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Pour une bonne partie du public aficionado, Inma "La Carbonera" aura été la révélation du Festival flamenco "Voix de Femmes", qui réunissait au théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes), du 6 au 8 mars 2009, neuf cantaoras, la plupart en provenance d'Andalousie.

Inconnue à Paris il y a encore quelques mois (spectacle "Larachi Flamenca" en novembre 2008), la cantaora sévillane aura fait passer sur la grande salle du théâtre de l'Epée de Bois, qui affichait complet, un souffle très personnel et caractéristique.

Contrastant avec d'autres cantaoras au chant extraverti (faisant parfois penser à des chanteuses classiques lyriques), Inma "La Carbonera" semblait sortir son chant du plus profond (« du ventre » disaient plusieurs aficionados après son concert). Un natif de Jerez, lui-même cantaor, avançait à la fin du Festival cet éclairage : elle "garde" la mélodie (guardar), "derrière" (atrás), le chant la "traversant", lui passant "à travers". Voici qui pourrait participer à une description de l'art du cante jondo !

   

« Inma "la Carbonera" possède un superbe timbre vocal, légèrement rauque et voilé, et un excellent sens du compás et de la mise en place. [...] Nous garderons surtout le souvenir de son interprétation de « Dime », de Lole Montoya, et d’une poignante série de Soleares, conclue par un superbe cante de La Serneta. Le cante n’est jamais aussi fascinant que lorsqu’il est ainsi servi par une artiste qui accepte de s’exposer au risque d’une situation limite, sur les plans vocal et émotionnel : Inma nous annonça avant « Dime » qu’elle allait tout faire pour "transmettre" (en l’occurrence, le sens de cette chanson aux spectateurs ne comprenant pas l’espagnol). Elle nous aura "transmis" infiniment plus. »

(Claude Worms, Flamencoweb.fr)   

  

La façon toute généreuse dont Inma "sacrifia" sa fin de récital en réservant ses bulerías pour la fin de fiesta partagée en toute fin de soirée avec les deux autres cantaoras à l'affiche, aura aussi frappés les spectateurs. L'esprit de fraternité qui circulait entre les artistes, particulièrement marqué ce samedi 7 mars (il a couru durant tout le Festival), semblait ce soir là en bonne partie insufflé par elle.
   

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A propos du spectacle "Larachi Flamenca" en novembre dernier à Paris, on notait déjà ce commentaire :

« [...] pour nous la véritable révélation du spectacle fût Inma "La Carbonera". Grâce à sa voix mais aussi à un judicieux choix de letras, elle a beaucoup touché les spectateurs. Même si elle ne fit qu'une seule intervention en solo au cours du spectacle, ce fût un des moments marquants de la soirée. Son interprétation du tientos de Chacon fût tout simplement magique.

Si l'on pouvait décrire LA voix flamenca, ce serait celle d'Inma "La Carbonera". La chanteuse de Séville a en effet ce timbre rauque si caractéristique qui plaît tant aux aficionados. Une artiste à suivre de près. »

(Murielle Timsit, Sevillanes.net)   

  

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Âgée d'une trentaine d'années, née de père gitan cantaor (disparu alors qu'elle était jeune enfant, mais dont elle a hérité de tous les dons), et de mère andalouse muy flamenca, Inma "La Carbonera" a grandi à la Cité des 3000 "Poligono Sur" à Séville. Contrairement à d'autres cantaoras ayant bénéficié du soutien d'une "famille flamenca" constituée, ou/et des cours d'une institution "officielle" débouchant naturellement sur le passage de concours flamencos, Inma a gravi seule les marches de la reconnaissance, par la force de sa conviction et de son talent.

Elle tient son surnom flamenco "La Carbonera" d'un long passage à La Carboneria, lieu emblématique du flamenco à Séville. Sa carrière a connu une accélération lorsqu'en 2004 elle intègre la compagnie Maria Serrano, dont elle est depuis la voix féminine : plusieurs spectacles, entre autres Carmen et Flamentango, tournent chaque année à travers de nombreux pays d'Europe, et au-delà (dans certains spectacles Inma est l'élément moteur à l'égal de la danseuse et chef de troupe Maria Serrano, comme en témoignent à la fin les applaudissements du public). En 2005 elle intègre le groupe de Falete pour ses tournées annuelles à travers l'Espagne (Inma s'y révèle, associée au danseur "El Pelón", l'élément catalyseur indispensable de la vedette sévillane). On la retrouve aussi à l'affiche avec d'autres compagnies, entre autres Amador Rojas avec le spectacle Khalo Caló, présenté à la Biennale de Séville 2008 (Inma y enlève presque à elle seule la fin du spectacle). Depuis deux ans elle tourne régulièrement en solo dans les circuits de peñas de la région de Séville, elle est invitée dans différents programmes télévisés, elle participe aussi à divers enregistrements pour le compte d'autres artistes (Pepe El Marismeño, Alicia Gil...). En 2008 elle s'illustre dans le CD Así canta nuestra tierra por Sevillanas (une des sevillanas chantées par Inma est le point culminant de l'album).

Prise en charge depuis 2006 par la maison de production Valquiria Producciones, son projet de disque y est actuellement hélas en suspens (difficulté à investir sur une nouvelle artiste en ces temps de crise...). Gageons que, par tel ou tel canal, Inma "La Carbonera" pourra enfin et rapidement sortir un disque à son nom : il y aurait crime à ce qu'un tel talent, si singulier et frappant, ne soit pas porté à la connaissance et à l'appréciation du plus grand nombre.

 

Inma "La Carbonera", Bulerías (Canal Sur, été 2008)

 

Inma "La Carbonera", Tangos (Canal Sur, été 2008)

 

Liens complémentaires :

- Interview de Inma "La Carbonera" (Musique Alhambra, sept. 2010)

- Interview de Inma "La Carbonera" (2007, suite à une tournée Maria Serrano en Grèce) avec réponses en VO espagnole, et une soleá à écouter en ligne.

- Reportage sur un concert de Inma "La Carbonera" et El Mati à Paris (Musique Alhambra, sept. 2010)

   

Note (28/07/2010). Cet article est la sauvegarde sur ce blog politique du même article initialement publié sur le site "sevillanes.net" (baptisé ensuite "flamenco-culture.com"), article disparu avec la récente suppression de la catégorie "Artistes".