'école, c'est comme ça ; ici en France, on n'a pas de religion civile. Donc on a l'école de la République : il faut y faire très attention. »
« L'école ce n'est pas simplement des stylos, ce n'est pas simplement un budget : c'est un "esprit public", comme disait Condorcet. Et lorsqu'on veut la réformer en profondeur (...) il faut tenir un discours des valeurs, un discours du projet. Et c'est là que vous le voyez : on a l'impression qu'ils font une réforme purement comptable. La question n'était pas réellement les postes. La question c'est : "pour quoi faire ?" »
Sur les socialistes (à 13'58) :
« Je trouve - je vous dis mon sentiment - que le gouvernement Jospin (il faudrait être très précis après) a bien gouverné globalement, de 1997 à 2002. (...) Il y avait un autre état d'esprit, sur la justice, sur un certain nombre de sujets. A partir de 2002 on [les socialistes] est tombés, après ce drame terrible, dans cette espèce de... Les socialistes de 2002 et de 2007 (j'ai démissionné en 2002 en désaccord avec François Hollande sur la conduite qui était la sienne du parti - j'étais le porte-parole à l'époque) n'ont pas fait le travail qu'ils devaient faire. »
« Si j'ai soutenu Ségolène Royal, c'est parce que je pense (et je continue de le penser) que dans la campagne de 2007, elle est celle qui a commencé à dire les choses, et à poser l'exigence d'une refondation politique qui sera d'abord une refondation intellectuelle. Car je suis toujours très amusé de voir tout le monde prendre des airs très supérieurs par rapport à Ségolène Royal (...). Mais dans le fond, moi qui ai été chargé des études pendant des années, qui ai dirigé les groupes d'experts de Rocard, qui a été la "plume" de tous les derniers candidats : la seule qui a avancé quelques idées nouvelles dans le débat public depuis quelques années, c'est elle. Et je pense que nous allons devoir poursuivre dans cette voie, j'espère tous ensemble - je trouve d'ailleurs (...) la "déclaration de principe" un bon point - et j'espère qu'on ne gâchera pas 2007-2012 comme on a gâché 2002-2007. »
Vincent Peillon au Franc-Parler partie 2
Question : c'est quoi une politique fiscale de gauche ? (à 0'40)
« C'est extrêmement simple. (...) Derrière tous nos discours (justice sociale, égalité), nous sommes un des pays les moins redistributifs des pays de l'OCDE (à qui on fait la leçon en leur disant "vous êtes des libéraux"). "Redistributifs" : ça veut dire que chez nous les riches gardent leur argent pour eux (puisqu'on a une fiscalité indirecte - TVA etc. - énorme), et que vers ceux qui sont défavorisés, nous donnons assez peu d'argent. Eh bien il faut refaire - ce qui était le projet (dans le fond ce n'est pas révolutionnaire) des radicaux, Joseph Caillaux... - un grand impôt progressif. Je le propose depuis des années, cela avait d'ailleurs été adopté (avec certaines réserves de DSK, malheureusement) dans le programme présidentiel [de 2007]. Refondre ensemble l'impôt sur le revenu (qui rapporte très peu de chose aujourd'hui), la CSG (qui n'est pas progressive), et on pourrait même rajouter la fiscalité locale, pour avoir un grand impôt progressif et clair, en supprimant les niches fiscales. Cela ferait une fiscalité plus moderne, et une fiscalité progressive. (...) »
(Vincent Peillon illustre ensuite son propos avec plusieurs exemples précis d'injustices flagrantes, de par l'actuelle organisation fiscale)
« Et on a pas réformé cela depuis des années. (...) On
a un système qui marche sur la tête et on a quoi ? - c'est là que
naissent les Sarkozy, le poujadisme, notre vieux penchant pour le
boulangisme, le bonapartisme etc. C'est que les gens disent "la République nous ment !" C'est ça la colère des gens. "Vous nous dites égalité, vous nous dites fraternité, mais ce que l'on constate c'est pas ça". Et on se dit "bon, c'est des grognards...",
mais la réalité, c'est qu'effectivement il y a beaucoup de problèmes
comme ceux que je viens de citer. Il faut les résoudre, et je pense
(cela va être un grand débat avec les socialistes, j'en ai encore parlé
avec Ségolène Royal mercredi) : nous ne pourrons pas nous en sortir
sans une grande réforme fiscale. Ce que l'on a jamais voulu faire.
(...) Il faudra, dans le fond à budget constant, financer d'autres
dépenses : la façon de faire ce sera de jouer bien entendu sur la
fiscalité.
