jeudi 22 décembre 2011

"Looking for Nicolas Sarkozy" : VERBATIM (18 journalistes étrangers témoignent)

   

LFNS

  

Ceux n'ayant pas perdu toute mémoire se rappellent l'incroyable abaissement de la quasi totalité des médias français durant la campagne présidentielle 2007, abaissement sans lequel l'accession de N. Sarkozy à la présidence de la République n'aurait sans doute jamais pu avoir lieu. Malgré un relatif ressaisissement à partir de l'hiver 2007-08, le ton des grands médias à l'égard du pouvoir reste trop souvent celui de la révérence.
   
Hier soir a été diffusé par Arte un providentiel document signé William Karel : Looking for Nicolas Sarkozy. 18 journalistes étrangers correspondants à Paris y expriment leur ressenti sur Sarkozy et son quinquennat.

Les employeurs de ces journalistes ne sont pas amis personnels de N. Sarkozy. Ces journalistes s'expriment donc avec une liberté de parole qui frappe et étonne le téléspectateur français, gavé de journalisme de complaisance (dans ce document apparaît aux yeux de tous ce qui en 2007 était déjà limpide pour ceux se faisant alors appeler "anti-sarkozistes primaires").

 

  • « cette convergence de pensée émise par ces grands journalistes, aux 4 coins du monde, est vraiment impressionnante » (Olivier Cabanel)
  • « En toute liberté, en toute indépendance, les journalistes d'organes de presse aussi renommés et prestigieux que "The Independent", "The Economist", "ZDF", "AP", le "New York Times", "BBC", "El País", "Der Spiegel", "Africa International" et bien d'autres encore passent au kärcher le quinquennat Sarkozy et surtout la personnalité de celui qui en est l'acteur et le metteur en scène. » (Bruno Roger-Petit)

 

Voici les 18 amis de la France et des français ayant témoigné dans le document

LFNS Charles BREMNER_The Times (GB)    LFNS Jean-Philippe SCHALLER_TSR (Suisse)

LFNS Steven ERLANGER_The New York Times (USA)    LFNS Stefan SIMONS_Der Spiegel (Allemagne)

LFNS John LICHFIELD_The Independant (GB)    LFNS Sophie PEDDER_The Economist (GB)

LFNS Stephan MERSEBURGER_ZDF (Allemagne)    LFNS Marie-Roger BILBOA_Africa International

LFNS Octavi MARTI_El Pais (Espagne)a    LFNS Alberto TOSCANO_Panorama (Italie)

LFNS Joëlle MESKENS_Le Soir (Belgique)    LFNS Zheng RUOLIN_Wen Hui Bao (Chine)

LFNS Joav TOKER_Télévision israëlienne    LFNS Angela CHARLTON_APTN (USA)

LFNS Vadim GLUSKER_NTV (Russie)    LFNS Alberto ROMAGNOLI_RAI (Italie)

LFNS Christian FRASER_BBC (GB)a    LFNS Ayache DERRADJI_Al Jazeera TV

 

Looking for Nicolas Sarkozy suscita une grosse émotion sur twitter (on attend avec intérêt les chiffres d'audience télévisée).

 

(cliquer pour agrandir l'image)

2011-12-21 LFNS L450
(source)



Le DVD de Looking for Nicolas Sarkozy est d'ores et déjà disponible en ligne : il constituera le plus utile des cadeaux de noël.

 

 

 
VERBATIM (extraits) :

 

La personnalité de N. Sarkozy

 

« Un de ses ministres m'a présenté à Sarkozy, nous avons parlé cinq minutes. j'ai eu l'impression de parler à un gamin de dix ans. Après son élection j'étais au sommet de Bruxelles, il n'en revenait pas d'être là. On a eu la même impression à sa conférence de presse : "J'y suis enfin, moi, Sarkozy. Je suis président de la République française face à tous ces économistes." Il donnait l'impression de manquer de confiance en lui. Comme s'il se regardait dans un miroir : "C'est bien moi, regardez ce que je fais." J'ai commencé à avoir des doutes sur cette sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde. Ses idées n'étaient pas très claires. Je me souviens en avoir parlé avec un important conseiller de Tony Blair. Blair avait rencontré Sarkozy. Il a dit être impressionné mais qu'il l'avait trouvé "pas entièrement formé". Que ses idées étaient confuses, mal construites. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 5'55 de la vidéo

