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Désinformation, intox : questions sur l'indépendance des medias

lundi 2 juin 2008

Vincent Peillon règle la querelle sur le «libéralisme»

   

Dans une interview sur RFI qui fera date (intervention relayée sur son blog), Vincent Peillon éclaire magistralement le débat sur "libéralisme et socialisme", qui agite les médias depuis plusieurs jours.

Il est stupide de copier des articles entiers au lieu de mettre simplement un lien : mais là c'est trop bien.


28166RFI : "Libéral", c'est un gros mot chez les socialistes ?

Vincent Peillon : « Pour répondre à cette question, il faut opérer un détour par l'Histoire des idées. En 1830, la devise du mouvement socialiste, alors en pleine éclosion, était "Plus de libéralisme impuissant". Le libéralisme - entendu comme la doctrine de l'émancipation de la personne, des droits de l'individu, de 1789 - se voyait en effet contesté par ceux-là même qui avaient mené, depuis une trentaine d'années, le combat pour les libertés. Pourquoi une telle évolution ? Parce que ces intellectuels se sont rendus compte que revendiquer uniquement les libertés ne suffisait pas : seuls quelques-uns jouissaient des libertés acquises quand une majorité en était écartée.

Ces militants des libertés ont ainsi jugé nécessaire de compléter la doctrine libérale par la notion d'égalité. Or, le socialisme, ce n'est rien d'autre que cette même idée. Ce n'est rien d'autre que le constat qu'il faille créer les conditions de la liberté pour que chacun puisse être réellement libre. Autrement dit, c'est précisément pour réaliser ces libertés qu'on a construit le socialisme ! Sans l'intervention de la puissance publique, les politiques d'éducation de masse, etc., nous serions dans ce que Maurice Merleau-Ponty appelait la "mystification libérale" : les libertés pour quelques-uns et pas pour les autres. Le socialisme n'est ainsi en rien l'antithèse du libéralisme, mais son dépassement.

Je l'ai souvent dit, il ne faut donc pas laisser les libertés aux libéraux : ce serait une erreur majeure, tant stratégique qu'historique ! Malgré cela, cette doctrine - qui inclut la visée des libertés mais qui n'oublie pas que, pour que les gens soient libres, il faut mettre en œuvre un certain nombre de choses - porte un nom : et ça s'appelle le socialisme ! Il n'y a donc pas de raison de s'appeler aujourd'hui "libéraux" : c'est une question qui a été réglée en 1830...

Je note par ailleurs avec amusement que tout le monde réclame toujours des débats intellectuels, mais que le jour où une telle question fondamentale arrive dans le débat politique, on nous dit que c'est un faux débat, une querelle de mots. Or, j'insiste : c'est un vrai débat ! Car tant que l'on ne répondra pas dans notre société à la demande d'égalité - notre problème majeur depuis 30 ans -, on restera dans la mystification de libertés qui ne valent que pour quelques-uns : est-il nécessaire de rappeler que seule la moitié des enfants partent en vacances, que le système éducatif est en échec (...) ?

Pour une fois, nous avons un débat idéologique intéressant qu'il va falloir trancher. »

(source)

   

***

   
Cette querelle sur "libéralisme et socialisme", ainsi éclairée par Vincent Peillon, trouve résonance avec deux sujets bien actuels :

-  le pouvoir d'achat

-  la redistribution des richesses

   
Deux sujets qui, d'après Serge Halimi dans un tout récent article, sont naturellement liés :

   
« la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie »

   
Un récent rapport de la Commission Européenne sur l'emploi en Europe, d'un intérêt central mais hélas très peu diffusé dans les médias, a mis en effet quelques pendules à l'heure. Ainsi pour la France :

   
« la part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008. (...) la part du gâteau allouée aux salariés est désormais inférieure à ce qu’elle était en 1960. »

« A la grande question du jour, "pourquoi la France manque-t-elle de pouvoir d’achat ?", la Commission nous donne la réponse : les salaires distribués ont baissé. »


Source
:
"En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975" ("Contre-Info")

   
      

part_des_salaires_France

Le poids des salaires dans le PIB en France (source)

 

  • « Cet écart de 12 points de part de PIB en défaveur du salaire représente 190 milliards d'euros par an, des fonds qui manquent aux régimes sociaux et au financement des retraites. » (source)

  • « François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB » (source)

    

Toute cette situation n'est certes pas nouvelle : il y a persistance et surtout aggravation d'un phénomène, à savoir l'inégalité (sans cesse croissante donc) dans la redistribution des richesses.

