lundi 18 mai 2009
Alain Badiou
Sartre, un phare non remplacé
Longtemps Jean-Paul Sartre incarna en France une figure unique et centrale d'autorité morale, en même temps que d'ami du peuple (comme Victor Hugo en son temps).
Son prestige était immense, ses prises de parole, respectées, attendues tels des oracles. Le peuple savait que celui-là était viscéralement de son côté et du côté de la vérité et de la justice, qu'il n'y avait ni tromperie ni trahison à en attendre. Comme pour Hugo, l'enterrement de Sartre fut l'occasion d'un immense rassemblement populaire, le dernier du genre en France (des lycéens de 15 ans achetèrent du crêpe noir, et montèrent à la capitale se mêler au cortège).
La puissance de cette figure tutélaire, de cette autorité morale, est assez difficile à concevoir aujourd'hui pour ceux n'ayant pas connu, même très jeunes, les années 70. La mort de Sartre en 1980 constitua de fait un tournant dans la vie du pays, y laissant planer comme un "vide moral" - à tout le moins le manque d'un référent moral - que personne ne put ensuite venir combler (on sent bien que c'était là le rêve d'un BHL).
- «les années où commencent ce que j'appelle la grande réaction, les années 80» (Alain Badiou)
Alain Badiou
Or voici que quelques 30 ans plus tard, un philosophe prestigieux mais totalement inconnu du grand public, nommé Alain Badiou et âgé de 70 ans, rencontre l'adhésion populaire par un "petit livre d'intervention" (comme il dit) : De quoi Sarkozy est-il le nom ? (éditions lignes, janvier 2008).
Depuis, à chacune des ses trop rares interventions dans les médias, Alain Badiou suscite l'enthousiasme et la reconnaissance (on peut même parler de gratitude) : ainsi par sa tribune dans Le Monde l'été dernier, en réponse à BHL (qui l'avait pris à partie dans "l'affaire Siné") ; comme par tels autres propos dans Libération, ou Le Monde.
Alain Badiou se trouve, dans la droite ligne de Sartre, viscéralement du côté du peuple contre les intérêts des puissants : il est assez clair qu'il ne trahira pas la vérité et l'honneur, pour une récompense, une place, une décoration.
Sa pénétration et sa vivacité d'esprit ; sa plume éblouissante (sans oublier son esprit facétieux) ; enfin depuis quelque temps sa reconnaissance populaire, spontanée : tout milite en faveur d'une plus grande implication de Alain Badiou dans le "chanp médiatique".
En conséquence nous appelons Alain Badiou à multiplier les prises de parole, les articles d'intervention, à l'exemple de Sartre (Badiou dispose d'un outil radical et nouveau, inconnu à Sartre en son temps : la facile et rapide diffusion de propos filmés, sous forme de petites vidéos, via le net). Depuis Sartre, nul sans doute n'a été autant que Alain Badiou en capacité de tenir ce poste d'élucidateur, de redresseur de torts, d'ami du peuple.

Extraits
Quelques propos récents de Alain Badiou :
« Le monde capitaliste contemporain n'est pas dans ses ressorts intimes un monde civilisé. Pas du tout. C'est un monde violent, c'est un monde du contrôle, c'est un monde de l'oppression, c'est un monde de l'inégalité féroce, de l'inégalité assumée comme nécessité naturelle. »
(source)
« le capitalisme est l'organisation systématique de l'injustice et de l'inégalité, (...) d'une inégalité mondiale extraordinaire, et d'une inégalité interne, ici, qui ne fait que s'accroître »
(source)
« Il faut renverser le vieux verdict selon lequel nous serions dans "la fin des idéologies". Nous voyons très clairement aujourd'hui que cette prétendue fin n'a d'autre réalité que le mot d'ordre "sauvons les banques". »
(source)
« Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. »
(source)
« Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. (...) Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. »
(source)
« Avec [Sarkozy], il s'agit vraiment de rompre toute la série de médiations qui existaient entre la population et l'Etat pour mettre ce dernier au service d'une classe de prédateurs. »
(source)
Le succès de librairie de Alain Badiou De quoi Sarkozy est-il le nom ? apparaît, un an et demie après sa sortie, prophétique sur bien des points.
Quelques extraits (insuffisants à rendre compte de la fulgurance de la pensée de Badiou, et surtout du cheminement en forme de maillage serré qui en semble une des caractéristiques principales) :
« Oui, chers amis, je flaire dans cette salle une odeur de dépression. Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » (p. 28)
« La fameuse escapade de Sarkozy sur un yacht de milliardaire - juste après les beuveries mondaines au Fouquet's le soir de la victoire -, n'est pas du tout une faute, un impair, comme on l'a parfois présentée. Certes, il est allé voir et remercier ses commanditaires, ses parrains, les gens de la haute finance dont il est le vassal. Mais il a surtout déclaré à tout le monde que ce serait désormais comme ça : il n'y a rien de mieux que le gain personnel, tout est désormais régi sous la règle du service des biens. (...) Sarkozy a symboliquement montré qu'il se servait en servant ceux qui ont des biens, que c'était pour ça qu'on l'avait élu, qu'une masse de nigauds l'avait élu. » (p. 53-54)
« Regardez à qui sont les journaux, y compris les télévisés les plus suivis. Ils appartiennent au roi du béton, au prince du produit de luxe, à l'empereur des avions de guerre, au magnat des magazines pipoles, au financier des eaux potables... En bref, à tous les gens qui, dans leurs yachts et leurs propriétés, prennent le petit Sarkozy, qui a bien réussi son coup, sur leurs genoux hospitaliers. » (p. 68)
