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Camp Rom de Ris Orangis, 19 février 2013 (© Madalin Covaci - source)

 

Mardi 27 août 2013, le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon déclara inacceptable que des enfants Roms soient victimes de ruptures de scolarité en raison d'expulsions de campements.

Certains s'interrogèrent : les propos de Vincent Peillon constituaient-ils « une critique de la politique de Manuel Valls » ?

 

Réponse :

« Trois jours plus tôt déjà, à l'Université d'été du PS (UEPS), Vincent Peillon amorçait son (magnifique) discours en rappelant l'ère d'abaissement du quinquennat Sarkozy, précisant notamment que l'identité nationale ne se définit pas par rapport aux étrangers, aux immigrés, c'est à dire selon des critères ethniques ; il ajouta qu'il ne faudrait pas retomber dans ces abaissements. Peu après il eut une parole pour les enfants Roms. Difficile de ne pas voir là message un peu plus que subliminal envoyé à Manuel Valls (on sait par ailleurs que le "préfet des Roms" Alain Régnier a fait part publiquement de soucis quant à la bonne conduite de sa mission, notamment par la faute de l'Intérieur - dans les mêmes déclarations il précisait travailler en bonne entente avec l'Education). Cette attention de Vincent Peillon à la scolarisation des enfants Roms ne date pas d'hier. »

(source)

 

Détail des propos de Vincent Peillon à l'UEPS à partir de 00'50 :


Plénière école : Vincent Peillon

 

Jean-Paul Kopp, président de Rencontres Tsiganes et très actif sur Twitter au sujet des Roms, précise : 

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« La circulaire interministérielle du 26 août 2012 a été signée par 7 ministres (dont Vincent Peilllon et George Pau-Langevin pour l’Education). Or, pendant des mois, seul le ministre de l’Intérieur a communiqué sur le sujet, s’exprimant toujours sur le volet "répression" de la circulaire. Le travail considérable entrepris depuis un an par la mission Régnier a été très peu mis en avant. Que d’autres ministres en charge de ce dossier s’expriment plus fortement aujourd’hui est une bonne chose. Sur le terrain, les problèmes de scolarisation restent très variables d’une commune à une autre. Il faut souligner d’une manière générale la forte implication du corps enseignant qui fait un travail remarquable auprès de ce public. Mais la scolarisation se heurte encore à des difficultés : des communes qui rechignent à scolariser des enfants roms sous divers prétextes souvent fallacieux, des conditions de vie extrêmement précaires (hygiène, promiscuité, crainte d’une évacuation) qui ne permettent pas une scolarité "normale", et surtout des expulsions "sèches" qui se succèdent compromettant systématiquement et de façon durable la scolarisation des enfants. Le travail de diagnostic préconisé par la mission Régnier et diversement appliqué selon les préfectures devrait prendre en compte, en théorie, la scolarisation des enfants lors d’une évacuation afin qu’il n’y pas de rupture. Mais cela reste évidemment très difficile quand des solutions alternatives suite à une évacuation n’ont pas été prévues. [...] la grande majorité des familles [Roms] souhaitent que leurs enfants soient scolarisés et il n'y a absolument aucun obstacle "culturel" comme on peut encore l'entendre trop souvent. »

(source)

 

Comme le remarquait Jean-Paul Kopp, il semble que le ministère de l'Education soit résolu en cette rentrée 2013 à « s'exprimer plus fortement » sur la scolarisation des enfants Roms (ce qui, on l'espère, détournera au moins Manuel Valls de nouvelles déclarations tonitruantes et irresponsables (2)).

(2) Le ministre de l'Intérieur de François Hollande déclara notamment que les Roms habitant des campements "ne souhaitent pas s'intégrer". On aimerait connaître les statistiques des incendies de campements Roms, avant et après que M. Valls les ait ainsi publiquement désignés à la vindicte. Une chose est certaine : avant les sorties provocatrices de M. Valls sur les Roms (dont une le jour même de l'anniversaire de l'élection de F. Hollande...), les messages haineux/racistes envers les Roms étaient rares sur le réseau social Twitter. Depuis, ils pullulent.

