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A voir absolument : Solutions locales pour un désordre global, le dernier film de Coline Serreau (réalisatrice du mémorable et désopilant Trois hommes et un couffin), sorti le 7 avril en France.

Tout politique, tout citoyen, tout humain digne de ce nom doit voir ce film, extrêmement frappant et instructif sur le sujet du capitalisme fou, appliqué en particulier à l'agriculture et à la production de nourriture.

Ce film n'est qu'un "documentaire", mais sera peut-être un des films les plus importants de l'histoire du cinéma de par la somme des vérités qui y sont mises à jour (voire révélées) pour le plus grand nombre, et donc par l'influence que ce film peut et doit avoir sur l'actuel cours des choses ici-bas.

La parole est donnée dans le film à d'admirables personnes (en France, en Inde, au Brésil), qui restent gravées en mémoire bien davantage que tous les acteurs de cinéma. D'ailleurs, et sans vouloir amoindrir les mérites de Raymond Depardon, on peut trouver disproportionnés les éloges et le respect ayant entouré ses films sur les paysans, par rapport au relatif silence accueillant aujourd'hui le film de Coline Serreau. Sur le sujet des paysans entre autres, ce dernier film de Serreau est incommensurablement plus important et frappant que les pourtant très estimables derniers films de Depardon !

L'agressivité ou l'irrespect même, qui affleurent dans certaines critiques sur le film de Serreau ("critiques" écrites on le dirait par des sortes d'attardés mentaux bien que publiées dans Télérama ou Le Monde), sont étonnants : ils sont peut-être le signe finalement que ce film vise juste, mais inconforte les adeptes d'une pensée paresseuse et peu instruite ou peu curieuse, encore trop sous l'influence d'"idées dominantes" favorables aux intérêts des puissants (on pense aussi à cette maxime de Stendhal : « tout bon raisonnement offense »).

Aucun écrit, aucun extrait du film ou entretien vidéo disponibles sur le net, ne rendent compte correctement de ce film qui forme une œuvre à part entière : il faut le voir.

A noter que lundi 12/04/10, à la séance de midi à l'UGC des Halles (Paris), le film fut applaudi par la salle, fait rarissime (voir aussi les avis des internautes sur le site de Télérama, unanimement indignés par la "critique" indigente publiée par l'hebdomadaire).

   

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Mise à jour 19/04/2010

 

On nous informe que le film fut applaudi samedi soir 17/04 au cinéma La Bastille (Paris 11ème) - salle assez clairsemée, comme d’ailleurs le lundi précédent à l’UGC des Halles.

Il se confirme deux choses :

1). le film remporte un succès immédiat et marqué auprès d’un public reconnaissant et enthousiaste (il est d'ailleurs quasi impossible de trouver sur le net un commentaire négatif sur le film). Mais public souvent clairsemé, sans doute à cause du point 2 :

2). certains médias dominants ou "officiels" semblent s’être passé le mot pour discréditer le film, pour en détourner les foules : alors que bien rarement dans l’histoire du cinéma (et particulièrement ces dernières années...), un film aura à ce point justifié le déplacement, comme d’ailleurs le prix de la place. Ce film aurait du avoir les honneurs de Télérama par exemple, et pourquoi pas y faire la "Une" : il y aura été fusillé en quelques lignes. Ceci est absolument incompréhensible.

   

Quelques commentaires ou réflexions recueillis sur le net depuis la sortie du film :

« J'ai vu ce film le jour de sa sortie, mais après avoir hésité, devant la critique désastreuse de Télérama : honte à moi pour cette hésitation, qui a failli me faire rater un film indispensable et magnifique. » (Filou Romeo - le 18/04/2010 à 10h37)

« les films de Coline Serreau sont souvent en avance sur la société..et plus encore sur certains collaborateurs d'une presse dite culturelle. » (maindanlaterre - le 19/04/2010 à 11h20)

« vu hier soir ; salle bondée ; applaudissements fournis à la fin!!! » (mirenond - le 18/04/2010 à 09h58)

« Je suis sidéré d'une telle critique de la part de Télérama. D'autant plus qu'elle n'est même pas nuancée par un autre avis ! J'ai failli ne pas aller voir ce film à cause de cette critique alors que le monde agricole va si mal. Une personne s'est donnée du mal et a consacré beaucoup de son temps et de son énergie pour faire ce documentaire que je trouve très réussi. C'est à n'y rien comprendre! » (Karl_57 - le 15/04/2010 à 23h55)

