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Désinformation, intox : questions sur l'indépendance des medias

lundi 30 juin 2008

"Revue de presse" - juin 2008

   

30/06

Sondage exclusif nouvelobs.com-LH2 : Nicolas Sarkozy poursuit sa chute ("NouvelObs")

Ségolène Royal - Interview sur la contribution - vidéo

Le retour de la télé d’État ("Plume de presse")

Face à face Sarkozy-Pulvar - video

la Direction des Affaires Criminelles voit des terroristes partout ("Syndicat de la Magistrature")

Flamenco ("Rimbus le blog")

26/06

France Sarkovision ("Libération")

Tollé contre la nomination du patron de la télé publique par l’exécutif  ("Libération")

La TV, chantier exclusif de Sarkozy ("Marianne2")

Sarkozy à Prague n'a aucune éducation - vidéo

Affaire du scooter de Jean Sarkozy : "C'est une mascarade!" ("LePost")

25/06

Grosse, grosse communication sarkozyste ("Betapolitique")

Le gouvernement fait sa propre publicité pour 4,33 millions d'euros ("Politique.net")

L’incendie de Vincennes couvait sous la colère ("Libération")

Des chiffres et des ruines ("Le Canard enchaîné")

Un homme de gauche, un vrai ! ("Rimbus le blog")

24/06

Ce beau pays de France où la chasse est ouverte ("ZGUR")

Le gouvernement et l'UMP s'attaquent aux chiffres de l'INSEE ("Politique.net")

Coup de propagande sur le pouvoir d'achat ("Libération")

En éco, Sarko a tout faux ("Plume de presse")

Ce que Nicolas Sarkozy a balancé à la face de Duhamel ("immédias")

22/06

Le centre de rétention de Vincennes en proie à de violentes émeutes ("LibéOrléans")

Le Sénat adopte un amendement socialiste sur le pluralisme des médias ("AFP")

Popularité : Sarkozy stagne en eaux profondes ("Dedalus" - "LePost")

Rencontrer Hortefeux ne sert à rien, il triche ("Sarkofrance")

Comment le Cameroun est passé de la colonisation à la dictature ("Le Monde")

20/06

Adoption de la directive « Retours » : un mercredi noir pour l’Europe ("Le blog de Vincent Peillon")

Serge Dassault : borné, stupide et haineux ("Plume de presse")

OpinionWay se défend '"Les coulisses de Sarkofrance")

Les films de Pierre Etaix interdits au public ("Acrimed")

19/06

A tous les opprimés, affamés et miséreux du monde : pardon pour l’Europe ("Plume de presse")

Protection des sources des journalistes : la loi piège de Sarkozy ("Bakchich")
« La France, pays des droits de l'Homme, serait-elle le mouton noir européen en matière de liberté de la presse ? »

Défense : des généraux dénoncent le Livre blanc ("Nouvel Obs")
« il y a comme une imposture »

Marina Petrella est en danger, l'extrader serait un crime ! ("Ligue des droits de l'Homme")

Berlusconi ? Allons, on a le même à la maison ! (Daniel Schneidermann - "@rrêt sur images")

17/06

35H : la journée d'action marque "la fin d'un pacte social", estime François Hollande ("AFP")
« Les mots utilisés sont forts : "mensonge", "trahison", "mépris", "insulte". Et ce n'est pas simplement le leader de la CGT qui s'exprime, c'est aussi celui de la CFDT, c'est même la présidente du Medef qui en utilise quelques uns. »

Tous dans la rue pour les 35 heures ! ("Plume de presse")

Merkel met Sarko dans le vent ("Bakchich")

Comment j'ai dévoré un Président de la République ... ("Ma vie en Narcisse")

14/06

Puissance de la finance ("Rimbus le blog")

"Le gouvernement a peur du buzz, parce qu'il ne le maîtrise pas" ("@rrêt sur images")

Emmanuel Petit tire à vue sur le monde du foot ("De source sûre")

12/06

Vincent Peillon : "Le jeu de massacre au PS, ça suffit !" (LCI) - vidéo

«Sarkozy, la grande manipulation» ("Contre Journal")
"Il est élu sur un malentendu. Si l'on avait démonté toutes les erreurs, les incohérences, et les mensonges de son discours, on n’en serait pas là."

Pierre Larrouturou sur I-télé - vidéo

11/06

Parti socialiste - Docteur Vincent, mister Peillon et Mrs Royal ("Le Point")

10/06

Big Brother : l'effrayante charte de l'Internet que veut imposer le gouvernement ("Les mots ont un sens")

Clearstream, ou l’art de botter en touche ("Backchich")

Direct Soir : glissement du journalisme vers la communication ("Crise dans les médias")

Nationalisations : Raffarin a déjà oublié ses années de Premier ministre ("Marianne2")

09/06

Sarkozy refait la grille des programmes de TF1 ("Marianne2")

Nicolas Sarkozy, la scientologie au service de l'atlantisme ? ("Alterinfo")

08/06

Pour ne pas avoir à disculper Villepin, le parquet joue la montre ("Libération")
"Se sachant très observé à l’Elysée, [le] parquet avait laissé entendre (...) qu’il envisagerait de requérir un non-lieu. Cette fuite organisée a permis d’éviter le pire - un ordre de Sarkozy visant à renvoyer Villepin en correctionnelle (...)."

France : Les sans-papiers continuent l’occupation des locaux de la CGT ("World Socialist Web Site")

Sidi Ifni : très violente répression ("Rimbus le blog")

Réchauffement climatique dans 7 ans ! ("Le bonnet phrygien")

Les Petits Soldats du journalisme. Présentation ("Acrimed", mars 2003)

07/06

Chômage : une baisse en trompe l’œil ("Plume de presse")

Nuit d’émeute à Montreuil ! ("Le quotidien des sans-papiers")

Rachida Dati : « Carla m’a tuer » ("Backchich")

Paul Amar : "Jean-Michel Aphatie a commis une véritable faute professionnelle" ("LePost")

Pour vivre heureuses, ces tribus doivent vivre cachées ("Rue89")

06/06

Gaza meurt dans l’indifférence, au su et au vu du monde ("Mondialisation.ca")

Desmond Tutu dénonce le silence international face à la situation à Gaza ("France 24")

Direct Soir, Direct Matin : naturaliser le sarkozysme ("Cabinet de subversion")

Les protestations contre le prix des carburants se propagent en Europe ("World Socialist Web Site")

Immigration : 12 associations dénoncent l'accord de la honte ("Nouvel Obs")

05/06

Dominique de Villepin : "L'esprit de cour, c'est une véritable vérole!" (Guy Birenbaum - "LePost" - video)

Le nouveau sketch de Nicolas Sarkozy : le travail du dimanche ("Les mots ont un sens" - video)

Rance, la "Françafric" ("Le quotidien des sans-papiers")

Comment Total s’engraisse sur le dos des consommateurs ("Plume de presse")

Ce que j’ai toujours dit sur la question du libéralisme et ce que je redis (Ségolène Royal) ("Mamie en colère" - "LePost")

04/06

Insultes racistes ? Le vigile qui accuse, persiste et signe ("@rrêt sur images")

Bernard Thibault en colère ! (RTL - vidéo)

Retour sur investissement pour le groupe Bouygues ("Le Monde Diplomatique")

«Sarkozy écoute un peu trop les arguments de Michel-Edouard Leclerc» ("Libération")

Royal-Delanoë : du contenu, vite ! (Thomas Piketty - "Libération")

03/06

Les héritiers de 68 ("Mozinor" - video)

Violences au lycée pour saluer la visite de Fillon, Dati et Darcos ("Rue89")

E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï ("Marianne2")

La Rumeur contre Sarkozy : le marathon judiciaire se poursuit ("Rue89")

Clearstream : le procureur se perd pour ne pas déplaire à Sarkozy ("Marianne2")

02/06

Ô toi, France qui se lève tôt, ne lis pas Le Monde ! ("Marianne2")

Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")

Colères populaires (Serge Halimi - "Le Monde diplomatique")

Une étude à échelle mondiale révèle la colère grandissante face aux inégalités sociales ("Mondialisation.ca")

Des patrons surpayés ("Le Monde")
« Est-il admissible que des dirigeants d'entreprise perçoivent en une semaine autant qu'un salarié durant toute sa vie active ? »

01/06

"Libéralisme et socialisme ? Une question qui a été réglée en 1830 !" ("Le blog de Vincent Peillon")

Pécresse et les "cerveaux" français ("LaTeleLibre")

Au cœur des mensonges de Bush ("Libération")

Rixe dans le Xe à Paris : la police contredite par un témoin ("LIbération")

Rachida Dati : la disgrâce ("Plume de presse")

***


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"Revue de presse" archives

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lundi 23 juin 2008

L'invraisemblable outrecuidance de Frédéric Lefebvre

Pour esquiver le scandale des Centres de Rétention, au lendemain de l'incendie du CRA de Vincennes, l'ultra-sarkozyste porte-parole de l'UMP n'hésite pas à pointer du doigt les associations d'aide aux sans-papiers !

