En ces moments de surenchère dans l'ignominie (même si on sait que les sorties extrême-droitières de Sarkozy et Hortefeux sont premièrement destinées à détourner l'attention du public des "affaires" en cours - comme par un coup de cymbale, ou un "coup de pistolet dans un concert"), il y soulagement à lire ou entendre des mots justes, appliqués à ce qui se passe depuis 3 ans dans ce pays : en ce genre le philosophe Alain Badiou est expert. Comme dans cette intervention filmée en mars 2008 :

   


Badiou : de quoi Sarkozy est-il le nom ?

Extraits :

« Nous n'avons pas vraiment de "fonds commun" avec des gens comme ceux qui sont actuellement au pouvoir. Nous ne partageons pas quelque chose avec ces gens là. » (à 3'10 de la vidéo)

« [Le "pétainisme transcendantal" présente] un 3ème trait, c'est désigner une minorité populaire comme la source des maux, comme un groupe de gens qui doivent être surveillés, contrôlés, recensés, et expulsés. Cela a toujours été comme ça : c'était les derniers jacobins en 1815, c'était les ouvriers révolutionnaires en 1870, et comme vous le savez en 1940 c'était les Juifs et les étrangers. » (à 8'37)

« Il faut quand même rappeler que [Sarkozy] n'a gagné que parce qu'il a gagné les voix du Front National, il ne les a pas eues pour rien ! Il les a eues en menant à l'égard notamment des ouvriers de provenance étrangère de ce pays, une politique extraordinairement répressive, et de plus en plus dangereuse. Parce que le système des lois d'exception, le système des camps de rétention, le système des persécutions, et plus encore, le système envisagé des contrôles de l'ADN, et plus encore malgré tout, la fixation de quotas d'expulsion ! - je suis très étonné qu'il n'y ait pas de réactions plus vives dans ce pays, devant un gouvernement qui déclare expressément : "nous avons une minorité de gens, il faut en expulser 25.000 dans l'année". Ça c'est un trait que l'on peut appeler "pétainiste" sans la moindre hésitation. » (à 9'07)
   

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D'autres citations de Alain Badiou, tirées de son succès de librairie De quoi Sarkozy est-il ne nom ? (éditions Lignes, octobre 2007). Badiou semble parfois doué de prémonition.

 

CIRCONSTANCES_b« Oui, chers amis, je flaire dans cette salle une odeur de dépression. Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c’est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » (p. 28)

« La fameuse escapade de Sarkozy sur un yacht de milliardaire - juste après les beuveries mondaines au Fouquet's le soir de la victoire -, n'est pas du tout une faute, un impair, comme on l'a parfois présentée. Certes, il est allé voir et remercier ses commanditaires, ses parrains, les gens de la haute finance dont il est le vassal. Mais il a surtout déclaré à tout le monde que ce serait désormais comme ça : il n'y a rien de mieux que le gain personnel, tout est désormais régi sous la règle du service des biens. [...] Sarkozy a symboliquement montré qu'il se servait en servant ceux qui ont des biens, que c'était pour ça qu'on l'avait élu, qu'une masse de nigauds l'avait élu. » (p. 53-54)

« Regardez à qui sont les journaux, y compris les télévisés les plus suivis. Ils appartiennent au roi du béton, au prince du produit de luxe, à l’empereur des avions de guerre, au magnat des magazines pipoles, au financier des eaux potables... En bref, à tous les gens qui, dans leurs yachts et leurs propriétés, prennent le petit Sarkozy, qui a bien réussi son coup, sur leurs genoux hospitaliers. » (p. 68)

« [...] dans ce type de situation "pétainiste", la capitulation et la servilité se présentent comme invention, révolution et régénération. Il est tout à fait essentiel que Sarkozy ait fait campagne sur le motif de la rupture. [...] Le contenu est évidemment l’obéissance sans réserve aux exigences des potentats du capitalisme mondialisé. » (p. 105-106)

« [...] l’élection de Sarkozy reste quand même la marque d’un temps nouveau, une survenue immonde [...]. » (p. 35)

« Sarkozy est déjà allé loin dans cette direction, n’hésitant pas à nous comparer très favorablement aux Africains. Il leur a fait savoir qu’ils étaient loin de nous valoir, et que, par conséquent, s’ils sont misérables chez eux, comme c’est de leur faute, ils doivent y rester. (...) Bien sûr, il nous faut des balayeurs, des éboueurs, des terrassiers... On les triera sur le volet, et ils sont priés de ne pas faire de tapage, ruminant, mal intégrés qu’ils sont, leur évidente infériorité. Comme dans le cas Pétain, il s’est trouvé une clique intellectuelle pour applaudir ces rodomontades racialistes [...]. » (p. 113)

« [...] entre nous, il y a quand même beaucoup plus de raisons d’honorer un Malien qui fait la plonge dans un restaurant chinois, devenu - à force de participer, après son interminable travail, à des réunions et à des interventions - un intellectuel organique de la politique nouvelle, que d’honorer l’homme aux rats [Sarkozy]. [...] Nous rejetterons le verdict de Sarkozy et de ses rats, qui déclare du haut de son insignifiance réactionnaire que cet homme-là, le Malien de la plonge, est tout juste toléré, et doit remplir d’innombrables conditions pour pouvoir seulement rester là où il est. » (p. 59-60)

