jeudi 19 novembre 2009
Vincent Peillon tel qu'en lui-même
Vincent Peillon inaugure un nouveau concept vidéo : la personnalité politique "invitée à domicile", avec un large temps pour s'exprimer tranquillement et se faire davantage connaître, questionné par ses hôtes.
Politique à domicile, Vincent Peillon - vidéo
(cliquer sur le lien)
Le résultat : captivant. Vincent Peillon s'abstrait de la langue de bois avec une constance qui mériterait d'être davantage soulignée.
A noter que la discussion fut tournée le 7 novembre, soit quelques jours avant l'expédition de Ségolène à Dijon le week-end dernier.
Autre détail notable : "Vincent Peillon ne connaissait pas les questions et n'a pas de droit de regard sur le montage final. Son attaché de presse n'a pas non plus visionné l'émission" (source).
***
A lire aussi ici :
Vincent Peillon, tel un phare (04/2008)
Vincent Peillon fustige une "servitude volontaire" des médias (04/2008)
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance" (04/2008)
Vincent Peillon (09/2008)
mardi 18 novembre 2008
Puissant vent de renouveau au PS, ou de l'élégance morale selon Jack Lang
La transparence, le refus des petits calculs. L'adéquation des propos aux actes. L'intégrité et l'élégance morale. Toutes qualités symboles de l'authentique et puissant vent de renouveau qui s'est levé au Parti socialiste. Que l'on en juge:
Jack Lang invité de RTL (18/11/08)
« Je veux au contraire saluer le geste de Bertrand Delanoë. Je veux saluer son élégance morale, sa sagesse, son esprit de sacrifice, au service du Parti. »
(Jack Lang, RTL, 18/11/2008)
Le concept d'élégance morale est central chez Jack Lang. Certes il en est le premier porte-flambeau. De plus, comme à l'adresse de Bertrand Delanoë (début de la vidéo), il ne dédaigne pas de distribuer le compliment alentours :
« Minimiser le rôle de Nicolas Sarkozy dans la libération d’Ingrid Betancourt relève d’une rare mesquinerie et d’un manque d’élégance morale. »
(source)
Cette phrase de Jack Lang, faut-il le rappeler, faisait réponse à une déclaration de Ségolène Royal remettant à leur place les gesticulations de Nicolas Sarkozy (voir ici).
******
Mise à jour
« Après avoir annoncé dimanche à ses troupes qu’il ne se présentait pas, le maire de Paris leur a expliqué qu’il ne donnerait pas de consigne de vote. Vingt-quatre heures plus tard, la donne a changé. Pourquoi ce revirement ? "Il y a sans doute du Lionel Jospin derrière tout ça", persifle Delphine Batho, proche de Royal. »
« Benoît Hamon (...) a souligné hier la coïncidence entre l’appel de Bertrand Delanoë et le retrait d’un candidat aubryiste en faveur d’un proche de Delanoë au poste de premier secrétaire fédéral du PS à Paris. »
(Le Parisien, 18/11/2008)
Tout ceci fleure bon l'élégance morale si chère à Jack Lang.
Benoît Hamon semble toutefois plus circonspect :
« Je suis déçu, la vieille logique du règlement de comptes prend le pas sur le renouvellement. »
(LePost, 17/11/2008)
******
Mise à jour 19/11/2008
Tout le monde ne semble pas sensible à l'élégance morale prônée par Jack Lang :
« Du côté de François Hollande, on ne décolère pas contre le maire de Paris. "C'est honteux, il contredit ce qu'il a dit la veille", fulmine un hollandiste qui accuse Delanoë d'avoir "dealé un accord local avec Aubry pour la fédération de Paris". »
(20 minutes, 18/11/2008, page 8)
- « Bertrand Delanoë nous a brillamment confirmé hier que la morale politique avait définitivement déserté le Parti Socialiste et une bonne partie de ses dirigeants. » (Marc Vasseur)
- « Bertrand Delanoë ne respecte ni sa parole ni la démocratie militante » (Vincent Peillon)
***
Etonnant billet signé Jean-Michel Aphatie (qui semble peu goûter l'élégance morale version Jack Lang) :
Avantage Royal ("Le blog de Jean-Michel Aphatie", 18/11/2008)
« Lundi, changement radical. Tout bien réfléchi, Bertrand Delanoë fait savoir qu’il soutiendra Martine Aubry. Notez bien que s’il avait fait ce choix vingt-quatre heures avant, le parti socialiste serait sorti de son congrès avec une majorité et une direction. Vertigineux, tout de même, d’avoir tout laissé partir en quenouille pour finalement faire le lundi ce que l’on se refusait à faire le dimanche. Drôle de sens des responsabilités, non? »
« C’est bien un barrage qui se dresse non pas contre la conception que Ségolène Royal se fait du socialisme et du parti socialiste, mais contre sa personnalité, sa manière d’être et de faire de la politique. C’est un combat personnel qui est engagé, dont le revirement de Bertrand Delanoë est la plus spectaculaire expression. Pas mal, pour un parti qui nous serine depuis des mois que c’est le débat d’idées qui compte, et rien que le débat d’idées. »
« Sur le papier, le ralliement de Bertrand Delanoë assure une avance indéniable à Martine Aubry. Mais les conditions dans lesquelles cela se réalise sont tellement grossières que la victimisation peut mobiliser des grappes de militants socialistes, jusque là abstentionnistes ou hésitants, en faveur de Ségolène Royal. »
« Ce matin, la conclusion provisoire est celle ci : avantage Royal. »
***
Ségolène Royal répond elle-même (bien gentiment) à l'élégance morale de Jack Lang (à 05'48):
Ségolène Royal 18 nov 2008 1e partie
***
Mise à jour 20/11/2008
Eblouissantes pépites rapportées par Le Canard enchaîné (19/11/2008) : où il apparaît que, dans le concours d'élégance morale qui bat son plein depuis quelques jours au PS, Martine Aubry elle-même ne serait pas la plus mal placée.
Extrait :
« [Bertrand Delanoë] avait été le premier à régler ses comptes avec Aubry après la commission des résolutions [de] la nuit de samedi à dimanche.
"Toute la nuit , a-t-il expliqué à ses troupes, elle nous a fait croire qu'elle avait un accord avec Benoït Hamon en défendant sa candidature. C'était faux et uniquement pour que je me retire. Ce sont des méthodes à la limite de l'honnêteté."»
« (...) "Martine a fait preuve d'une grande brutalité, elle a joué avec le feu. Elle a cassé le parti. Si elle avait voulu, elle aurait pu se mettre avec nous dès le départ et on aurait eu la majorité. Elle a refusé. C'est la preuve qu'elle est méprisable et égoïste. Ce qu'elle a fait est totalement immoral." »
Autre extrait :
« [Lionel Jospin] a passé son dimanche soir à tenter de convaincre Bertrand de se rallier à un "tout sauf Ségolène" derrière Aubry. "Vous ne pouvez pas laisser passer Royal. Il faut l'empêcher à tout prix", a-t-il plaidé. »
A lire in extenso ICI, LA, et encore LA.
Raccourci comique :
Le PS est redevenu le PS (Stephane Guillon)
******
Sur le même sujet :
La rénovation en marche... ("Intox2007")
mardi 16 septembre 2008
Vincent Peillon
A l'heure où Ségolène Royal semble marquer une relative distance avec sa conquête du poste de premier secrétaire du Parti socialiste, et tandis que les ridicules louvoiements tacticiens de telle ou telle personnalité socialiste achèvent de lasser même jusqu'au spectateur à priori bien disposé, Vincent Peillon pourrait se révéler l'homme de la situation.
