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Désinformation, intox : questions sur l'indépendance des medias

samedi 22 août 2009

Les parasites de la grande distribution

   
   

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Un article attire notre attention :

« A l'initiative d'un syndicat agricole, des producteurs du Lot-et-Garonne sont venus vendre directement leurs produits aux consommateurs de région parisienne. Et dénoncer les marges pratiquées par la grande distribution. »

("Libération", Fruits et légumes à prix «équitables» à Ivry, 20/08/2009)

   

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Le même journal précisait deux mois plus tôt :

« Sur 10 euros dépensés par le consommateur pour acheter du jambon blanc, 4,40 euros reviennent au distributeur alors que seulement 1,67 euro va au producteur. »

("Libération", Les distributeurs se sucrent sur la tranche de jambon, 30/06/2009)

   

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Une étude menée il y a quelques mois par UFC-Que Choisir, constatait déjà l'ampleur des dégâts :

« d’après UFC-Que Choisir, les prix en rayon de la viande de bœuf ont augmenté de 50% entre 1990 et 2008, alors que sur cette même période, le prix agricole a perdu 15% de sa valeur, subissant deux fortes baisses en 1996 et 2000 suite aux crises de la vache folle. »

« Et la volaille n’est pas en reste. Certes, elle est davantage touchée par l’inflation des derniers mois (avec une augmentation de 15% depuis mars 2007), et le prix agricole a augmenté de 7% depuis 1990. Mais les 40% d’augmentation du prix de vente défient toute logique de proportion. »

("Novethic", L'UFC dénonce les marges excessives de la distribution, 28/01/2009)

 

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Comment un tel scandale peut-il perdurer ?

   

« Trop longtemps bénéficiaire des circuits de financements occultes mis en place par ces grands réseaux, le pouvoir politique français a, là aussi, rendu les armes. »

« Les médias ne manifestent guère plus d’empressement pour parler de ce sujet qui dérange. »

« "L’importance des recettes publicitaires en provenance du secteur de la grande distribution explique-t-elle la prudence de certains confrères ?", s’interroge Philippe Cohen dans Marianne. Pour avoir posé la question de la responsabilité des grandes surfaces dans la course à la baisse des coûts, lors de l’affaire des farines animales, cet hebdomadaire a été exclu des campagnes de publicité de la grande distribution. »

("Le Monde Diplomatique", Racket dans la grande distribution "à la française", décembre 2002)

   

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« Nous voulons que les consommateurs prennent conscience du racket dont comme nous, ils sont victimes. Les marges dans la grande distribution sont abusives toutes filières confondues. »

(Adrien Bourlez, président du syndicat Jeunes Agriculteurs)

   
   

Quelques chiffres instructifs : http://quisegaveleplus.com/chiffres.html

   

***

Sur le même sujet :

Les JA dénoncent les marges dans la grande distribution ("Le Progrès")
Les enseignes de l’extorsion ("Le Monde Diplomatique")
Les Jeunes Agriculteurs dénoncent les marges de la grande distribution ("L'Express" - vidéo)
La grande distribution se sucre ("Que Choisir")
Haut les prix ceci est un hold-up ! ("Le Mika déchaîné")

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lundi 18 mai 2009

Alain Badiou

 

 

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Sartre, un phare non remplacé


Sartre2aLongtemps Jean-Paul Sartre incarna en France une figure unique et centrale d'autorité morale, en même temps que d'ami du peuple (comme Victor Hugo en son temps).

Son prestige était immense, ses prises de parole, respectées, attendues tels des oracles. Le peuple savait que celui-là était viscéralement de son côté et du côté de la vérité et de la justice, qu'il n'y avait ni tromperie ni trahison à en attendre. Comme pour Hugo, l'enterrement de Sartre fut l'occasion d'un immense rassemblement populaire, le dernier du genre en France (des lycéens de 15 ans achetèrent du crêpe noir, et montèrent à la capitale se mêler au cortège).

La puissance de cette figure tutélaire, de cette autorité morale, est assez difficile à concevoir aujourd'hui pour ceux n'ayant pas connu, même très jeunes, les années 70. La mort de Sartre en 1980 constitua de fait un tournant dans la vie du pays, y laissant planer comme un "vide moral" - à tout le moins le manque d'un référent moral - que personne ne put ensuite venir combler (on sent bien que c'était là le rêve d'un BHL).

  • «les années où commencent ce que j'appelle la grande réaction, les années 80» (Alain Badiou)
   

   

Alain Badiou


Badiou_1bOr voici que quelques 30 ans plus tard, un philosophe prestigieux mais totalement inconnu du grand public, nommé Alain Badiou et âgé de 70 ans, rencontre l'adhésion populaire par un "petit livre d'intervention" (comme il dit) : De quoi Sarkozy est-il le nom ? (éditions lignes, janvier 2008).

Depuis, à chacune des ses trop rares interventions dans les médias, Alain Badiou suscite l'enthousiasme et la reconnaissance (on peut même parler de gratitude) : ainsi par sa tribune dans Le Monde l'été dernier, en réponse à BHL (qui l'avait pris à partie dans "l'affaire Siné") ; comme par tels autres propos dans Libération, ou Le Monde.

Alain Badiou se trouve, dans la droite ligne de Sartre, viscéralement du côté du peuple contre les intérêts des puissants :  il est assez clair qu'il ne trahira pas la vérité et l'honneur, pour une récompense, une place, une décoration.

Sa pénétration et sa vivacité d'esprit ; sa plume éblouissante (sans oublier son esprit facétieux) ; enfin depuis quelque temps sa reconnaissance populaire, spontanée : tout milite en faveur d'une plus grande implication de Alain Badiou dans le "chanp médiatique".

 

En conséquence nous appelons Alain Badiou à multiplier les prises de parole, les articles d'intervention, à l'exemple de Sartre (Badiou dispose d'un outil radical et nouveau, inconnu à Sartre en son temps : la facile et rapide diffusion de propos filmés, sous forme de petites vidéos, via le net). Depuis Sartre, nul sans doute n'a été autant que Alain Badiou en capacité de tenir ce poste d'élucidateur, de redresseur de torts, d'ami du peuple.

 

 

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Extraits

 

Quelques propos récents de Alain Badiou :

   

« Le monde capitaliste contemporain n'est pas dans ses ressorts intimes un monde civilisé. Pas du tout. C'est un monde violent, c'est un monde du contrôle, c'est un monde de l'oppression, c'est un monde de l'inégalité féroce, de l'inégalité assumée comme nécessité naturelle. »

(source)

« le capitalisme est l'organisation systématique de l'injustice et de l'inégalité, (...) d'une inégalité mondiale extraordinaire, et d'une inégalité interne, ici, qui ne fait que s'accroître »
(source)

« Il faut renverser le vieux verdict selon lequel nous serions dans "la fin des idéologies". Nous voyons très clairement aujourd'hui que cette prétendue fin n'a d'autre réalité que le mot d'ordre "sauvons les banques". »
(source)

« Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. »
(source)

« Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. (...) Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. »
(source)

« Avec [Sarkozy], il s'agit vraiment de rompre toute la série de médiations qui existaient entre la population et l'Etat pour mettre ce dernier au service d'une classe de prédateurs. »

(source)

 

 

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Le succès de librairie de Alain Badiou De quoi Sarkozy est-il le nom ? apparaît, un an et demie après sa sortie, prophétique sur bien des points.

