A l'occasion d'un face à face l'opposant à Alain Finkielkraut et organisé par Le Nouvel Observateur, le grand philosophe français revisite certaines de ses thèses avancées il y a deux ans dans son succès de librairie De quoi Sarkozy est-il le nom ?.

    
   

 

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© Bruno Coutier

      

   

Il faut lire le verbatim intégral de 5 pages mis en ligne pour saisir l'ampleur du feu d'artifice auquel se livre Alain Badiou.

Quelques minis extraits néanmoins :

   

« Quand l'Etat commence à se soucier d'une légitimité identitaire, on est dans la réaction la plus noire, l'expérience historique le montre. Cette initiative est donc non seulement stupide et incohérente, comme on le voit tous les jours, mais elle s'inscrit aussi dans ce que j'ai appelé le "pétainisme transcendantal" du gouvernement Sarkozy. »

« Quand vous voyez des jeunes [beurs] hurler [au foot] en faveur de l'Algérie, ce sont à votre avis des barbares anti-français. A mon avis ils ne le sont pas plus que ne l'étaient les supporters du club de rugby de Tyrosse dans les Landes quand, il y a cinquante ans, ils hurlaient contre les supporters du Racing de Paris. C'est l'imaginaire assez miteux du conflit identitaire, dont le sport est un exutoire bien connu. Une dernière vague d'immigration reste toujours solidaire de son passé, c'est normal. Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d'être des analphabètes auvergnats, ce n'est pas nouveau tout ça.  »

« Alors que le monde est aujourd'hui partout aux mains d'oligarchies financières et médiatiques extrêmement étroites qui imposent un modèle rigide de développement, qui font cela au prix de crises et de guerres incessantes, considérer que dans ce monde-là, le problème c'est de savoir si les filles doivent ou non se mettre un foulard sur la tête, me paraît proprement extravagant. »

« Je considère les dirigeants actuels comme Marx les considérait en 1848 : ce sont les "fondés de pouvoir du capital". »

« La seule vison qui puisse donner sens au mot "France", c'est ce qui fait l'universalisme français aux yeux du monde entier, à savoir la filiation avec la Révolution française (...). »

« La réalité historique de l'apogée du nationalisme français, c'est la guerre de 14. Des millions de morts pour rien. La France n'est digne de faire présent d'elle-même aux nouveaux venus que pour autant précisément qu'elle a été la France qui a été capable de les accueillir dans la politique qui était la sienne. La France qui ne les accueille pas, qui vote loi sur loi pour les discriminer c'est tout simplement la France de la guerre de 14 ou la France de Pétain. C'est-à-dire la France qui se ferme, qui n'a pas d'autre protocole d'existence que sa clôture. »

« Les Suisses qui votent contre les minarets n'ont jamais vu un Arabe de leur vie. C'est une construction idéologique cette affaire-là. Vous êtes en train de construire idéologiquement les musulmans comme ont été construits les Juifs dans les années 1930. »

« Sarkozy c'est tout de même pire qu'un ouvrier malien balayeur ! Si quelqu'un est en rupture avec tout ce que ce pays peut avoir d'estimable, c'est le premier, et pas le second. »

   

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