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Désinformation, intox : questions sur l'indépendance des medias

lundi 7 décembre 2009

Le "discours de la méthode" de Vincent Peillon pour 2012

   
    

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Importante prestation de Vincent Peillon, durant presque une heure, hier au "Grand Jury" RTL-Le Figaro-LCI.

Pratiquement pas de relai dans les médias : l'anecdotique affaire Royal-Bayrou accapare depuis hier tous les titres. Seul Le Figaro, co-organisateur de l'émission, rend un peu compte de la teneur du discours de Peillon.

L'émission peut s'écouter ICI (cliquer sur "écoutez l'émission dans son intégralité"). Le fichier audio de l'émission est téléchargeable LA.

Principaux extraits :

   

Le Rassemblement, une perspective pour 2012

Ce qui m'intéresse, c'est que des gens qui partagent un certain nombre de valeurs, et un grand amour pour leur pays, qui sont inquiets de l'évolution de ce pays (...), puissent travailler ensemble. C'est pour cela qu'avec mes amis, depuis plusieurs mois, nous avons fait ce qui s'appelle le Rassemblement.

Ce Rassemblement, c'est la volonté de rassembler des gens, qui sont des communistes, qui sont des écologistes, qui sont des radicaux, qui sont des citoyens. Pas n'importe qui : Robert Hue, Christiane Taubira, anciens candidats à la présidentielle ; beaucoup de vice-présidents [du] MoDem étaient là ; des socialistes éminents.

[Ceci] en se disant : si nous voulons jouer franc-jeu avec les français, si nous voulons proposer quelque chose de différent demain, il faut que l'on travaille sur le fond, dans la durée, dans le respect des uns et des autres, en montrant à la fois là où l'on peut converger, et diverger. Cela suppose beaucoup de précaution(s) ; cela suppose souvent de se mettre personnellement un peu en arrière, pour que nous soyions tous à égalité de droits et de devoirs ; et cela suppose une certaine persévérance (...) (nous avons quand même de beaux exemples dans le passé, François Mitterrand, Lionel Jospin). Il faut se donner du temps, ne pas faire les choses au dernier moment, respecter la méthode. (...) Il faut faire les choses avec patience et sérieux.

Il faut construire les solutions. Pour construire des solutions il faut travailler, il faut se parler, il faut se respecter, c'est ce que nous faisons dans le Rassemblement.

Ce qui m'intéresse, c'est que les communistes, les Verts, les radicaux, les citoyens, les démocrates (ceux du MoDem aujourd'hui), comme les socialistes, puissent venir dans ce Rassemblement sans renoncer à ce qu'ils sont. Cela manque dans la vie politique française - trop de mensonges, trop d'irrespect.

Nous allons faire le 23 janvier la question de la justice, des médias, de la nouvelle République. Nous traiterons la questions de la réforme fiscale (je pense qu'il faut à ce pays une très grande réforme fiscale).

Ce qu'il m'importe, c'est que l'on dessine un projet pour la France.

[Nous avons] vu [quelqu'un] être élu sur un certain nombre de paroles : la revalorisation du travail (et immédiatement c'est d'abord les héritages que l'on a favorisé) ; l'emploi (nous avons augmenté de 25% nos taux de chômage cette année) ; la sécurité (4% de plus d'atteintes aux personnes dans l'année). Je pense que la France doit résoudre ces problèmes, que tous ceux qui sont de bonne volonté doivent s'unir pour le faire, et que aucuns de ceux-là, du moment où on le fait dans la clarté et sur le fond, ne doivent renoncer à ce qu'ils sont.

On a un déficit à 140 milliards, une Sécurité sociale à 35 milliards : ces problèmes sont devant nous, il faut construire des réponses. C'est notre travail. Les réformes que nous auront à faire seront extrêmement difficiles. (...) Les problèmes de la France sont des problèmes très complexes.C'est aussi pour cela qu'il faut une majorité large, c'est aussi pour cela qu'il faut un contrat de gouvernement dans la clarté, c'est aussi pour cela qu'il faut penser que l'on a pas toujours raison tout seul.

Nous avons besoin de remettre dans la vie politique, le sens du long terme et de l'intérêt général.

   
   

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Une nouvelle formule à trouver

Il y a des changements politiques profonds dans la vie politique française, et c'est notre responsabilité politique d'en tenir compte.

Il y a un changement majeur. [Lorsque] j'ai commencé [ma] vie politique, c'était l'Union de la gauche, avec un Parti communiste à 25%. C'est fini. Et l'hégémonie y compris intellectuelle du Parti communiste sur la gauche française, c'est fini.

Il y a un 2ème changement. Il y a l'émergence d'une préoccupation, la préoccupation écologique, et d'un vote Vert, dont il faut tenir compte.

Troisièmement. La démocratie chrétienne, le centre français (Mme de Sarnez était et a travaillé avec Giscard d'Estaing ; François Bayrou a été un ministre de droite) : parce que Nicolas Sarkozy a durci les positions de la droite républicaine française, ce centre et un certain nombre de démocrates chrétiens ont quitté la droite. C'est quelque chose d'absolument fondamental dans l'évolution du paysage politique.

Nous sommes ceux qui veulent tenir compte de ce qui se passe, et trouver la nouvelle formule. La formule de demain, ce ne sera pas l'Union de la gauche, nous ne sommes pas avec Robert Fabre et un PC à 25%, c'est fini (...). Ce ne sera pas la "Gauche plurielle", Lionel Jospin lui-même en a acté le décès en 2002. Nous avons à inventer l'alliance et la stratégie politique, qui permettra - parce que c'est notre but - de servir notre pays.

Il faut travailler. Je ne pense pas que tout est réglé. Je ne pense pas que les accords d'appareils y suffiront. Je pense que nous devons travailler sur le fond, voir les convergeances, voir les divergeances, et essayer de construire ensemble ce projet.

La grande opposition, et ce qui fait beaucoup de mal à la France, c'est dans le fond : "ma personne avant tout", ou alors "un projet et un rassemblement". Je veux d'abord faire les idées (et ensuite le rassemblement).

   
   

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Quel candidat(e) pour la gauche en 2012 ?

Nous ne savons pas qui pourra battre Nicolas Sarkozy, 2 ans 1/2 avant. Si Dominique [Strauss-Kahn] le peut, si Dominique le veut, si les militants le choisissent, si la gauche le porte, je serai à ses côtés, comme j'ai été aux côtés de Lionel Jospin, de Ségolène Royal : du candidat de la gauche.

Les questions de personnes prennent le pas sur tout, je pense que c'est une mauvaise chose, que ça désespère nos concitoyens, et que d'une certaine façon cela blesse notre pays dans la durée. Donc il faut être cohérent : la tâche à laquelle je me suis attelé, avec tous mes amis, c'est : obstinément, parler des problèmes de la France.


Sur l'environnement, Copenhague

A écouter via le lien audio (à partir de 28'30)

   
   

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De la République

Nicolas Sarkozy est - il va j'espère s'en rappeler cette semaine - président de la République française ; pas de l'identité nationale. Et cela veut dire une chose très précise. Nous français, nous pensons que notre projet national, c'est la République. Et la République, c'est un ensemble de valeurs.

J'ai parlé tout à l'heure de la priorité à l'école : elle est fondamentale. (...) C'est l'école de la République qui a fait la Nation France, l'unité nationale (parce que les Bretons, les Basques etc...). "La France est éternelle" c'est une plaisanterie. Le terme même de Nation date de la Révolution française.

La République, c'est un projet de justice sociale - cela a réuni la droite et la gauche dans le Conseil National de la Résistance : les services publics ; la sécurité sociale. C'est une idée de la laïcité (à laquelle d'ailleurs Nicolas Sarkozy n'a rien compris), qui est une laïcité de tolérance, mais qui est en même temps une laïcité qui doit permettre une séparation très précise de la sphère publique et de la sphère privée.

C'est un ensemble de valeurs qui constitue la France. Ce sont des livres ! Quand je l'ai entendu [Sarkozy] attaquer La princesse de Clèves, je n'ai pas compris. Nicolas Sarkozy dit quand même que pour enseigner La princesse de Clèves, qui me semblait être un élément de la culture française, il faut être soit un imbécile, soit un sadique. Cela a du faire plaisir à beaucoup de gens.

On l'a vu mettre au-dessus de l'instituteur le rabbin, le curé, l'imam. Quelle méconnaissance de ce qui fait notre communauté nationale et nos valeurs partagées.

   
   

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Les promesses républicaines trahies de Nicolas Sarkozy

Le débat [sur l'identité nationale] a pris mauvaise tournure, et je vois pourquoi. Il y a chez Nicolas Sarkozy deux veines.

Il y a une [première] veine, et c'est celle pour laquelle les français ont voté : c'est les discours républicains de Mr Guaino. Il [disait] : "la promesse républicaine n'est plus tenue dans ce pays" (parce notre pays ne vit pas une crise d'identité nationale : il vit une crise précisément de l'esprit républicain - et Mr Sarkozy y participe). ça il l'a bien dit dans la campagne. Il a dit : "il y a trop d'écart entre les valeurs de la République, et la réalité que vous vivez" (dans les banlieues, sur le terrain etc.) ; et "moi je suis l'homme qui veux faire bouger la France, pour faire que ça marche ensemble". J'ai trouvé que c'était un bon discours, et une majorité de français ont pensé que c'était juste, et lui ont donné sa chance.

Et il y avait un deuxième discours, qui était déjà "le mouton égorgé dans la baignoire", le "ministère de l'Immigration et de l'identité nationale", [discours] qui s'adressait électoralement à d'autres.

Le problème, c'est qu'il a échoué sur la promesse républicaine (je parlais tout à l'heure de la sécurité, je parlais de l'école), et que aujourd'hui il revient [à] ce discours inacceptable, qui n'a jamais été pratiqué dans notre pays, où on lie identité nationale et immigration.

Donc je crois qu'il faut qu'il revienne, dans les jours qui viennent, à sa fonction de président de la République française.

