mercredi 5 septembre 2012

La "morale laïque" expliquée par Vincent Peillon

  

Ce matin chez Jean-Jacques Bourdin (BFMTV), l'ancien professeur de philo Vincent Peillon avait préparé un véritable et salutaire petit cours sur la "morale laïque" (il s'était apparemment accordé sur ce principe avec J-J. Bourdin, les deux se font un signe avant que V. Peillon ne commence).

Les sites d'info n'en ayant repris que des bribes, en voici l'intégralité, vidéo (1) + texte.

(1) Cet extrait vidéo, d'une durée de 2 minutes, se situe à 14mn40 de la vidéo intégrale de l'entretien mise en ligne par BFMTV.

 

(lien direct)

 

Vincent Peillon : « Je crois que les gens ne savent pas ce qu'est la morale. La morale se distingue du droit. Quand quelque chose est codifié dans le droit (frapper sa femme, la ligne jaune), vous avez une sanction, une contrainte extérieure. La morale c'est tout ce qui relève de l'obligation intérieure. Si vous ne respectez pas un principe moral, la société ne vous dit rien. C'est une question personnelle. Or dans notre vie, à l'égard de nous-mêmes, à l'égard des autres, il y a tout un champ qui relève de l'obligation personnelle.

Et donc comment on fait ? A partir d'un certain nombre de valeurs, de principes. Les religions, sans doute les publicitaires aussi, ont des réflexions extrêmement profondes sur le sens de l'existence, le plaisir, le bonheur, comment vivre ensemble. Les seuls qui n'auraient pas le droit d'en parler ce sont les professeurs ? Ou c'est la République, qui n'aurait pas le droit de définir ses valeurs ? C'est une erreur absolue. Dans beaucoup de pays il y a encore une articulation entre morale et religion (même dans des grands pays comme les Etats-Unis) ; en France on a rompu : c'est la laïcité.

Mais la laïcité n'a jamais voulu dire que l'on devait se désintéresser du bien et du mal, du juste et de l'injuste : des valeurs qui guident notre existence. Et je vois d'ailleurs que la jeunesse accueille très bien cela en disant "mais nous on veut vivre ensemble, on se pose des tas de questions sur qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal, comment on peut faire". Ce ne sont pas des recettes, ce n'est pas un code, ce n'est pas un catéchisme, dans la laïcité c'est exactement l'inverse : c'est en permanence une interrogation la plus ouverte et la plus libre possible – « l'école, en instruisant, éduque à la liberté. » (1) Il faut une certaine éducation pour la liberté, et c'est notre objectif, cela a été celui de la laïcité : liberté de conscience bien entendu, liberté de ses choix, liberté de ses appartenances, liberté de ses engagements. Et tout ça c'est à l'école de l'instruire.

Donc ne renonçons pas. Car quand on renonce et que l'on pense qu'il n'y a plus que des questions matérielles, le nombre de postes etc., on est à côté du sujet. L'école s'adresse au corps bien sûr, il y a des éléments matériels ; mais elle s'adresse aussi à l'esprit. Et la République se fait avec des républicains, qui partagent ensemble un certain nombre de valeurs. Nous voyons bien, dans le contexte où nous évoluons [...] : la précision, le jugement, la connaissance : il faut défendre ces valeurs. C'est à l'école de le faire. »

(1) Citation de Condorcet

 

  • « Toute doctrine – et la laïcité en est une – court le risque de l'intégrisme et du dévoiement. [...] Il y a pourtant dans le projet républicain et laïc l'antidote à ces dérives, puisqu'il place au-dessus de tout la question de l'autonomie individuelle, de la liberté de jugement, de l'exigence critique. [...] il y a peu de doctrines qui portent en elles les éléments qui précisément l'empêchent de devenir ce qu'elle ne doit pas être, un pouvoir sûr de son droit, un catéchisme, un dogme, une orthodoxie. » (Vincent Peillon, Conversations républicaines, Denoël, 2011, p. 89)
  • « Le seul danger que court la laïcité est de ne plus être comprise pour ce qu'elle est vraiment. Quand elle est comprise, elle est admise. [...] l'esprit laïc, pour demeurer vivace, mérite d'être sans cesse rappelé dans sa vérité même. » (Ibid., p. 90-91)


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Sur le même sujet :

Vers quel enseignement d'une morale laïque? (Claude Lelièvre)

Morale laïque: monsieur Chatel, lisez Jean Jaurès (L'Humanité.fr)

Ministres, morales et philosophies (Marie-Anne Paveau)

La "morale laïque" de Peillon plébiscitée dans 3 sondages (antennerelais)

 

Posté par antenne_relais à 14:55 - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires sur La "morale laïque" expliquée par Vincent Peillon

    faire la morale ou apprendre à penser

    Quelle horreur de voir V. Peillon parler à la manière de Sarkozy !
    C'est pire que ce que j'imaginais sur la "morale laïque". Pour moi, les enfants n'ont pas à être dressés à coup de règles morales, mais à apprendre à penser ! C'est de philo dont ils ont besoin depuis le début de leur scolarité !
    Ah, mais j'oubliais, c'est dangereux des gens qui pensent ! Même après le changement ?

    Posté par MartineL, jeudi 6 septembre 2012 à 13:19 | | Répondre
  • @ MartineL
    "Pour moi, les enfants n'ont pas à être dressés à coup de règles morales, mais à apprendre à penser !"

    C'est exactement ce que dit Peillon ! Relisez son texte. :)

    Posté par ouimaisnon, jeudi 6 septembre 2012 à 13:33 | | Répondre
  • Faut voir la mise en place

    Attendons de voir ce que celà donne

    Posté par François, mardi 11 septembre 2012 à 09:40 | | Répondre
  • J'attends aussi

    J'attends aussi

    Posté par J'attends aussi, mardi 11 septembre 2012 à 10:40 | | Répondre
  • réinventer l'école ?

    Que faire de la moralité dans l'école quand les fonctionnaires ont obligation de réserve, obligation fondée sur le principe de neutralité.
    Que faire de la circulaire Jospin : les enseignants ... doivent impérativement éviter toute marque disctinctive de nature philosophique, religieuse, ou politique qui porte atteinte à la liberté de conscience des élèves et au rôle éducatif des familles ...

    Posté par gigib, vendredi 15 mars 2013 à 19:54 | | Répondre
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