jeudi 1 mai 2008
Pour les Tamouls
Manifestation du 1er mai. Dans la fin du cortège qui venait de quitter la place de la République à Paris en direction de la place de la Nation, au milieu des drapeaux, des slogans et des roulements de tambour, soudain un miracle. Une musique venue d'ailleurs, et une vingtaine de jeunes danseuses en habit traditionnel (apparemment entre 12 et 16 ans, de type hindou avec la peau foncée). Tantôt avançant, tantôt dansant sur place, d'une danse qui consistait principalement en une succession de poses apparemment caractéristiques de la danse hindoue. Il émanait de l'ensemble comme de chaque partie une grâce, une concentration (où perçait par moments une discrète allégresse), qui frappaient le spectateur d'admiration. Un tract m'informa qu'il s'agissait de Tamouls. Sur le côté, une femme, l'air sévère et elle aussi en habit, escortait les danseuses. Manifestement leur professeur. Elles avaient de toute évidence beaucoup travaillé et répété. Le résultat, au milieu de ce défilé du 1er mai, était prodigieux.
Je pensai alors au Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, qui sévit actuellement en France. A certains êtres incultes, épais, qui pour supporter leur propre inanité, s'imaginent supérieurs aux êtres humains qu'ils sont chargés de pourchasser afin de remplir des quotas d'expulsion (je venais de lire ce révoltant entrefilet dans Le Canard Enchainé). Enfin à cet esprit rance, à cette émanation de ce que Alain Badiou a poliment nommé pétainisme transcendantal, actuellement à l'œuvre en France et au sommet de l'Etat.
Ces miracles humains, qui défilaient sous mes yeux, étaient donc pour certains animaux comme celui dont Le Canard a retracé les exploits, des sortes d'êtres inférieurs, et de susceptibles candidats à l'expulsion du territoire.
Remontant la manifestation, je tombai sur le cortège de la LCR, qui précédait les Tamouls. Là, des slogans scandés sur un mode automatique. Des êtres blafards, gris, comme dévitalisés. Et cette évidence : la cruelle absence, en France, d'une culture traditionnelle encore vivante (quel contraste avec l'Andalousie).
Je laissai revenir à moi le cortège des Tamouls, avec au milieu les 20 danseuses (leur type était proche de celui des gitans originaires d'Inde qui atterrirent au sud de l'Espagne il y a plusieurs siècles, et dont on peut encore trouver la survivance presque inchangée au détour d'un pueblo andalou). Je fus alors frappé par l'extraordinaire dignité qui émanait de ces gens. L'apport de population étrangère, le métissage, ne sont pas seulement une chance pour la France : mais sa seule chance. Il faut être fonctionnaire au Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale (ce titre n'aurait vraiment pas départi le gouvernement de Vichy), pour ne pas saisir cela.
« La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C'est avec eux que s'invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l'ordre policier. »
(Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, p. 94)
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Les Tamouls de France sont principalement originaires du Sri Lanka, où les Tamouls se trouvent depuis longtemps opprimés. Pour beaucoup contraints à l'exil, ils forment une diaspora tamoule, éparpillée en France et ailleurs.
« Les Cinghalais ont voulu, suite à l'indépendance [en 1948], instaurer un Etat-nation, alors que le [Sri Lanka] était clairement binational. L'échec de cette politique autoritaire débouche sur la violence et la radicalisation des deux camps comme ailleurs (pensons aux Albanais du Kosovo et la Serbie, aux Palestiniens et Israël...). »
(source)
Sur les Tamouls en France : "Mais comment peut-on être Tamoul ?"
Article de fond : Les Tamouls du Sri Lanka dans la région parisienne
Association des
Etudiants Tamouls de France
Portail d'information de la communauté tamoule
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Sur le conflit au Sri Lanka :
La longue marche vers les libertés au Sri Lanka ("Tribune des droits humains")
Le droit international s’applique également aux Tamouls du Sri Lanka ("Horizons et débats")
La lutte des Tamouls pour leur reconnaissance ("Eglises d'Asie")
Crise génocidaire au Sri Lanka ("Horizons et débats", mai 2007)
La face cachée du conflit avec les Tigres ("Courrier international")
Les Tamouls du Sri Lanka (historique)
Appel des associations
franco-tamoules pour le soutien du peuple Tamoul - 1
Appel des associations
franco-tamoules pour le soutien du peuple Tamoul - 2
Ce billet a également été publié par Betapolitique.fr
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Mise à jour 01/05/2009
Scènes d’horreur au Sri Lanka ("Courrier International")
"Si la tragédie qui se déroule actuellement au Sri Lanka est possible, c’est à cause du silence qui l’entoure."