   
«
IL Y A EU UN ENORME TRANSFERT DES REVENUS DU TRAVAIL VERS LES RENTES ET LES PROFITS. »

(CAF’ECO, février 2004)

 

« Les résultats mirobolants des entreprises du CAC 40 ne sont pas sains, car ils ne procèdent pas d'une logique économique mais d'une exploitation forte des salariés et des entreprises sous-traitantes »

(Michel Lamy, CGC, 2005)

   

Comme le montre le rapport de la Commission Européenne, le phénomène n'est pas circonscrit à la France, mais généralisé.

 

« La part des revenus du travail dans la richesse européenne n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui (...). "Il est souhaitable que cette tendance soit inversée pour préserver la cohésion sociale", a commenté la Commission européenne. »

Source  : Le poids des salaires dans le PIB européen à son plus bas ("LeVif.be")

   

Concernant par exemple la situation en Belgique :

   
« Depuis quatre ans, le profit net d’impôt (résultat net d’exploitation) des entreprises est passé de 17 milliards en 2002 à près de 33 milliards d’euros en 2006. Ces profits sont tout simplement dus au fait que les hausses de coûts salariaux sont faibles, beaucoup plus faibles que les hausses de richesses créées. C’est exactement ce qui est en train de se passer. En Belgique, en une seule année (2005 - 2006), les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 4,6 milliards pour atteindre 33 milliards (+16,2% en un an !) Pendant ce temps, l’augmentation totale de la masse salariale fut de 5,5 milliards d’euros pour atteindre 120,6 milliards d’euros (+4,8%). C’est un partage de revenus totalement inégal où ceux qui travaillent se voient moins bien récompensés que les rentiers.

Conséquence : une perte de pouvoir d’achat pour de nombreux ménages à revenus moyens et faibles. C’est le grand tabou de toutes les discussions politiques sur le pouvoir d’achat. Grand tabou car cette évolution ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que les revenus des salariés et des allocataires sociaux sont ainsi petit à petit transférés à une certaine frange de la population… La part des salaires dans le partage des revenus des entreprises du secteur privé est passée de 70% en 1980 à 65,8% en 2003, et à 62,6% en 2007. Si Belgique produit de plus en plus de richesses, les salariés sont de moins en moins riches ! En bout de course, ce sont les malades, pensionnés et chômeurs qui payent la note la plus salée de cette folle course au profit des actionnaires, principalement des grosses entreprises, qui dégagent le plus de profit. »

Source : Toutes les solutions ne se valent pas … ("cne-gnc.be")

       

Graphique éloquent sur la redistribution du PIB en Belgique (on aurait le même type de courbe en France) :

graphique_belgique

(source)


  • « [Les] défenseurs de l’économie de marché (...) argumentent que l’expansion du capitalisme et l’accumulation des richesses conduisent inexorablement à l’augmentation du niveau de vie de la masse des travailleurs. La fausseté de cet argument [est] une nouvelle fois confirmée (...) dans le discours froid des statistiques. » (source)
   
  • « Est-il admissible que des dirigeants d'entreprise perçoivent en une semaine autant qu'un salarié durant toute sa vie active ? »

  • « Il est indécent, amoral, socialement destructeur et irresponsable de pratiquer de tels écarts de rémunération. Ils sont d'ailleurs inédits dans l'histoire du capitalisme. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord, des voix s'élèvent pour plafonner les rémunérations les plus délirantes. Ce serait un pis aller. Mais, manifestement, l'autodiscipline ne suffit pas - même pour protéger le capitalisme de ses propres excès. »

(Le Monde, 31/05/2008)

   

Serge Halimi concluait ainsi son article :

« Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans [mai 68], la destination proposée a le mérite de la clarté. »

   
Une récente étude enfonce le clou :

« L’accumulation sans précédent des richesses par une petite minorité financière, dans un contexte de baisse des revenus réels pour la grande majorité de la population mondiale, engendre une augmentation du mécontentement et de la colère. »

(source)

 

***

 

A propos de la querelle sur le "libéralisme", Vincent Peillon avait bien raison de s'exclamer (après avoir défini le socialisme comme doctrine volontariste de défense des plus faibles) : « c'est un vrai débat ! »

La tendance, la pression en faveur du Capital, au détriment du salarié, est d'effet mondial. La riposte devra de même se situer à l'échelle internationale, par une stratégie commune élaborée par les représentants élus de(s) différentes nations (on voit là pointer l'idée de protectionnisme - un des fers de lance de Emmanuel Todd). Ces représentants élus devront, bien sûr, être personnellement irréprochables quant à leur indépendance à l'égard des puissances financières. Hélas ! Les Français viennent d'élire à leur tête un candidat fasciné par l'argent, et totalement inféodé à ses amis grands patrons.