La responsabilité du Président de la République (à 9'14) :
« Le sujet sérieux (...), c'est que Nicolas Sarkozy n'a pas pris la mesure de la responsabilité qui était la sienne par rapport à la politique de la France. Nous avons un échec extrêmement dur (que nous payons, comme souvent, au carré) de ses premières décisions économiques. Et d'ailleurs, quand on regarde sa politique, on ne sait pas très bien quelle est sa politique économique et sociale aujourd'hui. Et dans ce contexte, extrêmement difficile (contexte européen, contexte multilatéral), les décisions du "paquet fiscal" (mais globalement toute cette politique économique de ce moment-là) sont extrêmement mauvaises. Le peu de marge de manœuvre qu'on avait, on ne l'a plus. Et cela participe de cette inquiétude des français. (...) Vous savez 15 milliards d'euros c'est une somme absolument considérable quand vous regardez nos marges. »
La responsabilité de la droite depuis 2002 (à 10'20) :
« L'affaire se joue avant (...). C'est vrai que jusqu'en 2001, Lionel Jospin a bénéficié d'un contexte international qui était bon. Mais en même temps, nous faisions la course en tête des autres pays européens (car il faut toujours se comparer par rapport aux autres, pas dans l'absolu). Et depuis 2002 (les erreurs de politique économique ne datent pas que de 2007), depuis 2002 nous n'avons pas préparé la France (par les investissements dans la recherche, par les investissements dans l'innovation, par la réforme de la fiscalité) nous n'avons pas préparé la France aux chocs. Et alors lorsque Sarkozy arrive - tributaire sans doute de ses promesses de campagne inconsidérées - le peu qui restait encore il le dilapide d'un coup. (...) C'est ce qui justifie je pense l'opinion profonde des français. Parce que la grande affaire, elle est jamais tellement "où j'en suis" : c'est "où j'en serai demain ?". C'est l'affaire du "descenseur social". (...) Or la promesse de la campagne était : "on va peut-être se retrousser les manches, ça va être dur les petits gars, mais on va y arriver on va faire quelque chose". On ne fait rien. On ne fait rien, et les perspectives pour les gens sont d'autant plus inquiétantes. »
La réforme (à 14'55) :
« Ce pays a besoin de réformes. Le problème (et d'ailleurs les théories de la justice le disent), c'est que les réformes elles doivent être acceptées par les gens. Pour qu'elles soient acceptées par les gens il faut que les gens considèrent que les efforts qu'ils ont à fournir sont légitimes, et donc, justes. »
Vincent Peillon au Franc-parler partie 3
La réforme - suite (à 01'58) :
« Je crois que la réforme est nécessaire, elle doit être courageuse, y compris sur la question des fonctionnaires, mais surtout elle doit être juste, on doit pouvoir l'expliquer, et montrer où on va ! Parce que excusez-moi, si vous êtes capable de me dire où va Sarkozy ! »
« On parlait de Mendès-France tout à l'heure, le "contrat" de Mendès (...) : lui toute sa politique est fondée [dessus], dès le départ (et d'ailleurs, cela concernerait beaucoup de candidats au poste de 1er secrétaire du PS). Pourquoi vouloir un poste si on ne dit pas pour quoi en faire. Il faut dire très clairement aux français (et souvenez-vous le renoncement de Delors) : "la France a besoin de cela". "Est-ce que vous êtes prêts, à cela ?" Les partenaires syndicaux, les français, les grandes associations. C'est là que nous en sommes, et c'est ça que la gauche doit faire pour 2012. »
L'identité nationale (à 2'25) :
« Je pense que c'est juste de débattre de l'identité nationale, simplement on a pris tous les mauvais critères, dans [par] la bouche de Nicolas Sarkozy. C'était, dans le fond, la haine de l'autre, alors qu'il y a une vraie question d'identité nationale qui se pose à la France. Autrement dit : "est-ce que nous serons capables de rayonner tant que nous ne nous aimerons pas nous-mêmes ?" "Et qu'est-ce que nous faisons pour nous aimer nous-mêmes ?" Regardez, nous et la question européenne, c'est exactement ça. "Et est-ce que nous aimerons nous-mêmes, en continuant d'être dans la stigmatisation de ce qui fait notre diversité, jour après jour ?" »
L'échec de 2007 (à 4'38) :
« Un des grands ratés de cette élection présidentielle, c'est de ne pas avoir été capables de coaliser tous les gens qui, sans se sentir étiquetés ici plutôt que là, voulaient une France plus moderne, plus généreuse, qui ne renonce ni à la performance économique ni à la justice sociale, ni à la laïcité - et cela va quand même un petit peu au-delà des rangs du PS. »
La Chine / la politique internationale de la France (à 7'50) :
« On le sait, dans ces questions qui sont des questions de rapport de force, il faut choisir une ligne, et s'y tenir. (...) Là on passe d'une hystérie à une autre, on voit un gouvernement (j'ai fait des débats avec les uns et les autres) qui change de position suivant les plateaux (...). Au final je pense que les chinois vont finir par s'amuser. (...) Tous ceux qui pensent que c'est dans la complaisance, dans les pactes, en passant sous la table, que l'on arrive à se faire respecter de ceux qui sont à la fois des concurrents et des amis, se trompent. C'est curieux d'ailleurs parce qu'ils le font généralement assez peu au bureau de l'UMP, quand je regarde leurs mœurs entre eux : ils devraient faire la même chose dans les relations internationales. Je dois dire que la politique internationale du président Sarkozy est aussi une curiosité, quand même, depuis qu'il est en fonction. Et là encore on ne comprend pas très bien qui sont nos amis - d'abord on est amis avec tout le monde (surtout si on peut leur vendre des choses), et on comprend plus très bien quelle est la politique de la France. C'est un peu ennuyeux. »
« Les discours de M. Sarkozy, d'abord très fermes, puis (...) il nous dit "je verrai quelle sera mon attitude" - entre parenthèses, la Chancelière allemande comme le premier Ministre britannique se sont déjà exprimés sur leur présence ou pas [à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin] - donc on ne comprend plus rien, maintenant on nous envoie Raffarin qui n'est quand même pas n'importe qui, c'est un ancien 1er Ministre de la France aspirant à la présidence du Sénat qui va porter les petits messages aux chinois... Donc tout ça contribue à notre décrédibilisation européenne. Je vous annonce d'ailleurs - on ne l'avait pas suivi**, c'était encore la période d'euphorie pour Sarkozy quand il est venu parler devant le Parlement européen : c'est le seul Président de la République qui a failli se faire siffler, tellement son discours était absolument insensé, et nationalo-poujadiste - en donnant des leçons à tout le monde***. »
** Délicat sous-entendu de Vincent Peillon : comprendre « dans les médias ». Quelle politesse envers ses hôtes journalistes !