V. Peillon- 14.09.08 - les alliances pour gagner en 2012
(intervention de Jean-François Kahn à 1'12)
V. Peillon-14.09.08 - mais qui est avec qui ?
Vincent peillon - Laicité et sarkozysme
(à partir de 3'35)
« C'est un révisionnisme historique incroyable. Que le président de la République ignore l'Histoire de France à ce point là... Les artisans de la laïcité n'étaient pas anti-religieux. Jean Jaurès est catholique. Ferdinand Buisson, qui est l'homme qui a fait la loi de 1905, est un protestant. Simplement il faut que toutes ces croyances puissent vivre ensemble. C'est donc au contraire la volonté de respecter et de faire coexister ensemble ces différentes religions, qui amène à cette séparation de l'Eglise et de l'Etat. Et qu'est-ce que nous dit d'abord Sarkozy ? Il nous dit : la laïcité - d'où son concept de "laïcité positive" - était anti-religieuse. Alors ou il est totalement ignorant de l'Histoire du pays qu'il préside, c'est embêtant, ou il a une intention derrière. (...) »
V. Peillon-14.09.08 - laïcité - l'humain dans la politique
« Je crois que Sarkozy veut remettre la question religieuse de façon conflictuelle au centre de la vie publique, pour qu'on ne parle pas de la vraie question qui est la question sociale. »
***
Entretien video accordé par Vincent Peillon à Mediapart.
« En pleine université d'été du PS à La Rochelle, Vincent Peillon propose sous la forme d'un livre sa contribution personnelle au débat d'idées à gauche. "La Révolution française n'est pas terminée" est une réflexion originale dont la densité et le sérieux tranchent avec les 21 contributions présentées en vue du congrès de Reims, en novembre. »
Extraits.
Vincent Peillon sur Mediapart 5
Vincent Peillon sur Mediapart 6
Vincent Peillon sur Mediapart 8
***
Longue analyse de Vincent Peillon, sur le Parti socialiste et la gauche (FIAP, 15/09/2008) :
« (...) il ne faudrait (...) pas six mois à Vincent Peillon, premier secrétaire du Parti socialiste, pour acquérir auprès des français aussi bien notoriété que popularité. Ce qui de facto en ferait rapidement le meilleur des présidentiables (...). (...) cette hypothèse Peillon ne pourra surgir que d'une pression exercée très fortement depuis les militants, qui siffleraient la fin de la récréation des egos. »
(Dedalus)
***
Mise à jour 29/09/2008
Vincent Peillon : "je n'ai jamais vu un président prendre à ce point les Français pour des imbéciles"
Après le discours de Sarkozy sur la crise financière, intervention de Vincent Peillon sur iTELE, ainsi présentée par Dedalus :
« Vincent Peillon a une nouvelle fois fait la preuve de tout son talent, a justifié tous les espoirs que nombre d'entre nous, à gauche, peuvent placer en cet homme d'envergure. (...) il a été à la fois clair et pugnace, et pour tout dire brillant. (...) Une magnifique prestation, un réquisitoire d'une dizaine de minutes que je vous invite à suivre attentivement. »
Extraits :
« Je suis frappé, je suis un peu inquiet, de l'inconséquence de ce président : je n'ai jamais vu un président prendre à ce point les Français pour des imbéciles. Entre la dramatisation incroyable, qui relève de la démagogie, ce moulin à paroles (...), et en même temps la réalité des politiques suivies depuis un moment, l'écart est trop grand. »
« Vous savez que pendant la campagne présidentielle, une des grandes mesures [de Nicolas] Sarkozy c'était aller chercher du crédit en hypothéquant, vous les pauvres, vos appartements : ça s'appelle les subprimes. »
« Il n'y a pas de ligne économique de ce gouvernement. »
« Dans un monde difficile (...), nous avons un président (...) qui n'a pas de colonne vertébrale. Je trouve que c'est difficile pour le pays, et je trouve que chaque fois il monte d'un cran, dans la démagogie et l'inconséquence. »
A suivre impérativement jusqu'au bout, il y a par exemple une juste colère de Peillon face au journaliste qui tente d'amortir ou détourner ses attaques en direction de Sarkozy.
Autres extraits :
« La France va mal. Et j'ai écouté [le discours de Sarkozy sur la crise économique] hier : je me disais "nous avons véritablement à la tête de l'Etat un démagogue, un homme inconséquent, dont je ne vois pas la colonne vertébrale". Il change en plus de politique tous les six mois. »
« C'est une politique économique qui va dans le mur, mais là encore il faut avoir un peu de continuité : c'est depuis 2002. Ce n'est pas vrai que Nicolas Sarkozy arrive en 2007. (...) c'est la même politique depuis 2002, qui nous fait d'ailleurs progressivement décrocher par rapport aux autres [pays] européens. On va en payer très lourdement les conséquences. »
« La logique de la responsabilité politique c'est, quand on est aux affaires, d'assumer son bilan. (...) On a un vrai problème depuis 2002, et on a un vrai problème de rationalité à remettre dans la vie politique. Parce que soit c'est de la "com", (...) soit on juge les gens aux actes et aux résultats. Ces résultats sont effrayants. »
« Je vois toujours comment les manipulations s'opèrent. Il ne faudrait pas faire croire que les difficultés économiques de la France sont, en 10 jours, liés à cette crise ! (...) Tous nos mauvais chiffres étaient déjà là, et ce gouvernement nous disait il y a encore quelques semaines (les gens n'ont quand même pas totalement perdu la mémoire j'espère) : "ça va être meilleur, on va avoir un redressement". Et c'est à la fin de l'été qu'ils sont obligés de modifier ce discours. C'est incroyable ! »
« Rien n'a été fait en amont sur le pétrole, rien n'a été fait enfin sur aucun sujet, sur la fiscalité, sur la consommation : donc on est effectivement face à une grande difficulté, et une opération, comme d'habitude, de communication. »
***
Mise à jour 30/09/2008
Vincent Peillon et les pisse-vinaigre
Relevé => ICI
***
Mise à jour 06/11/2008
Vincent Peillon - Lyon le 28/10
Vincent Peillon à La Bellevillose (05/11/2008)
******
A consulter aussi :
"Le combat du neuf contre l'ancien" ("Le blog de Vincent Peillon") - video
"Delanoë-Hollande, c'est l'alliance des forces du passé" ("Le Post")
Vincent Peillon, tel un phare
Vincent Peillon règle la querelle sur le "libéralisme"
mardi 22 avril 2008
Vincent Peillon, tel un phare
L'ancien pédagogue renoue avec son métier de jeunesse pour éclairer la difficile situation actuelle de la France
Durant la campagne présidentielle, deux personnes se distinguèrent tout particulièrement dans l'équipe de Ségolène Royal. De par leur authentique force de conviction, alliée à une abnégation personnelle rare ; de par leur sérieux et leur honnêteté manifestes ; de par leur grande pénétration d'esprit, alliée à une évidente élévation morale ; bref de par leur humanité vertueuse et rayonnante : Jean-Louis Bianco et Vincent Peillon suscitaient à chacune de leurs interventions des réactions enthousiastes et admiratives.
Agrégé et docteur en philosophie, député de la Somme de 1997 à 2002, actuellement député européen, Vincent Peillon s'est exprimé hier dans l'émission le franc-parler (France-Inter / iTELE). Au delà de l'imbroglio de la situation politique actuelle, il analyse et éclaire plus d'un an de vie politique française, dressant au passage un sévère bilan de la première année de gouvernance sarkozyenne.
Extraits.