« La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C’est avec eux que s’invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l’ordre policier. » (p. 94)

« [...] je suis convaincu que Sarkozy, qui ne peut aller nulle part sans une garde rapprochée épaisse comme un mur, n’est pas très courageux. Comme tous ceux qui croient se tirer d’affaire en toutes circonstances par la corruption des adversaires et le tapage des effets d’annonce, Sarkozy redoute infiniment toute épreuve réelle. Si j’ai raison, ce dont Sarkozy a le plus peur, c’est que devienne visible sa propre peur. [...] la vertu politique principale, voire unique, de De Gaulle, était de ne jamais avoir peur. » (p. 31)

« [...] cet épisode Sarkozy, qui tout de même n’est pas une des pages grandioses de l’histoire de France [...] » (p. 129)

 

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Quelques extraits de son récent débat avec Alain Finkielkraut (décembre 2009) :


« Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d’être des analphabètes auvergnats »

« Alors que le monde est aujourd’hui partout aux mains d’oligarchies financières et médiatiques extrêmement étroites qui imposent un modèle rigide de développement, qui font cela au prix de crises et de guerres incessantes, considérer que dans ce monde-là, le problème c’est de savoir si les filles doivent ou non se mettre un foulard sur la tête, me paraît proprement extravagant. »

« Je considère les dirigeants actuels comme Marx les considérait en 1848 : ce sont les "fondés de pouvoir du capital". »

« La réalité historique de l’apogée du nationalisme français, c’est la guerre de 14. Des millions de morts pour rien. La France n’est digne de faire présent d’elle-même aux nouveaux venus que pour autant précisément qu’elle a été la France qui a été capable de les accueillir dans la politique qui était la sienne. La France qui ne les accueille pas, qui vote loi sur loi pour les discriminer c’est tout simplement la France de la guerre de 14 ou la France de Pétain. C’est-à-dire la France qui se ferme, qui n’a pas d’autre protocole d’existence que sa clôture. »

« Les Suisses qui votent contre les minarets n’ont jamais vu un Arabe de leur vie. C’est une construction idéologique cette affaire-là. »

« Sarkozy c’est tout de même pire qu’un ouvrier malien balayeur ! Si quelqu’un est en rupture avec tout ce que ce pays peut avoir d’estimable, c’est le premier, et pas le second. »

 

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Citations d'origines diverses :

 

« Le monde capitaliste contemporain n’est pas dans ses ressorts intimes un monde civilisé. Pas du tout. C’est un monde violent, c’est un monde du contrôle, c’est un monde de l’oppression, c’est un monde de l’inégalité féroce, de l’inégalité assumée comme nécessité naturelle. » (vidéo)

« Une partie de l’action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D’un autre côté, on peut évidemment être surpris de l’intervention systématique de l’Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. » (Libération)

« Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. [...] Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. » (Libération)

« Avec [Sarkozy], il s’agit vraiment de rompre toute la série de médiations qui existaient entre la population et l’Etat pour mettre ce dernier au service d’une classe de prédateurs. » (BibliObs.com)

« Cette conception (en quelque sorte), brutale, autoritaire et sécuritaire du pouvoir, me paraît être restée l’axe dominant de la pratique politique de Sarkozy. » (Rue89)

« Je pense que Sarkozy a aussi ce côté antiparlementaire, au sens traditionnel du terme, qui est de gouverner en partie par la provocation. Il est constamment en train d’essayer de voir jusqu’où il peut aller. Je crois que beaucoup de choses immédiatement interprétées comme des bavures n’en sont pas : ce sont en fait des expérimentations assez contrôlées. » (Politis)

« Sa force est là : il a réunifié la droite et l’extrême droite en s’appuyant sur quelque chose de diffus dans la société mais qui, à mon avis, est extrêmement puissant. Il s’agit de thématiques archiréactionnaires et sécuritaires : contre les malades mentaux, la jeunesse des banlieues, les étrangers, les ouvriers sans papiers, avec l’idée qu’on va tous leur mener la vie dure, renforcer les prisons et châtier les récidivistes. [...] C’est là le noyau dur du sarkozysme, et c’est ce que j’appelle pétainisme : une thématique de l’État qui, en fin de compte, tire sa puissance de ces thématiques les plus réactionnaires et les plus antipopulaires. Mais il y a aussi une attitude spécifique de Sarkozy en direction du monde ouvrier, que ses prédécesseurs n’avaient pas. Il s’est baladé dans les usines – il a même pris quelques risques parce que cela pouvait ne pas toujours bien se passer – et a loué la figure de l’ouvrier, celui qui se lève tôt, qui bosse. Venant d’un type comme lui, c’est du populisme réactionnaire dans toute son horreur. C’est ça qui m’avait fait dire qu’il était pétainiste, à partir de la nature du consensus un peu secret qui le porte. Dès que son pouvoir est en jeu, lors d’élections, par exemple, c’est cette artillerie antipopulaire archiréactionnaire, anti-étrangers, antijeunes, qu’il ressort systématiquement. » (Politis)