 

« Il n'est pas tolérable que des 'collectifs', type RESF (Réseau Education Sans Frontières) viennent faire des provocations aux abords de ces centres au risque de mettre en danger des étrangers retenus »

   

Cette brillante déclaration de Frédéric Lefebvre intervient donc au lendemain de l'incendie qui a détruit le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Vincennes (ou, pour parler un langage moins châtié : le camp d'internement pour sans-papiers en attente d'expulsion).


incendievincennes_wide


Cet incendie volontaire serait consécutif au tabassage "à mort" d'un sans-papiers (mais le gars est vivant). (source)

En effet des émeutes, avec débuts d'incendie, avaient commencé précédemment dans ce CRA de Vincennes, suite à la mort d'un sans-papiers faute de soins. (source - reprise ICI)

On mesure là toute l'invraisemblable outrecuidance - mais aussi la nécessaire corruption interne - de l'auteur des mots cités plus haut (qualités se reflétant d'ailleurs parfaitement sur sa face).


Frederic_Lefevre2



   

Que se passe-t-il dans ces camps de rétention ?


Patrick Gaubert, député européen UMP et président de la Licra, déclare au Figaro:

  • « La véritable pression est surtout psychologique. Ce sont des gens qui attendent qu'on les renvoie dans leur pays d'origine. Or beaucoup sont en France depuis des années. C'est terrible. Ce ne sont pas des assassins, mais des gens qui bossent, la plupart ont des fiches de paye. Chacun vous montre un dossier… Quand vous les écoutez, vous vous demandez ce qu'ils font là. »

   

Pour davantage de détails on consultera ces témoignages :


Six mois de lutte au centre de rétention de Vincennes !

   
Extrait, pris presque au hasard :

« Lundi 14 avril 2008
CRA 1. (...) Depuis que je suis ici, quatre ou cinq gars ont fait des tentatives de suicide pour ne pas être expulsés. Certains se pendent, d’autres avalent des pièces de monnaie. Ceux qui refusent l’embarquement sont ramenés au centre pour être réexpulsés plus tard. Si je suis expulsé, je vais accepter. Quand c’est la deuxième fois qu’ils tentent de t’expulser, ils te scotchent comme un animal et je ne veux vraiment pas partir scotché comme un animal. Aujourd’hui, une bagarre a éclaté entre un Algérien et un Égyptien. Quand les flics sont montés, ils n’ont pas essayé de calmer les choses. Le capitaine était là. L’un des flics m’a dit : “Pourquoi t’y vas pas toi ? Tu dois être du côté de ton pote algérien.” Je lui ai répondu que c’était à lui que j’avais envie de casser la gueule et pas à mes frères ! Un autre flic nous a dit : “Vous les Algériens, vous êtes tous des terroristes !” L’un de nous l’a insulté. Alors les flics sont revenus à plusieurs. Ils ont pris le gars. Ils l’ont mis dans une chambre et lui ont cassé la gueule, il a des marques partout. (...) »

    

Caroline Larpin, responsable adjointe à la Cimade (service œcuménique d’entraide), résume la situation au CRA de Vincennes :

cimadelogo« Le centre de rétention de Vincennes est un cas à part qui fonctionne dans l’illégalité : pour contourner la loi qui fixe à 140 personnes la capacité maximale d’un CRA, deux centres ont été construits côte à côte. Mais cette séparation est fictive : il n’y a notamment qu’un seul chef de centre. Nous n’avons cessé d’alerter les autorités sur cette situation explosive, où les personnes sont traitées comme des numéros. Les tensions durent depuis des mois et les premiers incendies ont commencé en janvier 2007. Face au nombre, les forces de police et le personnel médical n’arrivent plus à gérer. Les dérapages et les violences se multiplient comme les bagarres et les automutilations. Les plaintes s’accumulent parce que leurs droits sont de moins en moins respectés. »
 

       
La Ligue des droits de l’Homme enfonce le clou :

Logo_LDH« Avec de nombreuses autres associations de défense des droits, la Ligue des droits de l’Homme proteste depuis des mois contre les conditions inadmissibles dans lesquelles sont traités ces centaines d’étrangers qui n’ont commis aucun crime ni délit, si ce n’est le fait d’être démuni de tout y compris de papiers d’identité. Brutalités, grèves de la faim, incendie : chacun comprend que l’internement administratif pour délit de dénuement, l’absence de toute perspective de sortir de ce cauchemar, le renforcement constant de la traque administrative et policière, tout cela crée les conditions d’un désespoir qui peut pousser aux pires extrémités.

Si rien ne change dans les centres de rétention, si la politique inhumaine de chasse aux sans papiers continue à produire son lot quotidien de malheur en dépit de toute considération humaine, rationnelle voire économique, le pire est à venir. Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas ou qu’il n’a pas voulu cela.
»

    

Richard Moyon, porte-parole de RESF ("Réseau Education Sans Frontières" - nommément mis en cause par le porte-parole de l'UMP), précise :

resf« Tous les jours, ces centres sont les théâtres de mutilations corporelles, de bagarres et de suicides. L'attaque de l'UMP est une tentative d'esquive. Elle cherche à fuir ses responsabilités et celles du gouvernement dans les incidents survenus ce week-end à Vincennes. Nous ne réglerons pas les problèmes politiques sur le terrain judiciaire, mais si Lefebvre venait à maintenir ses propos diffamatoires à l'encontre de RESF, nous étudierons la possibilité d'une action. On connait d'ailleurs les penchants du porte-parole de l'UMP pour les idées farfelues : c'est lui qui souhaitait rendre obligatoire la diffusion par l'AFP de tous les communiqués de son parti.

Une expulsion, c'est une arrestation inopinée, un emprisonnement, un licenciement sans préavis, une expulsion locative, une rupture avec sa familles et la perte de tous ses biens, et plus que tout une humiliation totale. On est déposé ligoté sur le tarmac d'un aéroport où personne ne vous attend. Les expulsés sont délaissés, certains finissent mendiants ou fou.

Il y a chaque semaine des gens qui vivent de véritables drames. Samedi dernier, un Ivoirien, père d'un enfant français de 11 ans orphelin de mère, a été expulsé. Les centres de rétentions sont remplis de personnes qui vivent de tels drames.»

      
   

« L’UMP demande que dans l’affaire de Vincennes toutes les conséquences soient tirées, y compris au plan judiciaire, si la responsabilité de membres de collectifs comme RESF était avérée »

(Frédéric Lefebvre)


   

Frederic_Lefevre


   
  • « Utilisant une stratégie de diversion souvent utilisée par son mentor, l'ultrasarkozyste porte-parole de l'UMP a trouvé un responsable : le collectif RESF, qui manifestait avec d'autres organisations à proximité du centre au moment de l'incendie. » (NouvelObs.com)
  • « Au-delà de sa sottise, la réaction du parlementaire par héritage manifeste un regret : celui que les persécutions infligées aux sans papiers ne restent pas confinées dans le secret des commissariats, des préfectures et des centres de rétention. » (RESF, 23/06/2008, ICI)

 

Un peu d'air, mais en fait non :
      

  • « Quant à [Carla] Bruni, c'est bien la plaie à vif de la rétention, et des objectifs chiffrés de reconduites à la frontière, qui rend l'opération de charme insupportable. Sans Vincennes, Bruni ne serait qu'un fumigène comme les autres. »

(Daniel Schneidermann, 23/06/2008, ICI)

         

***

      
Annexe

   
Frédéric Lefebvre, habitué à manier le communiqué UMP tel un porte-flingue au détour d'une ruelle, se transmue souvent et de façon étonnante, lorsqu'il est interrogé sur un plateau télé, en apparachik grisâtre, presque ahanant, n'hésitant pas à manier la plus éhontée langue de bois (surpassant en cela Xavier Bertrand !), au profit de son Maître. Cependant une sorte de léger vertige ou ahurissement passagers semble parfois saisir Frédéric Lefebvre au détour d'une de ses phrases habituelles, destinées à faire oublier la question qui lui était posée.