Vincent Peillon au Franc-parler partie 1
Sur la gouvernance de Nicolas Sarkozy (à 2'43) :
« Derrière la mauvaise gouvernance de Nicolas Sarkozy, les erreurs qui sont les siennes et qui sont évidentes, la situation du pays qui n'est pas bonne, je m'inquiète beaucoup parce que je garde le souvenir d'avril 2002, je regarde ce qu'ont été les 5 ans de gouvernance, déjà, de M. Sarkozy, avec M. Raffarin, avec M. Chirac. Et je me dis que la vraie question - pour nous en tous cas, pour ceux qui sont intéressés par la vraie responsabilité politique (pas celle du commentaire), celle de l'intérêt général et de l'action efficace au service de tous - la vraie question c'est comment on fait dans ce pays demain pour faire les réformes dont nous avons besoin, et remettre je dirais un peu de sagesse, un peu de raison, au cœur de cette vie publique. »
Sur "l'illusion Sarkozy" (à 3'24) :
« Pendant la campagne présidentielle, (...) il me semblait déjà que nous** devions savoir qui était Nicolas Sarkozy. Lorsqu'il faisait campagne (contre d'ailleurs les principes républicains, puisqu'il était en responsabilité [Ministre de l'Intérieur]), au moment où on faisait la loi sur la solidarité et le renouvellement urbain, pour dire "il faudrait 20% de logements sociaux"... Lorsqu'il avait fait, comme Ministre des finances, un parcours absolument calamiteux... Y compris d'ailleurs déjà sur la question du pouvoir d'achat et des prix. Lorsqu'il avait commencé comme Ministre de l'Intérieur par faire une loi contre les prostituées, les jeunes en bas des cages d'escalier, et les mendiants... J'avais mesuré le danger de ce personnage. »
** Ce "nous" est un chef-d'œuvre de délicatesse et de sous-entendu : il englobe poliment la classe journalistique, sous-entendant que celle-ci n'aurait peut-être pas fait convenablement son travail durant la campagne présidentielle...
« Ce qui m'inquiète beaucoup plus - comme au 21 avril 2002, où un
homme qui avait bien gouverné, Lionel Jospin, s'est retrouvé derrière
le Front National - c'est que j'ai eu l'impression que dans ces
mouvements extrêmement rapides de l'opinion (qu'on nous demande
d'ailleurs toujours de commenter), eh bien nous ne revenons pas à nos
fondamentaux, qui sont réels pour la France (une croissance très
faible, une précarité qui s'accroit, des difficultés dans notre système
scolaire) et que toutes ces questions ne sont pas abordées avec
suffisamment de raison. »
« Si vous pensez à l'"ouverture", je ne crois pas que ce
soient des hommes de gauche. Je crois que ce sont des opportunistes -
et nous en avons, puisque nous sommes devenus une gauche qui gouverne,
et donc nous attirons à nous un certain nombre de gens qui sont assez
peu vertébrés, et plus intéressés par les fonctions qu'ils pourraient
exercer que par leurs convictions. »
« Le fond de la réflexion pour nous, après trois
présidentielles perdues, c'est comment, en responsabilité devant un
pays qui va mal, nous faisons un travail qui permet que la prochaine
fois nous gagnions. »
Sur la question de l'immigration et de la régularisation des sans-papiers (à 9'35) :
« Nous allons avoir la présidence européenne (je siège à la commission des libertés). Un
des grands projets du Président de la République, c'est de faire la
leçon à tous les autres européens, et en particulier à ceux qui ont
régularisé - les espagnols ou les italiens - pour leur dire "vraiment ce que vous faites est scandaleux et vous nous obligez à accueillir toute la misère du monde".
C'est à dire il va faire des moulinets avec ses petits bras sur la
scène européenne comme il cherche à le faire ici. C'est détestable et
ça nous fait honte, au plan européen. D'ailleurs il ne sera
pas entendu du tout, et les questions seront réglées avant qu'il
devienne Président de l'Europe. Alors moi je dis c'est cet état
d'esprit qu'il faut changer. Et donc qu'on se comprenne bien : je ne
suis pas dans une hypocrisie qui consiste à dire "les critères ça va être : un, deux, trois [les quotas]"
- et puis surtout quand le type est déjà en train d'enjamber la fenêtre
avant de se suicider - (...) (ça me rappelait du Jacques Prévert avec
sa "Chasse à l'enfant"
en ce moment, on a des cas extrêmement douloureux) : ce n'est pas digne
de la France. Ce n'est pas digne d'un pays comme le nôtre. Je pense à
des régularisations qui sont importantes, mais qui demeurent sur
critères. »
Sur l'Education Nationale (à 11'41) :
« Nous n'avons jamais pensé qu'il ne fallait pas réformer en profondeur l'Education Nationale, qui est un système en France qui 1. reproduit les inégalités - de façon massive ; 2. nous donne un certain nombre de jeunes sans qualification à l'issue du système scolaire ; et 3. provoque chez les jeunes de la douleur, de l'angoisse, beaucoup plus que dans les autres pays. Donc il ne faut pas simplement toujours parler de quantité, mais faire une réforme qualitative. (...) Et quelle est la grande difficulté face à laquelle se retrouve Darcos ? Là on le sent bien dans cette affaire, et plus globalement dans la politique de Nicolas Sarkozy. C'est que dans le fond, Darcos dit "je supprime 10.000 ou 11.000 postes" (en réalité le Président lui en demandait 20.000), mais qu'en contrepartie il n'a pas le projet suffisant, pour emmener les uns et les autres vers un projet scolaire. On a construit la République autour de l'école, c'est comme ça ; ici en France, on n'a pas de religion civile. Donc on a l'école de la République : il faut y faire très attention. »
« L'école ce n'est pas simplement des stylos, ce n'est pas simplement un budget : c'est un "esprit public", comme disait Condorcet. Et lorsqu'on veut la réformer en profondeur (...) il faut tenir un discours des valeurs, un discours du projet. Et c'est là que vous le voyez : on a l'impression qu'ils font une réforme purement comptable. La question n'était pas réellement les postes. La question c'est : "pour quoi faire ?" »
Sur les socialistes (à 13'58) :
« Je trouve - je vous dis mon sentiment - que le gouvernement Jospin (il faudrait être très précis après) a bien gouverné globalement, de 1997 à 2002. (...) Il y avait un autre état d'esprit, sur la justice, sur un certain nombre de sujets. A partir de 2002 on [les socialistes] est tombés, après ce drame terrible, dans cette espèce de... Les socialistes de 2002 et de 2007 (j'ai démissionné en 2002 en désaccord avec François Hollande sur la conduite qui était la sienne du parti - j'étais le porte-parole à l'époque) n'ont pas fait le travail qu'ils devaient faire. »
« Si j'ai soutenu Ségolène Royal, c'est parce que je pense (et je continue de le penser) que dans la campagne de 2007, elle est celle qui a commencé à dire les choses, et à poser l'exigence d'une refondation politique qui sera d'abord une refondation intellectuelle. Car je suis toujours très amusé de voir tout le monde prendre des airs très supérieurs par rapport à Ségolène Royal (...). Mais dans le fond, moi qui ai été chargé des études pendant des années, qui ai dirigé les groupes d'experts de Rocard, qui a été la "plume" de tous les derniers candidats : la seule qui a avancé quelques idées nouvelles dans le débat public depuis quelques années, c'est elle. Et je pense que nous allons devoir poursuivre dans cette voie, j'espère tous ensemble - je trouve d'ailleurs (...) la "déclaration de principe" un bon point - et j'espère qu'on ne gâchera pas 2007-2012 comme on a gâché 2002-2007. »
Vincent Peillon au Franc-Parler partie 2
Question : c'est quoi une politique fiscale de gauche ? (à 0'40)
« C'est extrêmement simple. (...) Derrière tous nos discours (justice sociale, égalité), nous sommes un des pays les moins redistributifs des pays de l'OCDE (à qui on fait la leçon en leur disant "vous êtes des libéraux"). "Redistributifs" : ça veut dire que chez nous les riches gardent leur argent pour eux (puisqu'on a une fiscalité indirecte - TVA etc. - énorme), et que vers ceux qui sont défavorisés, nous donnons assez peu d'argent. Eh bien il faut refaire - ce qui était le projet (dans le fond ce n'est pas révolutionnaire) des radicaux, Joseph Caillaux... - un grand impôt progressif. Je le propose depuis des années, cela avait d'ailleurs été adopté (avec certaines réserves de DSK, malheureusement) dans le programme présidentiel [de 2007]. Refondre ensemble l'impôt sur le revenu (qui rapporte très peu de chose aujourd'hui), la CSG (qui n'est pas progressive), et on pourrait même rajouter la fiscalité locale, pour avoir un grand impôt progressif et clair, en supprimant les niches fiscales. Cela ferait une fiscalité plus moderne, et une fiscalité progressive. (...) »