*** Et sifflent les oreilles de Henri Guaino.
« Malgré le talent du secrétaire d'Etat Jean-Pierre Jouyet,
nous n'entrons pas dans une présidence française où tout le monde nous
regarde en disant "ça va être une grande présidence, et quel grand Président ils ont, et puis on sent son attachement à l'Europe"
: non. Je voyais d'ailleurs, (...) sur la commission libertés, ils
essayent de faire passer le maximum de textes avant que nous prenions
la présidence, en se disant "on sait pas où on va avec les français". »
Sur le Parti socialiste (à 11'56) :
« Je pense que aujourd'hui le Parti Socialiste a besoin d'avoir Ségolène Royal à sa tête, [avec] autour une équipe de gens de talent, ce n'est pas interdit, et pas seulement des candidats putatifs. Je pense qu'il faut l'aider dans sa tâche, la tâche qui est la sienne (j'ai aidé de la même façon Lionel Jospin, j'ai aidé tous ceux qui étaient en situation), ça me semble essentiel, et je ne désespère pas - d'ailleurs je crois que les choses avancent bien - de convaincre Pierre [Mauroy] que c'est la bonne solution pour notre famille politique et pour la France. »
Sur François Hollande (à 12'50) :
« Je lui fait toujours le crédit de vouloir, bien entendu, l'intérêt de sa famille politique, et donc j'espère que comme dans la présidentielle, il sera à nos côtés dans les phases qui vont s'ouvrir maintenant. (...) Il faut que cette famille se rassemble autour d'un projet et d'une ambition collective. »
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Quelques précédentes interventions de Vincent Peillon :
Vincent Peillon - "Face a nous" - Public Sénat (30 janvier 2008) - vidéo
Sur Nicolas Sarkozy :
« En réalité, ce qui est quand même tout à fait étonnant, c’est qu’un Président de la République soi-disant prêt, élu il y a seulement six mois - ce n’est même pas le "second souffle trois ans après" que l’on recherche - soit obligé de demander à une commission [Attali] comment régler les problèmes et que cette commission lui fasse un tas de propositions dont certaines d’ailleurs (pensez à l’immigration) sont en contradiction avec les propos et les attitudes du président : on se dit que l’on est quand même drôlement gouvernés. »
« Il y avait ce thème de dire "Nicolas Sarkozy est prêt". Mais il n'était pas prêt du tout à gouverner ! En 6 mois les décisions qu'il a prises sont de mauvaises décisions économiques, et que nous allons payer et que nous payons d'ailleurs déjà directement. »
Sur le Parti socialiste :
« La première chose que va devoir faire une gauche moderne, c'est dire aux français comment on peut retrouver de la compétitivité, de la croissance, tout en réduisant [les] inégalités. »
« J'appelle ça la parthénogenèse (...) : vous savez c'est quand on se divise, et puis on se divise encore. Les courants, qui étaient déjà l'expression peut-être d'un pluralisme au sens noble mais aussi d'une division parfois, se sont eux-mêmes divisés, et aujourd'hui on a beaucoup d'individus, qui ne sont même plus des courants. C'est trop petit. (...) On a évidemment un travail de reconstruction. Et dans ce travail de reconstruction, on a un travail, évidemment, de cohérence collective, d'amitié, ça passe par un certain nombre de décisions qui viendront après les municipales. »
Sur Ségolène Royal :
« Je pense que quand on fait de la politique, on la fait avec tout ce que l'on est. Et je pense que si Ségolène Royal, par rapport à ce dont vous me parlez [sa minute de commentaire sur sa vie privée, dans une émission de Drucker], finalement, a un rapport aux français un peu différent, c'est aussi parce qu'elle fait de la politique avec sa personne totale, comme tous les grands politiques. »
Sur le poste de 1er secrétaire du PS :
« La question qui se pose pour moi aujourd'hui, c'est "est-ce que nous allons être capables de gouverner à nouveau". C'est ça la question de fond du Parti socialiste. Alors vu les institutions de la Vème République - le quinquennat, l'inversion du calendrier - il me semble que ce serait une faute d'installer à la tête du Parti socialiste quelqu'un dont le critère de sélection serait "il ne peut pas être celui que les français choisiront demain". Mais même, une contradiction absolument invraisemblable. (...) Je pense que nous avons besoin d'un leadership fort. (...) ça compte le rapport à l'opinion. (...) Si nous voulons éliminer du leadership [du Parti] socialiste, parti de gouvernement de la gauche, tous ceux qui aujourd'hui ont un rapport à l'opinion, alors nous sommes en train de creuser notre propre tombe. »
Sur la laïcité :