« Les révolutionnaires français, qui sont républicains et non démocrates, appellent "corruption" l'asservissement de la puissance gouvernementale au cours des affaires. » (p. 120)
***
« Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme. » (p. 103)
« (...) dans ce type de situation "pétainiste", la capitulation et la servilité se présentent comme invention, révolution et régénération. Il est tout à fait essentiel que Sarkozy ait fait campagne sur le motif de la rupture. (...) Le contenu est évidemment l'obéissance sans réserve aux exigences des potentats du capitalisme mondialisé. » (p. 105-106)
« (...) l'élection de Sarkozy reste quand même la marque d'un temps nouveau, une survenue immonde (...). » (p. 35)
***
« Sarkozy est déjà allé loin dans cette direction, n'hésitant pas à nous comparer très favorablement aux Africains. Il leur a fait savoir qu'ils étaient loin de nous valoir, et que, par conséquent, s'ils sont misérables chez eux, comme c'est de leur faute, ils doivent y rester. (...) Bien sûr, il nous faut des balayeurs, des éboueurs, des terrassiers... On les triera sur le volet, et ils sont priés de ne pas faire de tapage, ruminant, mal intégrés qu'ils sont, leur évidente infériorité. Comme dans le cas Pétain, il s'est trouvé une clique intellectuelle pour applaudir ces rodomontades racialistes (...). » (p. 113)
« (...) entre nous, il y a quand même beaucoup plus de raisons d'honorer un Malien qui fait la plonge dans un restaurant chinois, devenu - à force de participer, après son interminable travail, à des réunions et à des interventions - un intellectuel organique de la politique nouvelle, que d'honorer l'homme aux rats [Sarkozy]. (...) Nous rejetterons le verdict de Sarkozy et de ses rats, qui déclare du haut de son insignifiance réactionnaire que cet homme-là, le Malien de la plonge, est tout juste toléré, et doit remplir d'innombrables conditions pour pouvoir seulement rester là où il est. » (p. 59-60)
« La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C'est avec eux que s'invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l'ordre policier. » (p. 94)
***
« L'idée que les "usagers" sont systématiquement hostiles aux grèves est une contre-vérité notoire, une parmi toutes sortes de choses assénées comme des évidences par les politiciens et les médias dominants. C'est ainsi que la très longue grève des cheminots, en décembre 1995, a été soutenue dans tout le pays par des manifestations massives, plus massives même qu'en Mai 68. » (p. 43)
« Redevenons sérieux. Essayons d'interpréter ce que peut bien vouloir dire "Mai 68" aujourd'hui, pour un servant des indices boursiers, un ennemi confirmé des ouvriers sans papiers et des jeunes des quartiers populaires, un obsédé de l'ordre policier, un auteur prolifique de lois scélérates. » (p. 49)
« (...) je suis convaincu que Sarkozy, qui ne peut aller nulle part sans une garde rapprochée épaisse comme un mur, n'est pas très courageux. Comme tous ceux qui croient se tirer d'affaire en toutes circonstances par la corruption des adversaires et le tapage des effets d'annonce, Sarkozy redoute infiniment toute épreuve réelle. Si j'ai raison, ce dont Sarkozy a le plus peur, c'est que devienne visible sa propre peur. (...) la vertu politique principale, voire unique, de De Gaulle, était de ne jamais avoir peur. » (p. 31)
(...) cet épisode Sarkozy, qui tout de même n'est pas une des pages grandioses de l'histoire de France (...) » (p. 129)
Alain Badiou vient de sortir un nouveau livre : L'hypothèse communiste
Alain Badiou (Ce Soir ou Jamais) (1-2) 09-04-2009
Alain Badiou (Ce Soir ou Jamais) (2-2) 09-04-2009
Mise à jour 28/05/2009
Nouvel entretien vidéo de Alain Badiou, disponible ici :
La crise ? Le NPA ? Sarkozy ? Les « impasses » selon Badiou ("Rue89")
« Cette conception (en quelque sorte), brutale, autoritaire et sécuritaire du pouvoir, me paraît être restée l'axe dominant de la pratique politique de Sarkozy. »

Mise à jour 29/06/2009

Interview de Alain Badiou dans le Politis du 25/06/2009 :
« Sarkozy, le nom du pétainisme contemporain »
Extraits, sur Sarkozy :
« Sa force est là : il a réunifié la droite et l’extrême droite en s’appuyant sur quelque chose de diffus dans la société mais qui, à mon avis, est extrêmement puissant. Il s’agit de thématiques archiréactionnaires et sécuritaires : contre les malades mentaux, la jeunesse des banlieues, les étrangers, les ouvriers sans papiers, avec l’idée qu’on va tous leur mener la vie dure, renforcer les prisons et châtier les récidivistes. »
« C’est là le noyau dur du sarkozysme, et c’est ce que j’appelle pétainisme : une thématique de l’État qui, en fin de compte, tire sa puissance de ces thématiques les plus réactionnaires et les plus antipopulaires. Mais il y a aussi une attitude spécifique de Sarkozy en direction du monde ouvrier, que ses prédécesseurs n’avaient pas. Il s’est baladé dans les usines – il a même pris quelques risques parce que cela pouvait ne pas toujours bien se passer – et a loué la figure de l’ouvrier, celui qui se lève tôt, qui bosse. Venant d’un type comme lui, c’est du populisme réactionnaire dans toute son horreur. C’est ça qui m’avait fait dire qu’il était pétainiste, à partir de la nature du consensus un peu secret qui le porte. Dès que son pouvoir est en jeu, lors d’élections, par exemple, c’est cette artillerie antipopulaire archiréactionnaire, anti-étrangers, antijeunes, qu’il ressort systématiquement. »
Vous rappelez que Sarkozy a été d’abord élu sur la peur et, pour vous, un « État élu sur la peur est légitime à devenir terroriste ». Qu’entendez-vous par « terroriste » ?