« Oh la la ! Je suis sidérée par cette critique. Torpiller une telle invitation à réfléchir et à agir, est-ce bien le rôle de Télérama ? (...) Il ne reste plus qu'à espérer que cette critique malheureuse ne détournera pas les spectateurs de ce documentaire humaniste, généreux et intelligent. » (Gibi89 - le 14/04/2010 à 17h32)

« Des témoignages passionnants et des solutions instructives et intelligentes, à voir sans hésiter. »
(avril2 - le 10/04/2010 à 11h43)

« bravo à cet excellent documentaire, qui nous change des images planantes de Yann Arthus-Bertrand ou anxiogènes de N. Hulot » (vert bambou - le 8/04/2010 à 15h27)

« Décidément ce film magnifique et nécessaire dérange singulièrement notre microcosme de critiquounets. Déjà dans Le Monde monsieur Sotinel le bien nommé déconseillait le film à ses lecteurs sous prétexte que lui, éminent penseur, ne savait déterminer la nature d'un bon sol en sortant du film. En effet, entre un sol vivant et un sol mort il y a de quoi hésiter... Ici Madame Blottière [Télérama] tente de démolir cette œuvre enthousiasmante en décrétant qu'il est criminel de mélanger écologie et féminisme. On dirait vraiment que ces élites que le monde entier nous envie cherchent des raisons (toutes plus stupides les unes que les autres) pour débiner un film superbe, bourré de vie et d'énergie, qu'il devrait être obligatoire de connaitre. Ne serait-ce que pour en débattre, mais avec intelligence... » (abelard - le 7/04/2010 à 14h42)

« Actuellement sur Allociné : critique de la presse : 2 étoiles sur 4, critique des spectateurs : 3,5 sur 4... C’est là où l’on voit la distorsion entre le peuple qui a pertinemment conscience que notre société marche sur la tête, et nos pseudo-élites qui sont encore complètement à la ramasse, vivant encore avec les anciens paradigmes.. Allez voir ce film. Assurez lui son succès, ce sera le meilleur moyen de faire passer un message à nos "élites".. » (Gollum 18 avril 10:32)

   

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Mise à jour 01/05/2010



« Il a aussi été reproché à Coline Serreau de faire un film à sens unique et de ne pas donner la parole aux contradicteurs. Il ne manquerait plus que ça! Les contradicteurs l'ont, la parole. Et ils ne se gênent pas pour la prendre. Et en plus, eux, ils ont les moyens de se payer toutes les pages de pub qu'ils veulent. Tout le monde connaît leur point de vue. Oui, le film de Coline Serreau est un film militant, un film qui, précisément, répond à des arguments assénés quotidiennement dans tous les médias. Il ne faudrait pas inverser les rôles. » (zorbulgue - le 21/04/2010 à 00h36)

« Film salutaire qui interpelle et que j'ai failli louper à cause de la critique de Télérama. A voir absolument » (Lalicorne - le 22/04/2010 à 23h39)

« Désolé que la critique de Télérama soit aussi bornée. Le pour/contre aurait été plus honnête. » (ecastel - le 24/04/2010 à 20h29)

« Incroyable critique de Télérama pour un film documentaire qui parle de choses dont on n'est "pas tellement abreuvé par les medias" : la fragilité de notre système dans ce qu'il a de plus essentiel notre alimentation. (...) MERCI A TELERAMA DE PROPOSER A SES LECTEURS UN AUTRE REGARD SUR CE FILM que cette critique qui n'a pu déceler (comment est ce possible?) la dimension vitale et l'urgence contenues dans ce documentaire. » (ericpti - le 28/04/2010 à 14h03)

   

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Mise à jour 11/05/2010

      

9782742789542Le livre accompagnant la sortie du film restitue dans leur intégralité les paroles recueillies par Coline Serreau durant les trois années de tournage de son film, et mérite tout à fait l'achat (21€) - c'est en plus un bel objet, édité par Actes Sud.