(Vincent Peillon illustre ensuite son propos avec plusieurs exemples précis d'injustices flagrantes, de par l'actuelle organisation fiscale)
« Et on a pas réformé cela depuis des années. (...) On
a un système qui marche sur la tête et on a quoi ? - c'est là que
naissent les Sarkozy, le poujadisme, notre vieux penchant pour le
boulangisme, le bonapartisme etc. C'est que les gens disent "la République nous ment !" C'est ça la colère des gens. "Vous nous dites égalité, vous nous dites fraternité, mais ce que l'on constate c'est pas ça". Et on se dit "bon, c'est des grognards...",
mais la réalité, c'est qu'effectivement il y a beaucoup de problèmes
comme ceux que je viens de citer. Il faut les résoudre, et je pense
(cela va être un grand débat avec les socialistes, j'en ai encore parlé
avec Ségolène Royal mercredi) : nous ne pourrons pas nous en sortir
sans une grande réforme fiscale. Ce que l'on a jamais voulu faire.
(...) Il faudra, dans le fond à budget constant, financer d'autres
dépenses : la façon de faire ce sera de jouer bien entendu sur la
fiscalité.
La responsabilité du Président de la République (à 9'14) :
« Le sujet sérieux (...), c'est que Nicolas Sarkozy n'a pas pris la mesure de la responsabilité qui était la sienne par rapport à la politique de la France. Nous avons un échec extrêmement dur (que nous payons, comme souvent, au carré) de ses premières décisions économiques. Et d'ailleurs, quand on regarde sa politique, on ne sait pas très bien quelle est sa politique économique et sociale aujourd'hui. Et dans ce contexte, extrêmement difficile (contexte européen, contexte multilatéral), les décisions du "paquet fiscal" (mais globalement toute cette politique économique de ce moment-là) sont extrêmement mauvaises. Le peu de marge de manœuvre qu'on avait, on ne l'a plus. Et cela participe de cette inquiétude des français. (...) Vous savez 15 milliards d'euros c'est une somme absolument considérable quand vous regardez nos marges. »
La responsabilité de la droite depuis 2002 (à 10'20) :
« L'affaire se joue avant (...). C'est vrai que jusqu'en 2001, Lionel Jospin a bénéficié d'un contexte international qui était bon. Mais en même temps, nous faisions la course en tête des autres pays européens (car il faut toujours se comparer par rapport aux autres, pas dans l'absolu). Et depuis 2002 (les erreurs de politique économique ne datent pas que de 2007), depuis 2002 nous n'avons pas préparé la France (par les investissements dans la recherche, par les investissements dans l'innovation, par la réforme de la fiscalité) nous n'avons pas préparé la France aux chocs. Et alors lorsque Sarkozy arrive - tributaire sans doute de ses promesses de campagne inconsidérées - le peu qui restait encore il le dilapide d'un coup. (...) C'est ce qui justifie je pense l'opinion profonde des français. Parce que la grande affaire, elle est jamais tellement "où j'en suis" : c'est "où j'en serai demain ?". C'est l'affaire du "descenseur social". (...) Or la promesse de la campagne était : "on va peut-être se retrousser les manches, ça va être dur les petits gars, mais on va y arriver on va faire quelque chose". On ne fait rien. On ne fait rien, et les perspectives pour les gens sont d'autant plus inquiétantes. »
La réforme (à 14'55) :
« Ce pays a besoin de réformes. Le problème (et d'ailleurs les théories de la justice le disent), c'est que les réformes elles doivent être acceptées par les gens. Pour qu'elles soient acceptées par les gens il faut que les gens considèrent que les efforts qu'ils ont à fournir sont légitimes, et donc, justes. »
Vincent Peillon au Franc-parler partie 3
La réforme - suite (à 01'58) :
« Je crois que la réforme est nécessaire, elle doit être courageuse, y compris sur la question des fonctionnaires, mais surtout elle doit être juste, on doit pouvoir l'expliquer, et montrer où on va ! Parce que excusez-moi, si vous êtes capable de me dire où va Sarkozy ! »
« On parlait de Mendès-France tout à l'heure, le "contrat" de Mendès (...) : lui toute sa politique est fondée [dessus], dès le départ (et d'ailleurs, cela concernerait beaucoup de candidats au poste de 1er secrétaire du PS). Pourquoi vouloir un poste si on ne dit pas pour quoi en faire. Il faut dire très clairement aux français (et souvenez-vous le renoncement de Delors) : "la France a besoin de cela". "Est-ce que vous êtes prêts, à cela ?" Les partenaires syndicaux, les français, les grandes associations. C'est là que nous en sommes, et c'est ça que la gauche doit faire pour 2012. »
L'identité nationale (à 2'25) :
« Je pense que c'est juste de débattre de l'identité nationale, simplement on a pris tous les mauvais critères, dans [par] la bouche de Nicolas Sarkozy. C'était, dans le fond, la haine de l'autre, alors qu'il y a une vraie question d'identité nationale qui se pose à la France. Autrement dit : "est-ce que nous serons capables de rayonner tant que nous ne nous aimerons pas nous-mêmes ?" "Et qu'est-ce que nous faisons pour nous aimer nous-mêmes ?" Regardez, nous et la question européenne, c'est exactement ça. "Et est-ce que nous aimerons nous-mêmes, en continuant d'être dans la stigmatisation de ce qui fait notre diversité, jour après jour ?" »
L'échec de 2007 (à 4'38) :
« Un des grands ratés de cette élection présidentielle, c'est de ne pas avoir été capables de coaliser tous les gens qui, sans se sentir étiquetés ici plutôt que là, voulaient une France plus moderne, plus généreuse, qui ne renonce ni à la performance économique ni à la justice sociale, ni à la laïcité - et cela va quand même un petit peu au-delà des rangs du PS. »
La Chine / la politique internationale de la France (à 7'50) :
« On le sait, dans ces questions qui sont des questions de rapport de force, il faut choisir une ligne, et s'y tenir. (...) Là on passe d'une hystérie à une autre, on voit un gouvernement (j'ai fait des débats avec les uns et les autres) qui change de position suivant les plateaux (...). Au final je pense que les chinois vont finir par s'amuser. (...) Tous ceux qui pensent que c'est dans la complaisance, dans les pactes, en passant sous la table, que l'on arrive à se faire respecter de ceux qui sont à la fois des concurrents et des amis, se trompent. C'est curieux d'ailleurs parce qu'ils le font généralement assez peu au bureau de l'UMP, quand je regarde leurs mœurs entre eux : ils devraient faire la même chose dans les relations internationales. Je dois dire que la politique internationale du président Sarkozy est aussi une curiosité, quand même, depuis qu'il est en fonction. Et là encore on ne comprend pas très bien qui sont nos amis - d'abord on est amis avec tout le monde (surtout si on peut leur vendre des choses), et on comprend plus très bien quelle est la politique de la France. C'est un peu ennuyeux. »
« Les discours de M. Sarkozy, d'abord très fermes, puis (...) il nous dit "je verrai quelle sera mon attitude" - entre parenthèses, la Chancelière allemande comme le premier Ministre britannique se sont déjà exprimés sur leur présence ou pas [à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin] - donc on ne comprend plus rien, maintenant on nous envoie Raffarin qui n'est quand même pas n'importe qui, c'est un ancien 1er Ministre de la France aspirant à la présidence du Sénat qui va porter les petits messages aux chinois... Donc tout ça contribue à notre décrédibilisation européenne. Je vous annonce d'ailleurs - on ne l'avait pas suivi**, c'était encore la période d'euphorie pour Sarkozy quand il est venu parler devant le Parlement européen : c'est le seul Président de la République qui a failli se faire siffler, tellement son discours était absolument insensé, et nationalo-poujadiste - en donnant des leçons à tout le monde***. »
** Délicat sous-entendu de Vincent Peillon : comprendre « dans les médias ». Quelle politesse envers ses hôtes journalistes !