Quelques extraits (insuffisants à rendre compte de la fulgurance de la pensée de Badiou, et surtout du cheminement en forme de maillage serré qui en semble une des caractéristiques principales) :


   

CIRCONSTANCES_b« Oui, chers amis, je flaire dans cette salle une odeur de dépression. Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur.  » (p. 28)

« La fameuse escapade de Sarkozy sur un yacht de milliardaire - juste après les beuveries mondaines au Fouquet's le soir de la victoire -, n'est pas du tout une faute, un impair, comme on l'a parfois présentée. Certes, il est allé voir et remercier ses commanditaires, ses parrains, les gens de la haute finance dont il est le vassal. Mais il a surtout déclaré à tout le monde que ce serait désormais comme ça : il n'y a rien de mieux que le gain personnel, tout est désormais régi sous la règle du service des biens. (...) Sarkozy a symboliquement montré qu'il se servait en servant ceux qui ont des biens, que c'était pour ça qu'on l'avait élu, qu'une masse de nigauds l'avait élu. » (p. 53-54)

« Regardez à qui sont les journaux, y compris les télévisés les plus suivis. Ils appartiennent au roi du béton, au prince du produit de luxe, à l'empereur des avions de guerre, au magnat des magazines pipoles, au financier des eaux potables... En bref, à tous les gens qui, dans leurs yachts et leurs propriétés, prennent le petit Sarkozy, qui a bien réussi son coup, sur leurs genoux hospitaliers. » (p. 68)

« Les révolutionnaires français, qui sont républicains et non démocrates, appellent "corruption" l'asservissement de la puissance gouvernementale au cours des affaires. » (p. 120)

***

CIRCONSTANCES_c« Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme. » (p. 103)

« (...) dans ce type de situation "pétainiste", la capitulation et la servilité se présentent comme invention, révolution et régénération. Il est tout à fait essentiel que Sarkozy ait fait campagne sur le motif de la rupture. (...) Le contenu est évidemment l'obéissance sans réserve aux exigences des potentats du capitalisme mondialisé. » (p. 105-106)

« (...) l'élection de Sarkozy reste quand même la marque d'un temps nouveau, une survenue immonde (...). » (p. 35)

***

CIRCONSTANCES_c« Sarkozy est déjà allé loin dans cette direction, n'hésitant pas à nous comparer très favorablement aux Africains. Il leur a fait savoir qu'ils étaient loin de nous valoir, et que, par conséquent, s'ils sont misérables chez eux, comme c'est de leur faute, ils doivent y rester. (...) Bien sûr, il nous faut des balayeurs, des éboueurs, des terrassiers... On les triera sur le volet, et ils sont priés de ne pas faire de tapage, ruminant, mal intégrés qu'ils sont, leur évidente infériorité. Comme dans le cas Pétain, il s'est trouvé une clique intellectuelle pour applaudir ces rodomontades racialistes (...). » (p. 113)

« (...) entre nous, il y a quand même beaucoup plus de raisons d'honorer un Malien qui fait la plonge dans un restaurant chinois, devenu - à force de participer, après son interminable travail, à des réunions et à des interventions - un intellectuel organique de la politique nouvelle, que d'honorer l'homme aux rats [Sarkozy]. (...) Nous rejetterons le verdict de Sarkozy et de ses rats, qui déclare du haut de son insignifiance réactionnaire que cet homme-là, le Malien de la plonge, est tout juste toléré, et doit remplir d'innombrables conditions pour pouvoir seulement rester là où il est. » (p. 59-60)

« La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C'est avec eux que s'invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l'ordre policier. » (p. 94)

***

CIRCONSTANCES_c« L'idée que les "usagers" sont systématiquement hostiles aux grèves est une contre-vérité notoire, une parmi toutes sortes de choses assénées comme des évidences par les politiciens et les médias dominants. C'est ainsi que la très longue grève des cheminots, en décembre 1995, a été soutenue dans tout le pays par des manifestations massives, plus massives même qu'en Mai 68. » (p. 43)

« Redevenons sérieux. Essayons d'interpréter ce que peut bien vouloir dire "Mai 68" aujourd'hui, pour un servant des indices boursiers, un ennemi confirmé des ouvriers sans papiers et des jeunes des quartiers populaires, un obsédé de l'ordre policier, un auteur prolifique de lois scélérates. » (p. 49)

« (...) je suis convaincu que Sarkozy, qui ne peut aller nulle part sans une garde rapprochée épaisse comme un mur, n'est pas très courageux. Comme tous ceux qui croient se tirer d'affaire en toutes circonstances par la corruption des adversaires et le tapage des effets d'annonce, Sarkozy redoute infiniment toute épreuve réelle. Si j'ai raison, ce dont Sarkozy a le plus peur, c'est que devienne visible sa propre peur. (...) la vertu politique principale, voire unique, de De Gaulle, était de ne jamais avoir peur. » (p. 31)

(...) cet épisode Sarkozy, qui tout de même n'est pas une des pages grandioses de l'histoire de France (...) » (p. 129)

 

 

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Alain Badiou vient de sortir un nouveau livre : L'hypothèse communiste

 

Alain Badiou (Ce Soir ou Jamais) (1-2) 09-04-2009
   

Alain Badiou (Ce Soir ou Jamais) (2-2) 09-04-2009

 

 

 

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Mise à jour 28/05/2009


Nouvel entretien vidéo de Alain Badiou, disponible ici :

   

La crise ? Le NPA ? Sarkozy ? Les « impasses » selon Badiou ("Rue89")

« Cette conception (en quelque sorte), brutale, autoritaire et sécuritaire du pouvoir, me paraît être restée l'axe dominant de la pratique politique de Sarkozy. »

   

   

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Mise à jour 29/06/2009

   

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Interview de Alain Badiou dans le Politis du 25/06/2009 :

« Sarkozy, le nom du pétainisme contemporain »

         

Extraits, sur Sarkozy :

« Sa force est là : il a réunifié la droite et l’extrême droite en s’appuyant sur quelque chose de diffus dans la société mais qui, à mon avis, est extrêmement puissant. Il s’agit de thématiques archiréactionnaires et sécuritaires : contre les malades mentaux, la jeunesse des banlieues, les étrangers, les ouvriers sans papiers, avec l’idée qu’on va tous leur mener la vie dure, renforcer les prisons et châtier les récidivistes. »

« C’est là le noyau dur du sarkozysme, et c’est ce que j’appelle pétainisme : une thématique de l’État qui, en fin de compte, tire sa puissance de ces thématiques les plus réactionnaires et les plus antipopulaires. Mais il y a aussi une attitude spécifique de Sarkozy en direction du monde ouvrier, que ses prédécesseurs n’avaient pas. Il s’est baladé dans les usines – il a même pris quelques risques parce que cela pouvait ne pas toujours bien se passer – et a loué la figure de l’ouvrier, celui qui se lève tôt, qui bosse. Venant d’un type comme lui, c’est du populisme réactionnaire dans toute son horreur. C’est ça qui m’avait fait dire qu’il était pétainiste, à partir de la nature du consensus un peu secret qui le porte. Dès que son pouvoir est en jeu, lors d’élections, par exemple, c’est cette artillerie antipopulaire archiréactionnaire, anti-étrangers, antijeunes, qu’il ressort systématiquement. »

 

Vous rappelez que Sarkozy a été d’abord élu sur la peur et, pour vous, un « État élu sur la peur est légitime à devenir terroriste ». Qu’entendez-vous par « terroriste » ?

