Invité ce matin de Christophe Barbier dans le 6/9 sur iTELE, Vincent Peillon recadre les voeux de N. Sarkozy adressés hier aux acteurs de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

 


Peillon recadre les voeux de Sarkozy à l'éducation

 

Extrait (à 0'37 de la vidéo) :

Christophe Barbier : Hier N. Sarkozy a proposé les grands chantiers pour l'école, par exemple la classe de 6ème un tout petit peu adoucie avec moins de profs moins de matières, plus proche du primaire, c'est une bonne idée psychologique ça ?

Vincent Peillon : C'est une idée qui est ancienne, qui date d'ailleurs de la loi de 2005 (de la loi Fillon - c'était la seule bonne idée mais les moyens ne sont pas venus) : ce qui s'appelle le socle commun, c'est "l'école du socle". C'est-à-dire à la fois l'élémentaire et la continuité avec le collège. C'est aussi une très vieille idée puisque cela vient du plan Langevin-Wallon après-guerre ! Le problème, comme très souvent dans cette affaire [...] : aucun moyen n'est venu et donc cela ne s'est pas fait. [...]

C. Barbier : La gauche ce sera ça, de l'argent de l'argent de l'argent, il faut mettre de l'argent encore (mais il n'y en a plus) ?

V. Peillon : Surtout pas, la gauche ce sera comme elle l'a toujours fait : les grandes réformes, dans l'intérêt du pays. Là nous avons une oeuvre de destruction, comme nous n'avons jamais vu, de l'école républicaine.

C. Barbier : Voyons !

V. Peillon : Oui oui. Et les mots qui sont des mensonges n'habilleront pas les réalités. Les réalités c'est que la France (il faudrait que tout le monde en prenne conscience) est en train de sombrer dans tous les classements internationaux, en raison des politiques choisies. Imaginez-vous :

-  Suppression de la formation des enseignants - ça n'existe dans aucun autre pays, tout le monde dit que le facteur le plus important, c'est la formation des enseignants.

-  Suppression de l'école pour les petits - on est passés de 35% à 10% [de scolarisation pour les 3 ans]. Or tout le monde dit qu'il faut d'abord investir lorsque l'on est petit.

Et c'est comme ça à toutes les étapes.

C. Barbier : Concentrons-nous peut-être sur le fait qu'il faut donner du boulot aux gamins qui sortent du collège souvent, parfois du lycée, par exemple mettre un peu d'apprentissage en 4ème 3ème c'est peut-être pas mal non ?

V. Peillon : C'est le pire. La 3ème étude partagée par tous les pays [dit] qu'il faut avoir des troncs communs les plus longs et les plus importants possibles.

Maintenant j'aimerais vous dire. La politique du mensonge français et de l'ignorance, vous l'avez là. Nous étions hier avec François Hollande à la rencontre des apprentis et des lycées professionnels à Caen. Que nous disent-ils ? Qu'aujourd'hui 1/3 de leurs élèves ne trouvent pas de stages. Et le président de la République, qui croit que chaque mot est un acte, dit : "je veux créer 200.000 places d'alternance". Aujourd'hui nos lycées professionnels sont en très grande difficulté, nos centres d'apprentis le sont aussi, et nous n'avons pas de stages pour eux dans les entreprises.

C. Barbier : Vous obligerez les entreprises à prendre en stage ?

V. Peillon : On ne peut pas le faire, mais il y a une réforme globale de la nature même de ce que veut dire le stage : c'est un contrat de travail ! Comment fait-on ? Est-ce qu'on l'accompagne d'une formation ? Est-ce que c'est une responsabilité de l'Etat ?

La politique, c'est sérieux. Finalement, en écoutant le président de la République hier, je pense qu'une des grandes missions de François Hollande va être de redonner dans le fond à la politique un peu de sérieux. Car là on est dans un monde sans aucun rapport avec les réalités - [Sarkozy] dit d'ailleurs des choses qu'il avait dites en 2007. Et in fine, parce que la seule chose qui l'intéresse c'est l'argent, la seule chose concrête (alors qu'il gouverne depuis 5 ans, il aurait pu le faire) c'est de dire : "je vous payerai plus".

C. Barbier : En échange d'un temps de présence plus important dans l'établissement. Ségolène Royal l'avait esquissé en 2007, elle avait été critiquée à gauche. Il faudrait peut-être le faire quand même ?

V. Peillon : Mais personne ne comprend comment cela va se faire en baissant et en continuant de baisser les moyens ! [...] [Sarkozy] a commencé avec "travailler plus pour gagner plus", ça va être "travailler moins (chômage partiel) pour gagner moins" [...]. Et simplement les professeurs on leur donnerait plus ? Dans le même temps dans la même phrase, il dit je ne mettrai pas plus de moyens. Une chose ne peut pas être à la fois blanche et noire en même temps et sous le même rapport.

C. Barbier : Quand entendra-t-on François Hollande nous délivrer un grand programme pour l'éducation dans un grand discours ?

V. Peillon : Si l'on est attentif, et je pense que vous l'êtes, il a déjà dit beaucoup de choses, et des choses, pour les gens qui connaissent ce sujet, très importantes : sur les recrutements ; sur les pré-recrutements (nous sommes un des seuls pays du monde qui ne peut même plus recruter de professeurs).

C. Barbier : Il ne faudra pas rassembler ça pour une adresse aux français ?

V. Peillon : Ce sera rassemblé. La campagne va durer 4 mois. C'est lui [F. Hollande] qui a mis l'éducation au coeur de cette campagne et il a eu bien raison, car l'éducation ce n'est pas un "secteur" de la vie du pays, c'est la France de demain. C'est un contrat entre l'école et la nation que François Hollande veut poser.

C. Barbier : Que supprimerez-vous pour avoir 60.000 profs en plus ? Des postes d'infirmières ou des postes de policiers ?

V. Peillon : Ni l'un ni l'autre. On supprimera quand même beaucoup d'avantages fiscaux. Vous savez quel est le coût chiffré (pas par la gauche, par la droite) ? 1,9 milliard. 1,9 milliard pour accueillir les petits enfants, pour former les professeurs, pour accompagner les handicapés. Quand même ! Vous savez combien coûte la TVA sur la restauration ? 3 milliards. A un moment, le choix de l'école c'est un choix de société.

C. Barbier : Plus d'impôts pour plus de fonctionnaires et plus de service public?

V. Peillon : Pas plus d'impôts, on va faire aussi la grande réforme fiscale : Mme Bettancourt paye beaucoup moins d'impôts [proportionnellement] que les employés de L'Oréal. Il faut que ça cesse !