« Pour moi, les État terroristes sont ceux qui s’engagent progressivement dans la voie d’un gouvernement par la loi répressive. Si on prend successivement les dernières lois sur les étrangers, qui font de la régularisation d’un étranger un acte arbitraire du pouvoir et des préfets, les lois concernant les jeunes du peuple qui, grosso modo, leur promettent la prison dès qu’ils sont trois en bas de l’escalier, et bien d’autres, je dis que le terrorisme est du côté du pouvoir. Ces lois vont rester et, appliquées strictement, rendent possible la surveillance policière et la répression pratiquement sans limites contre les populations déclarées suspectes. On a bien là une "société de contrôle", comme aurait dit Deleuze. Cet ensemble législatif a pu jusqu’à présent fonctionner comme s’il était consensuel. »
« Je pense que Sarkozy a aussi ce côté antiparlementaire, au sens traditionnel du terme, qui est de gouverner en partie par la provocation. Il est constamment en train d’essayer de voir jusqu’où il peut aller. Je crois que beaucoup de choses immédiatement interprétées comme des bavures n’en sont pas : ce sont en fait des expérimentations assez contrôlées. »
« Je pense par ailleurs que des mots d’ordre mesurés de résistance personnelle et d’appel à la vigilance doivent aussi être diffusés. Un des aspects les plus néfastes de ce consensus du silence sur ces questions est en effet l’inertie : les gens qui détournent la tête. C’est un des aspects principaux de ce pétainisme dont je parlais : ce n’est pas tant une caractérisation du gouvernement de Sarkozy, mais surtout une caractérisation de l’opinion qui permet à Sarkozy d’être arrivé au pouvoir et de mener sa politique. Le pétainisme n’a jamais été principalement collaborateur au sens strict, il signifiait plutôt une attitude qui pourrait se résumer ainsi: "On va essayer de traverser la période le plus tranquillement possible." C’est d’ailleurs ce que Pétain avait promis. »
***
A lire aussi :
De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, par Alain Badiou ("Le Monde")
«Le volontarisme de Sarkozy, c’est d’abord l’oppression des plus faibles» ("Libération")
Alain Badiou : «Il faut que quelque chose arrive...» ("NouvelObs")
L’hypothèse communiste - interview d’Alain Badiou par Pierre Gaultier ("Le Grand Soir")
Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?
La REACTION est à l'œuvre en France
jeudi 24 juillet 2008
De la "dénonciation pour antisémitisme"
Après Claude Askolovitch et Philippe Val, Bernard-Henri Lévy (BHL) dégaine à son tour le missile suprême, à l'encontre de Siné mais aussi de "un antisarkozysme", puis enfin de Alain Badiou !
Un passage d'une récente tribune de BHL dans Le Monde, à propos de "l'affaire Siné", attire l'attention.
De quoi Siné est-il le nom ?, par Bernard-Henri Lévy (Le Monde)
« L'antisémitisme - comme, naturellement, le racisme - est un délit qui ne souffre ni circonstances atténuantes ni excuses. La chose devrait aller de soi. Hélas, ce n'est pas le cas. Car il y a une excuse au moins qui, depuis l'affaire Dreyfus, semble marcher à tous les coups et instaurer une sorte de clause de la haine la mieux autorisée.
C'est celle qui consiste à dire : non à l'antisémitisme, sauf s'il s'agit d'un grand bourgeois, officier supérieur de l'armée française. Ou : non à l'antisémitisme sauf si l'enjeu est un symbole du Grand Capital, un banquier juif, un ploutocrate, un Rothschild. Ou : sus à l'antisémitisme, cette peste des âges anciens que le progressisme a terrassé - sauf s'il peut se parer des habits neufs d'un antisarkozysme qui, lui non plus, ne fait pas de détail et ne recule devant rien pour l'emporter. »
Résumons :
1. L'antisémitisme est "terrassé", mais revit parfois, camouflé dans "un antisarkozysme"
2. "Un antisarkozysme" et l'antisémitisme présentent des caractéristiques communes (ils "ne font pas de détail et ne reculent devant rien pour l'emporter")
BHL se rend-il compte de ce qu'il écrit ?
Par ailleurs on se rappelle cette phrase de Claude Askolovitch (celui par qui le "scandale Siné" est arrivé) :
« L'idée selon laquelle Nicolas Sarkozy n'est pas un adversaire politique (avec qui on débat, on argumente, on contre-argumente), mais qu'il est un ennemi, un ennemi absolu, un ennemi de la République, qu'il est en train de détruire ce pays, et que donc il faut l'éradiquer : c'est une idée qui fait son chemin (...). »
(source)
Si le constat global de Askolovitch est juste, l'emploi du mot "éradiquer" (qui participe de la même posture que BHL) est évidemment irrecevable.
On se rappelle aussi que pendant la campagne présidentielle, le rapprochement entre "antisarkozysme" et antisémitisme avait déjà été osé, apparemment sans honte, et pas par Frédéric Lefebvre : mais par des personnes à priori respectables et sensées savoir manier les idées, tel Max Gallo.
"Dénonciation pour antisémitisme"
C'est un fait que depuis quelque temps l'accusation d'antisémitisme (infamie suprême) se trouve employée comme arme : après "l'antisarkozysme", Siné fut visé, victime apparemment d'un règlement de comptes interne à Charlie-Hebdo.
Il ne serait pas infondé d'avancer ici l'expression "dénonciation pour antisémitisme" (dénonciation calomnieuse en son principe - dans le cas contraire les lois sont là pour réprimer tout propos antisémite) : sorte de lointain et grotesque renversement de la délation antisémite qui sévissait sous l'occupation, mais en l'occurence visant plutôt l'effet des dénonciations qui intervinrent à la Libération, lors de ce que l'on nomma l'épuration : "qu'on le tonde!"
Car l'objectif de ceux qui brandissent ces accusations d'antisémitisme calomnieuses (ainsi que l'ont bien senti, dans la toute récente "affaire Siné", la quasi totalité des commentateurs sur le net), est bien une "excommunication", un bannissement, le rejet hors de la civilisation, voire hors de l'Humanité véritable.
- « En raison de la collaboration dont ont fait preuve les autorités françaises avec le régime nazi, durant la 2me guerre mondiale (1939-1945), et de leur contribution à la déportation des Juifs de France vers les camps de concentration, l’antisémitisme est un sujet sensible en France. Accusation infamante, elle condamne quiconque en est l’objet à une sorte d’ostracisme. » (René Naba)
- « Siné n'est pas un ami, à peine un copain, mais je sais que cette accusation d'antisémitisme dont on l'accable n'est qu'un prétexte, je le vois, et je sais que c'est une accusation ignominieuse, destinée à tuer un homme moralement, socialement, professionnellement. » (Delfeil de Ton)
- « "Antisémite" ! Ça vaut "Collabo" en 45, "Trotskyste" sous Staline, "Sorcière" sous l’Inquisition, "Pédophile" depuis l’affaire Dutroux. Ça salit bien, ça colle à la peau, ça tache éternellement, on ne s’en relève pas. » (Renaud Chenu)
Il y a quelques mois, même Pierre Bourdieu, ou plutôt son œuvre et sa mémoire, avaient été visés !