*** Et sifflent les oreilles de Henri Guaino.
« Malgré le talent du secrétaire d'Etat Jean-Pierre Jouyet,
nous n'entrons pas dans une présidence française où tout le monde nous
regarde en disant "ça va être une grande présidence, et quel grand Président ils ont, et puis on sent son attachement à l'Europe"
: non. Je voyais d'ailleurs, (...) sur la commission libertés, ils
essayent de faire passer le maximum de textes avant que nous prenions
la présidence, en se disant "on sait pas où on va avec les français". »
Sur le Parti socialiste (à 11'56) :
« Je pense que aujourd'hui le Parti Socialiste a besoin d'avoir Ségolène Royal à sa tête, [avec] autour une équipe de gens de talent, ce n'est pas interdit, et pas seulement des candidats putatifs. Je pense qu'il faut l'aider dans sa tâche, la tâche qui est la sienne (j'ai aidé de la même façon Lionel Jospin, j'ai aidé tous ceux qui étaient en situation), ça me semble essentiel, et je ne désespère pas - d'ailleurs je crois que les choses avancent bien - de convaincre Pierre [Mauroy] que c'est la bonne solution pour notre famille politique et pour la France. »
Sur François Hollande (à 12'50) :
« Je lui fait toujours le crédit de vouloir, bien entendu, l'intérêt de sa famille politique, et donc j'espère que comme dans la présidentielle, il sera à nos côtés dans les phases qui vont s'ouvrir maintenant. (...) Il faut que cette famille se rassemble autour d'un projet et d'une ambition collective. »
******
Quelques précédentes interventions de Vincent Peillon :
Vincent Peillon - "Face a nous" - Public Sénat (30 janvier 2008) - vidéo
Sur Nicolas Sarkozy :
« En réalité, ce qui est quand même tout à fait étonnant, c’est qu’un Président de la République soi-disant prêt, élu il y a seulement six mois - ce n’est même pas le "second souffle trois ans après" que l’on recherche - soit obligé de demander à une commission [Attali] comment régler les problèmes et que cette commission lui fasse un tas de propositions dont certaines d’ailleurs (pensez à l’immigration) sont en contradiction avec les propos et les attitudes du président : on se dit que l’on est quand même drôlement gouvernés. »
« Il y avait ce thème de dire "Nicolas Sarkozy est prêt". Mais il n'était pas prêt du tout à gouverner ! En 6 mois les décisions qu'il a prises sont de mauvaises décisions économiques, et que nous allons payer et que nous payons d'ailleurs déjà directement. »
Sur le Parti socialiste :
« La première chose que va devoir faire une gauche moderne, c'est dire aux français comment on peut retrouver de la compétitivité, de la croissance, tout en réduisant [les] inégalités. »
« J'appelle ça la parthénogenèse (...) : vous savez c'est quand on se divise, et puis on se divise encore. Les courants, qui étaient déjà l'expression peut-être d'un pluralisme au sens noble mais aussi d'une division parfois, se sont eux-mêmes divisés, et aujourd'hui on a beaucoup d'individus, qui ne sont même plus des courants. C'est trop petit. (...) On a évidemment un travail de reconstruction. Et dans ce travail de reconstruction, on a un travail, évidemment, de cohérence collective, d'amitié, ça passe par un certain nombre de décisions qui viendront après les municipales. »
Sur Ségolène Royal :
« Je pense que quand on fait de la politique, on la fait avec tout ce que l'on est. Et je pense que si Ségolène Royal, par rapport à ce dont vous me parlez [sa minute de commentaire sur sa vie privée, dans une émission de Drucker], finalement, a un rapport aux français un peu différent, c'est aussi parce qu'elle fait de la politique avec sa personne totale, comme tous les grands politiques. »
Sur le poste de 1er secrétaire du PS :
« La question qui se pose pour moi aujourd'hui, c'est "est-ce que nous allons être capables de gouverner à nouveau". C'est ça la question de fond du Parti socialiste. Alors vu les institutions de la Vème République - le quinquennat, l'inversion du calendrier - il me semble que ce serait une faute d'installer à la tête du Parti socialiste quelqu'un dont le critère de sélection serait "il ne peut pas être celui que les français choisiront demain". Mais même, une contradiction absolument invraisemblable. (...) Je pense que nous avons besoin d'un leadership fort. (...) ça compte le rapport à l'opinion. (...) Si nous voulons éliminer du leadership [du Parti] socialiste, parti de gouvernement de la gauche, tous ceux qui aujourd'hui ont un rapport à l'opinion, alors nous sommes en train de creuser notre propre tombe. »
Sur la laïcité :
« Je suis très attristé du rapport de Nicolas Sarkozy à la religion, à la laïcité, et plus globalement à la France. C'est à dire que dans le parcours qui va des moutons égorgés dans la baignoire, à la danse du ventre, le préfet musulman, ou aux récentes déclarations, je vois quelqu'un qui d'abord flatte des clientèles, les unes après les autres (l'électorat musulman, l'électorat juif, l'électorat catholique) ; c'est une façon de faire que je n'aime pas, qui ne me semble pas bonne pour l'unité nationale. (...) Il n'est pas "un homme politique" - je sais qu'il reçoit Merkel au congrès de l'UMP, il passe sa vie à l'UMP : il est le Président de la République, et de tous les français. Ça a du sens quand même. Et dans le rapport que l'on a à un certain nombre d'instances religieuses, c'est quand même une première [sa présence au dîner du CRIF] - c'étaient les 1ers Ministres qui y allaient, pour d'autres raisons. Donc je ne crois pas qu'il faut traiter nos institutions, en tous sujets (diplomatie, rapport aux religions), comme des choses secondaires. (...) Il y a eu cette affaire du "curé et de l'instituteur". Je pense profondément (mais je le pense depuis longtemps), et notre responsabilité est collective, que Nicolas Sarkozy ne vient pas pour résoudre la crise de l'identité nationale française (qui est profonde, qui nous a amené hier Le Pen, qui nous amène nos difficultés en Europe, qui nous amène ces inégalités sociales croissantes) : il est, d'une certaine façon, l'exaspération de cette crise. Avec dedans, des mouvements profondément irrationnels. Et il fait, quand il fait cette apologie des religions, il fait l'apologie de l'irrationnel au cœur de la République. Je n'ai jamais vu que l'irrationnel entraine de bonnes choses pour un corps politique. Donc je suis inquiet de cette dérive. »
***
En novembre dernier, Vincent Peillon développait ses idées sur la réforme des régimes spéciaux :
La réforme des régimes spéciaux n'est qu'une goutte d'eau (12 novembre 2007)
***
Le Oui-Non - Vincent Peillon (06 juin 2007)
Sur le Parti socialiste (à 2'28) :
