2 novembre 2020 : débat sur France Culture avec Vincent Peillon, ancien ministre de l'Education nationale, et Dominique Schnapper, présidente du Conseil des sages de la laïcité.

 


Extraits :

Vincent Peillon (à 12:40 de la vidéo) : « Jaurès, dans son discours Sur la laïque, dit tout le temps qu'il ne sépare pas la laïcité d'un immense mouvement de justice. »

Vincent Peillon (à 17:40) : « Dans le moment que nous vivons, ne divisons pas les laïques entre eux. Après l'assassinat de Samuel Paty, certains voulaient à nouveau désigner les bons et les mauvais laïques. C'est effrayant, à l'intérieur du corps laïque. Parce que nous sommes laïques, nous pouvons nous parler, nous pouvons avoir le respect du pluralisme, des sensibilités différentes. Commencer à vouloir faire des règlements de comptes c'est insupportable.

Je vous donne un exemple. J'ai eu à mettre en oeuvre les ABCD de l'égalité (l'égalité filles-garçons, avec tous les biais discriminants à l'école et dans les professions, fait partie de la Charte de la laïcité à l'Ecole). Il y a eu des manifestations, à la fois de gens instrumentalisés visiblement par des ambassades, derrière Mme Farida Belghoul qui venait de l'extrême-droite, mais aussi de la Manif pour tous. J'ai été accueilli par des comités violents partout, Mme Vallaud-Belkacem aussi, qui voulaient nous faire renoncer à ce programme. Le ministre qui a abandonné, c'est le Premier ministre M. Manuel Valls. J'ai entendu récemment M. Valls dire "La Ligue de l'enseignement, telles associations laïques ont eu des complaisances", mais c'est lui qui a reculé ce n'est pas eux ! Eux m'ont toujours soutenu dans ce travail. Si on entre dans ce jeu-là et qu'on regarde les faits, on sera très surpris (c'est vrai aussi pour l'enseignement moral et civique depuis la réforme du lycée en 2018). »

Vincent Peillon (à 19:14) : « Je dis à Mme Schnapper pour qui j'ai beaucoup de respect (nous travaillons sur beaucoup de sujets communs), je vous le demande dans vos responsabilités de présidente : n'ouvrons pas entre les uns et les autres de chasse aux sorcières. »

Dominique Shnapper (à 20:14) : « Jean-Louis Bianco fait partie du Comité des sages de l'Education nationale, sous ma présidence, nous avons les meilleures relations et sommes d'accord dans la production de tous les textes que nous avons produits pour diffuser nos convictons sur la laïcité, Jean-Louis Bianco a toujours été d'accord avec ce qui a été produit par le Conseil des sages. Ce conseil que donne Vincent Peillon, dans ce qui est mon action limitée, je le respecte tout-à-fait. »

Vincent Peillon (à 24:22) : « Je ne crois pas que l'objectif de la loi maladroitement nommée sur les "séparatismes", même si on comprend l'idée, »
Journaliste : « Pourquoi maladroitement ? »
Vincent Peillon : « Parce que si vous connaissez par exemple une tradition que je connais bien, qui est la tradition du peuple juif, le reproche qui lui a toujours été adressé (cela s'appelle la judéophobie depuis l'Antiquité), c'est le séparatisme. Quand vous n'aimez pas quelqu'un, ou quand vous voulez... Vous dites : "ah! ben il ne veut pas s'assimiler" ; "imaginez : il ne mange pas la même chose que nous" ; "imaginez : il ne veut pas se marier avec nous". »

Vincent Peillon (à 25:04) : « La laïcité n'a pas besoin de nouveaux textes. Elle a besoin sans doute de davantage de formations. [...] Quand j'arrive [au ministère de l'Education nationale], il n'y avait plus de formation des enseignants, car M. Sarkozy - à l'époque son directeur général de l'enseignement scolaire M. Blanquer - avait supprimé toute formation des enseignants dans ce pays, il a fallu la remettre en place. Il ne faut pas l'oublier. La gauche fait des choses parfois. On était le seul pays du monde qui ne formait plus du tout ses enseignants. Dans cette formation des enseignants - les Écoles Supérieures du Professorat et de l'Éducation -, j'ai souhaité évidemment qu'il y ait un enseignement sur les valeurs de la République et sur la laïcité. »

Vincent Peillon (à 31:40) : « La division ou en tous cas les discussions avaient déjà lieu au moment de 1905, entre une laïcité qui voulait immédiatement imposer une nouvelle orthodoxie, des règles, y compris aux minoritaires, et d'autres qui savaient qu'il faut amener les gens dans un temps long (on a gardé les "devoirs envers Dieu" dans les instructions jusqu'en 1923). La loi de 1905 a été une grande loi de pacification de la France. Il faut faire attention aujourd'hui à ne pas utiliser la laïcité pour en faire une nouvelle guerre civile, ce serait totalement à contre-sens. »

 

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Dans la présentation du dernier livre de Vincent Peillon L'émancipation - Essais de philosophie politique (PUF) paru en septembre dernier, on note ces passages :

Le républicanisme qui sert aujourd’hui de drapeau aux forces les plus réactionnaires n’a plus rien à voir avec la doctrine républicaine. Il en prend même souvent l’exact contrepied et, sous son couvert, continue de la combattre.

un certain nombre de prétendus républicains, de gauche comme de droite, ont fait du républicanisme une idéologie identitaire, nationaliste, intolérante, antireligieuse, antidémocratique et antilibérale.

Lecture utile :