« Sans sa Cecilia il était complètement perdu, il planait ! Il était pratiquement inexistant en tant que personnalité. La façon dont il dépendait de Cecilia, c'est du jamais vu je crois dans un couple présidentiel en France. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne), à 13'24

« Il tournait en rond, comme un type désespéré et solitaire qui va devoir affronter ses problèmes. Je pense que c'est là que tout à commencé. Les gens se demandaient : "Mais qui est-il vraiment?"»
Steven ERLANGER, The New York Times (USA), à 14'13

« Au Vatican, il envoyait des messages de son portable pendant le discours du Pape. [...] Il n'a jamais pris sa fonction au sérieux. Il s'est cru plus important que sa fonction de président de la France. »
John LICHFIELD, The Independant (GB), à 17'29

« C'est un homme qui ne se maîtrise pas, qui ne se comporte pas comme un chef d'Etat. »
Charles BREMNER, The Times (GB), à 17'52

« Il est comme ça ! Il est mal contrôlé, et de temps en temps il pète les plombs. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne), à 18'04

« Les gens ont vite compris que Sarkozy n'était pas l'un des leurs. Il voulait se présenter comme un homme du peuple, il ne l'est pas. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 18'52

« C'était soi-disant un génie, un stratège, qui était capable de tout sentir à l'avance, qui sentait le pays. »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 19'23

« Le plus intéressant c'est la brutalité de sa chute. Sa cote de popularité au début de l'été 2007 après son élection, était à un niveau record, près de 70%. Et il a perdu 40% de sympathisants en moins d'un an. Une chute incroyable ! Une baisse de popularité jamais vue dans toute l'Histoire de France. Et il n'est jamais vraiment remonté dans les sondages. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 19'55

« Il n'a pas beaucoup d'estime pour les gens qui l'entourent, je pense même qu'il les méprise profondément, il les utilise, et donc le jour où il s'aperçoit qu'ils le deservent plus qu'il le servent, il les jette. »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 37'37

« Il a besoin aussi de dénigrer les gens autour de lui. Tout ça c'est les traits d'une personnalité qui ne sont peut-être pas très convenables pour un chef d'Etat. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 37'54

« Il ne peut jamais rester en place. Je n'ai jamais rencontré d'homme d'Etat aussi agité que Sarkozy. »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 46'34


Communication contrôlée et contrôle des médias

« Quand je lis maintenant les articles que l'on a écrits à l'époque, moi-même ou les autres journalistes étrangers, j'ai un peu honte de voir notre naïveté. »
Angela CHARLTON, APTN (USA) - à 10'47

« On a tous relevé le fait que c'était un peu bizarre qu'un homme qui était laissé par sa femme au mois d'octobre, trouvait une nouvelle fiancée au mois de novembre. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 20'32

« Sarkozy voulait [...] employer une équipe qui écrit le scénario tout le temps, comme on fait le "storytelling" comme on dit en anglais. Il a réussi au début mais les choses ont dégringolé, il n'était plus maître du scénario. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 22'28

« Tous les codes de la communication sont derrière cela, il y a une image que l'on veut donner, tout cela est vérouillé, et donne l'apparence d'une simplicité tout en étant, en fin de compte, extrêmement codifié. »
Joëlle MESKENS, Le Soir (Belgique) - à 26'42

« Il y a un contrôle, direct ou indirect, sur la télé. Sarkozy peut nommer le président de la télévision publique, il est très proche du propriétaire de TF1. »
Alberto ROMAGNOLI, RAI (Italie) - à 26'54

« Que Sarkozy puisse utiliser ses liens avec ses amis riches pour influencer les médias qu'ils possèdent, c'est fou. Ce serait impossible dans n'importe quel pays. Mais en France, ça semble presque normal. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 27'11
   
« Il se mêle des nominations dans les rédactions. ça montre à quel point il est attentif à une sorte de maîtrise, d'influence dans les rédactions. »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 27'38

« Les journalistes français sont très proches du pouvoir, ils connaîssent trop les gens qui sont dans le pouvoir. »
Octavi MARTI, El Pais (Espagne) - à 28'07

« Parfois je suis fasciné quand Sarkozy est face à un présentateur de télévision. Je suis gêné quand je les regarde. Tant de déférence envers lui... »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 28'14

« Pour être dans les médias, pour avoir une bonne image pour une journée, il est capable de dire n'importe quoi. »
Stephan MERSEBURGER, ZDF (Allemagne) - à 29'11