   
   

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De faux débats, écrans de fumée pour masquer le principal

Aujourd'hui, la France a augmenté son chômage de 25%. On nous annonce 50.000 personnes qui vont être privées d'emploi en plus ; c'était le cas le mois passé. Tous les instituts de conjoncture nous disent que au moins le premier semestre 2010 va être encore pire. Dans ma circonscription (...) je vois des familles entières dévastées, par centaines. On parle de 50.000 personnes, ce sont des hommes et des femmes de chair. Et on voudrait que le débat français ne porte pas là-dessus, qui est l'essentiel pour notre pays, mais porte sur la burqua - moins de 400 personnes (...) -, ou porte sur 4 minarets en Suisse ! C'est là que je dis il faut s'arrêter. Si nous aimons notre pays, si nous nous respectons nous-mêmes, si nous venons effectivement de cette tradition qui va de Descartes à d'autres : posons les vrais problèmes ; traitons-les avec sérieux.

La France continue - et c'est des autorités administratives indépendantes comme La Hague qui le disent - de ne pas traiter bien tous ses enfants. C'est là l'effort que nous avons à faire (...). Sachez qu'aujourd'hui, dans les quartiers sensibles - sur lesquels Mme Fadela Amara n'a rien fait ; que ce gouvernement a abandonnés ; dont on nous dit qu'il peut y avoir encore des émeutes urbaines bientôt ([dixit] le Maire de Clichy sous Bois, cette semaine) -, sachez que dans ces quartiers, 50% des jeunes sont sous le seuil de pauvreté. Est-ce que c'est la France que nous aimons ? Est-ce que c'est la France que nous voulons ? Cela justifie aussi le rassemblement ; la France doit se remettre en mouvement, retrouver sa grande tradition, être plus généreuse, et plus efficace aussi dans sa [inaudible].

   
   

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La Nation, un organisme vivant

Il en est d'une Nation, comme d'un organisme, ou d'une psychologie. On enseigne à tous nos enfants (les vôtres, nos élèves, ceux qu'on doit élever comme dit la République - pas abaisser, en les amenant toujours à voir ce qui n'est pas beau) ; on leur dit une chose simple : "vous savez, un organisme il est vivant tant qu'il a des échanges avec l'extérieur. Et la mort c'est ne plus avoir d'échanges avec l'extérieur". Mais on leur enseigne aussi qu'il faut assimiler (échanges avec l'extérieur, la nourriture que je vais manger). Mais il faut aussi s'adapter, on leur a enseigné ça. C'est à dire que l'on se transforme - c'est un processus.

C'est d'ailleurs ce que le grand historien Braudel dit de la France : il dit "la France c'est des additions", "la France c'est quelque chose qui est une identité qui se met toujours en question". C'est un processus. Et le jour où le processus s'arrête, la France est morte. Eh bien cela vaut pour notre Nation. Et donc nous avons à inculquer (c'est le rôle de l'école, c'est le rôle de nous tous) des valeurs qui sont nos valeurs communes (y compris dans nos comportements - parce que la tradition française, c'est l'exemplarité : tenir sa parole, se comporter bien). Nous avons à inculquer ces valeurs, et nous avons nous aussi (notre pays, nous-mêmes) à évoluer.

Dans la tradition française, on oppose nationalisme et patriotisme. Ce débat est né à la fin du XIXème siècle, nous sommes des patriotes. Mais les valeurs patriotiques, c'est la France soldat de l'universel, c'est la France qui est capable dans la Révolution française de naturaliser des étrangers en disant : "ici, du moment où nous partageons des valeurs, nous vivons ensemble". Alors il faut accepter ces valeurs, il faut se comporter bien, il y a des règles à respecter, mais c'est notre tradition.

 

Lien vers ce billet :
Le blog de Vincent Peillon

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jeudi 19 novembre 2009

Vincent Peillon tel qu'en lui-même

    
      

Peillon_QAD

   
   

Vincent Peillon inaugure un nouveau concept vidéo : la personnalité politique "invitée à domicile", avec un large temps pour s'exprimer tranquillement et se faire davantage connaître, questionné par ses hôtes.
 
 

Politique à domicile, Vincent Peillon - vidéo

(cliquer sur le lien)

   

Le résultat : captivant. Vincent Peillon s'abstrait de la langue de bois avec une constance qui mériterait d'être davantage soulignée.

A noter que la discussion fut tournée le 7 novembre, soit quelques jours avant l'expédition de Ségolène à Dijon le week-end dernier.

Autre détail notable : "Vincent Peillon ne connaissait pas les questions et n'a pas de droit de regard sur le montage final. Son attaché de presse n'a pas non plus visionné l'émission" (source).

 

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Mise à jour

 

Suite sur :

Le "discours de la méthode" de Vincent Peillon pour 2012

 

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jeudi 12 février 2009

Vincent Peillon fait le point sur le cas Sarkozy

    
   

"Un Sarkozy confus et sans cap" ("Ripostes", 08/02/2009)


   

"Tout cela est très inquiétant" ("BFMTV-RMC", 09/02/2009)

   

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mardi 16 septembre 2008

Vincent Peillon

   

A l'heure où Ségolène Royal semble marquer une relative distance avec sa conquête du poste de premier secrétaire du Parti socialiste, et tandis que les ridicules louvoiements tacticiens de telle ou telle personnalité socialiste achèvent de lasser même jusqu'au spectateur à priori bien disposé, Vincent Peillon pourrait se révéler l'homme de la situation.

   

V. Peillon- 14.09.08 - les alliances pour gagner en 2012

(intervention de Jean-François Kahn à 1'12)

   

V. Peillon-14.09.08 - mais qui est avec qui ?
   


Vincent peillon - Laicité et sarkozysme

(à partir de 3'35)

« C'est un révisionnisme historique incroyable. Que le président de la République ignore l'Histoire de France à ce point là... Les artisans de la laïcité n'étaient pas anti-religieux. Jean Jaurès est catholique. Ferdinand Buisson, qui est l'homme qui a fait la loi de 1905, est un protestant. Simplement il faut que toutes ces croyances puissent vivre ensemble. C'est donc au contraire la volonté de respecter et de faire coexister ensemble ces différentes religions, qui amène à cette séparation de l'Eglise et de l'Etat. Et qu'est-ce que nous dit d'abord Sarkozy ? Il nous dit : la laïcité - d'où son concept de "laïcité positive" - était anti-religieuse. Alors ou il est totalement ignorant de l'Histoire du pays qu'il préside, c'est embêtant, ou il a une intention derrière. (...) »

   
 

V. Peillon-14.09.08 - laïcité - l'humain dans la politique

   

« Je crois que Sarkozy veut remettre la question religieuse de façon conflictuelle au centre de la vie publique, pour qu'on ne parle pas de la vraie question qui est la question sociale. »

 

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Entretien video accordé par Vincent Peillon à Mediapart.

« En pleine université d'été du PS à La Rochelle, Vincent Peillon propose sous la forme d'un livre sa contribution personnelle au débat d'idées à gauche. "La Révolution française n'est pas terminée" est une réflexion originale dont la densité et le sérieux tranchent avec les 21 contributions présentées en vue du congrès de Reims, en novembre. »

Extraits.

   

Vincent Peillon Mediapart 2


Vincent Peillon sur Mediapart 5


Vincent Peillon sur Mediapart 6

   

Vincent Peillon sur Mediapart 8

   

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Longue analyse de Vincent Peillon, sur le Parti socialiste et la gauche (FIAP, 15/09/2008) :


Vincent Peillon - Fiap

   

« (...) il ne faudrait (...) pas six mois à Vincent Peillon, premier secrétaire du Parti socialiste, pour acquérir auprès des français aussi bien notoriété que popularité. Ce qui de facto en ferait rapidement le meilleur des présidentiables (...). (...) cette hypothèse Peillon ne pourra surgir que d'une pression exercée très fortement depuis les militants, qui siffleraient la fin de la récréation des egos. »

(Dedalus)


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Mise à jour 29/09/2008

   

Vincent Peillon : "je n'ai jamais vu un président prendre à ce point les Français pour des imbéciles"

   

peillon


Après le discours de Sarkozy sur la crise financière, intervention de Vincent Peillon sur iTELE, ainsi présentée par Dedalus :

 

« Vincent Peillon a une nouvelle fois fait la preuve de tout son talent, a justifié tous les espoirs que nombre d'entre nous, à gauche, peuvent placer en cet homme d'envergure. (...) il a été à la fois clair et pugnace, et pour tout dire brillant. (...) Une magnifique prestation, un réquisitoire d'une dizaine de minutes que je vous invite à suivre attentivement. »

 

Vincent Peillon sur I>Télé

   

Extraits :

 

« Je suis frappé, je suis un peu inquiet, de l'inconséquence de ce président : je n'ai jamais vu un président prendre à ce point les Français pour des imbéciles. Entre la dramatisation incroyable, qui relève de la démagogie, ce moulin à paroles (...), et en même temps la réalité des politiques suivies depuis un moment, l'écart est trop grand. »

« Vous savez que pendant la campagne présidentielle, une des grandes mesures [de Nicolas] Sarkozy c'était aller chercher du crédit en hypothéquant, vous les pauvres, vos appartements : ça s'appelle les subprimes. »

« Il n'y a pas de ligne économique de ce gouvernement. »

« Dans un monde difficile (...), nous avons un président (...) qui n'a pas de colonne vertébrale. Je trouve que c'est difficile pour le pays, et je trouve que chaque fois il monte d'un cran, dans la démagogie et l'inconséquence. »

   

A suivre impérativement jusqu'au bout, il y a par exemple une juste colère de Peillon face au journaliste qui tente d'amortir ou détourner ses attaques en direction de Sarkozy.