Après Bourdieu, à qui le tour ? (Libération)
« Ces propos ne mériteraient pas qu'on les relève tant ils sont absurdes et ridicules. (...) l'usage de cette injure (...) est le symptôme de la vacuité du débat intellectuel et politique. Faute d'arguments, on injurie. Mais, à force de manier l'injure n'importe comment, ce sont les actes et les paroles réellement antisémites ou racistes que l'on banalise. »
Badiou dans le collimateur
Ce n'est pas fini : en effet dans sa tribune du Monde BHL n'hésite pas à cibler, juste après "un antisarkozysme", l'excellent Alain Badiou ! Au mot "antisémitisme" déjà brandi il y a quelques mois à l'encontre de celui-ci (à cause de son emploi du mot "rat"!), BHL en ajoute un autre : "fascisme" ! Comment peut-on tolérer une telle bouillie ? Mais attention : BHL invoque Sartre.
« Ainsi parlait Alain Badiou quand, dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom?, il s'autorisait de sa juste lutte contre l'"immonde" pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ("les rats"... "l'homme aux rats"...) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme. » (BHL)
La préface de Sartre date de 1961. On ne sait quel était le ressenti exact il y a 47 ans, vis à vis de ces expressions "aux rats". En 2008, elles feraient plutôt penser à ceci : "nervi fasciste", "extrême-droite", etc.
Par ailleurs, il aurait été plus élégant, et plus sérieux, de la part de BHL, de donner une citation précise de la préface de Sartre. Heureusement celle-ci est disponible sur internet (qui en dix ans a "détricoté le travail fragile de deux siècles", dixit Philippe Val) :
Les damnés de la terre (Frantz Fanon, 1961) - Préface à l'édition de 1961 par Jean-Paul Sartre
Il se trouve que dans cette préface de Sartre, on ne trouve ni le mot "rat", ni le mot "fascisme", ni les mots "métaphore" ou "zoologique", ni rien directement en rapport avec ce qu'avance BHL.
« le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, [que ces métaphores zoologiques] sont toujours la marque du fascisme» (BHL)
Peut-être est-ce ailleurs que Sartre - par ailleurs préfacier des Damnés de la terre - avait opéré cette "démonstration sans appel" ? Mais où ?
Ne serait-on pas plutôt là en présence d'une de ces "manipulations" dont BHL semble coutumier ?
BHL le faussaire
« Avec Bernard-Henry Lévy, il faut toujours tout vérifier, même le plus anodin. (...) [Dans] un entretien publié par L'Express, du 10 au 16 janvier 2005, (...) l'écrivain, sommé de s'expliquer sur les libertés qu'il a l'habitude de prendre avec la réalité, revendique "une conception guerrière de la recherche de la vérité. Avec des stratégies, des lignes de front et de fuite, des ruses". Bref, une définition de la vérité qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle... du mensonge. »
« Le détail parfois dit l'homme entier. La petite imposture s'emboîte dans la plus grande qui elle-même en enferme une plus conséquente encore. »
(N. Beau & O. Toscer, Une imposture française, Les Arènes, 2006, p. 207)
Autre petite manipulation, pointée par Jean-Louis Loubet del Bayle (cité par BHL dans sa tribune), dans une lettre adressée au directeur du Monde :
« (...) j’ai eu la surprise de trouver mon nom (...) dans les propos suivants, sous la signature de M. Bernard-Henri Lévy : "c’est faire bon marché du courant dit précisément des "non-conformistes des années 30", et de l’énergie qu’il mit à fournir à l’antisémitisme de son temps ses armes et ses raisons (il convient, sur le sujet, de lire et relire le classique de Jean-Louis Loubet del Bayle…)".
(...) Ce (...) livre intitulé "Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française" (...) ne contient AUCUN élément susceptible de justifier et de fonder l’affirmation de M. Bernard-Henry Lévy.
(...) Etant donné la notoriété de l’auteur de ce contresens, qui prétend donc utiliser à tort, à la fois, la réputation de l’ouvrage cité - qu’il qualifie lui-même de "classique" - et l’autorité qu’il me prête, je ne peux que vous demander la publication d’un rectificatif destiné à rétablir aux yeux de vos lecteurs une information exacte concernant le contenu de ce livre, son objet – les "non-conformistes des années 30" - et les analyses de son auteur. »
(source)
Autres manipulations au moyen de citations, opérées par BHL dans sa tribune du Monde, repérées ici :
La fabrique de l'antisémitisme ("Vive le goulag!")
A propos de BHL, les auteurs de Une imposture française concluaient cruellement, dans leur épilogue (p. 203) :
« Le théatre d'ombres béachélien joue la même pièce depuis trente ans sans que le masque ne soit jamais tombé, car l'homme épouse son époque. Philosophe enseigné dans aucune université, journaliste mêlant le vrai, le vraisemblable et le totalement faux, cinéaste de raccroc, écrivain sans vraie œuvre littéraire, il est l'icône d'une société des médias où la simple apparence pèse infiniment plus que le fond des choses. Ainsi Bernard-Henri Lévy est-il d'abord et surtout un brillant communicant, l'attaché de presse du seul produit qu'il sait vraiment vendre : "BHL". »
- « Comment expliquer (...) que celui dont plusieurs livres d'auteurs différents ont mis à jour les multiples mensonges (de ses rencontres avec Massoud, à sa ceinture noire de judo) puisse encore être crédible ? Sans doute suis-je d'une naïveté infantile, mais je pensais qu'on ne pouvait à la fois être un menteur multirécidiviste et se prendre pour une figure morale. Comment quelqu'un ayant une pensée binaire (bien-mal, ami-ennemi, eux-nous) [peut-il] passer pour un intellectuel incontestable ? » (Pascal Boniface)
- « Je crois qu'on le savait depuis le début que BHL c'était du toc et qu'on a laissé faire »
(Bernard Kouchner, interview à Actuel, mai 1987, cité in Une imposture française, p. 152)
- « L'ignorance de BHL et sa malhonnêteté intellectuelle sont proprement insondables »
(Pierre Vidal-Naquet, cité in Une imposture française, p. 149)
L'affaire Siné
Le texte de Siné :
« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
(Siné, Charlie-Hebdo, 02/07/2008)
Sur ce texte de Siné, l'avant-dernier paragraphe de la tribune de BHL est un chef-d'œuvre de suffisance et
d'aveuglement mêlés. Il est évident que le texte de Siné se plaçait
principalement dans le registre de l'indignation (devant l'ambition voire l'arrivisme du fils Sarkozy -
mariage d'argent avec apparemment conversion
religieuse comme passage obligé), et non de l'humour... Qui cela pouvait-il faire rire ?
