Le blog François-Mitterrand-2007 avait marqué le net durant la campagne présidentielle 2007 : un auteur anonyme, apparemment abreuvé aux meilleures sources, endossait le rôle de la statue du commandeur Mitterrand pour délivrer une parole empreinte de la plus étonnante pénétration d'esprit (ceci avec une qualité de plume qui ravissait les amateurs).

Les archives de campagne du blog sont disponibles là (on retrouve chaque billet avec les commentaires) :

mars 2007 / avril 2007 / mai 2007 / juin 2007

 

La plume principale de ce blog (car il semble qu'au moins une deuxième plume y ait un moment exercé), Bruno Roger-Petit (BRP), produit depuis plus d'un an un billet quotidien, régulièrement excellent, sur LePost.fr.

 

FM2008_200aBRP avait entre temps sorti un livre, écrit au jour le jour (15 juin 2007 au 20 mars 2008) pour une sorte de prolongation du blog "FM2007" (toujours de façon anonyme et en endossant à nouveau la "parole mitterrandienne") : François Mitterrand 2008, il revient... (Ramsay). Ce livre, qui soutient glorieusement la relecture (chose étonnante car seuls les grands auteurs - en général morts - se prêtent habituellement à cet exercice), constitue un très étonnamment lucide et pénétrant portrait de Nicolas Sarkozy, qui n'a hélas fait que se confirmer point par point depuis.

 

Extraits :

2007 

2 août.  « Il passe l'essentiel de son temps à pérorer dans les bureaux des autres, Guéant, Guaino, Pégard, l'oreille greffée à ce téléphone de poche dépourvu de fil qu'il porte sur lui en permanence. C'est ainsi qu'il gouverne, au gré des coups de fil qu'il donne ou reçoit. Un bureau lui est superflu. L'essentiel à ses yeux est de pouvoir ordonner à tout instant. »

2 décembre.  « Il court, mais il donne chaque jour davantage l'impression de ne pas savoir où il va. »

16 décembre.  « Chaque élément de sa vie, publique comme privée, est rapporté à l'image qu'il entend donner de lui au peuple. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes de cette frénésie qui le pousse à rechercher le plus vite possible une nouvelle épouse. »

   

2008

1er janvier.  « Sa méconnaissance des églises, son ignorance de la beauté des choses de la nature, son mépris des livres, son incapacité à s'extraire de l'actualité pour l'Histoire, tout cela et tant d'autres manifestations de sa barbarie m'avaient amené à la conclusion que ce jeune-homme agité ne pouvait aller au-delà de lui-même, c'est à dire pas très haut. »

« Lorsqu'il s'est mis à parader dans la Vallée des rois affublé de ses lunettes de pilote (très certainement dérobées à Mourousi il y a une trentaine d'années), sa nouvelle compagne, exhibée consentante, le suivant docilement, je me suis dit que les gaullistes avaient bien évolué, et j'en ai vu beaucoup se retourner là où ils demeurent aujourd'hui. »

6 janvier.  « Il est bien étrange d'observer un homme présidant au destin de la France se montrer à ce point inaccessible au message des Nabatéens, ou des bâtisseurs des temples de Louxor. J'en suis presque affligé car je discerne ce qui peut découler de cette barbarie affichée, assumée, revendiquée, glorifiée cathodiquement chaque jour au peuple français sur les antennes de TF1. »

7 janvier.  « Il s'isole de plus en plus souvent dans l'une des pièces qui lui fait office de bureau, mais il y médite assez peu. En fait, il ne médite pas du tout, accroché qu'il est à son téléphone que l'on porte sur soi, absorbé qu'il est à admonester les uns et les autres, persuadé que lui seul peut et doit tout faire dans ce pays en particulier et dans le monde en général. »

9 janvier.  « Comment les français font-ils pour supporter le traitement à base de culte de la personnalité qu'ils endurent depuis sept mois ? Télévisions, radios, journaux, partout depuis ce matin les nouveaux Michel Droit n'ont de cesse d'invoquer le cirque élyséen de la veille afin de s'extasier sur la performance de mon lointain successeur. »

9 février.  « Qui vit par la presse périra par la presse. C'est ainsi. Mon lointain successeur a tellement peur d'être seul, livré alors à l'indicible vérité de ce qu'il est, qu'il s'est peu à peu, par nécessité, puis par plaisir, pris au piège de ce miroir terrible que sont les journaux et les journalistes. Il a fini par croire ce qu'il lisait de lui, puisqu'il ne lit que cela, oubliant qu'il était lui-même l'inspirateur de ces écrits flatteurs, de ces mensonges ressassés un million de fois mais qui ne finissent pas par devenir vérité, contrairement à ce qu'il croit. »

13 février. « On ne transforme pas un homme qui s'exprime comme un représentant de commerce spécialisé des grosses berlines allemandes en connétable de France par la seule grâce d'un discours écrit par M. Guaino et dont le service après-vente est assuré par Mme Pégard. »

 

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A lire aussi :

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Bruno Roger-Petit jette ses fiches par terre (INA - JT A2 dernière 19/10/1997) - vidéo