« Je pense qu'aujourd'hui la première chose qu'il faut faire, c'est ouvrir ce Parti socialiste. C'est à dire que le processus ne peut pas être un processus traditionnel de congrès qui enquiquine tout le monde (je viens d'en faire deux et je les ai perdus, ça n'a pas permis la rénovation), parce qu'à ce moment là tout le monde se met en position de légionnaire, et on ne bouge plus parce qu'il y a des enjeux de pouvoir. (...) Il faut un travail de refondation, du même ordre que celui qui avait été fait au moment du cycle d'Epinay. »
Sur le pouvoir sarkozyen (à 7'15) :
« ça a été un discours populiste, qui a amené beaucoup de gens à se tromper. (...) Toujours faire le contraire de ce que l'on dit. On nous explique que l'on est pour le travail, et c'est immédiatement le capital que l'on va défiscaliser. On nous explique qu'on est pour l'ouverture, et on passe sa vie à injurier avec une grossièreté sans pareille ses adversaires républicains. C'est la technique de Nicolas Sarkozy. Et c'est l'amitié encore entre les pouvoirs médiatique, financier et politique. Moi j'appelle à l'entrée en résistance. »
***
PEILLON "APARTE" (22 mai 2007)
Sur la refondation idéologique du PS, sur le NPS :
Question : Est-ce que quand même vous n'avez pas perdu cette bataille là : à la fois de l'idéologie et puis de la modernité ? (à 12'20)
« Je le crois, c'est pour ça que j'avais créé en 2002 le Nouveau Parti Socialiste (NPS), et nous avons été bloqués par une alliance de tous les conservatismes. (...) Vous savez que Lionel Jospin n'a pas été présent au second tour [en 2002] : on s'est dit "il y a quelques problèmes dans la société". On les avait posés. Ces problèmes c'était par exemple ce que Sarkozy appelait la valeur travail ; c'est à dire déjà, le débat entre ceux qui sont dans le travail et ceux qui étaient dans l'assistance. C'était la question républicaine. Vous avez vu que Sarkozy nous a expliqué que le mérite était une valeur de droite. [En fait] toute la République française s'est construite autour du mérite, mais qui était une valeur de gauche : à droite c'était l'héritage. Donc il y avait cette bataille idéologique qui était engagée, et nous [le PS] on était en train de faire marche arrière. Donc il fallait mener la bataille culturelle, la bataille idéologique, sur nos valeurs. »
Question : Et vous n'avez pas pu, vous n'avez pas réussi, le NPS.
« Non, on a échoué deux fois, on a fait deux congrès, vous le savez peut-être, et deux fois nous avons échoué, avec mon ami Montebourg, avec beaucoup d'autres qui nous entouraient, eh bien on a mené ces combats là et on a échoué. »
Question : Qu'est-ce qui s'est mal passé [au PS pour l'élection présidentielle] ? (à 17'05)
« Je crois que, finalement, un certain nombre de dirigeants n'arrivaient pas à accepter l'idée que ce soit Ségolène Royal qui les représente... Mais en réalité ce n'est pas seulement "Ségolène Royal", c'est "quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes"... (...) Vous savez on lit dans le journal "un tel, fabiusien", "untel, proche de..." C'est même plus des individus, c'est même pas des députés... Ils sont cela : mais c'est "proche d'untel"... Donc c'est complètement cartélisé, et ça finit par donner ce que l'on a vu et c'est tout à fait dommage. »
***
Ne pas manquer la façon dont Vincent Peillon analyse l'"ouverture" sarkozyenne ("Mots Croisés") :
Peillon sur « ouverture-à-la-Sarkozy » (mai 2007)
« On a autour de nous [dans nos métiers] des gens qui sont moins structurés que les autres, qui traversent des périodes difficiles, qui s'inquiètent de leur avenir. Et nous ne passons pas notre vie à les favoriser, à les mettre en avant, à leur téléphoner pour leur proposer d'aller dans le sens qui est disons celui de leur mauvaise pente. Et le sentiment que j'ai eu (parce que d'autres ont été appelés par Nicolas Sarkozy, ils me l'ont dit), c'est que Nicolas Sarkozy a passé 10 jours à appeler toutes les personnes susceptibles de trahir leur camp, en se disant "un gouvernement de traitres" - et "on ne négocie pas sur le fond" je viens de le dire - "ça ferait quand même un bon gouvernement d'ouverture pour les législatives". Je trouve que cela dénote un trait psychologique chez Nicolas Sarkozy que personnellement je n'apprécie pas. »
Peillon Finkielkraut Immigration Identité (mai 2007)
Vincent Peillon : "mauvais gagnants" (mai 2007)
***
L'actualité que commente ici Vincent Peillon est passée depuis plus d'un an : on peut apprécier rétrospectivement sa parfaite lucidité.
Vincent Peillon sur LCI (19 janvier 2007)
***
Vincent Peillon dans Mots Croisés (décembre 2006)
Vincent Peillon cernait de façon admirable le personnage Sarkozy alors Ministre de l'Intérieur (à 10'15) :
« Depuis 2002, il est le n°2 du gouvernement de la France, et le président en cours de législature du plus grand parti. Donc il dirige la France. Il a été Ministre des Finances, Ministre de l'Intérieur [déjà] une fois, etc. Et on fait comme si il n'avait exercé aucune responsabilité, et lui-même fait comme si d'ailleurs il allait bientôt peut-être commencer à exercer des responsabilités. ça c'est la première chose qui me sidère, par rapport à la conception de la responsabilité politique (on est quand même une grande démocratie), ou de sa modernité ! Il y a quelque chose de stupéfiant. »
« La deuxième chose qui est étonnante : (...) Sarkozy il est intéressant parce qu'il veut de l'action. Et on se dit "ça c'est formidable ! Ce pays est léthargique, endormi, on veut agir". Mais comme il est n°2 du gouvernement, il agit depuis 2002 ! Il agit sur des sujets majeurs ! Qu'il a d'ailleurs lui-même mis en avant. L'immigration, la sécurité, quand il était Ministre des Finances les prix ! Il a fait aussi la Corse... Et regardez bien. Chaque fois qu'il agit : il échoue ! Il fait des leçons à tout le monde, mais sur tous les sujets de son action : c'est l'échec. (...) »
« J'aimerais qu'on revienne (en tous cas si on veut une belle élection démocratique pour les français) aux vrais sujets : quelles sont les responsabilités de ce monsieur ? Qu'est-ce qu'il nous a annoncé (les promesses qu'il a faites) ? Partout où il passe en France - vous avez vu en Seine Saint-Denis, il allait mettre des policiers partout ! On découvre qu'il n'y en avait pas. Je me souviens à Pau, avant qu'André Labarrère meure. (...) Il me dit : "Jamais ce monsieur ne devra être Président de la République. Il est venu au moment où il y avait des incidents terribles à Pau, avec des jeunes qui sont morts. Il est venu avec toutes les caméras, il a dit « je vais vous faire un nouveau commissariat » : il n'est jamais revenu, et il n'y a rien eu à Pau". »
« Je crois qu'en l'occurrence il y a un vrai problème démocratique. Je l'ai vécu avec TF1, je l'ai vu en 2002. Moi je veux dire les choses telles qu'elles sont. De quoi parlait-on tout à l'heure : "le nouveau Nicolas". "Nicolas", il est Ministre de l'Intérieur de la France depuis 2002, sur une priorité à la sécurité. Est-ce que c'est une réussite?»