Autres extraits :

 

« La France va mal. Et j'ai écouté [le discours de Sarkozy sur la crise économique] hier : je me disais "nous avons véritablement à la tête de l'Etat un démagogue, un homme inconséquent, dont je ne vois pas la colonne vertébrale". Il change en plus de politique tous les six mois. »

« C'est une politique économique qui va dans le mur, mais là encore il faut avoir un peu de continuité : c'est depuis 2002. Ce n'est pas vrai que Nicolas Sarkozy arrive en 2007. (...) c'est la même politique depuis 2002, qui nous fait d'ailleurs progressivement décrocher par rapport aux autres [pays] européens. On va en payer très lourdement les conséquences. »

« La logique de la responsabilité politique c'est, quand on est aux affaires, d'assumer son bilan. (...) On a un vrai problème depuis 2002, et on a un vrai problème de rationalité à remettre dans la vie politique. Parce que soit c'est de la "com", (...) soit on juge les gens aux actes et aux résultats. Ces résultats sont effrayants. »

« Je vois toujours comment les manipulations s'opèrent. Il ne faudrait pas faire croire que les difficultés économiques de la France sont, en 10 jours, liés à cette crise ! (...) Tous nos mauvais chiffres étaient déjà là, et ce gouvernement nous disait il y a encore quelques semaines (les gens n'ont quand même pas totalement perdu la mémoire j'espère) : "ça va être meilleur, on va avoir un redressement". Et c'est à la fin de l'été qu'ils sont obligés de modifier ce discours. C'est incroyable ! »

« Rien n'a été fait en amont sur le pétrole, rien n'a été fait enfin sur aucun sujet, sur la fiscalité, sur la consommation : donc on est effectivement face à une grande difficulté, et une opération, comme d'habitude, de communication. »

   

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Mise à jour 30/09/2008


Vincent Peillon et les pisse-vinaigre

   

Relevé => ICI

 

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Mise à jour 06/11/2008

   
   

Vincent Peillon - Lyon le 28/10

 

 

Vincent Peillon à La Bellevillose (05/11/2008)

 

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A consulter aussi
:

"Le combat du neuf contre l'ancien" ("Le blog de Vincent Peillon") - video
"Delanoë-Hollande, c'est l'alliance des forces du passé" ("Le Post")
Vincent Peillon, tel un phare
Vincent Peillon règle la querelle sur le "libéralisme"

 

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lundi 2 juin 2008

Vincent Peillon règle la querelle sur le «libéralisme»

   

Dans une interview sur RFI qui fera date (intervention relayée sur son blog), Vincent Peillon éclaire magistralement le débat sur "libéralisme et socialisme", qui agite les médias depuis plusieurs jours.

Il est stupide de copier des articles entiers au lieu de mettre simplement un lien : mais là c'est trop bien.


28166RFI : "Libéral", c'est un gros mot chez les socialistes ?

Vincent Peillon : « Pour répondre à cette question, il faut opérer un détour par l'Histoire des idées. En 1830, la devise du mouvement socialiste, alors en pleine éclosion, était "Plus de libéralisme impuissant". Le libéralisme - entendu comme la doctrine de l'émancipation de la personne, des droits de l'individu, de 1789 - se voyait en effet contesté par ceux-là même qui avaient mené, depuis une trentaine d'années, le combat pour les libertés. Pourquoi une telle évolution ? Parce que ces intellectuels se sont rendus compte que revendiquer uniquement les libertés ne suffisait pas : seuls quelques-uns jouissaient des libertés acquises quand une majorité en était écartée.

Ces militants des libertés ont ainsi jugé nécessaire de compléter la doctrine libérale par la notion d'égalité. Or, le socialisme, ce n'est rien d'autre que cette même idée. Ce n'est rien d'autre que le constat qu'il faille créer les conditions de la liberté pour que chacun puisse être réellement libre. Autrement dit, c'est précisément pour réaliser ces libertés qu'on a construit le socialisme ! Sans l'intervention de la puissance publique, les politiques d'éducation de masse, etc., nous serions dans ce que Maurice Merleau-Ponty appelait la "mystification libérale" : les libertés pour quelques-uns et pas pour les autres. Le socialisme n'est ainsi en rien l'antithèse du libéralisme, mais son dépassement.

Je l'ai souvent dit, il ne faut donc pas laisser les libertés aux libéraux : ce serait une erreur majeure, tant stratégique qu'historique ! Malgré cela, cette doctrine - qui inclut la visée des libertés mais qui n'oublie pas que, pour que les gens soient libres, il faut mettre en œuvre un certain nombre de choses - porte un nom : et ça s'appelle le socialisme ! Il n'y a donc pas de raison de s'appeler aujourd'hui "libéraux" : c'est une question qui a été réglée en 1830...

Je note par ailleurs avec amusement que tout le monde réclame toujours des débats intellectuels, mais que le jour où une telle question fondamentale arrive dans le débat politique, on nous dit que c'est un faux débat, une querelle de mots. Or, j'insiste : c'est un vrai débat ! Car tant que l'on ne répondra pas dans notre société à la demande d'égalité - notre problème majeur depuis 30 ans -, on restera dans la mystification de libertés qui ne valent que pour quelques-uns : est-il nécessaire de rappeler que seule la moitié des enfants partent en vacances, que le système éducatif est en échec (...) ?

Pour une fois, nous avons un débat idéologique intéressant qu'il va falloir trancher. »

(source)

   

***

   
Cette querelle sur "libéralisme et socialisme", ainsi éclairée par Vincent Peillon, trouve résonance avec deux sujets bien actuels :

-  le pouvoir d'achat

-  la redistribution des richesses

   
Deux sujets qui, d'après Serge Halimi dans un tout récent article, sont naturellement liés :

   
« la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie »

   
Un récent rapport de la Commission Européenne sur l'emploi en Europe, d'un intérêt central mais hélas très peu diffusé dans les médias, a mis en effet quelques pendules à l'heure. Ainsi pour la France :

   
« la part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008. (...) la part du gâteau allouée aux salariés est désormais inférieure à ce qu’elle était en 1960. »

« A la grande question du jour, "pourquoi la France manque-t-elle de pouvoir d’achat ?", la Commission nous donne la réponse : les salaires distribués ont baissé. »


Source
:
"En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975" ("Contre-Info")

   
      

part_des_salaires_France

Le poids des salaires dans le PIB en France (source)

 

  • « Cet écart de 12 points de part de PIB en défaveur du salaire représente 190 milliards d'euros par an, des fonds qui manquent aux régimes sociaux et au financement des retraites. » (source)

  • « François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB » (source)

    

Toute cette situation n'est certes pas nouvelle : il y a persistance et surtout aggravation d'un phénomène, à savoir l'inégalité (sans cesse croissante donc) dans la redistribution des richesses.

   
«
IL Y A EU UN ENORME TRANSFERT DES REVENUS DU TRAVAIL VERS LES RENTES ET LES PROFITS. »

(CAF’ECO, février 2004)

 

« Les résultats mirobolants des entreprises du CAC 40 ne sont pas sains, car ils ne procèdent pas d'une logique économique mais d'une exploitation forte des salariés et des entreprises sous-traitantes »

(Michel Lamy, CGC, 2005)

   

Comme le montre le rapport de la Commission Européenne, le phénomène n'est pas circonscrit à la France, mais généralisé.

 

« La part des revenus du travail dans la richesse européenne n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui (...). "Il est souhaitable que cette tendance soit inversée pour préserver la cohésion sociale", a commenté la Commission européenne. »

Source  : Le poids des salaires dans le PIB européen à son plus bas ("LeVif.be")

   

Concernant par exemple la situation en Belgique :

   
« Depuis quatre ans, le profit net d’impôt (résultat net d’exploitation) des entreprises est passé de 17 milliards en 2002 à près de 33 milliards d’euros en 2006. Ces profits sont tout simplement dus au fait que les hausses de coûts salariaux sont faibles, beaucoup plus faibles que les hausses de richesses créées. C’est exactement ce qui est en train de se passer. En Belgique, en une seule année (2005 - 2006), les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 4,6 milliards pour atteindre 33 milliards (+16,2% en un an !) Pendant ce temps, l’augmentation totale de la masse salariale fut de 5,5 milliards d’euros pour atteindre 120,6 milliards d’euros (+4,8%). C’est un partage de revenus totalement inégal où ceux qui travaillent se voient moins bien récompensés que les rentiers.

Conséquence : une perte de pouvoir d’achat pour de nombreux ménages à revenus moyens et faibles. C’est le grand tabou de toutes les discussions politiques sur le pouvoir d’achat. Grand tabou car cette évolution ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que les revenus des salariés et des allocataires sociaux sont ainsi petit à petit transférés à une certaine frange de la population… La part des salaires dans le partage des revenus des entreprises du secteur privé est passée de 70% en 1980 à 65,8% en 2003, et à 62,6% en 2007. Si Belgique produit de plus en plus de richesses, les salariés sont de moins en moins riches ! En bout de course, ce sont les malades, pensionnés et chômeurs qui payent la note la plus salée de cette folle course au profit des actionnaires, principalement des grosses entreprises, qui dégagent le plus de profit. »

Source : Toutes les solutions ne se valent pas … ("cne-gnc.be")

       

Graphique éloquent sur la redistribution du PIB en Belgique (on aurait le même type de courbe en France) :

graphique_belgique

(source)


  • « [Les] défenseurs de l’économie de marché (...) argumentent que l’expansion du capitalisme et l’accumulation des richesses conduisent inexorablement à l’augmentation du niveau de vie de la masse des travailleurs. La fausseté de cet argument [est] une nouvelle fois confirmée (...) dans le discours froid des statistiques. » (source)
   
  • « Est-il admissible que des dirigeants d'entreprise perçoivent en une semaine autant qu'un salarié durant toute sa vie active ? »

  • « Il est indécent, amoral, socialement destructeur et irresponsable de pratiquer de tels écarts de rémunération. Ils sont d'ailleurs inédits dans l'histoire du capitalisme. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord, des voix s'élèvent pour plafonner les rémunérations les plus délirantes. Ce serait un pis aller. Mais, manifestement, l'autodiscipline ne suffit pas - même pour protéger le capitalisme de ses propres excès. »

(Le Monde, 31/05/2008)

   

Serge Halimi concluait ainsi son article :

« Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans [mai 68], la destination proposée a le mérite de la clarté. »

   
Une récente étude enfonce le clou :

« L’accumulation sans précédent des richesses par une petite minorité financière, dans un contexte de baisse des revenus réels pour la grande majorité de la population mondiale, engendre une augmentation du mécontentement et de la colère. »

(source)

 

***

 

A propos de la querelle sur le "libéralisme", Vincent Peillon avait bien raison de s'exclamer (après avoir défini le socialisme comme doctrine volontariste de défense des plus faibles) : « c'est un vrai débat ! »

La tendance, la pression en faveur du Capital, au détriment du salarié, est d'effet mondial. La riposte devra de même se situer à l'échelle internationale, par une stratégie commune élaborée par les représentants élus de(s) différentes nations (on voit là pointer l'idée de protectionnisme - un des fers de lance de Emmanuel Todd). Ces représentants élus devront, bien sûr, être personnellement irréprochables quant à leur indépendance à l'égard des puissances financières. Hélas ! Les Français viennent d'élire à leur tête un candidat fasciné par l'argent, et totalement inféodé à ses amis grands patrons.