« Pour moi, les État terroristes sont ceux qui s’engagent progressivement dans la voie d’un gouvernement par la loi répressive. Si on prend successivement les dernières lois sur les étrangers, qui font de la régularisation d’un étranger un acte arbitraire du pouvoir et des préfets, les lois concernant les jeunes du peuple qui, grosso modo, leur promettent la prison dès qu’ils sont trois en bas de l’escalier, et bien d’autres, je dis que le terrorisme est du côté du pouvoir. Ces lois vont rester et, appliquées strictement, rendent possible la surveillance policière et la  répression  pratiquement  sans limites contre les populations déclarées suspectes. On a bien là une "société de contrôle", comme aurait dit Deleuze. Cet ensemble législatif a pu jusqu’à présent fonctionner comme s’il était consensuel. »

« Je pense que Sarkozy a aussi ce côté antiparlementaire, au sens traditionnel du terme, qui est de gouverner en partie par la provocation. Il est constamment en train d’essayer de voir jusqu’où il peut aller. Je crois que beaucoup de choses immédiatement interprétées comme des bavures n’en sont pas : ce sont en fait des expérimentations assez contrôlées. »

« Je pense par ailleurs que des mots d’ordre mesurés de résistance personnelle et d’appel à la vigilance doivent aussi être diffusés. Un des aspects les plus néfastes de ce consensus du silence sur ces questions est en effet l’inertie : les gens qui détournent la tête. C’est un des aspects principaux de ce pétainisme dont je parlais : ce n’est pas tant une caractérisation du gouvernement de Sarkozy, mais surtout une caractérisation de l’opinion qui permet à Sarkozy d’être arrivé au pouvoir et de mener sa politique. Le pétainisme n’a jamais été principalement collaborateur au sens strict, il signifiait plutôt une attitude qui pourrait se résumer ainsi: "On va essayer de traverser la période le plus tranquillement possible." C’est d’ailleurs ce que Pétain avait promis. »

   
   

***

A lire aussi :

De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, par Alain Badiou ("Le Monde")

«Le volontarisme de Sarkozy, c’est d’abord l’oppression des plus faibles» ("Libération")

Alain Badiou : «Il faut que quelque chose arrive...» ("NouvelObs")

L’hypothèse communiste - interview d’Alain Badiou par Pierre Gaultier ("Le Grand Soir")

Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?

La REACTION est à l'œuvre en France

   

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lundi 2 juin 2008

Vincent Peillon règle la querelle sur le «libéralisme»

   

Dans une interview sur RFI qui fera date (intervention relayée sur son blog), Vincent Peillon éclaire magistralement le débat sur "libéralisme et socialisme", qui agite les médias depuis plusieurs jours.

Il est stupide de copier des articles entiers au lieu de mettre simplement un lien : mais là c'est trop bien.


28166RFI : "Libéral", c'est un gros mot chez les socialistes ?

Vincent Peillon : « Pour répondre à cette question, il faut opérer un détour par l'Histoire des idées. En 1830, la devise du mouvement socialiste, alors en pleine éclosion, était "Plus de libéralisme impuissant". Le libéralisme - entendu comme la doctrine de l'émancipation de la personne, des droits de l'individu, de 1789 - se voyait en effet contesté par ceux-là même qui avaient mené, depuis une trentaine d'années, le combat pour les libertés. Pourquoi une telle évolution ? Parce que ces intellectuels se sont rendus compte que revendiquer uniquement les libertés ne suffisait pas : seuls quelques-uns jouissaient des libertés acquises quand une majorité en était écartée.

Ces militants des libertés ont ainsi jugé nécessaire de compléter la doctrine libérale par la notion d'égalité. Or, le socialisme, ce n'est rien d'autre que cette même idée. Ce n'est rien d'autre que le constat qu'il faille créer les conditions de la liberté pour que chacun puisse être réellement libre. Autrement dit, c'est précisément pour réaliser ces libertés qu'on a construit le socialisme ! Sans l'intervention de la puissance publique, les politiques d'éducation de masse, etc., nous serions dans ce que Maurice Merleau-Ponty appelait la "mystification libérale" : les libertés pour quelques-uns et pas pour les autres. Le socialisme n'est ainsi en rien l'antithèse du libéralisme, mais son dépassement.

Je l'ai souvent dit, il ne faut donc pas laisser les libertés aux libéraux : ce serait une erreur majeure, tant stratégique qu'historique ! Malgré cela, cette doctrine - qui inclut la visée des libertés mais qui n'oublie pas que, pour que les gens soient libres, il faut mettre en œuvre un certain nombre de choses - porte un nom : et ça s'appelle le socialisme ! Il n'y a donc pas de raison de s'appeler aujourd'hui "libéraux" : c'est une question qui a été réglée en 1830...

Je note par ailleurs avec amusement que tout le monde réclame toujours des débats intellectuels, mais que le jour où une telle question fondamentale arrive dans le débat politique, on nous dit que c'est un faux débat, une querelle de mots. Or, j'insiste : c'est un vrai débat ! Car tant que l'on ne répondra pas dans notre société à la demande d'égalité - notre problème majeur depuis 30 ans -, on restera dans la mystification de libertés qui ne valent que pour quelques-uns : est-il nécessaire de rappeler que seule la moitié des enfants partent en vacances, que le système éducatif est en échec (...) ?

Pour une fois, nous avons un débat idéologique intéressant qu'il va falloir trancher. »

(source)

   

***

   
Cette querelle sur "libéralisme et socialisme", ainsi éclairée par Vincent Peillon, trouve résonance avec deux sujets bien actuels :

-  le pouvoir d'achat

-  la redistribution des richesses

   
Deux sujets qui, d'après Serge Halimi dans un tout récent article, sont naturellement liés :

   
« la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie »

   
Un récent rapport de la Commission Européenne sur l'emploi en Europe, d'un intérêt central mais hélas très peu diffusé dans les médias, a mis en effet quelques pendules à l'heure. Ainsi pour la France :

   
« la part des revenus du travail dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008. (...) la part du gâteau allouée aux salariés est désormais inférieure à ce qu’elle était en 1960. »

« A la grande question du jour, "pourquoi la France manque-t-elle de pouvoir d’achat ?", la Commission nous donne la réponse : les salaires distribués ont baissé. »


Source
:
"En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975" ("Contre-Info")

   
      

part_des_salaires_France

Le poids des salaires dans le PIB en France (source)

 

  • « Cet écart de 12 points de part de PIB en défaveur du salaire représente 190 milliards d'euros par an, des fonds qui manquent aux régimes sociaux et au financement des retraites. » (source)

  • « François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB » (source)

    

Toute cette situation n'est certes pas nouvelle : il y a persistance et surtout aggravation d'un phénomène, à savoir l'inégalité (sans cesse croissante donc) dans la redistribution des richesses.