« Il avait la consigne "chaque jour : un titre, et une image". C'est pour ça qu'il s'est intéressé à tous les fait divers, qu'il est intervenu quand il y avait un gendarme ou un policier tué, c'était lui qui était là, dans le compassionnel, à côté de la veuve. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 29'20

« Toute sa carrière politique est bâtie sur ce pilier du support médiatique. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 30'32

« Quand il y a les gros déplacements de Sarkozy, il n'y a qu'une seule caméra qui le filme, ça c'est quand même hallucinant. Et ça n'existe que en France. »
Vadim GLUSKER, NTV (Russie) - à 30'47

« Il y a des caméras choisies, qui vont nous donner les images, aux autres. C'est très difficile de faire des choses un peu différentes. »
Alberto ROMAGNOLI, RAI (Italie) - à 30'56

 

Les déplacements en province

 

« Il faut des racines provinciales pour comprendre la France. C'est ce qui manque à Sarkozy. [...] C'est un homme de la ville, il n'est jamais sorti de Paris et de Neuilly. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 18'59

« Quand il sort dans la "France profonde" pour reprendre contact, on a l'impression qu'on se trouve dans l'image des villages Potemkine, où on dresse une image, que ce soit en Alsace ou en Bretagne : tous les détracteurs sont mis hors des villages, tout est bien contrôlé, il ne rencontre pratiquement qu'une claque UMP, et il ressort de là en disant "tout le monde est derrière moi". »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 58'57

« Il faut lui éviter les gens qui sont avec des pancartes, c'est un petit peu comme l'impératrice Catherine de Russie : on lui montre un monde idéal, on lui organise un monde idéal, il est toujours à l'aise comme ça. »
Octavi MARTI, El Pais (Espagne) - à 59'24

 

L'affaire Jean Sarkozy et l'EPAD

« Le "prince Jean" : cet épisode nous a donné beaucoup de matière pour amuser nos lecteurs. C'est un comportement assez difficile à comprendre de la part d'un homme politique. C'était uniquement parce que c'était le "fils du roi" qu'on le proposait pour le poste. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 39'54

« Une télévision chinoise m'a appelé pour demander si c'est vrai, si ce n'est pas un coup tordu de l'opposition etc. »
Zheng RUOLIN, Wen Hui Bao (Chine) - à 40'26

« Comment un président peut ne pas comprendre à quel point c'est aperçu comme une espèce de népotisme, de laisser son fils aller à cette nomination ? »
Sophie PEDDER, The Economist (GB) - à 40'54

« Là l'esbrouffe allait trop loin. L'audace, le culot : "je peux le faire, je suis le Président et j'ai le droit de faire ça", ça ça ne passait plus. »
Joëlle MESKENS, Le Soir (Belgique) - à 41'00

« On est dans une cour où tout le monde dit oui et amen, même si on sent qu'on fonce dans le mur. »
Stephan MERSEBURGER, ZDF (Allemagne) - à 41'33

« Nicolas Sarkozy promettait la "République irréprochable", c'était d'autant plus impardonnable. »
Joëlle MESKENS, Le Soir (Belgique) - à 41'55

« Ce qui était navrant et triste dans cette affaire, c'était la façon dont la cour était obligée de soutenir [cette] nomination. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 42'04

« Il est imperméable aux subtilités de la vie politique française. [...] J'ai l'impression qu'il est plus doué en paroles qu'en actes. »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 42'36


"Il a géré la France au jour le jour"

« Je ne pense pas que Sarkozy a une vision de la France, ou de l'Histoire. Je crois qu'il réagit au jour le jour. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 9'19

« Une fois élu, Sarkozy a donné l'impression qu'il prenait des intiatives, mais dans le désordre, sans aucune cohérence. Je pense qu'il s'est égaré dès le début. »
John LICHFIELD, The Independant (GB), à 10'59

« Sarkozy n'a pas de convictions, il travaille sur des groupements de voix qu'il veut rassembler derrière lui. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne), à 16'14

« C'est quelqu'un qui pense au court terme, qui change d'alliances, qui pense beaucoup à la politique quotidienne, qui est un obsédé des sondages. Il n'a pas de vraies convictions. »
Stephan MERSEBURGER, ZDF (Allemagne) - à 60'39

« Par rapport à ce qu'on attendait de lui en 2007, il n'a pas été à la hauteur. »
Sophie PEDDER, The Economist (GB) - à 34'22