Un rappel à la dignité (à 34'30) :
« Tout est nouveau ce soir, sauf la façon de dresser [les] attaques. (...) Laurent Wauquiez (...) attaque Ségolène Royal sur (...) son voyage en Israël et avant au Liban, en disant "elle a laissé un député du Hezbollah s'exprimer" : l'ambassadeur de France, très proche de votre Président de la République, dit exactement la même chose qu'elle. Faites attention ! Tout n'est pas permis en politique. (...) Si vous voulez incarner une France qui serait digne, et pas en train de faire des polémiques quand effectivement une candidate à la présidentielle est à l'étranger. Je ne sais pas si vous avez regardé la presse israélienne ce matin. Pas un mot sur cette question dans la presse israélienne ! Uniquement dans les cercles de l'UMP qui débattent entre eux ! »
Sur Ségolène Royal, sur la notion de mérite (à 44'00).
Sur les émeutes de décembre 2005 (à 1h03'40) :
« J'ai pensé que Nicolas Sarkozy avait une part de responsabilité considérable par ses propos maladroits dans ces émeutes, et je suis député européen : je pense que dans n'importe quel autre pays d'Europe on aurait demandé la démission d'un Ministre de l'Intérieur qui injuriait** les gens vis à vis desquels il devait exercer une autorité. »
** Vincent Peillon était encore sans doute loin d'imaginer qu'un Président de la République allait insulter un simple quidam au détour d'une allée...
******
Mise à jour 25/04/2008
Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.
Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)
Sur la Déclaration de principes du PS, sur l'origine du socialisme en France :
« (...) En 1905 il faut unifier le mouvement socialiste, et à ce moment là, Jean Jaurès cède à Jules Guesde,
il cède en termes de doctrine, et depuis un siècle nous ne sommes plus
dans un socialisme français, en termes de théorie et de discours, mais
dans un socialisme allemand, comme il le disait lui-même, comme
d'ailleurs Léon Blum le disait dans la Revue Blanche avant. »
« Et celui qui a rédigé cette Déclaration de principes
que vous évoquez, c'est Alain Bergounioux, qui [a] fait un livre
remarquable pour expliquer que si le socialisme français a été
incapable depuis 1905 de se refonder, c'est précisément parce que à
chaque fois, il n'est pas revenu sur cette blessure de mémoire, cette
amnésie qui s'est produite en 1905 et qui fait que Jaurès, Blum, Daniel Mayer, Mendès-France
: ils ont tous échoué. Il fallait revenir à ce moment et oser dire ces
choses (qui sont en train de se dire, qui se disent dans le monde
intellectuel depuis longtemps, et qui enfin arrivent, grâce à Alain et
je l'en remercie, au Bureau national et au Parti Socialiste. (...) Et
donc notre "surmoi marxiste", absolument incroyable, a dominé
totalement le socialisme français (y compris celui de François
Mitterrand dont nous connaissons quand même la trajectoire, et dont
nous avons vu la pratique politique). (...) Nous avons eu un grand
écart [entre les] discours et les actes, qui est la plaie même, non
seulement du socialisme français, mais de la France. »
« Car
la France, elle est, dans le fond (et on a le même problème avec
Sarkozy), habitée par une blessure, qui fait que la plupart (y compris
des libéraux) ne connaissent pas la propre histoire de ce qu'a été le
républicanisme français, l'individualisme républicain et socialiste,
qui était, je le redis, dès le départ "pas étatiste" (...), [mais]
individualiste, (...) profondément réformiste. (...) Elle est ce
qu'elle est cette Déclaration : c'est un acte historique
majeur, c'était d'une extrême difficulté à faire, et il fallait toute
l'intelligence technique, tactique, historique, philosophique de mon
ami Alain Bergounioux pour y arriver, et donc je m'en réjouis. »
« On méprise trop souvent le poids des idées en politique, c'est très important, et ce qui a gêné les socialistes c'est précisément (et je pense depuis des décennies comme je on le disait tout à l'heure) de ne pas avoir clarifié leur discours. Je pense que [cette Déclaration de principes] est un élément fort d'une maturation qui a lieu dans la société, qui a lieu chez les intellectuels (le mur de Berlin s'est écroulé, le libéralisme - en tous cas économique - ne donne pas toute satisfaction), et donc les gens cherchent une issue. Ils revisitent leur tradition (parce que quand Sarkozy parlait d'une crise de l'identité nationale, il a pas compris de quoi il parlait, mais il y en a une, et en particulier cette "pathologie de mémoire" dont je vous parlais). Et donc les gens produisent un travail dans la société actuellement (en droit, en histoire), qui est une relecture de toute cette tradition. Et à un moment, ça arrive toujours en politique. Là ça arrive de cette façon-là, dans cette Déclaration de principes, c'est heureux pour le Parti, je pense que ça peut être entendu, ça ne va pas résoudre d'un coup tous les problèmes. »
Voir aussi l'entretien de Vincent Peillon au journal Le Monde (22/04/2008).
******
Mise à jour 31/05/2008
Tout nouveau blog de Vincent Peillon, avec videos en ligne de ses interventions :
******
Vincent Peillon fustige la "servitude volontaire" des médias
Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"
Vincent Peillon règle la querelle sur le "libéralisme"
Ce billet a également été publié sur Betapolitique.fr
samedi 23 juin 2007
Eloge de Jean-Louis Bianco
Jean-Louis Bianco, Secrétaire général de la Présidence de la République de François Mitterrand de 1982 à 1991, puis deux fois ministre de 1991 à 1993, était à l'époque une silhouette discrète. Il fit un retour éclatant sur le devant de la scène, l'année dernière, comme loyal et sans doute premier soutien de Ségolène Royal pour la campagne présidentielle. Il mit à son service toute son expérience et son énergie, et pour commencer son humanité rayonnante. A chaque étape de la campagne, Jean-Louis Bianco était là, en coulisses ou dans les médias, comme co-directeur de campagne mais aussi comme premier porte-parole de fait. Ce fut toujours un régal de l'écouter. Aujourd'hui encore, il est là, fidèle à lui même et à Ségolène :
Jean-Louis Bianco à la sortie du Conseil National du PS (23 juin 2007)
(voir sur grande fenêtre)
Ségolène Royal a elle-même rendu publiquement hommage à Jean-Louis Bianco :
Réunion publique à Digne-les-Bains (jeudi 31 mai 2007)
(voir sur grande fenêtre)
Jean-Louis Bianco, réélu député dans son "fief" des Alpes-de-Haute-Provence le 17 juin dernier, n'a pas cherché à camoufler une émotion qui l'honore. Il livrait en mars dernier une sorte d'auto-portrait :
Liens videos.