Les citoyens français sont dans leur grande majorité inconscients de ces problématiques économiques : loin de les éclairer sur la réalité du monde, les robinets d'eau tiède que constituent les journaux télévisés se sont au contraire chargés, durant la campagne présidentielle, de relayer purement et simplement la propagande électoraliste du candidat Sarkozy (ami des grands patrons) - il est vrai que la gauche n'a pas fort poussé en sens contraire. Les Français se sont depuis décillé les yeux (2/3 d'opinions négatives actuellement contre 1/3 seulement il y a un an), mais ceci principalement sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.

Au plan politique il reste un travail didactique à faire, de l'information à diffuser, sans quoi le candidat de la richesse pour quelques uns pourrait une nouvelle fois se faire élire, moyennant moults rideaux de fumée et intox par médias couchés interposés (couchés, ou plus exactement propriétés de grands groupes financiers ; on aperçoit ici l'intérêt pour les Bouygues Lagardère Bolloré Dassault etc. de posséder des médias - journaux télés radios - pourtant peu rentables économiquement en eux-mêmes : peser sur l'opinion, endormir le citoyen ; et, in fine, porter à la tête de l'Etat le candidat favorable à leur intérêt - qui est évidemment, en résumé : la perpétuation voire l'accroissement de l'inégalité dans la répartition du PIB (toujours davantage pour l'actionnaire et la rente, toujours moins pour le salarié)).

 

***

Lire le dossier suivant :

 

Un cours d'économie sur France Inter

 

***

 

petit Post Scriptum (PS)

   
On voit que cette façon de se proclamer "libéral", de la part de Bertrand Delanoë, n'avait par grand sens, autre que celui d'un grossier effet d'annonce : il oubliait tout simplement de mentionner ce qui a si bien été mis en lumière et explicité par Vincent Peillon (le socialisme comme contrepoids aux excès de la simple doctrine de la liberté : en somme une défense des plus faibles).

D'ailleurs Ségolène Royal, sans doute inspirée par Vincent Peillon lui-même, avait ainsi répliqué :

« J'ai envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme, et tout ceci n'a rien de libéral »

   
On a trop glosé sur la déshérence, sur la "défaite idéologique" de la gauche et plus précisément du PS. Mais il suffit d'ouvrir les yeux : un boulevard s'étend devant ceux qui voudront bien aller au centre ou plus exactement au fond du problème (celui de l'inégalité sans cesse croissante dans la redistribution des richesses). Et ceci en faisant preuve de pédagogie (à l'exemple de François Ruffin sur France Inter). Inutile de préciser que nul autre que Vincent Peillon ne serait plus à même d'accomplir telle mission.

    

  • « Le déficit de l'idéologie libérale, c'est qu'elle ne prend en aucun cas l'aspect social en considération. (...) Le socialisme, c'est le libéralisme politique, plus l'égalité. » ("Chris79", ICI)

 

« Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. "En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux." Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer. »

(Pierre Larrouturou)

   

******

   

Mise à jour 03/06/2008


Todd15Entretien pour Marianne2 d'Emmanuel Todd, cinglant comme à son habitude :


E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï

   
Extraits :

   
« Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. »

« il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche. »

« il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devrait la conduire à gauche. »

« les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. »


« Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë. Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. »

   

******

    

A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost")
Vincent Peillon, tel un phare
Vincent Peillon
   

Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr

Posté par antenne_relais à 20:55 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

REMARQUABLE documentation.

Merci, Antenne relais... Je diffuse
http://plumesdecureuil.canalblog.com/archives/2008/06/03/9430293.html Si j'osais, je le collerais volontiers, intégralement, tel quel sur mon blog CAP2012. Mais...?

Posté par Jocegaly, mardi 3 juin 2008 à 14:18

Moi ça me gêne pas en tous cas...

Posté par antennerelais, mercredi 4 juin 2008 à 01:19

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