« Je suis très attristé du rapport de Nicolas Sarkozy à la religion, à la laïcité, et plus globalement à la France. C'est à dire que dans le parcours qui va des moutons égorgés dans la baignoire, à la danse du ventre, le préfet musulman, ou aux récentes déclarations, je vois quelqu'un qui d'abord flatte des clientèles, les unes après les autres (l'électorat musulman, l'électorat juif, l'électorat catholique) ; c'est une façon de faire que je n'aime pas, qui ne me semble pas bonne pour l'unité nationale. (...) Il n'est pas "un homme politique" - je sais qu'il reçoit Merkel au congrès de l'UMP, il passe sa vie à l'UMP : il est le Président de la République, et de tous les français. Ça a du sens quand même. Et dans le rapport que l'on a à un certain nombre d'instances religieuses, c'est quand même une première [sa présence au dîner du CRIF] - c'étaient les 1ers Ministres qui y allaient, pour d'autres raisons. Donc je ne crois pas qu'il faut traiter nos institutions, en tous sujets (diplomatie, rapport aux religions), comme des choses secondaires. (...) Il y a eu cette affaire du "curé et de l'instituteur". Je pense profondément (mais je le pense depuis longtemps), et notre responsabilité est collective, que Nicolas Sarkozy ne vient pas pour résoudre la crise de l'identité nationale française (qui est profonde, qui nous a amené hier Le Pen, qui nous amène nos difficultés en Europe, qui nous amène ces inégalités sociales croissantes) : il est, d'une certaine façon, l'exaspération de cette crise. Avec dedans, des mouvements profondément irrationnels. Et il fait, quand il fait cette apologie des religions, il fait l'apologie de l'irrationnel au cœur de la République. Je n'ai jamais vu que l'irrationnel entraine de bonnes choses pour un corps politique. Donc je suis inquiet de cette dérive. »
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En novembre dernier, Vincent Peillon développait ses idées sur la réforme des régimes spéciaux :
La réforme des régimes spéciaux n'est qu'une goutte d'eau (12 novembre 2007)
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Le Oui-Non - Vincent Peillon (06 juin 2007)
Sur le Parti socialiste (à 2'28) :
« Je pense qu'aujourd'hui la première chose qu'il faut faire, c'est ouvrir ce Parti socialiste. C'est à dire que le processus ne peut pas être un processus traditionnel de congrès qui enquiquine tout le monde (je viens d'en faire deux et je les ai perdus, ça n'a pas permis la rénovation), parce qu'à ce moment là tout le monde se met en position de légionnaire, et on ne bouge plus parce qu'il y a des enjeux de pouvoir. (...) Il faut un travail de refondation, du même ordre que celui qui avait été fait au moment du cycle d'Epinay. »
Sur le pouvoir sarkozyen (à 7'15) :
« ça a été un discours populiste, qui a amené beaucoup de gens à se tromper. (...) Toujours faire le contraire de ce que l'on dit. On nous explique que l'on est pour le travail, et c'est immédiatement le capital que l'on va défiscaliser. On nous explique qu'on est pour l'ouverture, et on passe sa vie à injurier avec une grossièreté sans pareille ses adversaires républicains. C'est la technique de Nicolas Sarkozy. Et c'est l'amitié encore entre les pouvoirs médiatique, financier et politique. Moi j'appelle à l'entrée en résistance. »
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PEILLON "APARTE" (22 mai 2007)
Sur la refondation idéologique du PS, sur le NPS :
Question : Est-ce que quand même vous n'avez pas perdu cette bataille là : à la fois de l'idéologie et puis de la modernité ? (à 12'20)
« Je le crois, c'est pour ça que j'avais créé en 2002 le Nouveau Parti Socialiste (NPS), et nous avons été bloqués par une alliance de tous les conservatismes. (...) Vous savez que Lionel Jospin n'a pas été présent au second tour [en 2002] : on s'est dit "il y a quelques problèmes dans la société". On les avait posés. Ces problèmes c'était par exemple ce que Sarkozy appelait la valeur travail ; c'est à dire déjà, le débat entre ceux qui sont dans le travail et ceux qui étaient dans l'assistance. C'était la question républicaine. Vous avez vu que Sarkozy nous a expliqué que le mérite était une valeur de droite. [En fait] toute la République française s'est construite autour du mérite, mais qui était une valeur de gauche : à droite c'était l'héritage. Donc il y avait cette bataille idéologique qui était engagée, et nous [le PS] on était en train de faire marche arrière. Donc il fallait mener la bataille culturelle, la bataille idéologique, sur nos valeurs. »
Question : Et vous n'avez pas pu, vous n'avez pas réussi, le NPS.