« Il a annoncé 300 réformes, il aurait du en annoncer 30, il en fait 2. »
Stephan MERSEBURGER, ZDF (Allemagne) - à 43'01

« On aurait vraiment voulu le voir à l'oeuvre finalement, sur une vraie réforme, puisque c'était ça son discours : "moi je vais changer la France". »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 43'08

« En fait, tout ce qu'il a fait c'est gérer la France au jour le jour. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 43'15

« C'est quelqu'un dont les idées partent dans tous les sens, et varient en fonction des évènements du jour. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 43'19

« Certains diront qu'il a été inconstant ou inconsistant, et c'est vrai. D'autres diront qu'il a abandonné toute idée de réforme et que ses idées n'ont jamais été appliquées. »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 43'26

 

Les Roms désignés comme boucs émissaires

« La première fois qu'il a rencontré Obama il lui a dit : "incroyable que quelqu'un qui s'appelle Sarkozy soit le président de la France". Et je pense qu'il ressent ça. On aurait aimé que ça le rende plus compréhensif à l'égard des autres immigrants. [...] Mais c'est un lien qu'il est incapable de faire. »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 50'35

« Tout à coup, ce qui apparaîssait intolérable d'imaginer dire en France, devenait possible, devenait discible. »
Joëlle MESKENS, Le Soir (Belgique) - à 51'52

« C'était "dégueulasse". C'était bassement politique. »
Steven ERLANGER, The New York Times (USA) - à 53'16

« J'ai trouvé que c'était particulièrement ignoble, car il s'est limité sur une cible facile. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 54'32

« Prendre cette communauté [Rom] comme bouc émissaire de cette manière-là (ça satisfait effectivement la frange la plus droitière de son électorat), c'est une dégueulasserie. »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 54'42

« Ils voulaient en faire un argument politique. Ils se sont dit : "il faut faire ça devant les caméras de télévision, et montrer ces images à la télé tous les soirs." C'était politique, pas un problème d'immigration. Rien à voir avec les Roms. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 55'35

« Il sait qu'il ne peut pas gagner sans une partie de l'électorat de Le Pen. [...] C'est un jeu très dangereux. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 55'51

 

Le "nouveau Sarkozy"

« Parfois il n'en peut plus et le véritable Sarkozy réapparaît. Pour moi, il n'a pas changé. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 67'44

« ce n'est pas vraiment un nouveau Sarkozy, c'est une nouvelle façon de se présenter en public. Je pense que au fond il n'a pas changé. »
Charles BREMNER, The Times (GB) - à 67'65

« Le beaujolais nouveau, comme le Sarkozy nouveau, ça n'a pas tenu longtemps. C'est encore un geste. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 68'02

« Il y a un vrai travail d'image, dans lequel joue l'enfant, c'est absolument clair que cela va être instrumentalisé à fond pour la campagne, pour le rendre plus humain, pour le rendre apaisé, pour le rendre plus responsable, plus proche des français, père de famille. »
Stephan MERSEBURGER, ZDF (Allemagne) - à 68'32

« Il n'est pas bon au pouvoir, mais il sait le conquérir. »
John LICHFIELD, The Independant (GB) - à 72'04

« Pour Nicolas Sarkozy, perdre les élections serait extrêmement traumatisant, sur le plan personnel plus que politique. S'il se présente aux électeurs qui lui répondent par une gilfle, ce serait une extrême humiliation personnelle, qu'il vivrait probablement très très mal. »
Alberto TOSCANO, Panorama (Italie) - à 72'27

« On lui a demandé : "dans le parcours jusque là, est-ce que vous avez fait une erreur ?" Et Sarkozy est resté bouche bée, parce que bien sûr dans sa propre vision de son exercice du pouvoir il a fait un sans faute. »
Stefan SIMONS, Der Spiegel (Allemagne) - à 72'49

« Les 5 ans de Nicolas Sarkozy auront été une catastrophe, la parole politique a été totalement décrédibilisée pendant ces 5 ans. »
Jean-Philippe SCHALLER, TSR (Suisse) - à 73'57

« Ce qu'il va rester de lui c'est juste les affichages, et derrière les affiches, il n'y a rien. Je crois que c'est ça. L'image de Sarkozy c'est un gros rien, avec une énorme affiche. »
Octavi MARTI, El Pais (Espagne) - à 74'32

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jeudi 15 décembre 2011

Christophe Barbier évalue Luc Chatel

  

En cette "journée de grève et de manifestations pour exiger le retrait du projet de réforme de l'évaluation des professeurs prôné par le ministre de l'éducation Luc Chatel" (AFP), Christophe Barbier (1) évalue Luc Chatel et se fait un instant DRH pour le poste de ministre de l'Education.