Frédéric Lefebvre pratique la langue de bûche

 

***

 

Mise à jour 24/06/2008

    

incendievincennes_3


Revue de presse, au lendemain des déclarations du parlementaire par héritage (et porte-parole de l'UMP) Frédéric Lefebvre.
   

Incendie de Vincennes : les raisons de la colère ("Le Monde")

Centre de Vincennes : après l'incendie, la polémique ("Le Parisien")

     Le MRAP "comprend la colère des sans-papiers" qui ont incendié le centre de rétention de Vincennes ("VSD")

VSD. Comment réagissez-vous à la phrase du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, qui accuse « les collectifs type RESF » de « provocations » ?

B.H. « Je m’élève avec vigueur contre cette déclaration. C’est un peu comme s’il accusait le thermomètre d’avoir de la fièvre. Ce genre de déclaration a pour but de détourner la colère de la foule. »


Centre de rétention : les autorités ont "créé une situation qui ne pouvait que dégénérer" ("Le Point")

Lepoint.fr : Pour ce qui est de l'origine de l'incendie, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a mis en cause des manifestants, qui protestaient au même moment à l'extérieur du centre.

L. G. : « Cela n'a strictement aucun rapport. M. Lefebvre a des propos indécents. Ce n'est pas 30 personnes à l'extérieur du centre qui peuvent être à l'origine de ce mouvement d'émeute à l'intérieur. C'est une mise en cause du droit de manifestation. On ne peut pas tolérer ce genre de propos. C'est d'ailleurs une façon très grossière de dédouaner les pouvoirs publics de leurs responsabilités.»
      

Dossier complet dans le Libération du jour :


Des sans-papiers moins maltraités qu’ailleurs ? ("Libération")

« A Vincennes, la préfecture de police a contourné ce décret en créant administrativement deux centres pour porter le nombre de personnes retenues à 280. C’est beaucoup trop pour des lieux avec énormément de stress, où l’on voit des vies qui peuvent basculer en quelques jours. Cette situation ingérable et déshumanisée s’est traduite par une succession de tentatives de suicides, d’automutilations et d’incidents. La question principale ne tient pas aux effectifs de police ou au nombre de médecins ou d’infirmiers. Le problème est celui des objectifs chiffrés du gouvernement, qui entraînent une série d’effets pervers : des conditions d’interpellation indignes, un traitement superficiel des dossiers dans les préfectures et l’entassement dans les centres de rétention. Nous sommes d’ailleurs inquiets du projet de construction d’un nouveau centre au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) doté de 240 places, en plus de celui qui peut déjà accueillir 140 personnes. »

Sans-papiers: pourquoi Vincennes a brûlé ("Libération")

« "A l’origine des tensions, il y a cette injustice vécue par les retenus d’être en prison alors qu’ils n’ont rien fait", souligne Brigitte Wieser, de RESF Paris. (...) Selon elle, "il est quasiment impossible d’avoir accès à un médecin" au CRA de Vincennes. »   

Les dégâts de la politique du chiffre ("Libération")

  « Ici, personne ne sait ce qui va se passer le lendemain » ("Libération")

« "Les six toilettes étaient dégueulasses, on se douchait à l’eau froide, la nourriture était dégoûtante, on dormait à 7 ou 8 dans une chambre de 15 m2, parfois par terre, sur des matelas". »

« Arrivé à Vincennes le 20 décembre 2007, ce professeur de soutien en mathématiques a été à l’origine de la première grève de la faim des sans papiers dans le centre. "Tout a commencé au Mesnil-Amelot. Il y avait beaucoup d’arrestations injustes, comme ce Sud-Africain qui vivait en France depuis dix-neuf ans et avait une fille au lycée. Alors qu’il était hospitalisé, il avait oublié de faire renouveler son titre de séjour. Ils ne cherchent pas à savoir." »

« "A l’arrivée, ils prennent nos stylos et tout ce qui peut servir à prendre des notes" »

« Mamadou, un autre Malien présent de mai à juin à Vincennes, comprend que certains aient craqué. "On nous prend pour des criminels, des animaux, des objets. Ce que j’ai vécu là-bas a modifié mon image de la France pays des droits de l’homme." »

   
Sur le net :
   


L'Homme Africain, Parqué Dans Le "France's Biggest Deportation Centre", Jamais Ne Pense Par Lui-Même ("Vive le Feu!")

Persécutions ordinaires d’étrangers en Sarkozie ("Plume de Presse")

Ce beau pays de France où la chasse est ouverte ("ZGUR")

   
Derniers témoignages sur les évènements au CRA de Vincennes :

       
CRA de Oissel, témoignages du lundi 23 juin ("Le quotidien des sans-papiers")

« Il avait dit avant qu’il était malade mais ils ont pas voulu qu’il aille à l’hôpital. »
« Il a dit aux autres de sa chambre de le réveiller à 15h quand l’infirmerie serait ouverte et il est mort. »


Sans-papiers au centre de Vincennes : "Les flics nous ont tapés, ils ont gazé tout le monde" ("LePost")

« Le lendemain de la mort du Tunisien qui vivait dans le même pavillon que moi, on a décidé de prier pour lui dans la cour. On est sortis pour faire une marche silencieuse, on était 50. On avait décidé de ne pas faire n'importe quoi, d'être solidaires. Là, une brigade spéciale de policiers est arrivée. Ils nous ont tapés, ils ont gazé tout le monde. Là, d'un seul coup, on a vu de la fumée de partout. C'est les retenus qui étaient restés dans les chambres qui ont mis le feu. Ce n'était pas préparé. J'ai eu peur. Après, les flics nous ont conduits dans un gymnase. On s'étouffait avec la fumée. Un Tunisien a pris un bout de métal, il s'est tailladé le visage, ils l'ont mis en prison. »
      

Frédéric Lefebvre persiste dans sa stratégie de diversion, au-delà de toute vraisemblance :

« Si la responsabilité pénale dépendra des suites de l'enquête judiciaire, la responsabilité morale de RESF est évidemment engagée»

(source)

 

Frederic_Lefevre3

 

 

***

 
Mise à jour 25/06/2008


FR3 Nimes 23/06 transférés de Vincennes et... à la rue - vidéo

          
L’incendie de Vincennes couvait sous la colère ("Libération")

« Etienne Pinte, député UMP, a tenu à se désolidariser du porte-parole de son groupe : "Avancer que des liens avec l’extérieur ont pu inciter les retenus à mettre le feu est tout à fait gratuit". »
   

Des chiffres et des ruines ("Le Canard enchaîné")

« Menacées par Lefebvre de poursuites judiciaires, les associations envisagent de déposer plainte pour manquements à la sécurité et mise en danger de la vie d’autrui. »     

      
***

   
Mise à jour 10/07/2008

   
Après la nouvelle mise à sac de l'appartement de Ségolène Royal, et après que celle-ci ait fait remarquer que cette mise à sac s'était produite précisément le lendemain de sa déclaration sur la "mainmise du clan Sarkozy sur la France", l'insoutenable Frédéric Lefebvre - que Martin Scorcese recalerait pour "jeu outré" lors du casting pour un rôle de mafieux subalterne - a pondu successivement ces deux immondices, dans lesquelles éclate toute la petitesse de son esprit, et surtout toute la bassesse de sa personne (seul un être rongé par les vices les plus affreux peut, alors qu'il est en charge de fonctions importantes, se permettre de tels propos totalement déplacés) :

 

« Ségolène ROYAL a dépassé les bornes. A-t-elle pété un câble ? La gravité des accusations proférées par Madame ROYAL est le signe qu’elle perd ses nerfs. (...) » (source)

« Ségolène Royal a subi un traumatisme : elle a le droit à un soutien psychologique. Madame ROYAL a vécu, comme des centaines de milliers de Français un cambriolage. Pour elle, comme pour les autres, le sentiment bien compréhensible de viol de l’intimité peut être traumatisant. Comme pour toutes les victimes qui sont traumatisées, Madame ROYAL devrait avoir droit à une aide psychologique. » (source)

   
Ce dernier communiqué de l'insoutenable Lefebvre ("entré par effraction en politique", comme dit David Assouline), est un modèle d'outrecuidance. Ce n'est pas une simple française dont le domicile a été mis à sac (ceci pour la 2ème fois, sans compter un vol d'ordinateur), mais la candidate socialiste à la dernière présidentielle, et une des principales opposantes au "sarkozysme" (celle en tous cas qui mâche le moins ses mots à ce sujet).