« Non, on a échoué deux fois, on a fait deux congrès, vous le savez peut-être, et deux fois nous avons échoué, avec mon ami Montebourg, avec beaucoup d'autres qui nous entouraient, eh bien on a mené ces combats là et on a échoué. »
Question : Qu'est-ce qui s'est mal passé [au PS pour l'élection présidentielle] ? (à 17'05)
« Je crois que, finalement, un certain nombre de dirigeants n'arrivaient pas à accepter l'idée que ce soit Ségolène Royal qui les représente... Mais en réalité ce n'est pas seulement "Ségolène Royal", c'est "quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes"... (...) Vous savez on lit dans le journal "un tel, fabiusien", "untel, proche de..." C'est même plus des individus, c'est même pas des députés... Ils sont cela : mais c'est "proche d'untel"... Donc c'est complètement cartélisé, et ça finit par donner ce que l'on a vu et c'est tout à fait dommage. »
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Ne pas manquer la façon dont Vincent Peillon analyse l'"ouverture" sarkozyenne ("Mots Croisés") :
Peillon sur « ouverture-à-la-Sarkozy » (mai 2007)
« On a autour de nous [dans nos métiers] des gens qui sont moins structurés que les autres, qui traversent des périodes difficiles, qui s'inquiètent de leur avenir. Et nous ne passons pas notre vie à les favoriser, à les mettre en avant, à leur téléphoner pour leur proposer d'aller dans le sens qui est disons celui de leur mauvaise pente. Et le sentiment que j'ai eu (parce que d'autres ont été appelés par Nicolas Sarkozy, ils me l'ont dit), c'est que Nicolas Sarkozy a passé 10 jours à appeler toutes les personnes susceptibles de trahir leur camp, en se disant "un gouvernement de traitres" - et "on ne négocie pas sur le fond" je viens de le dire - "ça ferait quand même un bon gouvernement d'ouverture pour les législatives". Je trouve que cela dénote un trait psychologique chez Nicolas Sarkozy que personnellement je n'apprécie pas. »
Peillon Finkielkraut Immigration Identité (mai 2007)
Vincent Peillon : "mauvais gagnants" (mai 2007)
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L'actualité que commente ici Vincent Peillon est passée depuis plus d'un an : on peut apprécier rétrospectivement sa parfaite lucidité.
Vincent Peillon sur LCI (19 janvier 2007)
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Vincent Peillon dans Mots Croisés (décembre 2006)
Vincent Peillon cernait de façon admirable le personnage Sarkozy alors Ministre de l'Intérieur (à 10'15) :
« Depuis 2002, il est le n°2 du gouvernement de la France, et le président en cours de législature du plus grand parti. Donc il dirige la France. Il a été Ministre des Finances, Ministre de l'Intérieur [déjà] une fois, etc. Et on fait comme si il n'avait exercé aucune responsabilité, et lui-même fait comme si d'ailleurs il allait bientôt peut-être commencer à exercer des responsabilités. ça c'est la première chose qui me sidère, par rapport à la conception de la responsabilité politique (on est quand même une grande démocratie), ou de sa modernité ! Il y a quelque chose de stupéfiant. »
« La deuxième chose qui est étonnante : (...) Sarkozy il est intéressant parce qu'il veut de l'action. Et on se dit "ça c'est formidable ! Ce pays est léthargique, endormi, on veut agir". Mais comme il est n°2 du gouvernement, il agit depuis 2002 ! Il agit sur des sujets majeurs ! Qu'il a d'ailleurs lui-même mis en avant. L'immigration, la sécurité, quand il était Ministre des Finances les prix ! Il a fait aussi la Corse... Et regardez bien. Chaque fois qu'il agit : il échoue ! Il fait des leçons à tout le monde, mais sur tous les sujets de son action : c'est l'échec. (...) »
« J'aimerais qu'on revienne (en tous cas si on veut une belle élection démocratique pour les français) aux vrais sujets : quelles sont les responsabilités de ce monsieur ? Qu'est-ce qu'il nous a annoncé (les promesses qu'il a faites) ? Partout où il passe en France - vous avez vu en Seine Saint-Denis, il allait mettre des policiers partout ! On découvre qu'il n'y en avait pas. Je me souviens à Pau, avant qu'André Labarrère meure. (...) Il me dit : "Jamais ce monsieur ne devra être Président de la République. Il est venu au moment où il y avait des incidents terribles à Pau, avec des jeunes qui sont morts. Il est venu avec toutes les caméras, il a dit « je vais vous faire un nouveau commissariat » : il n'est jamais revenu, et il n'y a rien eu à Pau". »
« Je crois qu'en l'occurrence il y a un vrai problème démocratique. Je l'ai vécu avec TF1, je l'ai vu en 2002. Moi je veux dire les choses telles qu'elles sont. De quoi parlait-on tout à l'heure : "le nouveau Nicolas". "Nicolas", il est Ministre de l'Intérieur de la France depuis 2002, sur une priorité à la sécurité. Est-ce que c'est une réussite?»