   
«
IL Y A EU UN ENORME TRANSFERT DES REVENUS DU TRAVAIL VERS LES RENTES ET LES PROFITS. »

(CAF’ECO, février 2004)

 

« Les résultats mirobolants des entreprises du CAC 40 ne sont pas sains, car ils ne procèdent pas d'une logique économique mais d'une exploitation forte des salariés et des entreprises sous-traitantes »

(Michel Lamy, CGC, 2005)

   

Comme le montre le rapport de la Commission Européenne, le phénomène n'est pas circonscrit à la France, mais généralisé.

 

« La part des revenus du travail dans la richesse européenne n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui (...). "Il est souhaitable que cette tendance soit inversée pour préserver la cohésion sociale", a commenté la Commission européenne. »

Source  : Le poids des salaires dans le PIB européen à son plus bas ("LeVif.be")

   

Concernant par exemple la situation en Belgique :

   
« Depuis quatre ans, le profit net d’impôt (résultat net d’exploitation) des entreprises est passé de 17 milliards en 2002 à près de 33 milliards d’euros en 2006. Ces profits sont tout simplement dus au fait que les hausses de coûts salariaux sont faibles, beaucoup plus faibles que les hausses de richesses créées. C’est exactement ce qui est en train de se passer. En Belgique, en une seule année (2005 - 2006), les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 4,6 milliards pour atteindre 33 milliards (+16,2% en un an !) Pendant ce temps, l’augmentation totale de la masse salariale fut de 5,5 milliards d’euros pour atteindre 120,6 milliards d’euros (+4,8%). C’est un partage de revenus totalement inégal où ceux qui travaillent se voient moins bien récompensés que les rentiers.

Conséquence : une perte de pouvoir d’achat pour de nombreux ménages à revenus moyens et faibles. C’est le grand tabou de toutes les discussions politiques sur le pouvoir d’achat. Grand tabou car cette évolution ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que les revenus des salariés et des allocataires sociaux sont ainsi petit à petit transférés à une certaine frange de la population… La part des salaires dans le partage des revenus des entreprises du secteur privé est passée de 70% en 1980 à 65,8% en 2003, et à 62,6% en 2007. Si Belgique produit de plus en plus de richesses, les salariés sont de moins en moins riches ! En bout de course, ce sont les malades, pensionnés et chômeurs qui payent la note la plus salée de cette folle course au profit des actionnaires, principalement des grosses entreprises, qui dégagent le plus de profit. »

Source : Toutes les solutions ne se valent pas … ("cne-gnc.be")

       

Graphique éloquent sur la redistribution du PIB en Belgique (on aurait le même type de courbe en France) :

graphique_belgique

(source)


  • « [Les] défenseurs de l’économie de marché (...) argumentent que l’expansion du capitalisme et l’accumulation des richesses conduisent inexorablement à l’augmentation du niveau de vie de la masse des travailleurs. La fausseté de cet argument [est] une nouvelle fois confirmée (...) dans le discours froid des statistiques. » (source)
   
  • « Est-il admissible que des dirigeants d'entreprise perçoivent en une semaine autant qu'un salarié durant toute sa vie active ? »

  • « Il est indécent, amoral, socialement destructeur et irresponsable de pratiquer de tels écarts de rémunération. Ils sont d'ailleurs inédits dans l'histoire du capitalisme. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord, des voix s'élèvent pour plafonner les rémunérations les plus délirantes. Ce serait un pis aller. Mais, manifestement, l'autodiscipline ne suffit pas - même pour protéger le capitalisme de ses propres excès. »

(Le Monde, 31/05/2008)

   

Serge Halimi concluait ainsi son article :

« Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans [mai 68], la destination proposée a le mérite de la clarté. »

   
Une récente étude enfonce le clou :

« L’accumulation sans précédent des richesses par une petite minorité financière, dans un contexte de baisse des revenus réels pour la grande majorité de la population mondiale, engendre une augmentation du mécontentement et de la colère. »

(source)

 

***

 

A propos de la querelle sur le "libéralisme", Vincent Peillon avait bien raison de s'exclamer (après avoir défini le socialisme comme doctrine volontariste de défense des plus faibles) : « c'est un vrai débat ! »

La tendance, la pression en faveur du Capital, au détriment du salarié, est d'effet mondial. La riposte devra de même se situer à l'échelle internationale, par une stratégie commune élaborée par les représentants élus de(s) différentes nations (on voit là pointer l'idée de protectionnisme - un des fers de lance de Emmanuel Todd). Ces représentants élus devront, bien sûr, être personnellement irréprochables quant à leur indépendance à l'égard des puissances financières. Hélas ! Les Français viennent d'élire à leur tête un candidat fasciné par l'argent, et totalement inféodé à ses amis grands patrons.

Les citoyens français sont dans leur grande majorité inconscients de ces problématiques économiques : loin de les éclairer sur la réalité du monde, les robinets d'eau tiède que constituent les journaux télévisés se sont au contraire chargés, durant la campagne présidentielle, de relayer purement et simplement la propagande électoraliste du candidat Sarkozy (ami des grands patrons) - il est vrai que la gauche n'a pas fort poussé en sens contraire. Les Français se sont depuis décillé les yeux (2/3 d'opinions négatives actuellement contre 1/3 seulement il y a un an), mais ceci principalement sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.

Au plan politique il reste un travail didactique à faire, de l'information à diffuser, sans quoi le candidat de la richesse pour quelques uns pourrait une nouvelle fois se faire élire, moyennant moults rideaux de fumée et intox par médias couchés interposés (couchés, ou plus exactement propriétés de grands groupes financiers ; on aperçoit ici l'intérêt pour les Bouygues Lagardère Bolloré Dassault etc. de posséder des médias - journaux télés radios - pourtant peu rentables économiquement en eux-mêmes : peser sur l'opinion, endormir le citoyen ; et, in fine, porter à la tête de l'Etat le candidat favorable à leur intérêt - qui est évidemment, en résumé : la perpétuation voire l'accroissement de l'inégalité dans la répartition du PIB (toujours davantage pour l'actionnaire et la rente, toujours moins pour le salarié)).

 

***

Lire le dossier suivant :

 

Un cours d'économie sur France Inter

 

***

 

petit Post Scriptum (PS)

   
On voit que cette façon de se proclamer "libéral", de la part de Bertrand Delanoë, n'avait par grand sens, autre que celui d'un grossier effet d'annonce : il oubliait tout simplement de mentionner ce qui a si bien été mis en lumière et explicité par Vincent Peillon (le socialisme comme contrepoids aux excès de la simple doctrine de la liberté : en somme une défense des plus faibles).

