Bruno Roger-Petit (BRP), auteur de l'excellent roman Authentiquement français sorti le mois dernier (à notre connaissance le seul roman français contemporain à se lire avec le même genre d'agrément qu'un roman d'un grand auteur patenté - chose étonnante car un grand auteur doit être reconnu par la postérité, et celle-ci met ordinairement une cinquantaine d'années à assurer son lent travail d'élagage : or BRP, bien vivant, vient tout juste de commencer sa carrière d'écrivain), Bruno Roger-Petit vient ce matin de se livrer à une de ces exagérations (voire provocations, non exemptes d'un certain caractère facétieux) qu'il affectionne parfois. François Hollande aurait très sévèrement pâti d'une rencontre avec Sarkozy, mise en images par les caméras de TF1.

Nous allons tenter ici de rééquilibrer son analyse.

La vidéo :

 

1ère vision sans le son : assez neutre, il y a une sorte de légère déférence chez Hollande (voire hésitation, comme une timidité), mais après tout il n'est pas censé cracher de prime abord sur le président de la République élu (fonction à laquelle il aspire pour son propre compte).

Avec le son : la voix assurée de Hollande vient équilibrer et même effacer la 1ère impression sans le son, on note ici le ton las et à la vérité peu poli de Sarkozy.

Comme le suppose BRP, le retard de Sarkozy sans doute volontaire. Elément de preuve : Sarkozy parle deux fois de son retard. 1ère phrase préparée à l'avance (Sarkozy s'y reprend à deux fois pour la placer, ayant été coupé lors de sa première tentative par Hollande qui saluait Bernadette) : "j'espère qu'on ne vous a pas fait trop attendre". Puis plus tard : "excusez-nous pour notre retard".

Dans l'univers sarkozyen, le mensonge doit non seulement être asséné froidement et avec le plus tranquille aplomb, mais de plus, répété. Le retard calculé de Sarkozy visait à placer Hollande en situation de celui qui attend qu'on veuille bien venir le rencontrer.

C'est Hollande qui vanne le premier, mais gentiment, avec son "vous avez fait une promenade ?"

A noter que Hollande tutoie d'entrée Sarkozy ("comment ça va, tu vas bien ?" au tout début). Cette entrée en matière devant les caméras (pour une rencontre planifiée à l'avance) surprend et désarçonne quelque peu l'actuel président de la République : celui-ci prononce ensuite des choses inintelligibles pendant plusieurs secondes. C'est fort de cet avantage que Hollande salue Bernadette avec élan, ignorant et annulant du même coup la première tentative de Sarkozy pour placer sa première phrase signalant son retard.

Certes à la fin Sarkozy reprend quelque peu la direction des opérations, en venant se placer sur le côté avec Bernadette (on pourrait aussi bien dire qu'il laisse Hollande au premier plan de l'image, allant lui Sarkozy se tasser à droite et au second plan avec les personnes âgées - il aura là sans doute récupéré quelques voix chez les plus de 75 ans, coeur de l'électorat sarkozien).

En repassant la vidéo, on remarque au début que c'est Sarkozy qui vient vers Hollande pour lui serrer la main. Hollande reste droit et digne, tandis que Sarkozy s'incline très légèrement : avantage Hollande. Une fois les salutations diverses faites, c'est Hollande qui se retourne le premier, Sarkozy suit aussitôt le mouvement : avantage Hollande (à 0'29). Et sur la fin, c'est dans la foulée de ce mouvement impulsé par Hollande que Sarkozy vient se ranger près de Bernadette - tandis que Hollande se colle lui contre la caméra de TF1, se créant ainsi à l'image un profil de type gaullien (Sarkozy se trouve lui relégué au fond à droite de l'image - avec, donc, les personnes "ayant fait leur temps").

Bref, il est tout à fait exagéré de dire que cette vidéo est une catastrophe pour Hollande !