«
Allons, Siné. Tu as encore le choix. Ou bien la répétition, le
stéréotype, le même éternel retour du même humour de cabaret qui ne te
fait, j'en suis sûr, plus rire toi-même - mécanique plaquée sur du
vivant, ignominie couplée avec du cliché, gâtisme assuré. Ou bien
changer de disque, inventer, te libérer et faire de ton humour
l'aventure d'une liberté retrouvée et ajustée aux libertés du jour -
jeunesse à volonté, talent, modernité. » (BHL)
Après s'être ainsi égaré (prendre un
coup de gueule pour une blague débile !), BHL peut-il sérieusement
être écouté lorsqu'il décrète que le texte de
Siné présente un caractère "antisémite" ? Mais on sent bien que sa tribune du Monde est avant tout posture, calcul.
Les derniers mots de l'article de BHL sont néanmoins d'une justesse parfaite :
« Je ne pense pas qu'on en ait "trop fait" sur cette affaire Siné. Aussi minuscule qu'elle semble, c'est une de ces "sécrétions du temps" dont Michel Foucault disait qu'elles n'ont pas leur pareil pour refléter, condenser, télescoper, l'esprit et le malaise d'une époque. »
A ceci près que pour BHL, "l'affaire Siné" serait révélatrice d'un antisémitisme sensé se glisser partout ("s'insinuer partout", serait-il plus juste d'écrire).
Pour d'autres (ainsi que l'exprime de manière très claire, en marge des articles de presse publiés sur le net, la quasi totalité des commentaires - mais ce n'est jamais là que ce que "ânonne l'opinion", pour reprendre l'expression de BHL dans son article), "l'affaire Siné" est avant tout indignation devant une calomnie (l'accusation d'antisémitisme portée contre le texte de Siné) ; et accessoirement, révélatrice de cette imposture répétée qui consiste, pour s'en débarrasser, à accuser n'importe qui - ou quoi - d'antisémitisme (l'antisarkozysme, Bourdieu, Badiou, Siné, parmi les exemples les plus récents). "L'affaire Siné" est ce qui aura fait déborder le vase.
- « Mais la rescapée que je suis ne supporte plus tout ce ramdam chaque fois qu'on écrase un cor au pied juif. Je parle bien de cor au pied. Tout cela est malsain, contre productif, et pire, alimente un antisémitisme véritable. Quelque chose de malsain et qui risque d'exploser un jour d'une manière qu'on n'imagine pas. » (Deborah)
- « Ce serait risible si ça ne donnait pas de quoi faire fantasmer les adeptes de "complots juif" et autres vrais antisémites, racistes et timbrés de toute sorte » (Altarius)
- « Siné antisémite! Ce serait une bonne blague si cela ne relevait pas d'une chasse aux sorcières, initiée par des écrivaillons embourgeoisés prêts à toutes les forfaitures pour être du bon côté du manche médiatique. (...) Oui! A cette insulte fielleuse, ma part de juif se révolte, partagée entre le dégoût et le rire. Quels nabots du journalisme il faut être pour se livrer à de telles bassesses, et quels flatteurs soumis pour les soutenir ? Oui, de la même façon qu'il défend les "underdogs" toutes couleurs confondues, Siné est le grand ami des juifs, Siné est notre ami, le meilleur de nos amis, l'ami de ce que nous avons de meilleur en nous ! Siné,à te lire depuis si longtemps, à te fréquenter, j'en témoigne et suis prêt à le faire jusqu'à ce que tes lamentables détracteurs soient confondus. » (Mark Held)
- « Certes, pour bon nombre de personnes qui réfléchissent, l’avis de BHL n’a aucune espèce d’importance. (...) le dernier épisode de son "engagement intellectuel" contre le dessinateur Siné a fini de le situer du côté où finit la pensée et commencent les aboiements des serre files de tous les temps et tous les camps. » (Jean-Luc Mélenchon)
Un précédent dans Le Point
En mars dernier, BHL avançait les mêmes idées que dans sa tribune du Monde, mais de manière plus radicale.
Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy - Sur un certain antisarkozysme... ("Le Point" 27/03/2008)
« (...) ces sites antisémites qui se déchaînaient, pendant la campagne, sur l'air du "Tout sauf Sarkozy" »
« le livre (...) où le philosophe Alain Badiou, prétendant se réclamer
de Freud (pauvre Freud !), n'appelle plus le président par son nom mais
"l'homme aux rats", juste "l'homme aux rats", comme dans les films de propagande qui passaient dans les cinémas sous l'Occupation. »
Le meilleur pour la fin :
« Je pense à tels signes, minuscules sans doute, dérisoires, mais qui
vont des attaques ad hominem (en particulier sur le physique) à un type
d'agression que l'on ne s'était autorisé vis-à-vis d'aucun de ses
prédécesseurs (l'affaire du SMS) en passant par "Les Guignols de
l'info", qui lui collent maintenant (s'en sont-ils eux-mêmes avisés ?)
l'accent des comédiens de "La vérité si je mens". Je mets tout cela
bout à bout. Et finis par me dire qu'il y a là, qu'on le veuille ou
non, quelque chose qui fait symptôme : non plus de quoi Sarkozy mais de
quoi l'antisarkozysme est-il le nom ? »
A ce stade, il ne semblerait pas déraisonnable de
s'interroger sur l'intégrité mentale de BHL. Cependant on peut
reconnaître que dans sa tribune du Monde il a baissé d'un ton.
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A noter que Alain Badiou, dans un article de Libération, avait lui-même répondu en janvier dernier à cette invraisemblable accusation d'antisémitisme déjà portée à son encontre.
Badiou répond aux "tontons flingueurs" (Alain Badiou, Libération, 14/01/2008)
« (...) un jour, on vous envoie des porte-flingues. Parce qu’on sait que vous êtes devenu le philosophe français vivant le plus traduit et le plus demandé, et de loin ? Parce que s’annonce le déclin des imposteurs qui depuis vingt ans représentent dans les médias la "philosophie" ? Parce qu’un de vos petits livres d’intervention, De quoi Sarkozy est-il le nom, consonne avec l’humeur belliqueuse d’une fraction du "grand public" ? L’avenir de l’histoire fera le tri des raisons.