D'ailleurs Ségolène Royal, sans doute inspirée par Vincent Peillon lui-même, avait ainsi répliqué :

« J'ai envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme, et tout ceci n'a rien de libéral »

   
On a trop glosé sur la déshérence, sur la "défaite idéologique" de la gauche et plus précisément du PS. Mais il suffit d'ouvrir les yeux : un boulevard s'étend devant ceux qui voudront bien aller au centre ou plus exactement au fond du problème (celui de l'inégalité sans cesse croissante dans la redistribution des richesses). Et ceci en faisant preuve de pédagogie (à l'exemple de François Ruffin sur France Inter). Inutile de préciser que nul autre que Vincent Peillon ne serait plus à même d'accomplir telle mission.

    

  • « Le déficit de l'idéologie libérale, c'est qu'elle ne prend en aucun cas l'aspect social en considération. (...) Le socialisme, c'est le libéralisme politique, plus l'égalité. » ("Chris79", ICI)

 

« Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. "En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux." Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer. »

(Pierre Larrouturou)

   

******

   

Mise à jour 03/06/2008


Todd15Entretien pour Marianne2 d'Emmanuel Todd, cinglant comme à son habitude :


E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï

   
Extraits :

   
« Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. »

« il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche. »

« il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devrait la conduire à gauche. »

« les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. »


« Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë. Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. »

   

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A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost")
Vincent Peillon, tel un phare
Vincent Peillon
   

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Un cours d'économie sur France Inter

      

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Le 24 janvier 2008, le journaliste François Ruffin, auteur quelques jours plus tôt d'un important article dans Le Monde Diplomatique, se livrait sur l'antenne de France Inter, dans l'émission "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet, à un véritable cours d'économie.

Cette émission était ainsi présentée sur le site de "Là-bas si j'y suis" :


« Depuis le début des années 80, la part des salaires dans le PIB de la France a baissé de 9,3%. Qui sont partis dans la poche du Capital. Ces 9,3% équivalent à plus de 150 milliards d’€ : soit une douzaine de fois le trou de la Sécu ! Un hold-up géant, renouvelé chaque année, au détriment des salariés.

Ce chiffre, 9,3 %, suffit à contester toutes les "réformes" en cours : allongement de la durée de cotisations pour les retraites, salaires qui stagnent depuis vingt ans, mise en place de la franchise médicale... Car toutes ces mesures ont un dénominateur commun : gratter encore quelques avantages aux salariés. Tandis que la question du partage des richesses n’est jamais posée... »

   
Extraits.

    
Partage des richesses : les 9,3% du PIB passés du salariat au capital depuis 25 ans

François Ruffin : Il y a une question qui n'est plus posée, dans le débat public, c'est la question du partage des richesses. Comme si il fallait en permanence avoir de la croissance, produire davantage de richesses, mais sans se poser la question "à qui vont ces richesses, comment on les répartit ?" Il y a effectivement depuis le début des années 80 un glissement des richesses, prises au salariat, en faveur du Capital.

Ça, quand on vient le dire à "Là-bas si j'y suis", on va être qualifié de gauchiste.

Daniel Mermet : Meuh non.

François Ruffin : (...) Si on dit "aujourd'hui, le salariat touche moins de part de PIB qu'il y a 25 ans", je ne veux pas que cela soit considéré comme gauchiste, donc je vais apporter un certain nombre de citations. Petite devinette, de qui cela provient-il ?

   
« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années.
»

   
Qui dresse le constat d'un partage de la valeur ajoutée qui n'a jamais été aussi inégal aujourd'hui ? Attac ? La CGT ?

Daniel Mermet : Eh bien non !

François Ruffin : Eh bien non (petit rire de Mermet). C'est une institution, la BRI (Banque des règlements internationaux), qui rassemble tous les banquiers centraux - c'est à dire le banquier de la Fed [Réserve fédérale américaine] aux USA, le banquier Jean-Claude Trichet pour la BCE [Banque centrale européenne] (...). L'été dernier ils ont rendu un document qui n'a pas fait la "Une" des journaux, et dans ce document ils reconnaissent qu'il y a (...) une marge d'une importance sans précédent, (...) une poussée à la hausse de la part des profits [depuis le] milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires.

On voit bien que le constat [est] mondial - c'est une tendance mondiale - à ce qu'il y ait de plus en plus d'argent qui aille au Capital, et de moins en moins d'argent qui aille aux salariés. (...)

Cela inquiète même Alan Greenspan, qui n'est pas réputé non plus pour être un bolchevique : c'est l'ancien dirigeant de la Fed ; c'est lui qui déclare :

    
« J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires (...). Ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché »

   
Et encore une fois il ne le dit pas à L'Humanité : il le déclare au Financial Times et à La Tribune.

Daniel Mermet :  Alors ce transfert, en 20 ans, il s'est donc opéré au détriment des salaires, des salariés, de quelle façon ?

François Ruffin :  On peut le chiffrer auparavant ce transfert (...) : en France, il y a 9,3% des richesses qui sont passées du travail vers le Capital. Cela veut dire que en 1982 par exemple, il y avait 66% de la valeur ajoutée du pays qui partait en salaires. Aujourd'hui, on est (...) entre 56 et 57%. Qu'est-ce que cela représente, 10 points du PIB de la France ? Le PIB de la France c'est 1800 milliards d'€. Ca veut dire que par rapport à la situation du début des années 80, il y a 180 milliards d'€ en plus qui vont au Capital chaque année, alors qu'au début des années 80 [cette somme] partait aux salariés (...).

180 milliards c'est une somme tout a fait considérable. Car on nous parle en permanence du trou de la Sécu, du déficit du régime des retraites : mais le déficit de la Sécu cette année c'était 12 milliards d'€ (...). Les déficits des régimes de retraites c'est 5 milliards d'€.

(...) Ces 9,3% condensent toute une évolution de l'économie française depuis 20 ans. Si les actionnaires étaient venus directement piquer l'argent dans la poche des salariés, évidemment les salariés se seraient révoltés, il auraient appelé la police, Sarkozy serait intervenu, et ça n'aurait pas pu se passer comme ça. Donc ça c'est passé de façon plus douce. De quelle manière ?


Comment s'est effectué ce "glissement", ce rapt ?

François Ruffin :  Premier biais : des suppressions de postes. Dans le public, mais surtout dans le privé - y compris pendant que les entreprises pouvaient engranger un certain nombre de dividendes.

Daniel Mermet :  A cause des exigences des actionnaires ?

François Ruffin :  Evidemment. Et la conséquence c'est qu'il y a [moins] de salaires qui sont versés (...) : cela réduit fatalement la part des salaires dans la valeur ajoutée. (...)

Le deuxième biais, c'est que, comme il y a eu cette peur du chômage qui a monté, il s'est produit quelque chose que l'Insee a rendu public au cours de l'automne : une stagnation des salaires depuis 25 ans. Depuis 25 ans, les salaires n'ont pas augmenté en France, quand on prend en compte les temps partiels.

Entre 1987 et aujourd'hui, les salaires n'ont pas augmenté en France. 1987 c'est l'année où est créé le CAC 40, avec un indice 1000. Aujourd'hui, il est à 4848 points. C'est à dire que pendant que les salaires stagnaient, il y a eu une augmentation du CAC 40 de 480%. Là on voit bien ce que signifie la répartition des richesses dans ce pays - sachant que l'on ne tient même pas compte, quand on énonce la hausse de la bourse, des dividendes qui sont reversés aux actionnaires.