Le pays va-t-il être livré encore longtemps à de tels escrocs ?

   

  • « Je trouve que l'agressivité des sbires qui entourent Sarkozy n'a plus de limite » ("radical chic")

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***

   
Mise à jour 11/07/2008

   

« Frédéric Lefebvre est plutôt dans l'insulte, dans l'agression, dans l'aboiement, que dans la politique. Il est utilisé pour ça, l'UMP l'utilise pour ça. »

(Jean-Louis Bianco)


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***


Mise à jour 22/07/2008


Alors que la néfaste réforme de la Constitution n'est passée qu'à 2 petites voix près, et ceci après moults pressions et marchandages de la part de Sarkozy lui-même sur un certain nombre de parlementaires récalcitrants, l'UMP s'est fendu d'un invraisemblable communiqué, où l'on peut lire :

   
« Monsieur HOLLANDE devrait en tirer les conclusions en quittant dès aujourd’hui ses fonctions »

    
Le communiqué est co-signé par Dominique Paillé, mais on reconnaît la prose consternante, ainsi que l'absence totale de scrupules, qui sont la marque de Frédéric Lefebvre, en particulier dans cette phrase :

   
« François HOLLANDE et Jean-Marc AYRAULT ont utilisé les méthodes du passé qui ne sont plus utilisées dans aucun pays d’Europe. Le vote intervenu au Congrès est pour eux un échec. »

    
Une telle hypocrisie, une telle morgue, un tel mépris pour l'intelligence, devraient être passibles des tribunaux.

 


502357

   

 

***

 

Mise à jour 16/05/2009

 

Les dernières pitreries de F. Lefebvre sont synthétisées dans cet accablant document:

Baton Merdeux pour F. LEFEBVRE - vidéo

 

***

 

Mise à jour 25/10/2009

   
Ça soulage :

Jacques Weber : "Frédéric Lefebvre est le plus con qui soit !" - vidéo

 

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A lire aussi :

Communiqué de presse du RESF au sujet des événements de Vincennes
Les images de l'incendie au centre de rétention de Vincennes ("Rue89")
La Nuit ("Vive le Feu!")
Le scandale de la chasse au quota en France

France : témoignages de l’intérieur des centres de rétention 11 janv-21 juin 2008 ("Migreurop")

Violences expérimentales à l’abri des regards ? ("Vacarme")
Témoignages sur les conditions d’accueil des étrangers dans les préfectures (Cimade")
« Papy ! » ("Journal d'un avocat")

 

Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr

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vendredi 6 juin 2008

Un communiqué UMP dans "Le Monde"

   

Philippe_Ridet

Philippe Ridet, journaliste au "Monde"

   

Hier, quelques points grappillés par Sarkozy dans un sondage (TNS Sofres pour Le Figaro Magazine). Pas de quoi fouetter un chat. Aujourd'hui, nouveau sondage (CSA pour Le Parisien et iTELE) : le Nouvel Obs en ligne titre sobrement Sarkozy et Fillon se maintiennent (+1 pour Sarkozy et = pour Fillon).

Je me dis : si certains ont titré hier sur une "remontée" de Sarkozy, ils ont oublié que ces genres de titres, il y a un mois, étaient contredits par le sondage du lendemain. En prenant un peu de recul (par exemple en consultant les courbes sondagières de Dedalus, ICI et LA), on pourrait titrer simplement : "Sarkozy enraye sa chute dans les sondages".

Mais en consultant Le Monde en ligne, un titre cingle :


« Un premier frémissement dans l'opération reconquête de Nicolas Sarkozy »

   
Diable ! Opération reconquête ! Frémissement ! Les mots "Philippe Ridet" me viennent aussitôt à l'esprit. Je déroule l'article pour voir le nom du signataire : banco.

Cet article, sorte de communiqué UMP mâtiné de quelques demi-phrases censées faire contrepoids ou servir de gage à l'"impartialité" du journaliste, est d'une courtisanerie aveugle, hallucinée (en particulier lorsque l'on sait que le fidèle Ridet se targue d'indépendance ou de juste distance vis à vis de celui qu'il a été chargé de suivre durant toute la campagne présidentielle).

Si l'on s'intéresse de près au plus récent des deux sondages cités par Ridet (CSA des 4 et 5 juin ; l'autre sondage plus favorable, TNS Sofres, date en fait des 28 et 29 mai : très exactement le lendemain de la pure opération de "com", si outrageusement médiatisée, de Nicolas et Carla à Rungis - Ridet équilibre d'ailleurs cette date faisandée en mettant glorieusement en avant la date de parution du journal commanditaire de ce sondage plus ancien : « 7 juin » !), si l'on s'intéresse donc au sondage le plus récent on s'aperçoit que les opinions négatives envers Sarkozy augmentent ! En fait il y a dans ce sondage moins d'indécis : le gain est équitablement réparti entre bonnes et mauvaises opinions (et d'ailleurs les variations sont non significatives : de l'ordre de 1%).

Bizarrement, Philippe Ridet oublie de mentionner dans son article un troisième sondage, pourtant postérieur au TNS Sofres des 28 et 29 mai : LH2 pour nouvelObs.com (30 et 31 mai). Dans ce sondage, qui « confirme la crise de confiance à laquelle est confronté le pouvoir » (dixit LH2), la cote de Sarkozy reste stable, au « plus bas niveau enregistré par cet institut depuis l'élection du président le 6 mai 2007 » (source). Mais, manifestement, il tardait à Philippe Ridet de pouvoir placer «frémissement » et « opération reconquête » dans un titre... Et d'amorcer ainsi son article, après les présentations d'usage :

   
«
De quoi redonner le sourire à l'Elysée »

 
Nul doute en tous cas que l'article de Philippe Ridet y contribuera. En comparaison, l'article du Figaro sur le seul sondage "TNS Sofres" pourrait presque servir de modèle d'objectivité (il pointe par exemple la hausse du nombre de sondés prévoyant «beaucoup » de conflits sociaux dans les mois à venir).

       

  • « Fantastique ! on se sent tout de suite mieux. Le Monde, nouveau panneau publicitaire au service de l'Elysée ? » (MICHEL Z.)
  • « J’ai toujours en tête la déclaration de Ridet lors d’un Arrêt sur images consacré à la connivence entre Sarkozy et la presse et plus particulièrement entre lui et Sarkozy : ”J’espère qu’il m’aime bien”.** Chien fidèle. »  (L'autre)

** La phrase exacte était : "peut-être par ailleurs il m'aime bien" (source - video n°1 à 2'35). Ce qu'a capté et gardé en mémoire le commentateur "L'autre", c'est manifestement le sentiment profond de Philippe Ridet.

      
***

   

Mise à jour 08/06/2008

 

« De la pâtée pour chats »

   
Une video de Dominique de Villepin, invité de l'association "Dauphine Discussion Debat", vient d'être rendue publique. Extraits, sur la presse en France :


  • Dominique_de_VILLEPIN« Je trouve dommage pour ma part que trop souvent les médias soient dans la main d'industriels, qui sont partie prenante du jeu politique et du jeu économique - il y a une consanguinité (...). L'esprit de cour c'est une véritable vérole. (...) On n'a pas à lire la "Une" de certains journaux comme on lit les bulletins officiels ! Je vous promets que dans certains cas, l'époque impériale à bien des égards paraissait plus libre que parfois la lecture des quotidiens nationaux ! (applaudissements) J'estime qu'il y a un besoin d'indignation, un besoin d'audace dans la critique, qui fait défaut. Si vous lisez la presse de l'entre-deux guerres dans notre pays, croyez-moi elle est infiniment plus venimeuse, à certains égards infiniment plus courageuse, que ne l'est la presse d'aujourd'hui ! (...) En général je lis la presse dans ma voiture. Heureusement que mes trajets se sont raccourcis, parce que au bout de 5 minutes il n'y a plus rien à lire ! Ca/on manque de nourriture ! Tout tourne en rond, tout tourne en boucle, c'est toujours la même chose, c'est vraiment de la pâtée pour chats ! (...) On ne demande pas à des journalistes de répéter en boucle ce qu'ils ont entendu dans les arrières-cours de l'Elysée, de Matignon ou des gouvernements. (...) On a le sentiment que on peut annoncer n'importe quoi, ce sera repris tel quel... »  

(Dominique de Villepin, 06/05/2008 - source)


******


A lire aussi :

Les journalistes et Sarkozy, retour sur lune de miel ("@rrêt sur images")
Fidèle Ridet! ("Vive le feu!")
Philippe Ridet, ta gueule, merci. ("Cabinet de subversion")
Le Monde : un journal corrompu ("antennerelais")
Le corporatisme de Philippe Ridet ("Pensées d'outre-politique")
Dominique de Villepin dénonce "l'esprit de cour" de la presse française ("Nouvel Obs")

lundi 2 juin 2008

Vincent Peillon règle la querelle sur le «libéralisme»

   

Dans une interview sur RFI qui fera date (intervention relayée sur son blog), Vincent Peillon éclaire magistralement le débat sur "libéralisme et socialisme", qui agite les médias depuis plusieurs jours.