(1) Directeur de la rédaction de L'Express et éditorialiste sur iTELE

 

 

"Luc Chatel, c'est un bon ministre ?"

« C'est un bon ministre vu du côté de Sarkozy puisqu’il fait ce que Sarkozy lui a dit, c’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’il y ait de vagues, il ne faut pas qu’il y ait de grèves, il ne faut pas que cela bloque, et il faut quand même annoncer des choses toutes les semaines. Et en passant par la revalorisation, on achète la paix sociale, l’homme de marketing qu’est Luc Châtel l’a très bien fait, mais il n’a pas de philosophie de l’éducation, il n’a pas assez de vision de l’éducation. Il a trop laissé se dégrader le contenu des programmes, on a appauvri ce qu’on enseigne aux enfants sans vraiment réfléchir sur ce que devait être une culture générale, notamment jusqu’au bac. Il faut que le prochain ministre de l’Education, quel que soit le camp vainqueur, soit un grand ministre du contenu, de la philosophie, du sens de l’éducation. Bref, un enseignant. »
 

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lundi 12 décembre 2011

Bayrou appelle à rouler français et repart en Audi

  

Le 14ème candidat à la présidentielle 2012, féru de belles-lettres, a décidé d'agrémenter sa campagne par des illustrations de célèbres dictons et proverbes français.

Aujourd'hui : faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Extrait du Petit Journal de Canal+ (12 décembre 2011) :

 

"François Bayrou en tournée médiatique dans ses terres du Béarn avec madame a eu le temps de se faire piéger par le Petit Journal de Yann Barthès. Après avoir appelé à acheter français, et avoir au passage taclé l'automobile allemande, on voit le candidat à la présidence monter... dans une Audi." (LesInrocks.com)


On attend avec impatience le 14ème candidat à la présidentielle 2012 dans : pierre qui roule n'amasse pas mousse.
 

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samedi 3 décembre 2011

Patrick Besson, amoureux de Balzac ou xénophobe ?

  

  

balzac1

 

Une sorte de rumeur enfle depuis hier sur le net : l'écrivain Patrick Besson, chroniqueur au Point, aurait écrit un billet dégueu, "xénophobe" même, visant Eva Joly.

ça n'y va pas avec le dos de la cuiller :

  • Il s'agit d'un édito "indigne", selon SOS Racisme qui dénonce "la dérive nauséabonde du texte, tournant en 'dérision' l'accent d'une candidate à l'élection présidentielle". Pour l'association, "ce pamphlet ne relève pas de la simple maladresse ou d'un humour (des plus douteux) mais bien d'une vision à connotation xénophobe", dans la lignée de celui de "l'extrême droite française" qui, "à la fin du XIXe siècle, attaquait Léon Gambetta sur son accent toulousain". (LeMonde.fr)
  • "Je sors consterné de la lecture du billet de Patrick Besson sur Eva Joly dans le Point de cette semaine où il invente un discours de présidente ridiculisée par un accent norvégien (ou allemand ?). En réactivant le spectre du « boche » au détriment d'une compatriote, M. Besson fait preuve d'une xénophobie insupportable. [...] Ce n'est pas simplement grotesque, c'est criminel." (François Delapierre, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon)


On cherche le billet de Besson, et on tombe sur ça :

Zalut la Vranze ! Auchourt'hui est un krand chour : fous m'afez élue brézidente te la République vranzaise. Envin un acde intellichent te ce beuble qui a vait dant de pêdises tans son hisdoire, sans barler éfitemment te doudes les vois où il a bollué l'admosphère montiale afec tes essais nugléaires, mais auzi les lokomodives à fapeur, les hauts vournaux, les incenties de vorêt, les parbekues kanzérichênes tans les chartins te panlieue, chen basse et tes meilleures, che feux [...]

Et ainsi sur une page entière.

Un amoureux de Balzac reconnaît immédiatement la façon dont Balzac reproduisait le parler de Schmucke (le vieux professeur de musique Alsacien) et autres personnages teutons, ceci sur des pages et des pages !