Troisième point, cela va être l'augmentation de la flexibilité.
"Flexibilité" c'est le mot patronal : le mot syndical cela va être "précarité".
Mais on le voit très clairement : un article du Monde [du 30/11/2007] dit que depuis 1980, "la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 6 à 18% de l'effectif salarié total, et celle des autres formes d'emploi atypiques (intermittence, intérim, etc.) de 17% à 31% du salariat". (...)

Ça évidemment cela a des conséquences sur la répartition de la valeur ajoutée, puisque cela veut dire qu'il y a moins de temps improductif que sont amenées à payer les entreprises. Elles n'emploient les gens que quand ils sont directement productifs. Ça c'est évidemment un biais par lequel se fait la répartition des richesses : un emploi jetable, sur mesure, qui s'est ajusté aux besoins variants des entreprises.

Le dernier point, il n'est plus directement sur le salaire. C'est à dire qu'il y a deux manières de verser du salaire : il y a ce qu'on appelle le salaire direct (...), et il y a le salaire indirect (les retraites, la Sécurité sociale, etc.). Ce qu'analysent un certain nombre d'économistes, c'est que dans un premier temps les actionnaires ont tapé sur le salaire direct pour augmenter leurs profits. Aujourd'hui c'est sur le "salaire indirect" : il va falloir cotiser plus longtemps pour toucher moins, on va cumuler retraite et emploi, il va y avoir des franchises médicales, il y a des déremboursements de médicaments. Tout ça c'est le dernier biais : en tapant sur le salaire indirect, dans la mesure où on ne peut plus faire baisser le salaire direct, qui a déjà stagné depuis 25 ans. Aujourd'hui il s'agit de supprimer les petits avantages, les petits à-côtés du salariat.


Un sujet tabou

Daniel Mermet :  Ce phénomène [le glissement, à l'intérieur du PIB, d'une part des salaires au profit des actionnaires, et les conséquences que cela représente], c'est assez curieux qu'il soit devenu un tabou, que et les médias, et le monde politique, et tous ceux qui pourraient en parler, n'en parlent pas (consciemment, inconsciemment) : parce ben ça va de soi, parce que c'est "normal" - parce que c'est une doxa.

Alors pourquoi la France a-t-elle du attendre si longtemps cette émission de "La-bas si j"y suis" avec le "professeur Ruffin", pour apprendre tout ça ?

François Ruffin :  (...) Pendant tout l'automne il y a eu des débats sur les régimes spéciaux de retraite. Il y a eu des débats sur le pouvoir d'achat. (...) Et pourtant si écoute ceux qui tiennent la parole, les éditorialistes économiques : jamais ils n'évoquent la question du partage des richesses. En permanence ils raisonnent en termes de croissance. Leurs solutions c'est le boom des services à la personne (mais ça c'est des emplois précaires, à temps partiel), c'est d'ouvrir le dimanche, c'est la "flexi-sécurité".

Daniel Mermet :  « Travailler plus pour gagner plus »

François Ruffin :  Ça c'est ce que va venir dire derrière le Président Nicolas Sarkozy, qui quand on lui dit "comment on fait pour augmenter le pouvoir d'achat ?", ne va jamais répondre en termes d'égalité, de justice sociale : mais en permanence en termes de croissance, de "travailler plus pour gagner plus", etc. Donc il y a une occultation complète, à la fois par les médias et par le gouvernement, de la question de la répartition de la valeur ajoutée dans le pays.

Si on écoute ce qu'avait dit Nicolas Sarkozy durant sa conférence de presse [29/11/2007] ("je ne peux pas distribuer des cadeaux de père-noël car les Français savent bien qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses", "je n’ai pas le pouvoir d’augmenter les salaires", "pour donner du pouvoir d’achat, il faut réhabiliter le travail") : le lendemain, toute la presse acclamait la prestation de Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas été "démagogique", puisque avec "habileté", il avait "tracé un programme de réformes" etc.

Je lisais ça dans Les Echos, et quelques pages plus loin je découvre l'information suivante :

   
« Grande plaisance, la course au luxe. Les millionnaires, toujours plus nombreux, sont lancés dans une course sans fin au plus grand, au plus beau, au plus luxueux yacht... Dans ces châteaux des temps modernes, le robinet à 8 000 euros plaît beaucoup »

      
On tourne encore deux pages, on aperçoit un autre papier :

   
« Les hôtels particuliers ont la cote. La mondialisation créé de plus en plus de multimillionnaires
»

   
Et on ouvre Le Monde, et on découvre que ce jour-là, à côté du pouvoir d'achat qui stagne pour les salariés, il y a en vente des chaises à 9 397€.

Daniel Mermet :  (petit gloussement) C'est des chaises pour aller dans le yacht...

François Ruffin :  Peut-être oui.

Daniel Mermet :  ...et regarder le robinet en or à...

François Ruffin :  à 8 000€.

Daniel Mermet :  (petit rire)

François Ruffin :  (...) Etablir aujourd'hui ce lien, entre un pouvoir d'achat qui stagne pour la majorité de la population, des emplois précaires etc., et quelques pages plus loin (pourtant c'est juste à côté), des riches qui sont de plus en plus riches, la croissance des multimillionnaires qui se payent des robinets à 8 000 € : aujourd'hui, tisser ce lien entre les deux extrémités de l'échelle sociale, c'est "démagogique". C'est "populiste", c'est malvenu, c'est indécent.

Que cela soit populiste, démagogique, pour Jean-Marc Sylvestre, Arlette Chabot et PPDA - parce que c'est une question qui aurait pu être posée : Arlette Chabot normalement si elle faisait son travail, elle pouvait poser la question à Nicolas Sarkozy sur ce qu'il pensait de cette injuste répartition des richesses, de ce glissement des 9,3% du travail vers le Capital. [Mais] c'est une question qui ne se pose pas. Que Nicolas Sarkozy ne la pose pas non plus, on le comprend, lui qui le soir de son élection dîne au Fouquet's avec l'ensemble du CAC 40 : si on vient dire "il faut que ces 9,3% repartent aux salariés au détriment du Capital", on comprend que ses amis ne vont pas être tout à fait contents.


La démission de la gauche

François Ruffin :  Ce qui est plus inquiétant, à mon sens, c'est que la gauche elle-même - la gauche gouvernementale en tous cas - n'en dise rien non plus. (...) [Or] à mon avis [la répartition des richesses] est le point central pour contrer la "nécessité" de toutes les "réformes".

Quand on écoute Manuel Valls, [il dit] "le courage aujourd'hui consiste à ne pas lutter contre ces "réformes", "le courage consiste à dire que ces "réformes" sont absolument nécessaires". On voit très bien que la logique de la gauche de gouvernement n'est plus une logique de combat. Ce n'est plus une logique de dénonciation du "mur de l'argent", et de confrontation à ce "mur de l'argent", quand le courage consiste non plus à se battre contre lui, mais au contraire à se résigner le plus vite possible. (...)