Un rappel à la dignité (à 34'30) :
« Tout est nouveau ce soir, sauf la façon de dresser [les] attaques. (...) Laurent Wauquiez (...) attaque Ségolène Royal sur (...) son voyage en Israël et avant au Liban, en disant "elle a laissé un député du Hezbollah s'exprimer" : l'ambassadeur de France, très proche de votre Président de la République, dit exactement la même chose qu'elle. Faites attention ! Tout n'est pas permis en politique. (...) Si vous voulez incarner une France qui serait digne, et pas en train de faire des polémiques quand effectivement une candidate à la présidentielle est à l'étranger. Je ne sais pas si vous avez regardé la presse israélienne ce matin. Pas un mot sur cette question dans la presse israélienne ! Uniquement dans les cercles de l'UMP qui débattent entre eux ! »
Sur Ségolène Royal, sur la notion de mérite (à 44'00).
Sur les émeutes de décembre 2005 (à 1h03'40) :
« J'ai pensé que Nicolas Sarkozy avait une part de responsabilité considérable par ses propos maladroits dans ces émeutes, et je suis député européen : je pense que dans n'importe quel autre pays d'Europe on aurait demandé la démission d'un Ministre de l'Intérieur qui injuriait** les gens vis à vis desquels il devait exercer une autorité. »
** Vincent Peillon était encore sans doute loin d'imaginer qu'un Président de la République allait insulter un simple quidam au détour d'une allée...
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Mise à jour 25/04/2008
Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.
Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)
Sur la Déclaration de principes du PS, sur l'origine du socialisme en France :
« (...) En 1905 il faut unifier le mouvement socialiste, et à ce moment là, Jean Jaurès cède à Jules Guesde,
il cède en termes de doctrine, et depuis un siècle nous ne sommes plus
dans un socialisme français, en termes de théorie et de discours, mais
dans un socialisme allemand, comme il le disait lui-même, comme
d'ailleurs Léon Blum le disait dans la Revue Blanche avant. »
« Et celui qui a rédigé cette Déclaration de principes
que vous évoquez, c'est Alain Bergounioux, qui [a] fait un livre
remarquable pour expliquer que si le socialisme français a été
incapable depuis 1905 de se refonder, c'est précisément parce que à
chaque fois, il n'est pas revenu sur cette blessure de mémoire, cette
amnésie qui s'est produite en 1905 et qui fait que Jaurès, Blum, Daniel Mayer, Mendès-France
: ils ont tous échoué. Il fallait revenir à ce moment et oser dire ces
choses (qui sont en train de se dire, qui se disent dans le monde
intellectuel depuis longtemps, et qui enfin arrivent, grâce à Alain et
je l'en remercie, au Bureau national et au Parti Socialiste. (...) Et
donc notre "surmoi marxiste", absolument incroyable, a dominé
totalement le socialisme français (y compris celui de François
Mitterrand dont nous connaissons quand même la trajectoire, et dont
nous avons vu la pratique politique). (...) Nous avons eu un grand
écart [entre les] discours et les actes, qui est la plaie même, non
seulement du socialisme français, mais de la France. »
« Car
la France, elle est, dans le fond (et on a le même problème avec
Sarkozy), habitée par une blessure, qui fait que la plupart (y compris
des libéraux) ne connaissent pas la propre histoire de ce qu'a été le
républicanisme français, l'individualisme républicain et socialiste,
qui était, je le redis, dès le départ "pas étatiste" (...), [mais]
individualiste, (...) profondément réformiste. (...) Elle est ce
qu'elle est cette Déclaration : c'est un acte historique
majeur, c'était d'une extrême difficulté à faire, et il fallait toute
l'intelligence technique, tactique, historique, philosophique de mon
ami Alain Bergounioux pour y arriver, et donc je m'en réjouis. »
« On méprise trop souvent le poids des idées en politique, c'est très important, et ce qui a gêné les socialistes c'est précisément (et je pense depuis des décennies comme je on le disait tout à l'heure) de ne pas avoir clarifié leur discours. Je pense que [cette Déclaration de principes] est un élément fort d'une maturation qui a lieu dans la société, qui a lieu chez les intellectuels (le mur de Berlin s'est écroulé, le libéralisme - en tous cas économique - ne donne pas toute satisfaction), et donc les gens cherchent une issue. Ils revisitent leur tradition (parce que quand Sarkozy parlait d'une crise de l'identité nationale, il a pas compris de quoi il parlait, mais il y en a une, et en particulier cette "pathologie de mémoire" dont je vous parlais). Et donc les gens produisent un travail dans la société actuellement (en droit, en histoire), qui est une relecture de toute cette tradition. Et à un moment, ça arrive toujours en politique. Là ça arrive de cette façon-là, dans cette Déclaration de principes, c'est heureux pour le Parti, je pense que ça peut être entendu, ça ne va pas résoudre d'un coup tous les problèmes. »
Voir aussi l'entretien de Vincent Peillon au journal Le Monde (22/04/2008).