Mais qu’est-ce qui tue quelqu’un, de nos jours, dans la guerre intellectuelle ? Parbleu ! L’accusation d’antisémitisme ! Voilà la bonne idée ! »
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Mise à jour
Le temps que ce billet se termine, et Le Monde mettait en ligne la réponse de Badiou à l'article de BHL !
Tout antisarkozyste est-il un chien ?, par Alain Badiou ("Le Monde", 24/07/2008)
Copie intégrale (Le Monde ne laisse pas indéfiniment en ligne ses articles) :
« Les ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie", vu qu'elle est, de notoriété publique, le pouvoir d'une maigre oligarchie de dirigeants d'entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu'il est antisémite. J'ai l'honneur d'être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.
S'agissant de mon avant-dernier livre, De quoi Sarkozy est-il le nom?, qui a plu à pas mal de monde, et qu'il fallait de ce fait même stigmatiser le plus vite possible, il était dur d'y trouver, même en mentant comme un arracheur de dents, de quoi alimenter le truc de l'antisémitisme. Pas la moindre allusion au mot "juif". Eh bien, les professionnels de la délation, les sycophantes, en ont trouvé quand même ! M. Assouline a remarqué, sur son blog, que je traitais de "rats" les socialistes entrés au gouvernement Sarkozy, et, par voie de conséquence, Sarkozy lui-même, d'"homme aux rats".
Quelqu'un de très modérément cultivé sait aussitôt que j'entrelace ici, non sans une subtilité rhétorique qui mériterait des éloges, la métaphore des rats qui quittent le navire, la légende du joueur de flûte qui entraîne les rats hors de la ville, et le cas, décrit par Freud, de "l'homme aux rats" comme exemple type de l'obsession. M. Assouline est-il cultivé ? Il sait en tout cas où il veut en venir. Depuis la dernière guerre et les nazis (suivez mon regard), proclame-t-il, personne n'a plus traité qui que ce soit de rat. Par ailleurs, il y a des juifs dans la généalogie de Sarkozy. Donc… Vous voyez ? Hein ? Vous voyez bien ?
Le plus drôle est que le chef de file des intellectuels médiatiques commis à la Restauration, Bernard-Henri Lévy, saute sur l'occasion, sans citer du reste sa source, M. Assouline. Citons, nous, BHL (dans Le Monde du 22 juillet) : "Dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Alain Badiou s'autorisait de sa juste lutte contre l'immonde pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ( les rats … l'homme aux rats ) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme."
Alors là ! Sartre ! Tout du long de l'essai fondamental Les Communistes et la paix, écrit au début des années 1950 (Les Temps modernes, 1952), il appelle "rats" les anticommunistes. Il le fait certainement avec d'autant plus de bonne humeur qu'il a été lui-même traité de "hyène dactylographe", non par les fascistes, mais par ses alliés communistes. Le même Sartre avait du reste prononcé la sentence fameuse : "Tout anticommuniste est un chien." Comme quoi, bien après la guerre, les animaux étaient mis à contribution de toutes parts… Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal ont fait l'éloge de Tony Blair. Utilisant une comparaison chinoise, je les ai appelés des "blaireaux de la même colline". Blair, blaireaux… Que les délateurs prennent note : j'ai ajouté aux "métaphores zoologiques" l'ignominie des jeux de mots sur les noms propres. Aucun respect de la personne humaine.
Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ? On ne peut pas toujours comparer les gens à des aigles, comme on l'a fait pour Bossuet, ni même à des bœufs, comme ce fut le cas pour le président du conseil Joseph Laniel, ou encore à des renards, comme c'était courant s'agissant de Mitterrand.
Et puis, mesdames, messieurs, un peu d'humour. A supposer que Ségolène Royal me fasse penser à une chèvre peinte et le premier ministre Fillon à une fouine endormie, ne croyez pas, quel que soit votre animal favori, qu'il faille grimper au plafond ! »
Lorsqu'un lecteur familier des grands auteurs aborde un livre de Alain Badiou, il se sent immédiatement en confiance, en même temps qu'une allégresse se diffuse en lui : ceci par le simple effet de l'excellence du style de l'auteur, chose si rare.
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Mise à jour 25/07/2008
Antisémitisme : l’échec d’un chantage ("Le Monde Diplomatique")
« Depuis le début des années 1990, on ne comptait plus les adversaires de l’impérialisme, du néolibéralisme, des médias dominants…, qualifiés d’antisémites, voire de "nazis" par quelque gardien de l’ordre social. Le prétexte pouvait être léger, inexistant même. Qu’importe : écrasé par la gravité de l’imputation, l’accusé devait aussitôt exciper de ses états de service antiracistes, évoquer la liste de ses amis et parents promptement transformés en cautions de moralité, autopsier un trait d’humour plus ou moins réussi.»
« (...) seul le tribunal de l’Inquisition et ses juges inamovibles (Alain Finkielkraut, Ivan Rioufol, Alexandre Adler, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy) avaient la permission de manier l’irrespect, la provocation, de frôler (ou de franchir) la ligne jaune de la stigmatisation collective. Eux pouvaient justifier — au nom de Voltaire et du droit à la caricature — leurs dérapages sur, par exemple, la couleur des joueurs de l’équipe de France ou l’assimilation de l’islam au terrorisme. »
« (...) Edgar Morin, Pierre Péan et Philippe Cohen, Daniel Mermet, Hugo Chavez, Pascal Boniface, Jacques Bouveresse, Charles Enderlin, Pierre Bourdieu, José Bové… sans oublier Le Monde diplomatique, ont été tour à tour suspectés ou accusés d’antisémitisme. »
« (...) cette fois, l’affaire semble se retourner contre ses instigateurs. En marquant leur solidarité avec le dessinateur calomnié, des milliers de personnalités, d’intellectuels, de journalistes et d’anonymes ont signifié que ce manège devait cesser. »
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Mise à jour 26/07/2008
Article irresponsable et halluciné de Alexandre Adler (membre du "tribunal de l'Inquisition" dont parlait hier Le Monde Diplomatique) :
L'antisémitisme, ciment du vertige identitaire ("Le Figaro")
Passons sur sa façon d'accabler Siné, emplie de mauvaise foi, car ceci est au fond de pure forme : l'objectif de Adler dans cet article est surtout d'attirer l'attention sur ce qui semble constituer sa marotte (l'existence d'une sorte de "complot antisémite" irréfléchi, accessoirement "antisarkozyste").