   
Daniel Mermet trace un récapitulatif de la première partie d'émission :

Daniel Mermet : (...) [Ce] qui me frappe le plus : ce transfert des richesses, du travail vers le Capital, qui s'est opéré au cours de ces 20 et quelques années, se fait au détriment (c'est ça qui est important à retenir) du travail, au détriment des salaires. Parce que on se dit "bon ils sont riches, tant mieux pour eux, ils ont des robinets en or, boarf, après tout si j'en avais j'en profiterais peut-être", enfin etc. : ce qu'il faut bien comprendre c'est que ces records de CAC 40, ces enrichissements, ces augmentations de richesse de l'actionnariat et de la rente, se font au détriment des salaires, à travers la précarité, à travers la stagnation des salaires, à travers les suppressions d'emplois, à travers la réduction de tout ce qui est, on va dire, "le social".

François Ruffin :  C'est ça.

Daniel Mermet :  Je souligne et j'y insiste, parce que ce n'est pas du tout présent dans le discours, ce n'est pas présent dans les médias, et ne n'est pas présent dans l'opinion.

François Ruffin :  Pour que les pauvres soient moins pauvres, ou pour que les travailleurs vivent plus confortablement (parce qu'il ne s'agit pas seulement des pauvres), il y a deux solutions :

-  Soit on répartit plus justement les richesses qui sont produites. Mais ce n'est pas du tout l'objectif aujourd'hui ni du gouvernement, ni du discours médiatique, ni non plus de la gauche gouvernementale. On n'est pas dans la plus juste répartition des richesses, alors que ces richesses existent.

-  Donc soit on répartit mieux le gâteau, soit, deuxième solution, on agrandit la taille du gâteau. Aujourd'hui, on vient nous dire que la seule solution pour que les pauvres soient moins pauvres, pour que les travailleurs vivent plus confortablement, c'est d'agrandir la gâteau. Agrandir le gâteau c'est quoi ? C'est la croissance. Vous voyez ? On vient nous dire que "il nous manque un point de croissance". (...) Que sans ce point de croissance, on est condamnés non seulement à ne pas augmenter les salaires, mais surtout à vivre des régressions sociales en série.

Or là il faut prendre un petit peu de recul historique. Sur l'ensemble du XXème siècle, la croissance moyenne est de 2% hors des "trente glorieuses". (...) Ces dernières années la croissance française tourne également aux alentours de 2%. Donc on est pas du tout dans une situation qui serait une situation de crise : on appelle ça une croissance molle ; notre "croissance molle" c'est somme toute une croissance normale.

Et pourtant il y a tout un discours idéologique qui voudrait nous faire croire que avec ces 2% de croissance, on est condamnés à la régression sociale, et condamnés à ce que les salaires stagnent. Tout dépend à qui vont ces 2% de croissance. Est-ce que ces 2% de croissance vont en augmentations de salaires ? Ou est-ce que ces 2% de croissance vont en augmentations des dividendes ? Ça c'est LA question qui, dans le débat public, n'est "pas autorisée".

Avoir comme on en rêve une croissance à 4, 5 ou 6%, ce n'est possible que dans les pays qui sont en hyper-développement (...), et aussi dans les "périodes de rattrapage" (ce qui était le cas de la France des "trente glorieuses").

Aujourd'hui on va tenter de "soigner le mal en aggravant le mal". On a déjà des travailleurs qui sont précaires : mais, pour gagner ce point de croissance supplémentaire, on va proposer un certain nombre de mesures, (...) en finalement flexibilisant encore davantage, en redéfinissant le licenciement économique (permettant des licenciements plus faciles), en diminuant des dépenses publiques (au premier rang desquelles la mise sous condition de ressources des allocations familiales), on va augmenter la CSG, etc. Donc pour soigner le mal (...), on aggrave le mal. On propose des dimanches ouvrés : des tas de mesures qui vont directement peser sur les salariés.

Je pense que normalement, la gauche doit s'opposer à ce type de discours. (...) On a une gauche qui est totalement rangée sur la position de la droite, (...) qui est de dire : "tant que l'on a pas une croissance de 4, 5, 6%, il n'y a pas de possibilité d'améliorer la condition salariale, il n'y a pas de possibilité de progrès social dans le pays". Or [les mesures du] Front Populaire (les congés payés et un certain nombre d'autres mesures) ont été prises au cours du XXème siècle dans des périodes où la croissance n'était pas supérieure à 2%.

 

Conclusion

Daniel Mermet :  Conclusion ?

François Ruffin :  (...) Il y a la nécessité de se demander comment on fait pour regagner les 9,3% ou au moins une partie des 9,3% qui nous ont été pris, comment on regagne ces 180 milliards qui nous sont pris chaque année : ça passe effectivement à mon avis par la taxation des capitaux, (...) ça passe aussi par un mot qui est devenu un mot tabou dans ce pays, c'est le protectionnisme. (...)

allais2Le seul « prix Nobel » d'économie français que l'on ait s'appelle Maurice Allais, [c'est] un vieux monsieur mais qui continue de produire, qui est toujours vivant. [Il] est très peu interrogé, pourquoi ? Parce que ce monsieur met en lumière lui aussi un partage de la valeur ajoutée qui est inégal, qui est injuste dans le pays, et parce que ce monsieur vient dire "pour une plus juste répartition des richesses, une première mesure à prendre c'est un retour au protectionnisme" (au niveau français ou mieux au niveau européen). Mais ce mot "protectionnisme" c'est aussi devenu un mot tabou. Parler de partage des richesses, parler d'égalité, parler de protectionnisme, ce sont des mots qui sont devenus tabous, (...) même à gauche.
   

   
L'émission est écoutable en intégralité ICI.


  • « Je suis encore "sur le cul" après l’écoute de l’émission de cet après midi. En une heure on comprend tout. » (Didier HEBERT, 24/01/2008, ICI)
  • « Effaré, ya pas d’autre mot, je découvre pas tout ça, mais de l’entendre si bien etayé, ça tue !!! Que faire ???? » (johann, 24/01/2008, ICI)
  • « L’autre jour, nous nous demandions pourquoi les salaires du bâtiment avaient autant stagné, sinon baissé, depuis les années 70. Eh bien voilà ! Nous avons l’explication. Merci Messieurs Bouygues, Vinci , Lafarge et autres... » (Roland Franz Jehl, 25/01/2008, ICI)
  • « Je ne suis pas plus fufute que quiconque, mais franchement, j’avoue que j’avais compris depuis longtemps que l’éternelle exigence de "croissance" est une vaste fumisterie où les riches s’enrichissent sans que les pauvres ne se scandalisent trop, et que depuis la fin des années 70, cela a pris l’allure d’une entourloupe généralisée. L’émission avec François Ruffin n’a rien décrypté pour moi. En revanche, peut-on réfléchir à pourquoi ce mécanisme apparaît-il si crypté ? Comment en sommes-nous rendus (toutes les catégories : journalistes, ouvriers, retraités...) à élire Sarkozy ? On sait que la télé a un rôle et aussi la pub, les vendeurs d’illusions collectives, mais comment ça marche ? » (Odile, 26/01/2008, ICI)

   
Résumé de la situation en BD, par l'équipe du journal Fakir, ICI.