 

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Hier jeudi 29 août le ministère de l'Education enfonce le clou, lors de la conférence de presse de rentrée donnée par Vincent Peillon et George Pau-Langevin. 

Vincent Peillon d'abord (à 29'15 de la vidéo suivante) :

« [...] des sujets qui nous tiennent profondément à coeur, par exemple l'accueil des enfants à l'école. C'est une question dans notre pays, nous avons une mission, un devoir d'accueillir tous les enfants dans l'école ; la scolarité est obligatoire. Il y a sur notre territoire des difficultés ; nous pouvons les comprendre. Mais notre responsabilité d'éducateurs est d'accueillir tous les enfants. Ce travail a été conduit par deux circulaires, en particulier au moment de la question de l'accueil des enfants Roms l'année dernière, et l'Education nationale est présente à tous les rendez-vous. »


Conférence de presse de rentrée 2013 par EducationFrance

Puis George Pau-Langevin (à 44'26 de la vidéo ci-dessus) :

« Nous allons parler de ce qui concerne la scolarisation des enfants allophones (3). Il s'agit de mettre en oeuvre, de mettre en pratique le fait que cette école inclusive que nous appelons de nos voeux s'adresse à tous ces enfants. Lorsque nous essayons de nous battre au jour le jour pour que ces circulaires sur les enfants allophones soient appliquées sur le terrain, c'est une manière de mettre en pratique cette loi, ce principe qui a été affirmé, et sur lequel nous sommes tous d'accord. Parmi ces enfants allophones, évidemment, la situation des enfants itinérants est quelque chose de particulièrement délicat. Mais nous savons que même si au jour le jour un certain nombre d'élus sont sensibles aux interrogations parfois légitimes, aux récriminations de la population, nous savons aussi que ce principe qui est que notre pays assume ses obligations en matière de protection des enfants, et que tous les enfants quel que soit leur mode de vie, quelle que soit la nationalité de leurs parents, ont droit à la protection de la puissance publique, et particulièrement au droit d'être scolarisés : c'est quelque chose que au jour le jour nos équipes font appliquer, et nous continuerons bien évidemment à faire en sorte que ces enfants-là comme les autres bénéficient de la protection de l'Education nationale et puissent être scolarisés ; parce que nous savons tous que lorsqu'il y a un cercle vicieux, de l'exclusion, du racisme, de la discrimination, et parfois des comportements qui ne sont pas conformes à ce que nous souhaiterions, eh bien pour essayer de rompre ce cercle vicieux il y a une chose essentielle à réussir, c'est la scolarisation. Se battre pour la scolarisation des enfants précarisés, des enfants allophones et notamment des enfants Roms, c'est une manière d'assurer l'épanouissement de ces enfants, c'est une manière d'assurer aussi le respect des principes fondateurs de notre société, et c'est une manière aussi par définition d'assurer pour notre société la sérénité, la sécurité dont elle a besoin ; en cela c'est quelque chose d'essentiel pour tout le monde. »

(3) Allophone. Personne dont la langue maternelle est une langue étrangère dans la communauté où elle se trouve ("Le Petit Robert").

 

Manuel Valls entendra-t-il le message ? Pas impossible : hier, plutôt qu'une énième déclaration provocatrice - et mensongère - sur les Roms (déclarations manifestement destinées à parfaire son image médiatique aux yeux du plus grand nombre), le ministre de l'Intérieur fit connaître son intention de faciliter les démarches des candidats à la naturalisation.

 

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A lire :

«Les tensions envers les Roms sont plus vives en France qu'ailleurs» (Libération.fr, 30/07/2013)

«Les évacuations de camps cassent les processus d’intégration des Roms» (Mediapart, 08/04/2013)

Roms : luttons contre les idées reçues (RomEurope.org, 13/06/2013)

«Se souvenir des persécutions nazies des Roms et des Sinti : un instrument essentiel dans la lutte contre le racisme d’aujourd’hui» (Nations Unies)

Les blessures enfouies d'un Tsigane français interné en 1940 en France (LaDépêche.fr, 04/04/2010)