Seul un vrai amateur de Balzac peut s'adonner à cet enfantillage : reproduire lui-même le "sabir teuton écrit" créé par ce génie (non encore reconnu à sa juste valeur) nommé Balzac ! (1)

(1) Il y a quelques années, nous avons nous-même entretenu durant quelques mois une espèce de correspondance grotesque et hilarante avec un autre amateur de Balzac : uniquement au moyen de ce "sabir balzaco-teuton", très codifié si l'on y regarde de près (telle consonne est toujours échangée avec telle autre etc.).

Exemples pris au hasard dans Le Cousin Pons (c'est Schmucke qui parle) :

- [...] che le sais... mais sonchez que che zuis zeul sur la derre, sans ein ami. Fous qui afez bleuré Bons, églairez-moi, che zuis tans eine nouitte brovonte, ed Bons m'a tit que j'édais enduré te goguins... [en italiques dans le texte] (Chapitre LXXI)

"Traduction" :

- je le sais... mais songez que je suis seul sur la terre, sans un ami. Vous qui avez pleuré Pons, éclairez-moi, je suis dans une nuit profonde, et Pons m'a dit que j'étais entouré de coquins...

- Ch'aime mieux le baufre ménache d'in hôme de cuier qui a bleuré Bons, que les Duileries afec des hômes à face de digres ! Ché sors de foir des digres chez Bons qui font mancher dut !... (Chapitre LXXIV)

"Traduction" :

- J'aime mieux le pauvre ménage d'un homme de coeur qui a pleuré Pons, que les Tuileries avec des hommes à face de tigre ! Je sors de voir des tigres chez Pons qui vont manger tout !...

Il est facile de repérer les quelques règles de base du sabir "balzaco-teuton". Par exemple, le "D" s'échange toujours avec le "T" et inversement : Tuileries se transforme en Duileries ; dans devient tans.

Après examen de l'extrait de Besson cité plus haut, on se rend compte que l'écrivain français respecte à la lettre le sabir écrit inventé par son glorieux ancêtre. "Zalut la Vranze ! Auchourt'hui est un krand chour" (Besson) : le Z s'échange avec le S ; le V avec le F ; le "ch" avec le "j", etc. : le sabir balzaco-teuton dans sa pure orthodoxie ! (2)

(2) En regardant bien dans les coins on aperçoit dans la re-création de Besson quelques menues imperfections (volontaires peut-être, afin que son billet reste un tant soit peu lisible pour le profane). Un extrême-orthodoxe du "sabir balzaco-teuton" aurait écrit : "Zalud la Vranze ! Auchurt'hui est ein krant chur".

Patrick Besson aurait inventé de lui-même un vague sabir "teutonisant", il aurait mérité le mépris (sa seule motivation pour le coup aurait été de se moquer, tel un âne, de l'accent de Eva Joly). Or il a de fait consacré l'intégralité de sa chronique à l'exercice de pitrerie chéri par Balzac tout au long de plusieurs romans, et en en respectant consciencieusement les règles : son billet est premièrement un exercice d'admiration, de dévotion, envers le grand écrivain français (non encore reconnu à sa juste valeur). Lorsque l'on connaît et aime Balzac on ne peut réagir au billet de Besson que de façon amusée...
  

Note. Nous avouons n'avoir pas lu intégralement le billet de Besson : son contenu importe peu.

   

  

balzac1

  

  

Mise à jour 04/12/2011

 

Pour voir plus clair sur le contenu, "traduction" du texte de Besson (même pour un habitué du sabir balzaco-teuton ce texte est d'une lecture pénible, Balzac ne faisait pas ça plus de 3 ou 4 lignes à la suite) :