Coline Serreau y expose en préambule ce qui sous-tend l'ensemble du film, et qui résonne si fort actuellement :

« Il fallait d'abord mettre des mots vrais sur les chimères dont on nous berce : la réalité, c'est qu'un petit nombre concentre chaque jour plus de richesses dans ses mains, tandis qu'une majorité s'appauvrit inexorablement. Et les problèmes écologiques sont la conséquence de cette organisation de la société qui valorise l'exploitation, la prédation et le profit plutôt que les forces de vie. »

 La réalisatrice apporte quelques détails intéressants sur la fabrication du film, dont aurait du rendre au moins un peu compte une critique de cinéma digne de ce nom :

« J'ai tourné 170 heures de rushes, avec ma caméra HD, dans une autonomie totale, qui correspondait au propos du film. Je voulais aussi que les mouvements de caméras soient libres et vivants, comme des yeux qui découvrent, regardent, sans grammaire imposée. Le montage a obéi à un double impératif de clarté, de construction rigoureuse du propos tout en gardant une totale liberté dans la gestion des coupes et illustrations. »

Coline Serreau résume ainsi le cœur de son film :

« on voit comment (...), dans une logique de profit pour les industries chimiques et pétrolières et en volant l'argent public au profit de quelques uns, on a éliminé tout ce que la terre et les animaux donnaient gratuitement pour y substituer des semences non reproductibles, de la chimie à outrance et l'éradication de la biodiversité.

Ce qui était précieux dans la biodiversité, c'est que chaque paysan gardait et sélectionnait les semences qui convenaient le mieux à son terroir, ce qui lui donnait la liberté et l'autonomie.

Les puissances industrielles sont venues mettre "de l'ordre" dans cette liberté en confisquant et interdisant les semences locales et en imposant des semences non reproductibles, qui ne poussent qu'avec des engrais et des pesticides et qui sont protégées par des brevets que la population paie, enrichissant ainsi les industries semencières et pétrolières.

Tout ce processus aboutit à la mort de la terre qui devient un désert, virtuel pour le moment, car nous avons encore un peu de pétrole, mais sans pétrole nos terres sont stériles, mortes, ne peuvent plus rien produire.
De toute urgence il faut stopper cette production mortifère qui ne profite qu'à quelques uns et met en danger notre sécurité alimentaire, réparer les terres, remettre debout une agriculture gratuite, saine et durable, qui redonne du travail à des millions de gens.
»
   

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D'autre part, les témoignages se multiplient sur des phénomènes d'applaudissements spontanés à la fin de la projection du film.

  • « Nous avons vu ce documentaire instructif, et si beau par ses acteurs, hier soir au cinéma. A la fin de la séance les spectateurs ont spontanément applaudi, ce qui est rare dans notre ville. » (telebono - le 9/05/2010 à 11h58)
  • « à Lyon (...) la salle (...) a spontanément applaudi à la fin. Même si mon côté rationnel trouve très con d’applaudir un écran, ce n’est pas tous les jours que ça se produit. » (SuperNo, 10/04/2010)
  • « à Toulouse (...) les gens ont spontanément applaudi, et je dois avouer que j’ai ressenti cette envie au moment du générique. Je pense que l’écran s’est senti très ému. » (Fab 10 mai 2010 à 13:53)

Même phénomène le mardi 4 mai au cinéma "Ciné 220" de Brétigny sur Orge (91), il est vrai en présence de la réalisatrice.
    

Chaque jour qui passe, se trouve davantage confirmé l'ahurissement des critiques de Télérama et du Monde. Mais était-ce vraiment de l'ahurissement ?

  • « A se demander même si certains critiques ne seraient pas vendus. Cela paraît impossible. Mais il paraît de même impossible et totalement incompréhensible de non seulement “passer à côté” d’un film d’une telle importance, mais en plus de le descendre et ceci de façon à peu près non étayée ni argumentée. » (contributeur anonyme, 11/05/2010)

   

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Parfait compte-rendu du film par le blogueur SuperNo :

Je suis fou, j’ai aimé un film “nul”

« Disons-le tout net : en moins de 2 heures, on entend dans ce film au moins 100 fois plus de choses intelligentes que pendant une vie entière de politique française. »

Le même précise dans les commentaires :

« Les gens raisonnables sont souvent ceux qui répètent les lieux communs et les histoires mis au point par des communicants pour le compte des multinationales et relayés par les médias qu’ils possèdent, par la bouches de journalistes qui croient dur comme fer qu’ils sont indépendants. »

   

    

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Sur le même sujet :

Site officiel du film

Coline Serreau, la belle verte (Agoravox) - vidéo

"Solutions locales pour un désordre global", interview de Coline Serreau - vidéo

Interview de Coline Serreau (mars 2010) - vidéo

Coline Serreau et son nouveau film - vidéo

Contre les méfaits de l'agriculture productiviste, allez voir le film de Coline Serreau ! (Derrière les plis de l'actualité)

   

      

Billet également publié sur Agoravox