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affiche de Mai 68

   

1. Le scandale de l'abaissement généralisé des médias durant la campagne présidentielle

Jamais nous ne devons oublier l'invraisemblable abaissement des médias dominants (télés, radios, journaux) durant la campagne présidentielle de 2007 (phénomène incroyable dans un pays comme la France, qui amena d'ailleurs différents citoyens scandalisés à ouvrir un blog politique, pensant naïvement qu'il suffisait d'écrire certaines choses sur le net - théoriquement accessible à tous - pour que la lumière se diffuse automatiquement parmi l'électorat).

Dans les faits, rien n'y put faire, et cette révoltante complaisance des médias envers la propagande du candidat UMP, ce manifeste et infect parti-pris, coûta au pays l'élection d'un Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.

En décembre 2007 les médias revinrent soudain à un peu plus de mesure (jusque là il ne fallait pas allumer sa télévision voire sa radio sous peine de nausées ou fulminations préjudiciables à la santé) : suivant en cela le mouvement de l'opinion dont les yeux se dessillaient enfin sur le compte de Sarkozy, suite à des évènements aussi improbables que Kadhafi plantant sa tente à Paris, Sarko-Bruni à Disneyland, ou Bigard chez le Pape. La cote de popularité de Sarkozy prenait alors la direction des profondeurs, dont elle n'est jamais remontée.

La propagation de l'intox sarkozyste avait été si généralisée durant des mois (avant puis après l'élection présidentielle), que ce retour à un semblant d'objectivité dans le traitement de l'information donna l'impression que les médias retournaient d'un coup leur veste (pour ne pas se faire "lyncher" avec le principal coupable, peut-être).

Malgré ce relatif bol d'air, la liberté de l'information en France, en particulier dans les journaux télévisés (première source d'information pour les français), restait un sujet de préoccupation grave pour les observateurs attentifs, encore traumatisés par la capitulation généralisée observée (et subie) tout au long de l'année 2007.

   
   

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affiche de Mai 68

   

2. Des tentatives infructueuses pour lancer un débat de fond sur l'indépendance des médias

Les blogueurs n'avaient rien pu faire durant la campagne présidentielle pour mettre en évidence aux yeux des foules l'invraisemblable intox sarkozyste si complaisamment relayée sur les ondes et dans la presse.

En avril 2007, même le fait que le débat Royal-Bayrou entre les deux tours de la présidentielle soit interdit d'antenne sur le service public, n'attira pas outre mesure l'attention.

En décembre 2007, Ségolène Royal, disposant pourtant du plus large accès à tous types de médias, ne put installer sur la place publique comme elle le souhaitait "un débat de fond sur l'indépendance des médias".

Quelques mois plus tard, en avril 2008, Vincent Peillon monta à son tour au créneau, dénonçant une "servitude volontaire" des médias : ses propos restèrent sans écho.

En mai 2008, Dominique de Villepin qualifia la presse française de "pâtée pour chats". Au même moment, reprenant un de ses thèmes de campagne, François Bayrou proclamait son souhait d'inscrire l'indépendance des médias dans la Constitution.

En décembre 2008, l'hebdomadaire Marianne lança une pétition pour "l'indépendance et le pluralisme des médias", réunissant des signataires d'horizons très divers. Le même mois, Mediapart et Reporters sans frontières organisèrent une journée de débat "pour une presse libre". Très louables initiatives, mais comme les précédentes, ne réussissant pas à faire "prendre" le débat dans l'opinion.

En octobre 2009, le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières rétrogradait la France au 43ème rang sur 175 pays classés ; en 2002 elle occupait la 11ème place.

 

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affiche de Mai 68

 

3. Le "coup de Peillon"

Or, actuellement, deux semaines après le "coup de Peillon" (ou "effet pas peillon") qui provoqua une sorte de "bataille d'Hernani" (suscitant dans le camp des défenseurs du geste de Peillon des articles d'importance tels ceux de Bruno Roger-Petit (LePost) ou Daniel Schneidermann (@rrêt sur images)), on constate que la question de l'indépendance des médias se trouve enfin placée au cœur du débat public (résultat subsidiaire : le faux débat sur l’identité nationale, lancé de façon purement électoraliste et dont tout le monde se fout, se trouve enfin marginalisé).

Cette sorte de prouesse n'aura donc été rendue possible que par une rupture radicale avec les usages, un "coup d'éclat", un geste frappant les esprits, interrogeant les consciences, et finalement provoquant le débat (il est évident que le thème du manque de liberté de la presse met "mal à l'aise" la presse elle-même : voici pourquoi ce sujet de préoccupation, majeur dans une démocratie, ne se trouve pas naturellement porté à l'attention du plus grand nombre).

Dernière intervention particulièrement remarquable dans le débat, une tribune de Jacques Merlino (rédacteur en chef de France 2 à la retraite, donc libre de parole), sur LeMonde.fr (mais pas dans la version papier du Monde !), le 27 janvier :

 

Il faut sauver le soldat Peillon, par Jacques Merlino (LeMonde.fr)

(cliquer sur le lien)

« Le mini-scandale provoqué par Vincent Peillon, refusant à la dernière minute de participer à un débat tronqué, offre à tous ceux qui sont attachés à la liberté de la presse l'occasion de poser à nouveau quelques questions fondamentales. La première est celle-ci : l'information télévisée proposée par le service public est-elle libre de toute intervention élyséenne ? La réponse est bien évidemment non ! »

« j'ai été le témoin direct d'un contrôle du politique sur notre travail. A tel point que je peux affirmer que ce contrôle est totalement intériorisé par les journalistes, qu'ils vivent avec en essayant de le masquer par de l'humour et que tous ceux qui tentent de s'en affranchir vont directement à la case placard ! »

   

Vincent Peillon quant à lui continue, lors de chacune de ses interventions, à enfoncer chaque fois davantage le clou sur le sujet, tout en explicitant le principe de sa démarche. Comme hier matin sur France Inter :

 

Vincent Peillon face à Patrice Duhamel (France Inter) - vidéo

(cliquer sur le lien)

   

Ses récentes interventions télévisées, en bonne partie consacrées à l'indépendance des médias, sont consultables sur son blog.   

    

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A lire aussi :

Comment Sarko met la presse sous pression (NouvelObs, 06/2008)

La concentration des médias et leurs liens avec Nicolas Sarkozy (Betapolitique, 07/2007)

Le petit Nicolas et ses grands amis (Le journal du Midi, Belgique, 03/2007)

France : l'année du caniveau (Le Courrier, Suisse, 01/2007)

Mainmise sur la presse tricolore (Le Matin, Suisse, 01/2007)

M. Sarkozy déjà couronné par les oligarques des médias ? (Le Monde Diplomatique, 09/2006)

Le mythe de la liberté de la presse en France (Voltaire.net, 06/2004)

   

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