Salut la France ! Aujourd'hui est un grand jour : vous m'avez élue présidente de la République française. Enfin un acte intelligent de ce peuple qui a fait tant de bêtises dans son histoire, sans parler évidemment de toutes les fois où il a pollué l'atmosphère mondiale avec des essais nucléaires, mais aussi les locomotives à vapeur, les hauts fourneaux, les incendies de forêt, les barbecues cancérigènes dans les jardins de banlieue, j'en passe et des meilleures, je veux dire des pires, des meilleures c'était de l'humour, parce qu'il ne faut pas croire que l'humour c'est réservé aux français de souche. Donc, à la suite de l'accident d'avion où a péri le candidat UMP, de l'accident de voiture où a péri le candidat PS, de l'accident d'autocar où ont péri les sept candidats centristes, de l'accident d'ascenseur où a péri la candidate FN en visitant une cité difficile du nord de Paris et de l'attaque cardiaque qui a mis un terme aux jours du candidat Front de gauche lors d'une réunion contradictoire avec Christine Boutin, je me retrouve seule en tête du premier tour puisque la seule toujours vivante. Je sais, certains esprits comme ce peuple dégénéré n'en manque pas, hélas - les Scandinaves, c'est autre chose, c'est moi qui vous le dis - mettront en avant le caractère impromptu de mon arrivée au pouvoir, n'empêche que celle-ci est complètement légale et constitutionnelle, j'ai vérifié dans le code civil. Je n'hésiterai pas à vous mettre en examen et écrouer toute institution qui s'élèvera contre la fatalité du scrutin historique de mai 2012. Que cela soit bien clair entre nous, Mesdames et Messieurs les discutailleurs xénophobes et pollueurs dont le pays ne veut plus, ainsi qu'il l'a montré lors de cette élection.

Les premières décisions que je prends ce jour sont les suivantes, je vous demande de bien m'écouter parce que j'ai horreur de me répéter : destruction immédiate de toutes les tours de la Défense et de la porte d'Italie afin de rétablir en ville une architecture à vocation humaine, des week-ends sans voitures afin que le peuple français malade et intoxiqué retrouve une atmosphère saine et une activité physique digne de ce nom, fermeture et transformation des centrales nucléaires en lieux de culte pour toutes les victimes de malformations congénitales dues à la pollution de notre atmosphère, l'Elysée sera transformé en centre d'accueil pour sans-abri et la présidente, c'est-à-dire moi, ira loger dans une petite maison de bois d'un camping bio de la banlieue parisienne et se rendra au bureau en vélo ou, en cas d'urgence, par exemple une guerre contre un pays pollueur ou un coup d'Etat hélas toujours prévisible d'une armée inféodée aux marchands d'armes nucléaires, en mobylette électrique. Enfin je créerai un ministère du végétarisme qui fait aujourd'hui défaut et sans lequel un pays moderne ne saurait bien se nourrir.

On le voit, c'est une pochade. Quelques traits amusants de par le décalage avec ce que pouvait connaître et écrire Balzac ("les parbekues kanzérichênes tans les chartins te panlieue"). A notre avis le comique résidait en bonne partie dans la reprise du procédé de Balzac (le fait que personne ne s'en rende compte et que tout le monde se mette à hurler, a aussi quelque chose de comique - pas tellement en fait à bien y regarder).

Patrick Besson se moque un peu de Eva Joly (de son humour notamment), mais gentiment : il y a même quelque chose de tendre dans son texte. Besson semble anticiper l'accusation de xénophobie à son encontre (signe qu'il s'agit bien de sa part d'une pochade, et non dénuée de provocation) : "Mesdames et Messieurs les discutailleurs xénophobes et pollueurs dont le pays ne veut plus, ainsi qu'il l'a montré lors de cette élection."

 
Note. Il est contre-productif de la part de EELV de réagir à ce billet de Besson. Mieux aurait fallu l'ignorer (encore mieux : le prendre avec humour). Le ridicule n'est pas loin, et à notre avis il n'est pas du côté de Besson.

 

 

balzac1

 

 

Mise à jour 06/11/2011

 

En 1999, Patrick Besson se qualifiait de « amoureux fanatique » de Balzac

 

En une minute de recherche sur le net (avec les mots-clé Patrick Besson Balzac), on a confirmation que Besson est grand amateur de Balzac (1) : suffisamment pour avoir « emprunté à Balzac le titre d'un roman jamais rédigé » et donné « une suite ironique et frénétique aux "Scènes de la vie privée" [de Balzac] », précise la Revue des deux mondes en janvier 1999. 

Dans ce même numéro de la Revue des deux mondes, Jérôme Leroy (5ème intervenant dans les commentaires ci-dessous, et qui on vient de l'apprendre causera dans le télécran ce soir chez Taddéï dans Ce soir ou jamais (2)), Jérôme Leroy signait lui-même un article au sujet de Balzac !

(1) Entre autres méfaits balzaciens signés Patrick Besson on trouve aussi trace d'une postface à une édition de la Monographie de la presse parisienne de Balzac. Plus grave : dans Les frères de la consolation (Grasset & Fasquelle, 2005), "fresque enfiévrée et chatoyante du XIXe siècle", Patrick Besson va jusqu'à faire apparaître Balzac lui-même (source).

