Vincent Peillon plaide sur Canal+ pour une meilleure redistribution des richesses au moyen d'une "grande réforme fiscale". La journaliste, elle, cherche un "buzz" sur l'ISF.

       

  

Vincent Peillon était aujourd'hui invité de l'émission Dimanche+ (C+) animée par la journaliste Anne-Sophie Lapix.

 

 

Après qu'ait été traité le sujet du bouclier fiscal, la journaliste demande à Peillon (à 1'30 de la vidéo ci-dessus) :

« certains en profitent pour demander la suppression de l'ISF, et en contrepartie une nouvelle tranche d'imposition plus haute, est-ce que c'est une bonne idée ? »

Peillon rétorque :

« la bonne idée cela va être de remettre un peu de justice dans tout notre système fiscal, je suis partisan d'une grande réforme fiscale. On a [...] l'explosion des très hauts salaires, des écarts qui s'accroissent, et des gens qui ont gagné beaucoup d'argent [...]. »

La journaliste ne lâche pas le morceau (à 2'24) :

« la suppression de l'ISF c'est inenvisageable pour vous ? »

Peillon :

« c'est assez marginal par rapport à la question qui est celle de remettre de la progressivité, donc fondre l'impôt sur le revenu et la CSG, faire des tranches supérieures d'impôt sur le revenu qui correspondent à quelque chose, nettoyer ces niches fiscales qui permettent aux plus riches de ne pas payer, et si on trouve un système intelligent, pourquoi pas. »

Il ajoute aussitôt :

« Mais faisons attention, [...] on s'intéresse toujours aux détails, aux choses très politiciennes et pas au fond. »

Trop tard.

Moins d'une heure après, LeFigaro.fr titre, reprenant une dépêche AFP :

Suppression ISF: "pourquoi pas" (Peillon)

Puis 20minutes.fr :

Vincent Peillon n'est pas contre la suppression de l'ISF

Puis d'autres comme NouvelObs.com :

La suppression de l'ISF : "Pourquoi pas", répond Vincent Peillon

Avec là en plus une erreur de retranscription, avec cette citation : « si on trouve un système intelligent, pourquoi pas, mais faisons attention ». Or comme on l'a vu plus haut, le « faisons attention » de Peillon renvoyait non à la suppression de l'ISF : mais au fait de « s'intéresser toujours aux détails, aux choses très politiciennes » (en l'occurrence l'ISF), et pas « au fond ».

   

Bref, alors que Peillon a plaidé pour la nécessité de faire davantage payer les plus riches, différents relais de presse mettent par leurs titres les pleins feux sur un élément secondaire (quoique symboliquement important), accréditant aussitôt dans l'esprit du lecteur pressé (tout un chacun sur le net) l'idée que Peillon veut favoriser les riches. Soit l'inverse exactement de ce qu'il a défendu plusieurs minutes durant !

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Comme on avait pu le remarquer déjà en conclusion d'une précédente étude, la "recherche de buzz" ne vise pas prioritairement à informer, mais à attirer l'attention sur soi émetteur (ou relayeur) du "buzz".

  • « L'objectif premier du "buzz" n'est pas de livrer une information, mais plutôt publicitaire : il s'agit de se faire remarquer, d'attirer à soi, source du "buzz", un maximum de trafic. » (contributeur anonyme)

Un médecin qui ne viserait pas d'abord le bien de son patient, mais sa propre publicité ; un enseignant qui ne viserait pas d'abord l'essor et les progrès de son élève, mais on ne sait quel profit personnel : ces gens seraient aussitôt méprisés, blâmés. Ne devrait-il pas en être ainsi, pour un journaliste "recherchant le buzz" ?

Sans doute le journaliste précaire employé par tel site de presse en ligne a quelques circonstances atténuantes. Mais une journaliste en vue, à la sécurité de l'emploi assurée et ceci aux meilleurs postes, au salaire conséquent, à la popularité lui permettant sans doute de préserver une indépendance, voire une certaine exemplarité dans la conduite de son métier : cette journaliste se devrait de ne pas "rechercher le buzz" !

   

 

Mise à jour 06/04/2010

   

Filmé dans Confidences+, en marge de l'émission Dimanche+ du 4 avril 2010 sur Canal+, Vincent Peillon réagit à la vidéo de Jean-Luc Mélenchon qui a "créé le buzz" durant plusieurs jours.

Tout en lui apportant son soutien, il esquisse une critique d'un "système médiatique" orienté vers le "spectacle" et qui semble se perpétuer de lui-même, dans lequel les journalistes (ainsi que les hommes politiques) se retrouvent finalement pris au piège.

 

   

Extraits :   

« On est un pays dans lequel on préfère actuellement la lâcheté, courber l'échine, ne pas dire ce qu'on pense... Et surtout plier à la demande, puisque le grand pouvoir est médiatique, les grands groupes etc. : si vous voulez exister comme homme politique il faut faire ce que l'on vous dit. [...] Il y a une injonction de parole vous savez, c'est le pouvoir totalitaire : il faut répondre aux question qu'on vous pose. Enfin même mon fils ne répond pas à toutes les questions que je lui pose! Mais l'homme politique - qui est dans le fond "un moins que rien" - il doit se soumettre au spectacle, organisé par d'autres.

Donc [Mélenchon] est en révolte.
[...] Il a toute ma solidarité, et je lui dis : tiens bon. [...] Vous savez, quand Socrate était dans la Cité, de temps en temps il piquait un peu les gens pour les réveiller. [...]
Je pense que c'est pas mal de dire ce qu'on pense aux gens de temps en temps, et de leur renvoyer l'image - parce qu'ils ne s'en rendent pas compte, c'est "les somnambules" de ce qu'ils... ; et puis il faut [le journaliste doit] gagner sa croûte, c'est comme ça qu'on tient tout le monde... [Mélenchon] a "renvoyé l'image". »

   

   

Mise à jour 07/04/2010

   
Invité ce matin sur France Inter, Vincent Peillon est ainsi relancé par un journaliste :

« vous prônez aujourd'hui la suppression de l'ISF »

Réplique goguenarde de Peillon :

« C'est une erreur de l'AFP, je vous encourage à regarder, je n'ai jamais dit ça » !

A visionner à partir de 8'37 là :

Vincent Peillon répond aux questions des auditeurs (France Inter) - vidéo

 

Peillon ajoute (à 10'08) :

« On vous pose une question sur quelque chose [l'ISF] dont je comprends bien que c'est un symbole - en France on parle toujours des symboles, comme sur la retraite, et jamais des vrais problèmes, et ça donne l'état du pays où l'on est. Je veux parler des vrais problèmes. Cela fait 15 ans que je me bats pour qu'il y ait un grand impôt progressif en France (je pense qu'on va y arriver), et on me pose une question sur quelque chose dont tous les spécialistes [disent que] c'est secondaire ! »
 

Plus loin :

« c'est aussi le grand problème dans votre métier (comme dans le mien) : la vérification de ce qu'on allègue. » (à 15'36)

« Maintenant vous avez une espèce de "procès médiatique" qui démarre, un engouement absolu, sans qu'on vienne à la rationalité des choses. » (à 16'15)

 

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A lire aussi :

AFPisation de la vie publique : bienvenue en buzzocratie ! (Romain Pigenel - Variae)

Sous le règne du buzz, malaise dans la politique et l'information (Narvic - Slate)

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Billet également publié sur Agoravox