Marotte
1. Sceptre surmonté d'une tête coiffée d'un capuchon bigarré et garni de grelots.
3. [Sens figuré] Idée fixe, manie. => dada, folie, manie.
(Le Petit Robert)
Mais, en lisant cet article, une horrible impression : comme si Adler créait réellement, lui-même, avec ses mots, ce qu'il s'efforce pourtant apparemment d'exorciser, et qui n'existait jusque là que dans son cerveau victime de surchauffe.
« Qu'est-ce qui unit de part le monde un islamiste marocain, un communiste russe déçu, un pasteur africain-américain ségrégationniste à l'envers, un intellectuel anglais semi-aristocratique et antiaméricain… et un adversaire rabique du président Nicolas Sarkozy, qui voit en lui l'inacceptable promotion de l'étranger ? L'antisémitisme sert ici de ciment à un authentique vertige identitaire. » (Adler)
Il y a effectivement un vertige : mais créé par Adler lui-même, par l'inconséquence, l'irresponsabilité avec laquelle il mélange tout pour aboutir à une dangereuse bouillie, sur un sujet sensible comme l'antisémitisme, qui ne devrait être abordé que mezza voce. Mais Adler vocifère, en tous sens, agitant les grelots de sa marotte...
« Mais revenons un instant sur la haine antisarkozyste : on aura beau rappeler que le président n'est ni juif par la religion ni même très majoritairement par l'origine (...) : qu'importe, (...) voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s'en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils. » (Adler)
Après de tels propos, un premier réflexe serait d'appeler au secours la phrase de Jules Lagneau : "c'est d'une sottise qui désarme l'indignation". Hélas on est là dans quelque chose de sensiblement plus grave que la simple sottise... Car il est parfaitement exact qu'à hurler après les démons, ceux-ci finissent par réellement apparaître.
Mais une lueur : peut-être Adler a-t-il écrit un texte parodique, pour rire ? Pour se moquer sans doute de cette ridicule accusation d'antisémitisme portée contre le texte de Siné ?
En effet :
« Aujourd'hui, on voit en tout cas qui a la trempe d'un Zola, d'un général Picard : c'est Philippe Val. »
(rires)
Et juste après, les derniers mots de l'article :
« Et qui a la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos : ce sont les pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l'éternel stalinien Siné. »
Certes c'est amusant, on aimerait quand même avoir confirmation de l'intention comique de Adler...
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De quoi l'antisémitisme est-il le nom? ("Actualités de la Recherche en histoire visuelle")
« Derrière l'accusation d'antisémitisme, ce qui se cache est bien souvent un incontrôlable prurit antigauchiste. On le constate : d'Askolovitch, qui déclare les chroniques de Siné d'un "gauchisme imbécile", à Joffrin, qui vise les "bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche antisioniste", en passant par BHL, qui profite de l'affaire Charlie pour régler ses comptes avec Alain Badiou et l'"islamo-gauchisme", la rage des intellectuels médiatiques à débusquer la haine du juif s'abreuve à une source des plus politiques. (...) A force de mauvaise foi et d'aveuglement, l'anti-antisémitisme est devenu le nom d'une bien nauséabonde dérive, qui n'a plus rien de la vigilance éclairée, mais tout du règlement de comptes néo-conservateur. »
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Mise à jour 27/07/2008
Siné : Val fan culo ! (Renaud Chenu)
« (...) Siné n’a pas associé juif, pouvoir et réussite sociale. Il a suggéré une conversion à caractère supposée opportuniste de la part d’un garçon dont la récente geste politique a montré qu’il est brillant en la matière. Il ne l’a pas condamné, il l’a même félicité, avec un poil d’ironie, c’est de bonne guerre, c’est l’arme des Siné de tous les pays, l’ironie ! Dans cette phrase, Siné se fout que Mlle Darty soit de confession juive. (...) Tout cerveau normalement constitué a compris ça. Des fous dangereux comme Guy Bedos, Gisèle Halimi, Christophe Alévèque, Lefred Thouron et des milliers d’anonymes qui le soutiennent ont compris ça. »
« Ceux qui y voient de l’antisémitisme ont un vrai problème. (...) Soit ils sont paranos et dénichent l’antisémitisme là où il n’est pas, et dans ce cas on ne peut rien pour eux, juste regretter qu’ils aient tant de facilité à répandre la peur qui les ronge sur la place publique. Soit ils sont sciemment manipulateurs, et dans ce cas ils sont dangereux pour la démocratie, car ils entretiennent un climat médiatique où l’antisémitisme est maintenu à un niveau artificiellement haut, en tout cas plus élevé qu’il ne l’est réellement. (...) »
« (...) Utiliser l’antisémitisme, cet outil inflammable, pour salir un homme qu’on ne peut pas saquer... pour le mettre au banc... (...) Val (...) espérait que ça passerait, il avait dû parier que personne n’oserait soutenir un homme taché du sceau de l’infamie. Plantage, mec. »
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Mise à jour 30/07/2008
"La phrase de Siné avait été prononcée par le président de la Licra!", par Delfeil de Ton
Tartuffes de tous bords, ne touchez pas a mon pote Siné ! ("Democratie & socialisme")
« Moins de 70 ans après la libération des camps d’extermination, l’accusation d’antisémitisme est certainement une des plus graves qui soient, car elle est liée à un des plus grands crimes de l’époque moderne. C’est bien pourquoi on ne doit l’utiliser a la légère. Encore moins l’instrumentaliser pour régler des comptes personnels ou politiques. »
Pour en finir avec « l’antisémitisme » (Jean BRICMONT - "Le Grand Soir")
« Cette affaire, vue dans le contexte des attaques répétées de Charlie contre les musulmans, amène la liberté d’expression en France à une croisée des chemins : soit on déclare une fois pour toutes que les musulmans et les catholiques sont des cibles légitimes qui doivent subir en silence toutes les insultes et toutes les caricatures, mais que tout propos désobligeant contenant le mot "juif" ou "sioniste" est tabou, ou bien cette affaire permettra de faire sauter ce verrou. Dans le premier cas, il ne faut se faire aucune illusion : un tel traitement différentiel suscitera (et suscite sans doute déjà) un antisémitisme massif, bien que silencieux et ignoré des élites médiatiques. »