Les citoyens français sont dans leur grande majorité inconscients de ces problématiques économiques : loin de les éclairer sur la réalité du monde, les robinets d'eau tiède que constituent les journaux télévisés se sont au contraire chargés, durant la campagne présidentielle, de relayer purement et simplement la propagande électoraliste du candidat Sarkozy (ami des grands patrons) - il est vrai que la gauche n'a pas fort poussé en sens contraire. Les Français se sont depuis décillé les yeux (2/3 d'opinions négatives actuellement contre 1/3 seulement il y a un an), mais ceci principalement sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.

Au plan politique il reste un travail didactique à faire, de l'information à diffuser, sans quoi le candidat de la richesse pour quelques uns pourrait une nouvelle fois se faire élire, moyennant moults rideaux de fumée et intox par médias couchés interposés (couchés, ou plus exactement propriétés de grands groupes financiers ; on aperçoit ici l'intérêt pour les Bouygues Lagardère Bolloré Dassault etc. de posséder des médias - journaux télés radios - pourtant peu rentables économiquement en eux-mêmes : peser sur l'opinion, endormir le citoyen ; et, in fine, porter à la tête de l'Etat le candidat favorable à leur intérêt - qui est évidemment, en résumé : la perpétuation voire l'accroissement de l'inégalité dans la répartition du PIB (toujours davantage pour l'actionnaire et la rente, toujours moins pour le salarié)).

 

***

Lire le dossier suivant :

 

Un cours d'économie sur France Inter

 

***

 

petit Post Scriptum (PS)

   
On voit que cette façon de se proclamer "libéral", de la part de Bertrand Delanoë, n'avait par grand sens, autre que celui d'un grossier effet d'annonce : il oubliait tout simplement de mentionner ce qui a si bien été mis en lumière et explicité par Vincent Peillon (le socialisme comme contrepoids aux excès de la simple doctrine de la liberté : en somme une défense des plus faibles).

D'ailleurs Ségolène Royal, sans doute inspirée par Vincent Peillon lui-même, avait ainsi répliqué :

« J'ai envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme, et tout ceci n'a rien de libéral »

   
On a trop glosé sur la déshérence, sur la "défaite idéologique" de la gauche et plus précisément du PS. Mais il suffit d'ouvrir les yeux : un boulevard s'étend devant ceux qui voudront bien aller au centre ou plus exactement au fond du problème (celui de l'inégalité sans cesse croissante dans la redistribution des richesses). Et ceci en faisant preuve de pédagogie (à l'exemple de François Ruffin sur France Inter). Inutile de préciser que nul autre que Vincent Peillon ne serait plus à même d'accomplir telle mission.

    

  • « Le déficit de l'idéologie libérale, c'est qu'elle ne prend en aucun cas l'aspect social en considération. (...) Le socialisme, c'est le libéralisme politique, plus l'égalité. » ("Chris79", ICI)

 

« Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. "En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux." Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer. »

(Pierre Larrouturou)

   

******

   

Mise à jour 03/06/2008


Todd15Entretien pour Marianne2 d'Emmanuel Todd, cinglant comme à son habitude :


E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï

   
Extraits :

   
« Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. »

« il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche. »

« il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devrait la conduire à gauche. »

« les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. »


« Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë. Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. »

   

******

    

A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost")
Vincent Peillon, tel un phare
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vendredi 25 avril 2008

Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance"

Très sévère réquisitoire de Vincent Peillon après la prestation présidentielle, qu'il qualifie de simple opération de "communication"



peillon



Vincent Peillon était ce matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV, en compagnie de Laurent Wauquiez.

    
« On se tape 2 heures de Nicolas Sarkozy, il n'y a pas une mesure, (...) il y a le RSA financé par la prime pour l'emploi, il faut quand même se rendre compte, c'est à dire : "je vais donner un peu d'argent à ceux qui sont dans le RMI, en le prenant à ceux qui ont les plus bas salaires". Voila la mesure annoncée par un Président pendant deux heures. Le reste c'est "moi je, ma politique etc." Ce que nous venez de dire [Laurent Wauquiez], qui est intéressant d'ailleurs, c'est quelque chose qui était déjà dans la campagne. C'est à dire que le Président a redit hier, et M. Wauquiez vient de le confirmer, ce qu'il nous avait déjà dit il y a 6 mois, c'est à dire "JE demanderai à ce qu'il y ait une négociation" (une négociation vous l'avez bien noté, et pas une augmentation des salaires). Donc au bout d'un moment, ce travail de communication, moi ça me semble être le fond de l'affaire. (...) »

« Est-ce que c'est de la communication, de la pédagogie ("nous sommes des imbéciles", il faut de taper des heures de etc.), ou est-ce que nous parlons des réalités politiques ? Alors si nous parlons des réalités politiques, les réalités politiques d'hier soir, je vais vous dire, c'est simple : il n'y en avait aucune. Il y a un abus absolument incroyable de l'utilisation de la première personne du singulier "je, je, je", il y a un exercice (que l'on a déjà connu dans la campagne) "je suis volontaire, je vais travailler plus etc.", et quand on se dit "quand même dans le fond, on est une grande démocratie, on pourrait se préoccuper étudier les dossiers, apporter des réponses" : il n'y a rien, il y a une mesure, celle que je vous ai indiquée. » 

« [à Laurent Wauquiez] Dites aux français que vous n'avez pas de mesures, et que vous faites des discours, et donc vous avez besoin d'occuper beaucoup le temps de parole. »

« La question est : "est-ce que l'on réforme ce pays, et est-ce que l'on essaye d'avoir des résultats, ou est-ce que l'on fait une déconnexion totale entre la politique et les réalités ?" (...) Je trouve que l'on est dans une fantastique comédie. [Sur l'emploi des seniors] il n'y a rien du tout, sur aucun sujet d'ailleurs. »

« Il y a un problème de gouvernance en réalité, il n'y a pas un problème de communication, il [Nicolas Sarkozy] ne fait que communiquer en permanence. Il y a un problème pour le pays de gouvernance. »

« [Sur le RSA] ce que j'ai entendu hier, c'est gravissime. Et j'ai été étonné que les réactions ne soient pas plus vives. Dire "je vais financer le retour au travail des gens qui sont dans l'assistance, en diminuant les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires", alors là pour le coup on marche sur la tête ! Et d'une idée généreuse, on fait, à la fois, un danger social (dresser ceux qui sont sans emploi contre ceux qui sont dans les bas salaires - et on a ça en France depuis des années, "les RMIstes les feignants etc."), et deuxièmement, un échec économique, parce tout le discours (et c'est là que c'est quand même stupéfiant !) : "augmenter les salaires ? Eh ben on va baisser les revenus des salariés les plus pauvres" ! Voila la décision annoncée par le Président de la République hier ! La seule de toute son émission. Donc quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les décisions qu'on prend, il y a un problème. Et je pense que c'est un problème lourd (...). Je ne pense pas que la droite ce sont des gens dangereux, je pense (...) que l'on partage un consensus républicain (...). Là, j'ai une inquiétude pour le pays, je vous le dis. Et quand je vois ce numéro invraisemblable (et que je vois le traitement qu'on en fait) de "je vais", "y'a qu'à", "faut qu'on", "je suis un type très volontaire" : et une mesure, qui est profondément dangereuse, même idéologiquement - je vais dire aux gens qui sont à 1,2 x le SMIC "pour que le type qui est au RMI retrouve un travail, c'est toi qui va payer" ! Vous imaginez ce que ça fait dans la réalité de la vie des gens ? »

   
Extrait audio de l'émission ICI.


***


A lire aussi :

Le ton grave de Ségolène Royal

Vincent Peillon fustige une "servitude volontaire" des médias

Vincent Peillon, tel un phare

Le blog de Vincent Peillon

  Vincent Peillon   

   


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jeudi 24 avril 2008

Vincent Peillon fustige une "servitude volontaire" des médias

Au lendemain de l'intervention télévisée du Président, les commentateurs de l'opposition invités dans les médias vont se voir accoler, à l'inverse de ce qui était prévu, des porte-paroles sarkozystes

   

peillon


Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.

Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)

   

Sur la prestation télévisée du Président de la République :

« Comment on entre dans cette présidence française de l'Europe ? Quel est le réel rapport de la France à la Chine ? Qu'est-ce qu'on pense de la réforme des lycées ? Le Président de la République doit quand même nous dire quel est le sens de son action, parce que aujourd'hui il n'y en a plus. C'est quand même son devoir de nous indiquer, et d'indiquer aux français, ce qu'il compte faire, ce qu'il fait au quotidien, et quelle est sa vision de la France, de son avenir - à un moment quand même où les choses sont pour notre pays très difficiles. Donc espérons que l'on va sortir de ce qu'il a contribué à faire d'ailleurs : l'abaissement du débat public, la peopolisation - on ne parle de rien, on dit n'importe quoi, on se fait interviewer (car il a déjà fait une interview sur le pouvoir d'achat à Noël avec des gens en face, qui étaient des grands journalistes, mais qui visiblement n'étaient absolument pas informés ni des chiffres ni des réalités, et ne relançaient jamais le débat - je crois que la profession entière en a été consternée) : donc est-ce qu'on va avoir quand même, sur les questions de fond, du Président de la République française (donc "que fait la France ?"), un certain nombre d'éléments de réponse.  »

   
Sur l'équité du débat démocratique, sur une "servitude volontaire" des médias :

« Moi je suis très soucieux aujourd'hui d'une forme de servitude volontaire. (...) Il parle ce soir deux heures (...). C'est donc le Président de la République. "Président de tous les français" c'est une vraie question : il dirige les bureaux de l'UMP, on le voit intervenir dans toutes les... C'est aussi un peu nouveau cette pratique. Mais demain, dans toute la journée de commentaires, dans les émissions où nous étions prévus, l'opposition (47%-53%, c'est encore un pays démocratique) : eh bien on nous a collé des porte-paroles de Nicolas Sarkozy. Ce qui veut dire que [deux] heures d'antenne ce soir, et demain on partage, on recommence à partager entre l'opposition et la majorité. On me dit, puisque j'ai eu l'occasion d'injurier quelques chefs de rédaction aujourd'hui pour leur dire "c'est curieux c'est tombé dans la journée", alors je les cite en vrac, et d'ailleurs je vais pas les citer c'est tous, c'est tout le monde. C'est à dire que demain vous verrez, vous aurez (que ce soit sur Europe 1, que ce soit sur France info), ce sera des débats, où nous aurons, nous l'opposition, Madame Morano, Monsieur etc. : "envoyez les ministres de Sarkozy". Je trouve que, si vraiment ce n'est pas l'Elysée qui a passé des coups de fil, il y a aujourd'hui dans ce pays un petit problème qui est en train de s'installer sur ce que signifie un espace public, les droits de l'opposition, et la possibilité de converser. (...) Moi j'étais prévu (avant que même lui [Sarkozy] ait changé sa date) [pour] des invitations où vous êtes seul, où on vous colle d'autres gens qui viennent soutenir le Président de la République qui a parlé [deux] heures, et je vais vous dire une chose. Je suis ce que je suis. Mais quand vous devez argumenter deux minutes (vous avez vu déjà la difficulté), et que vous avez Madame Morano en face, c'est quand même fait (parce que Nicolas Sarkozy sait ce qu'il fait) pour qu'il n'y ait pas de débat intellectuel et de débat sur les faits. (...) [Nadine Morano] a quand même expliqué que nous étions le "parti des assassins", dans quel pays on vit ? Elle a été nommée ministre après des propos de cette nature ! Donc il faut commencer à dire les choses, moi j'irai d'ailleurs dans toutes ces émissions demain pour soulever ce problème, en demandant pourquoi aujourd'hui il y a, dans un pays où vous avez 53-47 (plus l'appréciation des français aujourd'hui), 95-5% de droite, je trouve qu'il faut commencer à le dire. »

***


A lire aussi :

Vincent Peillon : "il y a pour le pays un problème de gouvernance" (25/04/2008)

Vincent Peillon, tel un phare (24/04/2008)

Le blog de Vincent Peillon

   Vincent Peillon

 

 

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mardi 22 avril 2008

Vincent Peillon, tel un phare

L'ancien pédagogue renoue avec son métier de jeunesse pour éclairer la difficile situation actuelle de la France


peillon


Durant la campagne présidentielle, deux personnes se distinguèrent tout particulièrement dans l'équipe de Ségolène Royal. De par leur authentique force de conviction, alliée à une abnégation personnelle rare ; de par leur sérieux et leur honnêteté manifestes ; de par leur grande pénétration d'esprit, alliée à une évidente élévation morale ; bref de par leur humanité vertueuse et rayonnante : Jean-Louis Bianco et Vincent Peillon suscitaient à chacune de leurs interventions des réactions enthousiastes et admiratives.

Agrégé et docteur en philosophie, député de la Somme de 1997 à 2002, actuellement député européen, Vincent Peillon s'est exprimé hier dans l'émission le franc-parler (France-Inter / iTELE). Au delà de l'imbroglio de la situation politique actuelle, il analyse et éclaire plus d'un an de vie politique française, dressant au passage un sévère bilan de la première année de gouvernance sarkozyenne.

Extraits.


Vincent Peillon au Franc-parler partie 1


Sur la gouvernance de Nicolas Sarkozy (à 2'43) :

« Derrière la mauvaise gouvernance de Nicolas Sarkozy, les erreurs qui sont les siennes et qui sont évidentes, la situation du pays qui n'est pas bonne, je m'inquiète beaucoup parce que je garde le souvenir d'avril 2002, je regarde ce qu'ont été les 5 ans de gouvernance, déjà, de M. Sarkozy, avec M. Raffarin, avec M. Chirac. Et je me dis que la vraie question - pour nous en tous cas, pour ceux qui sont intéressés par la vraie responsabilité politique (pas celle du commentaire), celle de l'intérêt général et de l'action efficace au service de tous - la vraie question c'est comment on fait dans ce pays demain pour faire les réformes dont nous avons besoin, et remettre je dirais un peu de sagesse, un peu de raison, au cœur de cette vie publique. » 

       
Sur "l'illusion Sarkozy" (à 3'24) :

« Pendant la campagne présidentielle, (...) il me semblait déjà que nous** devions savoir qui était Nicolas Sarkozy. Lorsqu'il faisait campagne (contre d'ailleurs les principes républicains, puisqu'il était en responsabilité [Ministre de l'Intérieur]), au moment où on faisait la loi sur la solidarité et le renouvellement urbain, pour dire "il faudrait 20% de logements sociaux"... Lorsqu'il avait fait, comme Ministre des finances, un parcours absolument calamiteux... Y compris d'ailleurs déjà sur la question du pouvoir d'achat et des prix. Lorsqu'il avait commencé comme Ministre de l'Intérieur par faire une loi contre les prostituées, les jeunes en bas des cages d'escalier, et les mendiants... J'avais mesuré le danger de ce personnage.  »

** Ce "nous" est un chef-d'œuvre de délicatesse et de sous-entendu : il englobe poliment la classe journalistique, sous-entendant que celle-ci n'aurait peut-être pas fait convenablement son travail durant la campagne présidentielle...

   
« Ce qui m'inquiète beaucoup plus - comme au 21 avril 2002, où un homme qui avait bien gouverné, Lionel Jospin, s'est retrouvé derrière le Front National - c'est que j'ai eu l'impression que dans ces mouvements extrêmement rapides de l'opinion (qu'on nous demande d'ailleurs toujours de commenter), eh bien nous ne revenons pas à nos fondamentaux, qui sont réels pour la France (une croissance très faible, une précarité qui s'accroit, des difficultés dans notre système scolaire) et que toutes ces questions ne sont pas abordées avec suffisamment de raison.  »

« Si vous pensez à l'"ouverture", je ne crois pas que ce soient des hommes de gauche. Je crois que ce sont des opportunistes - et nous en avons, puisque nous sommes devenus une gauche qui gouverne, et donc nous attirons à nous un certain nombre de gens qui sont assez peu vertébrés, et plus intéressés par les fonctions qu'ils pourraient exercer que par leurs convictions. »

« Le fond de la réflexion pour nous, après trois présidentielles perdues, c'est comment, en responsabilité devant un pays qui va mal, nous faisons un travail qui permet que la prochaine fois nous gagnions. »

 
Sur la question de l'immigration et de la régularisation des sans-papiers (à 9'35) :

« Nous allons avoir la présidence européenne (je siège à la commission des libertés). Un des grands projets du Président de la République, c'est de faire la leçon à tous les autres européens, et en particulier à ceux qui ont régularisé - les espagnols ou les italiens - pour leur dire "vraiment ce que vous faites est scandaleux et vous nous obligez à accueillir toute la misère du monde". C'est à dire il va faire des moulinets avec ses petits bras sur la scène européenne comme il cherche à le faire ici. C'est détestable et ça nous fait honte, au plan européen. D'ailleurs il ne sera pas entendu du tout, et les questions seront réglées avant qu'il devienne Président de l'Europe. Alors moi je dis c'est cet état d'esprit qu'il faut changer. Et donc qu'on se comprenne bien : je ne suis pas dans une hypocrisie qui consiste à dire "les critères ça va être : un, deux, trois [les quotas]" - et puis surtout quand le type est déjà en train d'enjamber la fenêtre avant de se suicider - (...) (ça me rappelait du Jacques Prévert avec sa "Chasse à l'enfant" en ce moment, on a des cas extrêmement douloureux) : ce n'est pas digne de la France. Ce n'est pas digne d'un pays comme le nôtre. Je pense à des régularisations qui sont importantes, mais qui demeurent sur critères. »
   

Sur l'Education Nationale (à 11'41) :

« Nous n'avons jamais pensé qu'il ne fallait pas réformer en profondeur l'Education Nationale, qui est un système en France qui 1. reproduit les inégalités - de façon massive ; 2. nous donne un certain nombre de jeunes sans qualification à l'issue du système scolaire ; et 3. provoque chez les jeunes de la douleur, de l'angoisse, beaucoup plus que dans les autres pays. Donc il ne faut pas simplement toujours parler de quantité, mais faire une réforme qualitative. (...) Et quelle est la grande difficulté face à laquelle se retrouve Darcos ? Là on le sent bien dans cette affaire, et plus globalement dans la politique de Nicolas Sarkozy. C'est que dans le fond, Darcos dit "je supprime 10.000 ou 11.000 postes" (en réalité le Président lui en demandait 20.000), mais qu'en contrepartie il n'a pas le projet suffisant, pour emmener les uns et les autres vers un projet scolaire. On a construit la République autour de l'école, c'est comme ça ; ici en France, on n'a pas de religion civile. Donc on a l'école de la République : il faut y faire très attention. »

« L'école ce n'est pas simplement des stylos, ce n'est pas simplement un budget : c'est un "esprit public", comme disait Condorcet. Et lorsqu'on veut la réformer en profondeur (...) il faut tenir un discours des valeurs, un discours du projet. Et c'est là que vous le voyez : on a l'impression qu'ils font une réforme purement comptable. La question n'était pas réellement les postes. La question c'est : "pour quoi faire ?" »