Il est stupide de copier des articles entiers au lieu de mettre simplement un lien : mais là c'est trop bien.


28166RFI : "Libéral", c'est un gros mot chez les socialistes ?

Vincent Peillon : « Pour répondre à cette question, il faut opérer un détour par l'Histoire des idées. En 1830, la devise du mouvement socialiste, alors en pleine éclosion, était "Plus de libéralisme impuissant". Le libéralisme - entendu comme la doctrine de l'émancipation de la personne, des droits de l'individu, de 1789 - se voyait en effet contesté par ceux-là même qui avaient mené, depuis une trentaine d'années, le combat pour les libertés. Pourquoi une telle évolution ? Parce que ces intellectuels se sont rendus compte que revendiquer uniquement les libertés ne suffisait pas : seuls quelques-uns jouissaient des libertés acquises quand une majorité en était écartée.

Ces militants des libertés ont ainsi jugé nécessaire de compléter la doctrine libérale par la notion d'égalité. Or, le socialisme, ce n'est rien d'autre que cette même idée. Ce n'est rien d'autre que le constat qu'il faille créer les conditions de la liberté pour que chacun puisse être réellement libre. Autrement dit, c'est précisément pour réaliser ces libertés qu'on a construit le socialisme ! Sans l'intervention de la puissance publique, les politiques d'éducation de masse, etc., nous serions dans ce que Maurice Merleau-Ponty appelait la "mystification libérale" : les libertés pour quelques-uns et pas pour les autres. Le socialisme n'est ainsi en rien l'antithèse du libéralisme, mais son dépassement.

Je l'ai souvent dit, il ne faut donc pas laisser les libertés aux libéraux : ce serait une erreur majeure, tant stratégique qu'historique ! Malgré cela, cette doctrine - qui inclut la visée des libertés mais qui n'oublie pas que, pour que les gens soient libres, il faut mettre en œuvre un certain nombre de choses - porte un nom : et ça s'appelle le socialisme ! Il n'y a donc pas de raison de s'appeler aujourd'hui "libéraux" : c'est une question qui a été réglée en 1830...

Je note par ailleurs avec amusement que tout le monde réclame toujours des débats intellectuels, mais que le jour où une telle question fondamentale arrive dans le débat politique, on nous dit que c'est un faux débat, une querelle de mots. Or, j'insiste : c'est un vrai débat ! Car tant que l'on ne répondra pas dans notre société à la demande d'égalité - notre problème majeur depuis 30 ans -, on restera dans la mystification de libertés qui ne valent que pour quelques-uns : est-il nécessaire de rappeler que seule la moitié des enfants partent en vacances, que le système éducatif est en échec (...) ?

Pour une fois, nous avons un débat idéologique intéressant qu'il va falloir trancher. »

(source)

   

***

   
Cette querelle sur "libéralisme et socialisme", ainsi éclairée par Vincent Peillon, trouve résonance avec deux sujets bien actuels :

-  le pouvoir d'achat

-  la redistribution des richesses

   
Deux sujets qui, d'après Serge Halimi dans un tout récent article, sont naturellement liés :

   
« la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie »

   
Un récent rapport de la Commission Européenne sur l'emploi en Europe, d'un intérêt central mais hélas très peu diffusé dans les médias, a mis en effet quelques pendules à l'heure. Ainsi pour la France :

   
« la part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008. (...) la part du gâteau allouée aux salariés est désormais inférieure à ce qu’elle était en 1960. »

« A la grande question du jour, "pourquoi la France manque-t-elle de pouvoir d’achat ?", la Commission nous donne la réponse : les salaires distribués ont baissé. »


Source
:
"En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975" ("Contre-Info")

   
      

part_des_salaires_France

Le poids des salaires dans le PIB en France (source)

 

  • « Cet écart de 12 points de part de PIB en défaveur du salaire représente 190 milliards d'euros par an, des fonds qui manquent aux régimes sociaux et au financement des retraites. » (source)

  • « François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB » (source)

    

Toute cette situation n'est certes pas nouvelle : il y a persistance et surtout aggravation d'un phénomène, à savoir l'inégalité (sans cesse croissante donc) dans la redistribution des richesses.

   
«
IL Y A EU UN ENORME TRANSFERT DES REVENUS DU TRAVAIL VERS LES RENTES ET LES PROFITS. »

(CAF’ECO, février 2004)

 

« Les résultats mirobolants des entreprises du CAC 40 ne sont pas sains, car ils ne procèdent pas d'une logique économique mais d'une exploitation forte des salariés et des entreprises sous-traitantes »

(Michel Lamy, CGC, 2005)

   

Comme le montre le rapport de la Commission Européenne, le phénomène n'est pas circonscrit à la France, mais généralisé.

 

« La part des revenus du travail dans la richesse européenne n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui (...). "Il est souhaitable que cette tendance soit inversée pour préserver la cohésion sociale", a commenté la Commission européenne. »

Source  : Le poids des salaires dans le PIB européen à son plus bas ("LeVif.be")

   

Concernant par exemple la situation en Belgique :

   
« Depuis quatre ans, le profit net d’impôt (résultat net d’exploitation) des entreprises est passé de 17 milliards en 2002 à près de 33 milliards d’euros en 2006. Ces profits sont tout simplement dus au fait que les hausses de coûts salariaux sont faibles, beaucoup plus faibles que les hausses de richesses créées. C’est exactement ce qui est en train de se passer. En Belgique, en une seule année (2005 - 2006), les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 4,6 milliards pour atteindre 33 milliards (+16,2% en un an !) Pendant ce temps, l’augmentation totale de la masse salariale fut de 5,5 milliards d’euros pour atteindre 120,6 milliards d’euros (+4,8%). C’est un partage de revenus totalement inégal où ceux qui travaillent se voient moins bien récompensés que les rentiers.

Conséquence : une perte de pouvoir d’achat pour de nombreux ménages à revenus moyens et faibles. C’est le grand tabou de toutes les discussions politiques sur le pouvoir d’achat. Grand tabou car cette évolution ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que les revenus des salariés et des allocataires sociaux sont ainsi petit à petit transférés à une certaine frange de la population… La part des salaires dans le partage des revenus des entreprises du secteur privé est passée de 70% en 1980 à 65,8% en 2003, et à 62,6% en 2007. Si Belgique produit de plus en plus de richesses, les salariés sont de moins en moins riches ! En bout de course, ce sont les malades, pensionnés et chômeurs qui payent la note la plus salée de cette folle course au profit des actionnaires, principalement des grosses entreprises, qui dégagent le plus de profit. »

Source : Toutes les solutions ne se valent pas … ("cne-gnc.be")

       

Graphique éloquent sur la redistribution du PIB en Belgique (on aurait le même type de courbe en France) :

graphique_belgique

(source)


  • « [Les] défenseurs de l’économie de marché (...) argumentent que l’expansion du capitalisme et l’accumulation des richesses conduisent inexorablement à l’augmentation du niveau de vie de la masse des travailleurs. La fausseté de cet argument [est] une nouvelle fois confirmée (...) dans le discours froid des statistiques. » (source)
   
  • « Est-il admissible que des dirigeants d'entreprise perçoivent en une semaine autant qu'un salarié durant toute sa vie active ? »