Jean- Louis Bianco, RMC et BFM TV (8 mai 2007)
Jean- Louis Bianco, EUROPE 1 (4 mai 2007)
Jean- Louis Bianco, RMC et BFM TV (24 avril 2007)
Jean- Louis Bianco - réaction 1er tour (22 avril 2007)
Jean- Louis Bianco - débats participatifs (février 2007)
Jean-Louis Bianco - i>Tele (29 janvier 2007)
******
Mise à jour 07/07/2007
Bianco (PS) invité de Barbier (LCI - 04/07/2007)
On notera le débit hystérisé de l'interviewer (un certain Barbier), qui semble vouloir imiter - en le caricaturant - Christophe Dechavanne (il est étonnant qu'aucun contrôle anti-dopage ne soit prévu pour les présentateurs télé). Face à cet olibrius on admirera comme Bianco reste calme et d'un débit égal, déclinant tranquillement, avec une exceptionnelle lucidité, ses analyses sur la situation politique en France.
Presse - Interview Bianco : "Ségolène Royal est tout sauf seule" (06/07/2007)
***
Presse - Interview Bianco : « Le blues ne durera pas » (03/12/2007)
lundi 28 mai 2007
Le bouffi consternant
« (...) des personnes insupportables comme le sont tous les
ministres disgraciés et toutes les majestés déchues. Incommodes par
leurs prétentions fanées, ces flatteurs du passé savent tout, médisent
de tout (...) »
(Balzac, "L'interdiction")
L'ex-ministre de l'Education Nationale Claude Allègre vient de déclarer dans une interview à Libération, entre autres propos consternants :
« Ségolène Royal risque de prendre le leadership de la gauche. (...) La seule personnalité qui puisse lui résister aujourd'hui, c'est Bertrand Delanoë. »
Delanoë pour rénover le PS. Pourquoi pas Jack Lang ? Mais l'interview de Allègre a sans doute pour objectif premier de faire
oublier son image de traître sortant par la porte arrière du QG de
Sarkozy. Assez raisonnablement bouffi d'importance et de suffisance
(dans un monde parfait ses propos devraient se trouver disqualifiés d'entrée), Allègre aurait "refusé" un poste de ministre offert par
Sarkozy...
Allègre, membre du Parti socialiste, avait par ailleurs déclaré le 13 mars 2007 sur RTL (soit 5 semaines avant le premier tout de la présidentielle) :
« Non, je ne voterai pas Ségolène Royal »
On peut aussi rappeler qu'au lendemain du face à face télévisé Royal-Sarkozy, trois jours avant le vote du second tour, Allègre, dans une démarche dont la félonie n'avait pas grand chose à envier à celle du désormais célèbre Eric Besson, a tout fait pour discréditer Ségolène Royal suite aux propos de celle-ci sur les handicapés (lien).
- « La haine d’Allègre à l’égard de Ségolène Royal est tellement primitive que les médias devraient arrêter de lui passer la parole sur ce sujet. En attaquant Royal de la sorte, il ne se comporte pas comme un scientifique, mais comme un petit minable incapable d’accepter que son ancienne ministre-déléguée l’ait dépassé en matière politique de façon fulgurante. » (Bronstein)
Allègre à la soupe sarkozyenne
***
Sur le même sujet :
L'allergique à Royal ("Libération")
Grosse ambiance au PS (Olivier Bonnet)
Nicolas Sarkozy ? "Il est formidable..." (Guy Birenbaum - "LePost")
vendredi 16 mars 2007
Une merveille humaine
Ségolène Royal avait été admirable le 19 février dans l'émission "J'ai une question à vous poser" sur TF1. Hier soir, chez Chabot sur France2 ("A vous de juger"), elle a encore franchi une marche. Ségolène progresse sans cesse, elle sera sans doute au top à la veille du premier tour : elle peut d'ores et déjà accéder au qualificatif de merveille humaine.
En passant, il est difficilement compréhensible que le public n'ait lancé aucun quolibet vers Arlette Chabot, qui s'évertuait à couper la parole à Ségolène Royal (j'allais dire "à couper son adversaire"), à finir ses phrases comme si elle Arlette se trouvait devant une décérébrée qu'il se serait agi de confondre. Face à cette hyène, qui au lendemain du second tour présentera sans doute fort honorablement la météo sur une chaîne du câble, face à cet être déplaisant et je ne sais pourquoi peinturluré pour l'occasion en orange, Ségolène est restée d'un stoïcisme que l'on pourrait citer en exemple, elle est aussi et surtout restée en adéquation avec elle-même et avec l'élan qui la porte : je ne me pardonne pas de ne pas avoir enregistré l'émission, qui pourra encore longtemps être projetée, aux enfants comme aux générations précédentes, à titre d'édification.
Ségolène a démontré hier, et sur une multitude de sujets, l'authenticité de sa démarche et de sa vision, en même temps que son pragmatisme et sa clarté d'esprit quand aux détails et à la méthode qu'elle entend mettre en place une fois arrivée au pouvoir. Sa détermination et sa volonté n'ont rien à envier à celles d'autres candidats : et ceci sans que l'on sente quoi que ce soit de malsain ou négatif derrière. Car l'énergie qui la porte est celle des Apôtres (on est là à l'opposé de l'énergie agressive et revancharde de certains). Ségolène est orientée de si admirable façon qu'il suffit de lui laisser la parole (c'est finalement si rare), pour qu'elle convainque et rallie à sa cause et à son projet tous les êtres de bonne foi.
Arlette Chabot a sorti hier, en forme de botte secrète, les propos fielleux de Eric Besson tout juste rapportés par la Pravda Le Figaro : Besson ne votera pas Ségolène Royal et "craindrait pour ses enfants si Ségolène était élue présidente". Personnellement, à choisir entre Ségolène comme maman ou Besson comme papa, il ne pourrait y avoir d'alternative : celui qui, après avoir écrit un texte anti-sarko pour le PS, s'est empressé d'envoyer une lettre de plates excuses à Sarkozy ; celui qui, manifestement en mal de reconnaissance et après sa démission du PS, s'est trouvé froissé par une phrase de Ségolène ("qui connaît Eric Besson?") ; celui qui, amoureux en secret peut-être, attendait d'elle un geste, un signe, un regard : cet être (j'allais dire ce petit garçon) dont la face dévoile assez bien la détresse intérieure (il s'agit manifestement d'un ambitieux ou d'un amoureux déçu, un être digne de pitié donc), cet être ne peut atteindre qu'au qualificatif de ridicule : tout comme sa dernière démarche, si sournoise, si pleine de traîtrise par rapport à ses engagements passés. Cette conduite lamentable, si emplie de petitesse, contraste si fort avec le rayonnement toujours plus manifeste de Ségolène Royal, que cette basse péripétie de campagne se retournera sans doute contre son auteur et celui qui serait censé en tirer profit. Car Sarkozy et Besson puisent à la même eau : ce sont êtres petits et revanchards. Et ceci les gens le sentent (Ségolène a entièrement raison de parler d'"intelligence collective des français").
On notera que dans les journaux télévisés d'hier soir, après l'émission, seuls étaient rapportés les propos de Besson, et la phrase improvisée de Ségolène en réponse. Rien sur sa plus qu'admirable prestation de plus de deux heures ! Mais les médias vendus ne peuvent rien contre le fait que les français ont vu et entendu Ségolène, en attendant la prochaine occasion : la télévision se révèle là un outil indispensable pour véritablement sentir celui ou celle qui aspire à leurs suffrages. Ségolène a conquis son auditoire, et pas seulement par sa beauté toujours plus rayonnante : sa pugnacité, son honnêteté manifeste ; son ouverture à l'autre et à l'écoute ; la force et l'étendue de sa vision et de son projet : tout ceci éclatait hier soir, de façon presque renversante.