Sur les socialistes (à 13'58) :

« Je trouve - je vous dis mon sentiment - que le gouvernement Jospin (il faudrait être très précis après) a bien gouverné globalement, de 1997 à 2002. (...) Il y avait un autre état d'esprit, sur la justice, sur un certain nombre de sujets. A partir de 2002 on [les socialistes] est tombés, après ce drame terrible, dans cette espèce de... Les socialistes de 2002 et de 2007 (j'ai démissionné en 2002 en désaccord avec François Hollande sur la conduite qui était la sienne du parti - j'étais le porte-parole à l'époque) n'ont pas fait le travail qu'ils devaient faire. »

« Si j'ai soutenu Ségolène Royal, c'est parce que je pense (et je continue de le penser) que dans la campagne de 2007, elle est celle qui a commencé à dire les choses, et à poser l'exigence d'une refondation politique qui sera d'abord une refondation intellectuelle. Car je suis toujours très amusé de voir tout le monde prendre des airs très supérieurs par rapport à Ségolène Royal (...). Mais dans le fond, moi qui ai été chargé des études pendant des années, qui ai dirigé les groupes d'experts de Rocard, qui a été la "plume" de tous les derniers candidats : la seule qui a avancé quelques idées nouvelles dans le débat public depuis quelques années, c'est elle. Et je pense que nous allons devoir poursuivre dans cette voie, j'espère tous ensemble - je trouve d'ailleurs (...) la "déclaration de principe" un bon point - et j'espère qu'on ne gâchera pas 2007-2012 comme on a gâché 2002-2007. »


Vincent Peillon au Franc-Parler partie 2


Question
: c'est quoi une politique fiscale de gauche ?
(à 0'40)

« C'est extrêmement simple. (...) Derrière tous nos discours (justice sociale, égalité), nous sommes un des pays les moins redistributifs des pays de l'OCDE (à qui on fait la leçon en leur disant "vous êtes des libéraux"). "Redistributifs" : ça veut dire que chez nous les riches gardent leur argent pour eux (puisqu'on a une fiscalité indirecte - TVA etc. - énorme), et que vers ceux qui sont défavorisés, nous donnons assez peu d'argent. Eh bien il faut refaire - ce qui était le projet (dans le fond ce n'est pas révolutionnaire) des radicaux, Joseph Caillaux... - un grand impôt progressif. Je le propose depuis des années, cela avait d'ailleurs été adopté (avec certaines réserves de DSK, malheureusement) dans le programme présidentiel [de 2007]. Refondre ensemble l'impôt sur le revenu (qui rapporte très peu de chose aujourd'hui), la CSG (qui n'est pas progressive), et on pourrait même rajouter la fiscalité locale, pour avoir un grand impôt progressif et clair, en supprimant les niches fiscales. Cela ferait une fiscalité plus moderne, et une fiscalité progressive. (...) »

(Vincent Peillon illustre ensuite son propos avec plusieurs exemples précis d'injustices flagrantes, de par l'actuelle organisation fiscale)

   
« Et on a pas réformé cela depuis des années. (...) On a un système qui marche sur la tête et on a quoi ? - c'est là que naissent les Sarkozy, le poujadisme, notre vieux penchant pour le boulangisme, le bonapartisme etc. C'est que les gens disent "la République nous ment !" C'est ça la colère des gens. "Vous nous dites égalité, vous nous dites fraternité, mais ce que l'on constate c'est pas ça". Et on se dit "bon, c'est des grognards...", mais la réalité, c'est qu'effectivement il y a beaucoup de problèmes comme ceux que je viens de citer. Il faut les résoudre, et je pense (cela va être un grand débat avec les socialistes, j'en ai encore parlé avec Ségolène Royal mercredi) : nous ne pourrons pas nous en sortir sans une grande réforme fiscale. Ce que l'on a jamais voulu faire. (...) Il faudra, dans le fond à budget constant, financer d'autres dépenses : la façon de faire ce sera de jouer bien entendu sur la fiscalité.

    
La responsabilité du Président de la République
(à 9'14) :

« Le sujet sérieux (...), c'est que Nicolas Sarkozy n'a pas pris la mesure de la responsabilité qui était la sienne par rapport à la politique de la France. Nous avons un échec extrêmement dur (que nous payons, comme souvent, au carré) de ses premières décisions économiques. Et d'ailleurs, quand on regarde sa politique, on ne sait pas très bien quelle est sa politique économique et sociale aujourd'hui. Et dans ce contexte, extrêmement difficile (contexte européen, contexte multilatéral), les décisions du "paquet fiscal" (mais globalement toute cette politique économique de ce moment-là) sont extrêmement mauvaises. Le peu de marge de manœuvre qu'on avait, on ne l'a plus. Et cela participe de cette inquiétude des français. (...) Vous savez 15 milliards d'euros c'est une somme absolument considérable quand vous regardez nos marges. »

   
La responsabilité de la droite depuis 2002 (à 10'20) :

« L'affaire se joue avant (...). C'est vrai que jusqu'en 2001, Lionel Jospin a bénéficié d'un contexte international qui était bon. Mais en même temps, nous faisions la course en tête des autres pays européens (car il faut toujours se comparer par rapport aux autres, pas dans l'absolu). Et depuis 2002 (les erreurs de politique économique ne datent pas que de 2007), depuis 2002 nous n'avons pas préparé la France (par les investissements dans la recherche, par les investissements dans l'innovation, par la réforme de la fiscalité) nous n'avons pas préparé la France aux chocs. Et alors lorsque Sarkozy arrive - tributaire sans doute de ses promesses de campagne inconsidérées - le peu qui restait encore il le dilapide d'un coup. (...) C'est ce qui justifie je pense l'opinion profonde des français. Parce que la grande affaire, elle est jamais tellement "où j'en suis" : c'est "où j'en serai demain ?". C'est l'affaire du "descenseur social". (...)  Or la promesse de la campagne était : "on va peut-être se retrousser les manches, ça va être dur les petits gars, mais on va y arriver on va faire quelque chose". On ne fait rien. On ne fait rien, et les perspectives pour les gens sont d'autant plus inquiétantes. »

   
La réforme (à 14'55) :

« Ce pays a besoin de réformes. Le problème (et d'ailleurs les théories de la justice le disent), c'est que les réformes elles doivent être acceptées par les gens. Pour qu'elles soient acceptées par les gens il faut que les gens considèrent que les efforts qu'ils ont à fournir sont légitimes, et donc, justes. »

 


Vincent Peillon au Franc-parler partie 3


La réforme - suite
(à 01'58) :

« Je crois que la réforme est nécessaire, elle doit être courageuse, y compris sur la question des fonctionnaires, mais surtout elle doit être juste, on doit pouvoir l'expliquer, et montrer où on va ! Parce que excusez-moi, si vous êtes capable de me dire où va Sarkozy ! »

« On parlait de Mendès-France tout à l'heure, le "contrat" de Mendès (...) : lui toute sa politique est fondée [dessus], dès le départ (et d'ailleurs, cela concernerait beaucoup de candidats au poste de 1er secrétaire du PS). Pourquoi vouloir un poste si on ne dit pas pour quoi en faire. Il faut dire très clairement aux français (et souvenez-vous le renoncement de Delors) : "la France a besoin de cela". "Est-ce que vous êtes prêts, à cela ?" Les partenaires syndicaux, les français, les grandes associations. C'est là que nous en sommes, et c'est ça que la gauche doit faire pour 2012. »

   
L'identité nationale (à 2'25) :

« Je pense que c'est juste de débattre de l'identité nationale, simplement on a pris tous les mauvais critères, dans [par] la bouche de Nicolas Sarkozy. C'était, dans le fond, la haine de l'autre, alors qu'il y a une vraie question d'identité nationale qui se pose à la France. Autrement dit : "est-ce que nous serons capables de rayonner tant que nous ne nous aimerons pas nous-mêmes ?" "Et qu'est-ce que nous faisons pour nous aimer nous-mêmes ?" Regardez, nous et la question européenne, c'est exactement ça. "Et est-ce que nous aimerons nous-mêmes, en continuant d'être dans la stigmatisation de ce qui fait notre diversité, jour après jour ?" »

   
L'échec de 2007 (à 4'38) :

« Un des grands ratés de cette élection présidentielle, c'est de ne pas avoir été capables de coaliser tous les gens qui, sans se sentir étiquetés ici plutôt que là, voulaient une France plus moderne, plus généreuse, qui ne renonce ni à la performance économique ni à la justice sociale, ni à la laïcité - et cela va quand même un petit peu au-delà des rangs du PS. »

   
La Chine / la politique internationale de la France (à 7'50) :

« On le sait, dans ces questions qui sont des questions de rapport de force, il faut choisir une ligne, et s'y tenir. (...) Là on passe d'une hystérie à une autre, on voit un gouvernement (j'ai fait des débats avec les uns et les autres) qui change de position suivant les plateaux (...). Au final je pense que les chinois vont finir par s'amuser. (...) Tous ceux qui pensent que c'est dans la complaisance, dans les pactes, en passant sous la table, que l'on arrive à se faire respecter de ceux qui sont à la fois des concurrents et des amis, se trompent. C'est curieux d'ailleurs parce qu'ils le font généralement assez peu au bureau de l'UMP, quand je regarde leurs mœurs entre eux : ils devraient faire la même chose dans les relations internationales. Je dois dire que la politique internationale du président Sarkozy est aussi une curiosité, quand même, depuis qu'il est en fonction. Et là encore on ne comprend pas très bien qui sont nos amis - d'abord on est amis avec tout le monde (surtout si on peut leur vendre des choses), et on comprend plus très bien quelle est la politique de la France. C'est un peu ennuyeux. »

« Les discours de M. Sarkozy, d'abord très fermes, puis (...) il nous dit "je verrai quelle sera mon attitude" - entre parenthèses, la Chancelière allemande comme le premier Ministre britannique se sont déjà exprimés sur leur présence ou pas [à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin] - donc on ne comprend plus rien, maintenant on nous envoie Raffarin qui n'est quand même pas n'importe qui, c'est un ancien 1er Ministre de la France aspirant à la présidence du Sénat qui va porter les petits messages aux chinois... Donc tout ça contribue à notre décrédibilisation européenne. Je vous annonce d'ailleurs - on ne l'avait pas suivi**, c'était encore la période d'euphorie pour Sarkozy quand il est venu parler devant le Parlement européen : c'est le seul Président de la République qui a failli se faire siffler, tellement son discours était absolument insensé, et nationalo-poujadiste - en donnant des leçons à tout le monde***. »

** Délicat sous-entendu de Vincent Peillon : comprendre « dans les médias ». Quelle politesse envers ses hôtes journalistes !
*** Et sifflent les oreilles de Henri Guaino.