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Mise à jour 31/05/2008
Tout nouveau blog de Vincent Peillon, avec videos en ligne de ses interventions :
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Vincent Peillon fustige la "servitude volontaire" des médias
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Vincent Peillon règle la querelle sur le "libéralisme"
Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr
dimanche 20 avril 2008
La chienlit au pouvoir
Chienlit
1. Masque de carnaval
2. Fig. Mascarade, déguisement grotesque. Désordre. => pagaille.
"Je suis heureux de mourir plutôt que de voir la chienlit en France" (Drieu la Rochelle)
"La réforme, oui ; la chienlit, non" (attribué au Général de Gaulle, mai 68)
(Le Petit Robert)
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Presse écrite, radios, télés, web : les commentaires fusent jour après jour, dans un concert tendant à l'unisson, pour déplorer la façon dont le pays se trouve actuellement gouverné.
On peut prendre la mesure de cet étonnant phénomène en constatant que même le digne Jean-Michel Apathie donne de la voix :
« De tout cela, il ressort une impression d'amateurisme et de désordre qui ne rehausse pas le crédit des responsables politiques. Il est difficilement concevable qu'une démocratie moderne soit ainsi gouvernée. »
Diantre !
Florilège de déclarations de ces derniers jours :
- « Je me demande sincèrement, depuis quelques jours, si le gouvernement Sarkillon (habile contraction, je l'avoue, de Sarkozy et de Fillon) n'est pas l'équipe la plus faible depuis des lustres. Je n'ai pas souvenir pour ma part, et depuis bien longtemps ( ...), d'une cacophonie gouvernementale aussi aboutie, d'un tel assortiment de "tocards" même, pour parler le Panafieu... » (Guy Birenbaum)
- « Tous les jours, ou presque, sortent des annonces mal préparées – sur le non-remboursement des lunettes, sur la carte famille nombreuse, sur les allocations familiales, qui rendent le gouvernement impopulaire et pourtant sont en général démenties ou retirées, comme au bon vieux temps de Jacques Chirac.» (Pierre Moscovici )
- « Fidèle à lui-même, Nicolas Sarkozy reste le président de la parole, pas celui des actes (...). Mercredi, en Conseil des ministres, le chef de l'Etat avait affirmé, selon l'un des participants, qu'il n'y aurait "pas de nouvel exemple" de couac "sans sanction" et que "celui ou celle qui manque à la solidarité gouvernementale devra sortir" (...) Application immédiate : Luc Chatel (porte-parole) dément l'information du Monde sur la diminution des allocations familiales. Nadine Morano (Famille) dit que Luc Chatel n'a rien compris et François Fillon dément Luc Chatel. Luc Chatel viré ? Non. Nadine Morano virée? Non. François Fillon viré? Encore moins! En tout cas, pas tout de suite! » (Jean-Louis Bianco)
- « Le cafouillage est permanent, les reculs et les démentis succèdent aux annonces à grand spectacle. Ce gouvernement ignore où il va, mais il y entraîne la France. Vraiment, cette équipe n'est pas professionnelle. » (Bertrand Delanoë)
- « Sur l’origine du couac, impossible pourtant de ne pas s’interroger sur le rôle d’un élément déclencheur nommé Sarkozy. » (Daniel Schneidermann)
- « Nicolas Sarkozy est complètement imprévisible » (Elysabeth Green, diplomate britannique)
- « Nicolas Sarkozy ne convainc pas, il reste un non-Président, qui laisse une étrange impression de vacuité, de flottement et d’inefficacité. » (Pierre Moscovivi)

Le président Sarkozy avait voulu étouffer l'opposition avec son concept d'"ouverture" (sobrement baptisée "chasse aux nigauds" par Philippe Léotard) : c'est finalement des propres rangs de l'UMP que s'élèvent des voix discordantes.
- « Depuis l'élection présidentielle, la vie politique se résume à un face-à-face entre l'Elysée et l'opinion. (...) Les députés ne veulent plus être traités comme de simples bulletins de vote. (...) Les ministres ont acté que le Parlement n'avait plus de pouvoir. (...) C'est insupportable. (...) Le débat sur le renforcement de nos troupes en Afghanistan était très frustrant. J'aurais aimé qu'il y ait un vote et, surtout, qu'on soit informés en amont. » (Claude Goasgen, député UMP de Paris)
- « J'en ai marre d'être confrontée à une armée de lâches. (...) Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum (...). » (Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, secrétaire générale adjointe de l'UMP)
(NKM avait ensuite du se rétracter en signant un communiqué rédigé par le directeur de cabinet de François Fillon - source Le Canard Enchainé)
- « Ce dont le pays a besoin, aujourd'hui, c'est d'une méthode de réforme. Il faut hiérarchiser, il ne faut pas bousculer, il ne faut pas embouteiller, on ne fait pas tout en même temps. » (Jean-Pierre Raffarin)
- « Après une série de couacs et de cafouillages fâcheux, notamment celui de la Carte familles nombreuses SNCF, [le couac sur la majoration des allocations familiales pour les adolescents] laisse à penser que nous sommes confrontés à une politique de petits coups et non à une réforme globale pensée et sérieuse que nos concitoyens sont en droit d'attendre et d'ailleurs réclament. » (Hervé de Charette, député UMP)

De par sa volonté de tout régenter lui-même - cumulant de fait les fonctions de président et de 1er ministre - Nicolas Sarkozy avait été accusé il y a trois mois de tendre vers une monarchie élective.