  • « Il est indécent, amoral, socialement destructeur et irresponsable de pratiquer de tels écarts de rémunération. Ils sont d'ailleurs inédits dans l'histoire du capitalisme. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord, des voix s'élèvent pour plafonner les rémunérations les plus délirantes. Ce serait un pis aller. Mais, manifestement, l'autodiscipline ne suffit pas - même pour protéger le capitalisme de ses propres excès. »

(Le Monde, 31/05/2008)

   

Serge Halimi concluait ainsi son article :

« Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans [mai 68], la destination proposée a le mérite de la clarté. »

   
Une récente étude enfonce le clou :

« L’accumulation sans précédent des richesses par une petite minorité financière, dans un contexte de baisse des revenus réels pour la grande majorité de la population mondiale, engendre une augmentation du mécontentement et de la colère. »

(source)

 

***

 

A propos de la querelle sur le "libéralisme", Vincent Peillon avait bien raison de s'exclamer (après avoir défini le socialisme comme doctrine volontariste de défense des plus faibles) : « c'est un vrai débat ! »

La tendance, la pression en faveur du Capital, au détriment du salarié, est d'effet mondial. La riposte devra de même se situer à l'échelle internationale, par une stratégie commune élaborée par les représentants élus de(s) différentes nations (on voit là pointer l'idée de protectionnisme - un des fers de lance de Emmanuel Todd). Ces représentants élus devront, bien sûr, être personnellement irréprochables quant à leur indépendance à l'égard des puissances financières. Hélas ! Les Français viennent d'élire à leur tête un candidat fasciné par l'argent, et totalement inféodé à ses amis grands patrons.

Les citoyens français sont dans leur grande majorité inconscients de ces problématiques économiques : loin de les éclairer sur la réalité du monde, les robinets d'eau tiède que constituent les journaux télévisés se sont au contraire chargés, durant la campagne présidentielle, de relayer purement et simplement la propagande électoraliste du candidat Sarkozy (ami des grands patrons) - il est vrai que la gauche n'a pas fort poussé en sens contraire. Les Français se sont depuis décillé les yeux (2/3 d'opinions négatives actuellement contre 1/3 seulement il y a un an), mais ceci principalement sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.

Au plan politique il reste un travail didactique à faire, de l'information à diffuser, sans quoi le candidat de la richesse pour quelques uns pourrait une nouvelle fois se faire élire, moyennant moults rideaux de fumée et intox par médias couchés interposés (couchés, ou plus exactement propriétés de grands groupes financiers ; on aperçoit ici l'intérêt pour les Bouygues Lagardère Bolloré Dassault etc. de posséder des médias - journaux télés radios - pourtant peu rentables économiquement en eux-mêmes : peser sur l'opinion, endormir le citoyen ; et, in fine, porter à la tête de l'Etat le candidat favorable à leur intérêt - qui est évidemment, en résumé : la perpétuation voire l'accroissement de l'inégalité dans la répartition du PIB (toujours davantage pour l'actionnaire et la rente, toujours moins pour le salarié)).

 

***

Lire le dossier suivant :

 

Un cours d'économie sur France Inter

 

***

 

petit Post Scriptum (PS)

   
On voit que cette façon de se proclamer "libéral", de la part de Bertrand Delanoë, n'avait par grand sens, autre que celui d'un grossier effet d'annonce : il oubliait tout simplement de mentionner ce qui a si bien été mis en lumière et explicité par Vincent Peillon (le socialisme comme contrepoids aux excès de la simple doctrine de la liberté : en somme une défense des plus faibles).

D'ailleurs Ségolène Royal, sans doute inspirée par Vincent Peillon lui-même, avait ainsi répliqué :

« J'ai envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme, et tout ceci n'a rien de libéral »

   
On a trop glosé sur la déshérence, sur la "défaite idéologique" de la gauche et plus précisément du PS. Mais il suffit d'ouvrir les yeux : un boulevard s'étend devant ceux qui voudront bien aller au centre ou plus exactement au fond du problème (celui de l'inégalité sans cesse croissante dans la redistribution des richesses). Et ceci en faisant preuve de pédagogie (à l'exemple de François Ruffin sur France Inter). Inutile de préciser que nul autre que Vincent Peillon ne serait plus à même d'accomplir telle mission.

    

  • « Le déficit de l'idéologie libérale, c'est qu'elle ne prend en aucun cas l'aspect social en considération. (...) Le socialisme, c'est le libéralisme politique, plus l'égalité. » ("Chris79", ICI)

 

« Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. "En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux." Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer. »

(Pierre Larrouturou)

   

******

   

Mise à jour 03/06/2008


Todd15Entretien pour Marianne2 d'Emmanuel Todd, cinglant comme à son habitude :


E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï

   
Extraits :

   
« Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. »

« il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche. »

« il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devrait la conduire à gauche. »

« les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. »


« Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë. Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. »

   

******

    

A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost")
Vincent Peillon, tel un phare
Vincent Peillon
   

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Un cours d'économie sur France Inter

      

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Le 24 janvier 2008, le journaliste François Ruffin, auteur quelques jours plus tôt d'un important article dans Le Monde Diplomatique, se livrait sur l'antenne de France Inter, dans l'émission "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet, à un véritable cours d'économie.

Cette émission était ainsi présentée sur le site de "Là-bas si j'y suis" :


« Depuis le début des années 80, la part des salaires dans le PIB de la France a baissé de 9,3%. Qui sont partis dans la poche du Capital. Ces 9,3% équivalent à plus de 150 milliards d’€ : soit une douzaine de fois le trou de la Sécu ! Un hold-up géant, renouvelé chaque année, au détriment des salariés.

Ce chiffre, 9,3 %, suffit à contester toutes les "réformes" en cours : allongement de la durée de cotisations pour les retraites, salaires qui stagnent depuis vingt ans, mise en place de la franchise médicale... Car toutes ces mesures ont un dénominateur commun : gratter encore quelques avantages aux salariés. Tandis que la question du partage des richesses n’est jamais posée... »

   
Extraits.

    
Partage des richesses : les 9,3% du PIB passés du salariat au capital depuis 25 ans

François Ruffin : Il y a une question qui n'est plus posée, dans le débat public, c'est la question du partage des richesses. Comme si il fallait en permanence avoir de la croissance, produire davantage de richesses, mais sans se poser la question "à qui vont ces richesses, comment on les répartit ?" Il y a effectivement depuis le début des années 80 un glissement des richesses, prises au salariat, en faveur du Capital.

Ça, quand on vient le dire à "Là-bas si j'y suis", on va être qualifié de gauchiste.

Daniel Mermet : Meuh non.

François Ruffin : (...) Si on dit "aujourd'hui, le salariat touche moins de part de PIB qu'il y a 25 ans", je ne veux pas que cela soit considéré comme gauchiste, donc je vais apporter un certain nombre de citations. Petite devinette, de qui cela provient-il ?

   
« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années.
»

   
Qui dresse le constat d'un partage de la valeur ajoutée qui n'a jamais été aussi inégal aujourd'hui ? Attac ? La CGT ?

Daniel Mermet : Eh bien non !

François Ruffin : Eh bien non (petit rire de Mermet). C'est une institution, la BRI (Banque des règlements internationaux), qui rassemble tous les banquiers centraux - c'est à dire le banquier de la Fed [Réserve fédérale américaine] aux USA, le banquier Jean-Claude Trichet pour la BCE [Banque centrale européenne] (...). L'été dernier ils ont rendu un document qui n'a pas fait la "Une" des journaux, et dans ce document ils reconnaissent qu'il y a (...) une marge d'une importance sans précédent, (...) une poussée à la hausse de la part des profits [depuis le] milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires.

On voit bien que le constat [est] mondial - c'est une tendance mondiale - à ce qu'il y ait de plus en plus d'argent qui aille au Capital, et de moins en moins d'argent qui aille aux salariés. (...)

Cela inquiète même Alan Greenspan, qui n'est pas réputé non plus pour être un bolchevique : c'est l'ancien dirigeant de la Fed ; c'est lui qui déclare :

    
« J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires (...). Ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché »

   
Et encore une fois il ne le dit pas à L'Humanité : il le déclare au Financial Times et à La Tribune.

Daniel Mermet :  Alors ce transfert, en 20 ans, il s'est donc opéré au détriment des salaires, des salariés, de quelle façon ?