    
« Malgré le talent du secrétaire d'Etat Jean-Pierre Jouyet, nous n'entrons pas dans une présidence française où tout le monde nous regarde en disant "ça va être une grande présidence, et quel grand Président ils ont, et puis on sent son attachement à l'Europe" : non. Je voyais d'ailleurs, (...) sur la commission libertés, ils essayent de faire passer le maximum de textes avant que nous prenions la présidence, en se disant "on sait pas où on va avec les français". »

   
Sur le Parti socialiste (à 11'56) :

« Je pense que aujourd'hui le Parti Socialiste a besoin d'avoir Ségolène Royal à sa tête, [avec] autour une équipe de gens de talent, ce n'est pas interdit, et pas seulement des candidats putatifs. Je pense qu'il faut l'aider dans sa tâche, la tâche qui est la sienne (j'ai aidé de la même façon Lionel Jospin, j'ai aidé tous ceux qui étaient en situation), ça me semble essentiel, et je ne désespère pas - d'ailleurs je crois que les choses avancent bien - de convaincre Pierre [Mauroy] que c'est la bonne solution pour notre famille politique et pour la France. »

   
Sur François Hollande (à 12'50) :

« Je lui fait toujours le crédit de vouloir, bien entendu, l'intérêt de sa famille politique, et donc j'espère que comme dans la présidentielle, il sera à nos côtés dans les phases qui vont s'ouvrir maintenant. (...) Il faut que cette famille se rassemble autour d'un projet et d'une ambition collective. »


20071105


    
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Quelques précédentes interventions de Vincent Peillon :

   
Vincent Peillon - "Face a nous" - Public Sénat (30 janvier 2008) - vidéo

   
Sur Nicolas Sarkozy :

« En réalité, ce qui est quand même tout à fait étonnant, c’est qu’un Président de la République soi-disant prêt, élu il y a seulement six mois - ce n’est même pas le "second souffle trois ans après" que l’on recherche - soit obligé de demander à une commission [Attali] comment régler les problèmes et que cette commission lui fasse un tas de propositions dont certaines d’ailleurs (pensez à l’immigration) sont en contradiction avec les propos et les attitudes du président : on se dit que l’on est quand même drôlement gouvernés. »

« Il y avait ce thème de dire "Nicolas Sarkozy est prêt". Mais il n'était pas prêt du tout à gouverner ! En 6 mois les décisions qu'il a prises sont de mauvaises décisions économiques, et que nous allons payer et que nous payons d'ailleurs déjà directement. »

   
Sur le Parti socialiste :

« La première chose que va devoir faire une gauche moderne, c'est dire aux français comment on peut retrouver de la compétitivité, de la croissance, tout en réduisant [les] inégalités. »

« J'appelle ça la parthénogenèse (...) : vous savez c'est quand on se divise, et puis on se divise encore. Les courants, qui étaient déjà l'expression peut-être d'un pluralisme au sens noble mais aussi d'une division parfois, se sont eux-mêmes divisés, et aujourd'hui on a beaucoup d'individus, qui ne sont même plus des courants. C'est trop petit. (...) On a évidemment un travail de reconstruction. Et dans ce travail de reconstruction, on a un travail, évidemment, de cohérence collective, d'amitié, ça passe par un certain nombre de décisions qui viendront après les municipales. »
   

Sur Ségolène Royal :

« Je pense que quand on fait de la politique, on la fait avec tout ce que l'on est. Et je pense que si Ségolène Royal, par rapport à ce dont vous me parlez [sa minute de commentaire sur sa vie privée, dans une émission de Drucker], finalement, a un rapport aux français un peu différent, c'est aussi parce qu'elle fait de la politique avec sa personne totale, comme tous les grands politiques. »

   
Sur le poste de 1er secrétaire du PS :

« La question qui se pose pour moi aujourd'hui, c'est "est-ce que nous allons être capables de gouverner à nouveau". C'est ça la question de fond du Parti socialiste. Alors vu les institutions de la Vème République - le quinquennat, l'inversion du calendrier - il me semble que ce serait une faute d'installer à la tête du Parti socialiste quelqu'un dont le critère de sélection serait "il ne peut pas être celui que les français choisiront demain". Mais même, une contradiction absolument invraisemblable. (...) Je pense que nous avons besoin d'un leadership fort. (...) ça compte le rapport à l'opinion. (...) Si nous voulons éliminer du leadership [du Parti] socialiste, parti de gouvernement de la gauche, tous ceux qui aujourd'hui ont un rapport à l'opinion, alors nous sommes en train de creuser notre propre tombe. »

   
Sur la laïcité :

« Je suis très attristé du rapport de Nicolas Sarkozy à la religion, à la laïcité, et plus globalement à la France. C'est à dire que dans le parcours qui va des moutons égorgés dans la baignoire, à la danse du ventre, le préfet musulman, ou aux récentes déclarations, je vois quelqu'un qui d'abord flatte des clientèles, les unes après les autres (l'électorat musulman, l'électorat juif, l'électorat catholique) ; c'est une façon de faire que je n'aime pas, qui ne me semble pas bonne pour l'unité nationale. (...) Il n'est pas "un homme politique" - je sais qu'il reçoit Merkel au congrès de l'UMP, il passe sa vie à l'UMP : il est le Président de la République, et de tous les français. Ça a du sens quand même. Et dans le rapport que l'on a à un certain nombre d'instances religieuses, c'est quand même une première [sa présence au dîner du CRIF] - c'étaient les 1ers Ministres qui y allaient, pour d'autres raisons. Donc je ne crois pas qu'il faut traiter nos institutions, en tous sujets (diplomatie, rapport aux religions), comme des choses secondaires. (...) Il y a eu cette affaire du "curé et de l'instituteur". Je pense profondément (mais je le pense depuis longtemps), et notre responsabilité est collective, que Nicolas Sarkozy ne vient pas pour résoudre la crise de l'identité nationale française (qui est profonde, qui nous a amené hier Le Pen, qui nous amène nos difficultés en Europe, qui nous amène ces inégalités sociales croissantes) : il est, d'une certaine façon, l'exaspération de cette crise. Avec dedans, des mouvements profondément irrationnels. Et il fait, quand il fait cette apologie des religions, il fait l'apologie de l'irrationnel au cœur de la République. Je n'ai jamais vu que l'irrationnel entraine de bonnes choses pour un corps politique. Donc je suis inquiet de cette dérive. »
      

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En novembre dernier, Vincent Peillon développait ses idées sur la réforme des régimes spéciaux :


La réforme des régimes spéciaux n'est qu'une goutte d'eau (12 novembre 2007)

 

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Le Oui-Non - Vincent Peillon (06 juin 2007)

    
Sur le Parti socialiste
(à 2'28) :


« Je pense qu'aujourd'hui la première chose qu'il faut faire, c'est ouvrir ce Parti socialiste. C'est à dire que le processus ne peut pas être un processus traditionnel de congrès qui enquiquine tout le monde (je viens d'en faire deux et je les ai perdus, ça n'a pas permis la rénovation), parce qu'à ce moment là tout le monde se met en position de légionnaire, et on ne bouge plus parce qu'il y a des enjeux de pouvoir. (...) Il faut un travail de refondation, du même ordre que celui qui avait été fait au moment du cycle d'Epinay. »

   
Sur le pouvoir sarkozyen
(à 7'15) :


« ça a été un discours populiste, qui a amené beaucoup de gens à se tromper. (...) Toujours faire le contraire de ce que l'on dit. On nous explique que l'on est pour le travail, et c'est immédiatement le capital que l'on va défiscaliser. On nous explique qu'on est pour l'ouverture, et on passe sa vie à injurier avec une grossièreté sans pareille ses adversaires républicains. C'est la technique de Nicolas Sarkozy. Et c'est l'amitié encore entre les pouvoirs médiatique, financier et politique. Moi j'appelle à l'entrée en résistance. »

 

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PEILLON "APARTE" (22 mai 2007)

   
Sur la refondation idéologique du PS, sur le NPS :
   

Question : Est-ce que quand même vous n'avez pas perdu cette bataille là : à la fois de l'idéologie et puis de la modernité ? (à 12'20)

« Je le crois, c'est pour ça que j'avais créé en 2002 le Nouveau Parti Socialiste (NPS), et nous avons été bloqués par une alliance de tous les conservatismes. (...) Vous savez que Lionel Jospin n'a pas été présent au second tour [en 2002] : on s'est dit "il y a quelques problèmes dans la société". On les avait posés. Ces problèmes c'était par exemple ce que Sarkozy appelait la valeur travail ; c'est à dire déjà, le débat entre ceux qui sont dans le travail et ceux qui étaient dans l'assistance. C'était la question républicaine. Vous avez vu que Sarkozy nous a expliqué que le mérite était une valeur de droite. [En fait] toute la République française s'est construite autour du mérite, mais qui était une valeur de gauche : à droite c'était l'héritage. Donc il y avait cette bataille idéologique qui était engagée, et nous [le PS] on était en train de faire marche arrière. Donc il fallait mener la bataille culturelle, la bataille idéologique, sur nos valeurs. »
 

Question : Et vous n'avez pas pu, vous n'avez pas réussi, le NPS.