   

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A lire :

En Europe, la part des revenus du travail dans le PIB a perdu 12% depuis 1975 ("Contre-Info")
Partage des richesses, la question taboue (François Ruffin - "Le Monde Diplomatique")
Travailler plus pour gagner moins (Michel Husson - "Le Monde Diplomatique")

La baisse tendancielle de la part salariale (Michel Husson)
Pierre Larrouturou : « L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur » ("Libération")
Chômage, précarité, salaires et retraites... état des lieux ("Urgence sociale")
Baisse des prix : une tendance par définition positive ? ("SSP")
Salaire des patrons : +58% d'augmentation en 2007 ("Les cordons de la bourse")

Le Libéralisme en question ("Chris79" - 'LePost") 

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jeudi 1 mai 2008

La REACTION est à l'oeuvre en France

   
Ne pas manquer la façon dont Alain Badiou cerne la réaction dans l'Histoire de France depuis la Révolution :


Badiou : de quoi Sarkozy est-il le nom ?


Sarkozy tombera jusqu'à 25% d'opinions favorables (les gens se décillent enfin les yeux sur son compte), mais le quinquennat et l'alignement des législatives sur la présidentielle lui laissent la haute main sur le pays pour 4 ans encore.

Après avoir été durant la campagne, de façon éhontée, les principaux agents de la mystification sarkozyenne, les médias "officiels" retournent leur veste et reviennent maintenant à davantage d'impartialité (pour ne pas se faire "lyncher" avec le principal coupable sans doute), mais c'est TROP TARD.

Il y a dans tout ça quelque chose de grave.

 

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Sur le même sujet :

Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?

   
   

Ce billet a été également été publié sur Betapolitique.fr

 

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Mise à jour

   

De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, par Alain Badiou ("Le Monde", novembre 2008)

« Que voit-on, ainsi détourné, ou retourné ? On voit, ce qui s'appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n'est qu'un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeurs, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. »

« Laissons au film-crise, ainsi revu, sa force didactique. Peut-on encore oser, face à la vie des gens qui le regardent, nous vanter un système qui remet l'organisation de la vie collective aux pulsions les plus basses, la cupidité, la rivalité, l'égoïsme machinal ? Faire l'éloge d'une "démocratie" où les dirigeants sont si impunément les servants de l'appropriation financière privée qu'ils étonneraient Marx lui-même, qui qualifiait pourtant déjà les gouvernements, il y a cent soixante ans, de "fondés de pouvoir du capital" ? Affirmer qu'il est impossible de boucher le trou de la "Sécu", mais qu'on doit boucher sans compter les milliards le trou des banques ? »

« Il faut renverser le vieux verdict selon lequel nous serions dans "la fin des idéologies". Nous voyons très clairement aujourd'hui que cette prétendue fin n'a d'autre réalité que le mot d'ordre "sauvons les banques". »

         

Alain Badiou : «Le volontarisme de Sarkozy, c’est d’abord l’oppression des plus faibles» (Libération, janvier 2009)

« Son volontarisme s’applique à ce à quoi il peut s’appliquer, c’est-à-dire à travers l’oppression des plus faibles, singulièrement les ouvriers de provenance étrangère, et à l’extension sans frein, par des lois scélérates, de l’appareil répressif. Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. La désignation du malade mental à la vindicte publique est l’un des aspects les plus révulsifs de sa politique. Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. »

   

Alain Badiou : «C'est le communisme qui est une idée neuve en Europe» (Libération, janvier 2009)

« Toute une partie de la politique de Sarkozy produit une diminution des libertés publiques. Il y a multiplication des contrôles, aggravation de peines, et attaques ouvertes contre les institutions chargées de défendre ces libertés. Il ne fait maintenant aucun doute que la conception que se fait Sarkozy de l'action de l'Etat est de façon principale une conception autoritaire et répressive. »

« Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. »

   
   

Alain Badiou l'hypothèse communiste "Ce soir ou jamais" 09-04-2009

 

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mercredi 9 mai 2007

La revanche du Petit Nicolas

            
flaran_cloitreNicolas Sarkozy avait indiqué son intention de se retirer, au lendemain du 2ème tour, et durant trois jours, peut-être dans un monastère. L'objectif de cette retraite est sérieuse : «Habiter la fonction», mesurer la lourdeur de sa tâche et «se reposer après le fracas de la campagne».

 

   

  • « Ce matin, Nicolas Sarkozy, méditant atypique, fait "retraite", à Malte, sur le yacht "luxueux" de Vincent Bolloré, avec sa famille et une poignée de proches. Avant de partir, Nicolas Sarkozy avait passé la "nuit de dimanche à lundi" au "Fouquet's". Ce matin, les pauvres con(ne)s qui ont cru Nicolas Sarkozy, quand Nicolas Sarkozy leur a signifié qu'il était "près des travailleurs" et non "dans les grands hôtels parisiens", doivent avoir déjà un peu mal au fondement: qu'ils se munissent d'onguents, ce n'est que le tout début. (...) Ce matin, la France d'après, la France de maintenant, est d'ores et déjà ce lieu dégueulasse où le grand patronat et la droite "décomplexée" affichent leur intimité sécurisée, sous le regard complice des journaleux serviles. » (Sébastien Fontenelle)
  • « Il faudrait se boucher les yeux et les oreilles ? Mais c’est pourtant ici l’inconscient de Nicolas Sarkozy qui s’étale en gros plan, comme sa montre Rolex Daytona (elle aussi un peu lâche sur le poignet), lors du fameux débat, le 2 mai, à la télévision avec Ségolène Royal. (...) L’inconscient de NS est celui d’un grozbulle001"parvenu... au pouvoir" : il a droit enfin à toutes les richesses et à celui de les montrer au bon peuple ébahi. » (Dominique Hasselmann)

  • « Vu hier les images de Sarkozy marchant aux côtés de Angela Merkel : il y avait dans le déhanchement de Sarkozy, dans sa gesticulation, dans ses chaussures ridicules aussi (peut-être davantage par leur longueur surdimensionnée que par le dispositif haut talon + semelle compensée intérieure), il y avait dans sa façon de se déplacer, avec toute cette exagération de gestes, une vulgarité fondamentale, matinée d'arrogance, qui faisaient penser à une petite frappe soudainement promue, bien davantage qu'à un haut personnage de l'Etat. Consternant.» (antennerelais)
  • « A l’heure où la menace d’un conflit nucléaire à venir dans les prochaines années n’a jamais été aussi forte, il est stupéfiant d’assister au spectacle offert à la communauté internationale par ce nouveau président de la République, tous les jours en culottes courtes et dont la première des préoccupations est de faire joujou avec ses nouveaux hochets de chef de l’Etat : la limousine blindée, les agents de sécurité, Brégançon, l’hélicoptère, quitte au passage à piquer ceux des autres (je pense à l’occupation de la Lanterne à Versailles, jusque là réservée au Premier ministre). » (FM2007)


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Posté par antenne_relais à 00:10 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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