François Ruffin :  On peut le chiffrer auparavant ce transfert (...) : en France, il y a 9,3% des richesses qui sont passées du travail vers le Capital. Cela veut dire que en 1982 par exemple, il y avait 66% de la valeur ajoutée du pays qui partait en salaires. Aujourd'hui, on est (...) entre 56 et 57%. Qu'est-ce que cela représente, 10 points du PIB de la France ? Le PIB de la France c'est 1800 milliards d'€. Ca veut dire que par rapport à la situation du début des années 80, il y a 180 milliards d'€ en plus qui vont au Capital chaque année, alors qu'au début des années 80 [cette somme] partait aux salariés (...).

180 milliards c'est une somme tout a fait considérable. Car on nous parle en permanence du trou de la Sécu, du déficit du régime des retraites : mais le déficit de la Sécu cette année c'était 12 milliards d'€ (...). Les déficits des régimes de retraites c'est 5 milliards d'€.

(...) Ces 9,3% condensent toute une évolution de l'économie française depuis 20 ans. Si les actionnaires étaient venus directement piquer l'argent dans la poche des salariés, évidemment les salariés se seraient révoltés, il auraient appelé la police, Sarkozy serait intervenu, et ça n'aurait pas pu se passer comme ça. Donc ça c'est passé de façon plus douce. De quelle manière ?


Comment s'est effectué ce "glissement", ce rapt ?

François Ruffin :  Premier biais : des suppressions de postes. Dans le public, mais surtout dans le privé - y compris pendant que les entreprises pouvaient engranger un certain nombre de dividendes.

Daniel Mermet :  A cause des exigences des actionnaires ?

François Ruffin :  Evidemment. Et la conséquence c'est qu'il y a [moins] de salaires qui sont versés (...) : cela réduit fatalement la part des salaires dans la valeur ajoutée. (...)

Le deuxième biais, c'est que, comme il y a eu cette peur du chômage qui a monté, il s'est produit quelque chose que l'Insee a rendu public au cours de l'automne : une stagnation des salaires depuis 25 ans. Depuis 25 ans, les salaires n'ont pas augmenté en France, quand on prend en compte les temps partiels.

Entre 1987 et aujourd'hui, les salaires n'ont pas augmenté en France. 1987 c'est l'année où est créé le CAC 40, avec un indice 1000. Aujourd'hui, il est à 4848 points. C'est à dire que pendant que les salaires stagnaient, il y a eu une augmentation du CAC 40 de 480%. Là on voit bien ce que signifie la répartition des richesses dans ce pays - sachant que l'on ne tient même pas compte, quand on énonce la hausse de la bourse, des dividendes qui sont reversés aux actionnaires.

Troisième point, cela va être l'augmentation de la flexibilité.
"Flexibilité" c'est le mot patronal : le mot syndical cela va être "précarité".
Mais on le voit très clairement : un article du Monde [du 30/11/2007] dit que depuis 1980, "la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 6 à 18% de l'effectif salarié total, et celle des autres formes d'emploi atypiques (intermittence, intérim, etc.) de 17% à 31% du salariat". (...)

Ça évidemment cela a des conséquences sur la répartition de la valeur ajoutée, puisque cela veut dire qu'il y a moins de temps improductif que sont amenées à payer les entreprises. Elles n'emploient les gens que quand ils sont directement productifs. Ça c'est évidemment un biais par lequel se fait la répartition des richesses : un emploi jetable, sur mesure, qui s'est ajusté aux besoins variants des entreprises.

Le dernier point, il n'est plus directement sur le salaire. C'est à dire qu'il y a deux manières de verser du salaire : il y a ce qu'on appelle le salaire direct (...), et il y a le salaire indirect (les retraites, la Sécurité sociale, etc.). Ce qu'analysent un certain nombre d'économistes, c'est que dans un premier temps les actionnaires ont tapé sur le salaire direct pour augmenter leurs profits. Aujourd'hui c'est sur le "salaire indirect" : il va falloir cotiser plus longtemps pour toucher moins, on va cumuler retraite et emploi, il va y avoir des franchises médicales, il y a des déremboursements de médicaments. Tout ça c'est le dernier biais : en tapant sur le salaire indirect, dans la mesure où on ne peut plus faire baisser le salaire direct, qui a déjà stagné depuis 25 ans. Aujourd'hui il s'agit de supprimer les petits avantages, les petits à-côtés du salariat.


Un sujet tabou

Daniel Mermet :  Ce phénomène [le glissement, à l'intérieur du PIB, d'une part des salaires au profit des actionnaires, et les conséquences que cela représente], c'est assez curieux qu'il soit devenu un tabou, que et les médias, et le monde politique, et tous ceux qui pourraient en parler, n'en parlent pas (consciemment, inconsciemment) : parce ben ça va de soi, parce que c'est "normal" - parce que c'est une doxa.

Alors pourquoi la France a-t-elle du attendre si longtemps cette émission de "La-bas si j"y suis" avec le "professeur Ruffin", pour apprendre tout ça ?

François Ruffin :  (...) Pendant tout l'automne il y a eu des débats sur les régimes spéciaux de retraite. Il y a eu des débats sur le pouvoir d'achat. (...) Et pourtant si écoute ceux qui tiennent la parole, les éditorialistes économiques : jamais ils n'évoquent la question du partage des richesses. En permanence ils raisonnent en termes de croissance. Leurs solutions c'est le boom des services à la personne (mais ça c'est des emplois précaires, à temps partiel), c'est d'ouvrir le dimanche, c'est la "flexi-sécurité".

Daniel Mermet :  « Travailler plus pour gagner plus »

François Ruffin :  Ça c'est ce que va venir dire derrière le Président Nicolas Sarkozy, qui quand on lui dit "comment on fait pour augmenter le pouvoir d'achat ?", ne va jamais répondre en termes d'égalité, de justice sociale : mais en permanence en termes de croissance, de "travailler plus pour gagner plus", etc. Donc il y a une occultation complète, à la fois par les médias et par le gouvernement, de la question de la répartition de la valeur ajoutée dans le pays.

Si on écoute ce qu'avait dit Nicolas Sarkozy durant sa conférence de presse [29/11/2007] ("je ne peux pas distribuer des cadeaux de père-noël car les Français savent bien qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses", "je n’ai pas le pouvoir d’augmenter les salaires", "pour donner du pouvoir d’achat, il faut réhabiliter le travail") : le lendemain, toute la presse acclamait la prestation de Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas été "démagogique", puisque avec "habileté", il avait "tracé un programme de réformes" etc.

Je lisais ça dans Les Echos, et quelques pages plus loin je découvre l'information suivante :

   
« Grande plaisance, la course au luxe. Les millionnaires, toujours plus nombreux, sont lancés dans une course sans fin au plus grand, au plus beau, au plus luxueux yacht... Dans ces châteaux des temps modernes, le robinet à 8 000 euros plaît beaucoup »

      
On tourne encore deux pages, on aperçoit un autre papier :

   
« Les hôtels particuliers ont la cote. La mondialisation créé de plus en plus de multimillionnaires
»

   
Et on ouvre Le Monde, et on découvre que ce jour-là, à côté du pouvoir d'achat qui stagne pour les salariés, il y a en vente des chaises à 9 397€.

Daniel Mermet :  (petit gloussement) C'est des chaises pour aller dans le yacht...

François Ruffin :  Peut-être oui.

Daniel Mermet :  ...et regarder le robinet en or à...

François Ruffin :  à 8 000€.

Daniel Mermet :  (petit rire)

François Ruffin :  (...) Etablir aujourd'hui ce lien, entre un pouvoir d'achat qui stagne pour la majorité de la population, des emplois précaires etc., et quelques pages plus loin (pourtant c'est juste à côté), des riches qui sont de plus en plus riches, la croissance des multimillionnaires qui se payent des robinets à 8 000 € : aujourd'hui, tisser ce lien entre les deux extrémités de l'échelle sociale, c'est "démagogique". C'est "populiste", c'est malvenu, c'est indécent.

Que cela soit populiste, démagogique, pour Jean-Marc Sylvestre, Arlette Chabot et PPDA - parce que c'est une question qui aurait pu être posée : Arlette Chabot normalement si elle faisait son travail, elle pouvait poser la question à Nicolas Sarkozy sur ce qu'il pensait de cette injuste répartition des richesses, de ce glissement des 9,3% du travail vers le Capital. [Mais] c'est une question qui ne se pose pas. Que Nicolas Sarkozy ne la pose pas non plus, on le comprend, lui qui le soir de son élection dîne au Fouquet's avec l'ensemble du CAC 40 : si on vient dire "il faut que ces 9,3% repartent aux salariés au détriment du Capital", on comprend que ses amis ne vont pas être tout à fait contents.