« Non, on a échoué deux fois, on a fait deux congrès, vous le savez peut-être, et deux fois nous avons échoué, avec mon ami Montebourg, avec beaucoup d'autres qui nous entouraient, eh bien on a mené ces combats là et on a échoué. »
   

Question : Qu'est-ce qui s'est mal passé [au PS pour l'élection présidentielle] ? (à 17'05)

« Je crois que, finalement, un certain nombre de dirigeants n'arrivaient pas à accepter l'idée que ce soit Ségolène Royal qui les représente... Mais en réalité ce n'est pas seulement "Ségolène Royal", c'est "quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes"... (...) Vous savez on lit dans le journal "un tel, fabiusien", "untel, proche de..." C'est même plus des individus, c'est même pas des députés... Ils sont cela : mais c'est "proche d'untel"... Donc c'est complètement cartélisé, et ça finit par donner ce que l'on a vu et c'est tout à fait dommage. »

 

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Ne pas manquer la façon dont Vincent Peillon analyse l'"ouverture" sarkozyenne ("Mots Croisés") :


Peillon sur « ouverture-à-la-Sarkozy » (mai 2007)

« On a autour de nous [dans nos métiers] des gens qui sont moins structurés que les autres, qui traversent des périodes difficiles, qui s'inquiètent de leur avenir. Et nous ne passons pas notre vie à les favoriser, à les mettre en avant, à leur téléphoner pour leur proposer d'aller dans le sens qui est disons celui de leur mauvaise pente. Et le sentiment que j'ai eu (parce que d'autres ont été appelés par Nicolas Sarkozy, ils me l'ont dit), c'est que Nicolas Sarkozy a passé 10 jours à appeler toutes les personnes susceptibles de trahir leur camp, en se disant "un gouvernement de traitres" - et "on ne négocie pas sur le fond" je viens de le dire - "ça ferait quand même un bon gouvernement d'ouverture pour les législatives". Je trouve que cela dénote un trait psychologique chez Nicolas Sarkozy que personnellement je n'apprécie pas. »



Peillon Finkielkraut Immigration Identité (mai 2007)

 

Vincent Peillon : "mauvais gagnants" (mai 2007)

   

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L'actualité que commente ici Vincent Peillon est passée depuis plus d'un an : on peut apprécier rétrospectivement sa parfaite lucidité.


Vincent Peillon sur LCI (19 janvier 2007)

   

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Vincent Peillon dans Mots Croisés (décembre 2006)

Vincent Peillon cernait de façon admirable le personnage Sarkozy alors Ministre de l'Intérieur (à 10'15) :

« Depuis 2002, il est le n°2 du gouvernement de la France, et le président en cours de législature du plus grand parti. Donc il dirige la France. Il a été Ministre des Finances, Ministre de l'Intérieur [déjà] une fois, etc. Et on fait comme si il n'avait exercé aucune responsabilité, et lui-même fait comme si d'ailleurs il allait bientôt peut-être commencer à exercer des responsabilités. ça c'est la première chose qui me sidère, par rapport à la conception de la responsabilité politique (on est quand même une grande démocratie), ou de sa modernité ! Il y a quelque chose de stupéfiant. »

« La deuxième chose qui est étonnante : (...) Sarkozy il est intéressant parce qu'il veut de l'action. Et on se dit "ça c'est formidable ! Ce pays est léthargique, endormi, on veut agir". Mais comme il est n°2 du gouvernement, il agit depuis 2002 ! Il agit sur des sujets majeurs ! Qu'il a d'ailleurs lui-même mis en avant. L'immigration, la sécurité, quand il était Ministre des Finances les prix ! Il a fait aussi la Corse... Et regardez bien. Chaque fois qu'il agit : il échoue ! Il fait des leçons à tout le monde, mais sur tous les sujets de son action : c'est l'échec. (...) »

« J'aimerais qu'on revienne (en tous cas si on veut une belle élection démocratique pour les français) aux vrais sujets : quelles sont les responsabilités de ce monsieur ? Qu'est-ce qu'il nous a annoncé (les promesses qu'il a faites) ? Partout où il passe en France - vous avez vu en Seine Saint-Denis, il allait mettre des policiers partout ! On découvre qu'il n'y en avait pas. Je me souviens à Pau, avant qu'André Labarrère meure. (...) Il me dit : "Jamais ce monsieur ne devra être Président de la République. Il est venu au moment où il y avait des incidents terribles à Pau, avec des jeunes qui sont morts. Il est venu avec toutes les caméras, il a dit « je vais vous faire un nouveau commissariat » : il n'est jamais revenu, et il n'y a rien eu à Pau". »

« Je crois qu'en l'occurrence il y a un vrai problème démocratique. Je l'ai vécu avec TF1, je l'ai vu en 2002. Moi je veux dire les choses telles qu'elles sont. De quoi parlait-on tout à l'heure : "le nouveau Nicolas". "Nicolas", il est Ministre de l'Intérieur de la France depuis 2002, sur une priorité à la sécurité. Est-ce que c'est une réussite?»

 
Un rappel à la dignité
(à 34'30) :

« Tout est nouveau ce soir, sauf la façon de dresser [les] attaques. (...) Laurent Wauquiez (...) attaque Ségolène Royal sur (...) son voyage en Israël et avant au Liban, en disant "elle a laissé un député du Hezbollah s'exprimer" : l'ambassadeur de France, très proche de votre Président de la République, dit exactement la même chose qu'elle. Faites attention ! Tout n'est pas permis en politique. (...) Si vous voulez incarner une France qui serait digne, et pas en train de faire des polémiques quand effectivement une candidate à la présidentielle est à l'étranger. Je ne sais pas si vous avez regardé la presse israélienne ce matin. Pas un mot sur cette question dans la presse israélienne ! Uniquement dans les cercles de l'UMP qui débattent entre eux ! » 

    
Sur Ségolène Royal, sur la notion de mérite
(à 44'00).

   
Sur les émeutes de décembre 2005 (à 1h03'40) :

« J'ai pensé que Nicolas Sarkozy avait une part de responsabilité considérable par ses propos maladroits dans ces émeutes, et je suis député européen : je pense que dans n'importe quel autre pays d'Europe on aurait demandé la démission d'un Ministre de l'Intérieur qui injuriait** les gens vis à vis desquels il devait exercer une autorité. »

** Vincent Peillon était encore sans doute loin d'imaginer qu'un Président de la République allait insulter un simple quidam au détour d'une allée...


    

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Mise à jour 25/04/2008

         

Vincent Peillon était sur LCI jeudi soir à 19H10.

Extraits. (vidéo prochainement disponible sans doute)

Sur la Déclaration de principes du PS, sur l'origine du socialisme en France :

« (...) En 1905 il faut unifier le mouvement socialiste, et à ce moment là, Jean Jaurès cède à Jules Guesde, il cède en termes de doctrine, et depuis un siècle nous ne sommes plus dans un socialisme français, en termes de théorie et de discours, mais dans un socialisme allemand, comme il le disait lui-même, comme d'ailleurs Léon Blum le disait dans la Revue Blanche avant. »

« Et celui qui a rédigé cette Déclaration de principes que vous évoquez, c'est Alain Bergounioux, qui [a] fait un livre remarquable pour expliquer que si le socialisme français a été incapable depuis 1905 de se refonder, c'est précisément parce que à chaque fois, il n'est pas revenu sur cette blessure de mémoire, cette amnésie qui s'est produite en 1905 et qui fait que Jaurès, Blum, Daniel Mayer, Mendès-France : ils ont tous échoué. Il fallait revenir à ce moment et oser dire ces choses (qui sont en train de se dire, qui se disent dans le monde intellectuel depuis longtemps, et qui enfin arrivent, grâce à Alain et je l'en remercie, au Bureau national et au Parti Socialiste. (...) Et donc notre "surmoi marxiste", absolument incroyable, a dominé totalement le socialisme français (y compris celui de François Mitterrand dont nous connaissons quand même la trajectoire, et dont nous avons vu la pratique politique). (...) Nous avons eu un grand écart [entre les] discours et les actes, qui est la plaie même, non seulement du socialisme français, mais de la France. »

« Car la France, elle est, dans le fond (et on a le même problème avec Sarkozy), habitée par une blessure, qui fait que la plupart (y compris des libéraux) ne connaissent pas la propre histoire de ce qu'a été le républicanisme français, l'individualisme républicain et socialiste, qui était, je le redis, dès le départ "pas étatiste" (...), [mais] individualiste, (...) profondément réformiste. (...) Elle est ce qu'elle est cette Déclaration : c'est un acte historique majeur, c'était d'une extrême difficulté à faire, et il fallait toute l'intelligence technique, tactique, historique, philosophique de mon ami Alain Bergounioux pour y arriver, et donc je m'en réjouis. »

« On méprise trop souvent le poids des idées en politique, c'est très important, et ce qui a gêné les socialistes c'est précisément (et je pense depuis des décennies comme je on le disait tout à l'heure) de ne pas avoir clarifié leur discours. Je pense que [cette Déclaration de principes] est un élément fort d'une maturation qui a lieu dans la société, qui a lieu chez les intellectuels (le mur de Berlin s'est écroulé, le libéralisme - en tous cas économique - ne donne pas toute satisfaction), et donc les gens cherchent une issue. Ils revisitent leur tradition (parce que quand Sarkozy parlait d'une crise de l'identité nationale, il a pas compris de quoi il parlait, mais il y en a une, et en particulier cette "pathologie de mémoire" dont je vous parlais). Et donc les gens produisent un travail dans la société actuellement (en droit, en histoire), qui est une relecture de toute cette tradition. Et à un moment, ça arrive toujours en politique. Là ça arrive de cette façon-là, dans cette Déclaration de principes, c'est heureux pour le Parti, je pense que ça peut être entendu, ça ne va pas résoudre d'un coup tous les problèmes. »

      
Voir aussi l'entretien de Vincent Peillon au journal Le Monde (22/04/2008).


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Mise à jour 31/05/2008

    
Tout nouveau blog de Vincent Peillon, avec videos en ligne de ses interventions :

   
Le blog de Vincent Peillon



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A lire aussi :

   
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Vincent Peillon

   

   

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