dimanche 19 juin 2011

La leçon du professeur Peillon, ou comment relever le niveau en politique (1)

   

    

Admirable sortie de Vincent Peillon vendredi matin sur LCI, interrogé par Christophe Barbier.

C'est déjà un premier et grand bienfait pour le spectateur que d'admirer la posture tranquille et le discours assuré d'une personnalité d'envergure, placée face à une sorte d'histrion "cocaïné" (et à l'occasion complaisant relai de la propagande sarkozienne) (1).
   
Mais surtout le discours de Peillon est de type "foudroyant", une évidence lumineuse se dégage de ses dires : difficile de ne pas penser à Socrate (surnommé la torpille, par la façon dont ses raisonnements "électrisaient", "foudroyaient" l'auditeur). Qui aujourd'hui dans le "personnel politique" est-il capable à ce point de "relever le niveau"? (2)

(1) On se rappelle d'un même genre de contraste lors d'un passage de Jean-Louis Bianco face au même olibrius.

(2) Une des expressions favorites de Peillon, depuis l'élection de Sarkozy, est celle d'abaissement national.
  

  



Extrait :


Leçon 1. Sur l'envie en politique, sur l'intérêt général
(à 1'36 de la vidéo)



Christophe Barbier : « Vous savez ce que pensent beaucoup de gens de gauche, d'électeurs de base (4) : Martine Aubry ne se déclare pas parce qu'elle n'a pas envie d'y aller, en fait. »

Vincent Peillon : « [...] D'abord je trouve tout à fait indécent - et c'est "de quoi Sarkozy est-il le nom" (5) : d'un abaissement général de l'esprit de l'ensemble des concitoyens. »

Christophe Barbier : « C'est à dire ? »

Vincent Peillon : « C'est très simple. Est-ce que être président de la République c'est une question d'envie ? Si c'est cela, comme l'a très bien dit Laurent Fabius, c'est quand même pas comme les chocolats ! C'est une question de : "a-t-on une vision pour la France ?", "est-on capable de rassembler ?", "est-on en capacité de conduire avec autorité les réformes nécessaires dans ce pays ?" : et pas simplement des déclarations d'envie. Sarkozy il avait très envie du pouvoir ! Le pouvoir ne doit pas être un projet (6). On ne peut pas être uniquement dans la promotion de son ego et de son envie. C'est contradictoire même avec la notion d'intérêt général. L'envie, elle est personnelle. Nous, nous cherchons quelqu'un - et la France doit chercher quelqu'un - qui a le souci de l'intérêt général. Pas de son désir (7) : mais de ce qui peut faire du bien à la France. »


(4) Noter toute la morgue, tout le sentiment de supériorité et d'appartenance à une "élite éclairée", contenus dans l'expression : "électeurs de base".

(5) Référence à l'indispensable livre de Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?

(6) Le pouvoir ne doit pas être un projet en lui-même ("le pouvoir pour le pouvoir").

(7) Un esprit malveillant pourrait voir là une allusion subliminale au site Désirs d'avenir de Ségolène Royal.



***

Sur le même sujet :

« Notre seul objectif doit être de réussir la primaire » (Paris Match) (Le blog de Vincent Peillon)
"je demande à chaque politique de prendre ses responsabilités : ou bien il se fait commentateur des affaires judiciaires, de sa propre ambition, de la vie agitée du microcosme et met en scène sa pipolisation, ou bien il parle politique."
"L’ISF vient d’être modifié, avec de nouveaux cadeaux pour les patrimoines importants, et on ne parle que des états d’âme des uns ou des autres ! La parole est trop monopolisée par des gens dont le souci majeur est de faire leur promotion individuelle et de critiquer leurs camarades."

 

     

Note. Le présent billet a pour origine un message Facebook de Florence Genestier

Posté par antenne_relais à 14:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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