La démission de la gauche

François Ruffin :  Ce qui est plus inquiétant, à mon sens, c'est que la gauche elle-même - la gauche gouvernementale en tous cas - n'en dise rien non plus. (...) [Or] à mon avis [la répartition des richesses] est le point central pour contrer la "nécessité" de toutes les "réformes".

Quand on écoute Manuel Valls, [il dit] "le courage aujourd'hui consiste à ne pas lutter contre ces "réformes", "le courage consiste à dire que ces "réformes" sont absolument nécessaires". On voit très bien que la logique de la gauche de gouvernement n'est plus une logique de combat. Ce n'est plus une logique de dénonciation du "mur de l'argent", et de confrontation à ce "mur de l'argent", quand le courage consiste non plus à se battre contre lui, mais au contraire à se résigner le plus vite possible. (...)

   
Daniel Mermet trace un récapitulatif de la première partie d'émission :

Daniel Mermet : (...) [Ce] qui me frappe le plus : ce transfert des richesses, du travail vers le Capital, qui s'est opéré au cours de ces 20 et quelques années, se fait au détriment (c'est ça qui est important à retenir) du travail, au détriment des salaires. Parce que on se dit "bon ils sont riches, tant mieux pour eux, ils ont des robinets en or, boarf, après tout si j'en avais j'en profiterais peut-être", enfin etc. : ce qu'il faut bien comprendre c'est que ces records de CAC 40, ces enrichissements, ces augmentations de richesse de l'actionnariat et de la rente, se font au détriment des salaires, à travers la précarité, à travers la stagnation des salaires, à travers les suppressions d'emplois, à travers la réduction de tout ce qui est, on va dire, "le social".

François Ruffin :  C'est ça.

Daniel Mermet :  Je souligne et j'y insiste, parce que ce n'est pas du tout présent dans le discours, ce n'est pas présent dans les médias, et ne n'est pas présent dans l'opinion.

François Ruffin :  Pour que les pauvres soient moins pauvres, ou pour que les travailleurs vivent plus confortablement (parce qu'il ne s'agit pas seulement des pauvres), il y a deux solutions :

-  Soit on répartit plus justement les richesses qui sont produites. Mais ce n'est pas du tout l'objectif aujourd'hui ni du gouvernement, ni du discours médiatique, ni non plus de la gauche gouvernementale. On n'est pas dans la plus juste répartition des richesses, alors que ces richesses existent.

-  Donc soit on répartit mieux le gâteau, soit, deuxième solution, on agrandit la taille du gâteau. Aujourd'hui, on vient nous dire que la seule solution pour que les pauvres soient moins pauvres, pour que les travailleurs vivent plus confortablement, c'est d'agrandir la gâteau. Agrandir le gâteau c'est quoi ? C'est la croissance. Vous voyez ? On vient nous dire que "il nous manque un point de croissance". (...) Que sans ce point de croissance, on est condamnés non seulement à ne pas augmenter les salaires, mais surtout à vivre des régressions sociales en série.

Or là il faut prendre un petit peu de recul historique. Sur l'ensemble du XXème siècle, la croissance moyenne est de 2% hors des "trente glorieuses". (...) Ces dernières années la croissance française tourne également aux alentours de 2%. Donc on est pas du tout dans une situation qui serait une situation de crise : on appelle ça une croissance molle ; notre "croissance molle" c'est somme toute une croissance normale.

Et pourtant il y a tout un discours idéologique qui voudrait nous faire croire que avec ces 2% de croissance, on est condamnés à la régression sociale, et condamnés à ce que les salaires stagnent. Tout dépend à qui vont ces 2% de croissance. Est-ce que ces 2% de croissance vont en augmentations de salaires ? Ou est-ce que ces 2% de croissance vont en augmentations des dividendes ? Ça c'est LA question qui, dans le débat public, n'est "pas autorisée".

Avoir comme on en rêve une croissance à 4, 5 ou 6%, ce n'est possible que dans les pays qui sont en hyper-développement (...), et aussi dans les "périodes de rattrapage" (ce qui était le cas de la France des "trente glorieuses").

Aujourd'hui on va tenter de "soigner le mal en aggravant le mal". On a déjà des travailleurs qui sont précaires : mais, pour gagner ce point de croissance supplémentaire, on va proposer un certain nombre de mesures, (...) en finalement flexibilisant encore davantage, en redéfinissant le licenciement économique (permettant des licenciements plus faciles), en diminuant des dépenses publiques (au premier rang desquelles la mise sous condition de ressources des allocations familiales), on va augmenter la CSG, etc. Donc pour soigner le mal (...), on aggrave le mal. On propose des dimanches ouvrés : des tas de mesures qui vont directement peser sur les salariés.

Je pense que normalement, la gauche doit s'opposer à ce type de discours. (...) On a une gauche qui est totalement rangée sur la position de la droite, (...) qui est de dire : "tant que l'on a pas une croissance de 4, 5, 6%, il n'y a pas de possibilité d'améliorer la condition salariale, il n'y a pas de possibilité de progrès social dans le pays". Or [les mesures du] Front Populaire (les congés payés et un certain nombre d'autres mesures) ont été prises au cours du XXème siècle dans des périodes où la croissance n'était pas supérieure à 2%.

 

Conclusion

Daniel Mermet :  Conclusion ?

François Ruffin :  (...) Il y a la nécessité de se demander comment on fait pour regagner les 9,3% ou au moins une partie des 9,3% qui nous ont été pris, comment on regagne ces 180 milliards qui nous sont pris chaque année : ça passe effectivement à mon avis par la taxation des capitaux, (...) ça passe aussi par un mot qui est devenu un mot tabou dans ce pays, c'est le protectionnisme. (...)

allais2Le seul « prix Nobel » d'économie français que l'on ait s'appelle Maurice Allais, [c'est] un vieux monsieur mais qui continue de produire, qui est toujours vivant. [Il] est très peu interrogé, pourquoi ? Parce que ce monsieur met en lumière lui aussi un partage de la valeur ajoutée qui est inégal, qui est injuste dans le pays, et parce que ce monsieur vient dire "pour une plus juste répartition des richesses, une première mesure à prendre c'est un retour au protectionnisme" (au niveau français ou mieux au niveau européen). Mais ce mot "protectionnisme" c'est aussi devenu un mot tabou. Parler de partage des richesses, parler d'égalité, parler de protectionnisme, ce sont des mots qui sont devenus tabous, (...) même à gauche.
   

   
L'émission est écoutable en intégralité ICI.


  • « Je suis encore "sur le cul" après l’écoute de l’émission de cet après midi. En une heure on comprend tout. » (Didier HEBERT, 24/01/2008, ICI)
  • « Effaré, ya pas d’autre mot, je découvre pas tout ça, mais de l’entendre si bien etayé, ça tue !!! Que faire ???? » (johann, 24/01/2008, ICI)
  • « L’autre jour, nous nous demandions pourquoi les salaires du bâtiment avaient autant stagné, sinon baissé, depuis les années 70. Eh bien voilà ! Nous avons l’explication. Merci Messieurs Bouygues, Vinci , Lafarge et autres... » (Roland Franz Jehl, 25/01/2008, ICI)
  • « Je ne suis pas plus fufute que quiconque, mais franchement, j’avoue que j’avais compris depuis longtemps que l’éternelle exigence de "croissance" est une vaste fumisterie où les riches s’enrichissent sans que les pauvres ne se scandalisent trop, et que depuis la fin des années 70, cela a pris l’allure d’une entourloupe généralisée. L’émission avec François Ruffin n’a rien décrypté pour moi. En revanche, peut-on réfléchir à pourquoi ce mécanisme apparaît-il si crypté ? Comment en sommes-nous rendus (toutes les catégories : journalistes, ouvriers, retraités...) à élire Sarkozy ? On sait que la télé a un rôle et aussi la pub, les vendeurs d’illusions collectives, mais comment ça marche ? » (Odile, 26/01/2008, ICI)

   
Résumé de la situation en BD, par l'équipe du journal Fakir, ICI.

   

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A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost") 

Posté par antenne_relais à 20:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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