Or force est de constater, dans la gouvernance actuelle, une désorganisation : on pourrait même avancer le mot désorientation
Dès lors il est possible de poser cette question : Nicolas Sarkozy a-t-il les capacités requises pour diriger ce pays ?
« Finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais. »

Mise à jour 21/04/2008
Marianne vient de mettre en ligne ce grave article :
Les députés UMP entrent en dissidence (Marianne2)
Qui conclut par ces mots de Jean-Pierre Grand, député UMP villepiniste :
« Si on continue, Sarkozy n'aura plus d'autre choix que dissoudre l'Assemblée »
Deux livres-scuds de droite contre le Président (Marianne2)

Jean-François Kahn, il y a quelques semaines, avec la lucidité qui le caractérise toujours, avait prédit que le retournement des médias vis à vis de Sarkozy tournerait au "lynchage" (qu'il désapprouvait par avance). Mais comment ne pas reconnaître l'incongruité du personnage Nicolas Sarkozy au poste de Président de la République ?
Cette incongruité avait été prédite, annoncée, pendant la campagne présidentielle : mais ceci principalement sur le web (à l'exception notable de Marianne, avec son fameux numéro "Le vrai Sarkozy" - survenu un peu tard il est vrai). Les auteurs de ces mises en garde se faisaient à l'époque facilement taxer d'"anti-Sarkozystes primaires"...
Il faudrait se demander pourquoi et comment une telle partialité des médias dans le "traitement" de l'info a été possible, durant la campagne présidentielle (et au-delà). Le récent retournement de veste des médias dominants ressemble un peu trop à une crainte de se faire "lyncher" avec le principal coupable...
- « Un jour ou l’autre, tout de même, il faudra bien qu’ils s’expliquent. Tous les confrères journalistes qui, avant l’élection, côtoyaient quotidiennement Sarkozy; tous ceux qui le retrouvaient au petit matin dans les salles d’embarquement, faisaient cercle autour de lui dans les avions privés, recueillaient ses humeurs et ses confidences ; tous ceux qui essuyaient ses colères, ses caprices et ses plaisanteries ; tous ceux-là, vraiment, n’avaient-ils rien vu ? Rien vu du stupéfiant narcissisme qui éclate aujourd’hui en pleine lumière et qui le rend manifestement inapte à s’intéresser à autre chose qu’à lui-même ? Rien vu de l’amateurisme tant reproché à Royal au cours de la campagne, bourde après bourde, et qui, chez le tenant du titre, suscite aujourd’hui un accablement incrédule ? »
- « Des bourdes de cette nature (et de cette gravité), Sarkozy en avait commises lui-même (quelqu'un les avait répertoriées je ne sais plus où et elles surpassaient assez sensiblement la production ségolénienne) : mais peu importait à l'info couchée qui a sévi durant des mois dans ce pays et qui s'acharnait sur Ségolène Royal, de façon absolument hallucinante (y compris en relayant de fausses bourdes, créées de toutes pièces par les "snipers UMP", comme avec l'affaire du mot créole). »
(contributeur anonyme)

Mise à jour 06/11/2009
Un an et demi après ce que l'on appelait à l'époque des "couacs" (ils paraissent presque anodins aujourd'hui !), les commentaires réunis au début de ce billet semblent prendre toute leur dimension.
Après une succession "d'affaires", dont la plus révélatrice, impliquant le fils du chef de l'Etat, aura fait le tour du monde et durablement marqué les esprits, il semble qu'un nouveau degré dans la chienlit installée au pouvoir soit franchi, plus digne d'un préau d'école que du gouvernement de la République :
Grand emprunt : Guaino renvoie Fillon dans les cordes (NouvelObs.com)
Il y a un an et demi, le président de la République avait pourtant promis...
Sarkozy : "Je ne tolèrerai plus aucun couac" (avril 2008) - vidéo
Intéressante théorie du désordre exponentiel :
Sarkozy : le désordre au pouvoir et dans le pouvoir (Imhotep - Agoravox)

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A lire aussi (avril-mai 2008) :
Les réformes de Sarkozy fichent la trouille même à la droite (Bakchich)
Nouvelle cacophonie gouvernementale sur les allocations familiales (Libération)
Baisse des allocations familiales : Morano se moque du monde (Plume de presse)
Et si le gouvernement Sarkillon était le pire depuis des lustres ? (Guy Birenbaum - LePost)