Au Sri Lanka, 150 000 civils pris au piège des bombardements ('"Rue89")
Les Tamouls de France dénoncent un «génocide» ("Le Parisien")
Pourquoi je me mobilise avec les Tamouls de France ('"Rue89")
Sri Lanka : L’hécatombe se poursuit ("TamoulObs")
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Mise à jour 11/05/2009
Sri Lanka : une offensive de l'armée fait plus de 2000 morts ("TamoulObs")
Sri Lanka : plus de 100 enfants tamouls tués dans un "bain de sang" ("NouvelObs")
« Un bain de sang », selon l'ONU ("radio-canada.ca")
Sri Lanka : au moins un millier de tués parmi les civils dans la zone de guerre ("AP")
L'ONU dénonce un carnage dans le nord du Sri Lanka ("Ouest France")
La REACTION est à l'oeuvre en France
Ne pas manquer la façon dont Alain Badiou cerne la réaction dans l'Histoire de France depuis la Révolution :
Badiou : de quoi Sarkozy est-il le nom ?
Sarkozy tombera jusqu'à 25% d'opinions favorables (les gens se décillent enfin les yeux sur son compte), mais le quinquennat et l'alignement des législatives sur la présidentielle lui laissent la haute main sur le pays pour 4 ans encore.
Après avoir été durant la campagne, de façon éhontée, les principaux agents de la mystification sarkozyenne, les médias "officiels" retournent leur veste et reviennent maintenant à davantage d'impartialité (pour ne pas se faire "lyncher" avec le principal coupable sans doute), mais c'est TROP TARD.
Il y a dans tout ça quelque chose de grave.
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Sur le même sujet :
Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?
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Mise à jour
De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, par Alain Badiou ("Le Monde", novembre 2008)
« Que voit-on, ainsi détourné, ou retourné ? On voit, ce qui s'appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n'est qu'un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeurs, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. »
« Laissons au film-crise, ainsi revu, sa force didactique. Peut-on encore oser, face à la vie des gens qui le regardent, nous vanter un système qui remet l'organisation de la vie collective aux pulsions les plus basses, la cupidité, la rivalité, l'égoïsme machinal ? Faire l'éloge d'une "démocratie" où les dirigeants sont si impunément les servants de l'appropriation financière privée qu'ils étonneraient Marx lui-même, qui qualifiait pourtant déjà les gouvernements, il y a cent soixante ans, de "fondés de pouvoir du capital" ? Affirmer qu'il est impossible de boucher le trou de la "Sécu", mais qu'on doit boucher sans compter les milliards le trou des banques ? »
« Il faut renverser le vieux verdict selon lequel nous serions dans "la fin des idéologies". Nous voyons très clairement aujourd'hui que cette prétendue fin n'a d'autre réalité que le mot d'ordre "sauvons les banques". »
« Son volontarisme s’applique à ce à quoi il peut s’appliquer, c’est-à-dire à travers l’oppression des plus faibles, singulièrement les ouvriers de provenance étrangère, et à l’extension sans frein, par des lois scélérates, de l’appareil répressif. Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. La désignation du malade mental à la vindicte publique est l’un des aspects les plus révulsifs de sa politique. Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. »
Alain Badiou : «C'est le communisme qui est une idée neuve en Europe» (Libération, janvier 2009)
« Toute une partie de la politique de Sarkozy produit une diminution des libertés publiques. Il y a multiplication des contrôles, aggravation de peines, et attaques ouvertes contre les institutions chargées de défendre ces libertés. Il ne fait maintenant aucun doute que la conception que se fait Sarkozy de l'action de l'Etat est de façon principale une conception autoritaire et répressive. »
« Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. »
Alain Badiou l'hypothèse communiste "Ce soir ou jamais" 09-04-2009