(2) Jérôme Leroy est sans doute invité pour parler de son roman Le Bloc. "L'accent d'Eva Joly" figure néanmois au sommaire de l'émission.
 

***

 

Après achat en ligne, pour la somme de ein éros ed zinnegande zendimes, de l'interview de Patrick Besson dans la Revue des deux mondes de janvier 1999 citée plus haut, on découvre des propos intéressants. Après avoir expliqué qu'il a lu toute la Comédie humaine de Balzac « dans l'ordre logique de parution des volumes », Besson précise :

  • « Je pense que chez un écrivain il n'y a vraiment que cinq ou six livres qui comptent. Ou bien il s'en tient là comme Flaubert, ou bien il en écrit près d'une centaine comme Balzac, mais parmi cette somme une demi-douzaine importent vraiment ; le reste s'adresse au club des inconditionnels, des amoureux fanatiques. Mon titre préféré ? Les Illusions perdues et notamment la seconde partie. Pour une raison particulière : personne, à mon sens, n'a su aussi bien que Balzac peindre le milieu littéraire. »


Patrick Besson, de son propre aveu, se range donc dans la classe des "amoureux fanatiques" de Balzac (seuls capables de s'adonner à la pratique scrupuleuse du sabir balzaco-teuton).

 

Patrick Besson conclut ainsi l'entretien :

  • « Balzac est bon quand il décrit des héros mauvais, et l'on remarque que chaque fois qu'un écrivain veut peindre des héros bons il devient mauvais. Or, notre époque demande à l'artiste d'être vertueux, de célébrer le bien et de vitupérer le mal, à la manière d'un catéchiste. Bref, de montrer la face positive de la comédie humaine, ce qui explique pourquoi notre littérature est si mal portante : c'est une littérature de petite vertu. Quant à la postérité du roman balzacien, comme tout grand créateur Balzac a rendu impossible après lui la forme de roman qu'il avait inventée. Le roman balzacien est mort avec lui. »


   

Liens vers ce billet :
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Les coulisses de Juan (Sarkofrance)
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Les mauvaises fréquentations
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vendredi 2 décembre 2011

Toulon : Sarkozy «dit la vérité» ou «champion du monde de bonneteau» ?

  

D'après Arnaud Leparmentier, journaliste du Monde chargé de suivre l'Elysée (1), rendant compte du dernier meeting discours de N. Sarkozy à Toulon :

« le président dit la vérité »

(1) Arnaud Leparmentier s'est récemment illustré en relayant le démenti de Frank Louvrier concernant la suite à 37000 € au Majestic de Cannes durant le G20 : ce relai sans le moindre commentaire constitue pour l'instant la seule trace de cette affaire sur "LeMonde.fr" (sans parler du Monde papier). De simples blogueurs auront du amener à la surface ces menues et insignifiantes infos : le Majestic et le Fouquet's ont le même propriétaire ; celui-ci, ami intime de Sarkozy et par ailleurs empereur des casinos, se trouvait réclamer il y a quelques années la libéralisation des paris en lignes (par un singulier hasard cette mesure aura été un des premiers chantiers du quinquennat Sarkozy). La récente mise en cause du témoignage du Sofitel de New York dans l'affaire DSK ne dissipe d'ailleurs pas les doutes pesant sur le témoignage du Majestic de Cannes selon lequel N. Sarkozy n'occupait pas la "suite à 37000 €" (témoignage pris en forte considération par Samuel Laurent (autre journaliste du Monde) venu défendre sur twitter son collègue Leparmentier face aux hordes de twittos déchaînés).

 
D'après Philippe Cohen et Laureline Dupont journalistes à Marianne, rendant eux aussi compte du dernier meeting discours de Toulon :

« Sarkozy a prouvé une fois de plus qu'il était champion du monde de bonneteau (2). Mais ça, on le savait depuis longtemps.... »

(2) Le bonneteau est un jeu d'argent, de l'ordre de l'escroquerie, proposé à la sauvette sur les marchés et dans les lieux publics (wikipedia)
  

Laquelle des deux versions penche davantage vers le vrai ?

On hésite...

  


Sarkozy : La crise c'est la faute aux autres ! par TousHollande

 

Posté par antenne_relais à 06:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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