Affaire Siné : «Val voit de l’antisémitisme subliminal» (contre journal")
« c’est une forme de terrorisme intellectuel que de considérer ce message comme faisant l’analogie entre judaïsme et goût de l’argent. (...) Philippe Val possède un épiderme à géométrie variable. Cela ne lui posait en effet aucun problème de faire le parallèle entre Mahomet et les poseurs de bombes. Et d’assimiler, par là-même, les musulmans aux terroristes. (...) dans l’affaire Siné, il n’y a pas d’outrage ou d’injure envers un groupe religieux dans son entier, la volonté de Val est d’aller au-delà de la loi. »
Le théorème de Joffrin, par Delfeil de Ton
« Aucun journal, en France, à ma connaissance, n'avait encore fait ça [avant Libération] : stopper net les réactions des internautes à un écrit de son directeur. »
Philippe Val devrait prendre de longues vacances... (Guy Birenbaum - "LePost")
Texte absolument remarquable signé Thierry Savatier, écrivain et historien :
Les dangers de “l’affaire Siné” ("Les mauvaises fréquentations")
« (...) Le fait de pouvoir substituer à "judaïsme" tout autre qualificatif religieux (bouddhiste, protestant, born-again, musulman, hindouiste, etc.) sans changer le sens de la phrase litigieuse rend la suspicion d’antisémitisme peu consistante. Par ailleurs, avoir vu dans ces lignes le raccourci – aussi stupide qu’odieux – "Juif = pouvoir et fortune" ou "il faut être Juif pour réussir dans la vie", n’est-ce pas avant tout avoir voulu l’y voir ? (...) »
« (...) A force de crier à l’antisémitisme à tout propos, ne court-on pas le risque, particulièrement dangereux, de décrédibiliser une juste cause, d’en banaliser la notion et de lasser une opinion qui restera sourde si un jour survient une alerte sérieuse ? (...) »
« (...) Comme dans les procès intentés aux artistes pour "pornographie", souvent, les accusateurs savent que leur dossier est pratiquement vide et qu’ils n’obtiendront pas gain de cause, mais leur tentative de censure sert à intimider ceux qui n’adhèrent pas à leur système de pensée et à dissuader les autres de s’exprimer. Car, on le sait, la qualification d’antisémitisme ou de diffamation raciale conduit à une exclusion sociale dont les intellectuels qui en sont accusés injustement, comme Edgar Morin ou Hannah Arendt, ont toutes les peines à se remettre. »
« Dans toute son œuvre, et surtout dans Chien blanc, [Romain] Gary exprime sa méfiance, voire son mépris pour certains professionnels de l’antiracisme qui "cachent en eux une faille paranoïaque [et] se servent ainsi des persécutés authentiques pour se retourner contre les "ennemis"." (...) »
« (...) Le paradoxe – et le danger – de [cette] "affaire" [Siné], c’est que les invectives qu’elle a soulevées et la véhémence des réactions suscitées semblent si disproportionnées en comparaison du texte incriminé qu’elles risquent de créer dans l’opinion une réaction inverse à celle espérée. »
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Mise à jour 04/08/2008
Affaire Charlie Hebdo : la pétition à laquelle vous avez échappé ("Le Plan B")
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Soutien à Siné
Pétition de soutien à Siné
(plus de 25 000 signatures dont celle de Jean-Luc Godard)
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Mise à jour 04/09/2008
Siné lance son propre journal :
Détails en ligne : Le site www.sinehebdo.eu
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Sur l'antisémitisme, pour se remettre le jugement en place :
Céline - Sartre - Apostrophes 1-2
C'est long mais intéressant, certaines choses d'ailleurs ne pourraient peut-être pas être dites si "librement" et avec l'esprit si dégagé, à l'heure actuelle. On sent qu'à l'époque "l'inquisition askolovichienne" ne sévissait pas encore, il y a même quelque chose d'assez saisissant dans ce contraste. Pourtant c'était Apostrophes, pas Droit de réponse...
Parole de Sartre rapportée par un des invités d'Apostrophes :
« l'antisémitisme ce n'est pas une doctrine, ce n'est pas un sentiment : c'est une passion »
Chose étonnante : sous ce rapport de la "passion" (prise comme délire irrationnel), on pourrait presque voir une sorte de "transfert", de l'antisémitisme (irrationnel et délirant par nature) vers l'anti-antisémitisme hystérique et inquisiteur de certains à l'heure actuelle.
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Mise à jour (février 2009)
Antisémitisme : Pierre Péan blanchi grâce à "@rrêt sur images"
Siné relaxé des poursuites pour incitation à la haine raciale ("LibéLyon)
« (...) les juges s'appuient sur le témoignage d'une linguiste qui avait décortiqué la chronique de Siné, et conclu à "l'inconsistance du grief antisémite" »
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A lire aussi :
L'affaire Siné ("Nouvel Obs")
Salir Badiou ("Vive le feu!")
BHL : les dessous d'un système ("Lire")
L’affaire Siné, par Bernard Langlois ("Politis")
BHL ou l'empereur de la morale aux habits neufs
Siné qua non (Paul Moreira)
Philippe Val, à son propre jeu… (Sébastien Fontenelle - "Bakchich")
Dossier — L’imposture Bernard-Henri Lévy ("Le Monde Diplomatique")
jeudi 1 mai 2008
La REACTION est à l'oeuvre en France
Ne pas manquer la façon dont Alain Badiou cerne la réaction dans l'Histoire de France depuis la Révolution :
Badiou : de quoi Sarkozy est-il le nom ?
Sarkozy tombera jusqu'à 25% d'opinions favorables (les gens se décillent enfin les yeux sur son compte), mais le quinquennat et l'alignement des législatives sur la présidentielle lui laissent la haute main sur le pays pour 4 ans encore.
Après avoir été durant la campagne, de façon éhontée, les principaux agents de la mystification sarkozyenne, les médias "officiels" retournent leur veste et reviennent maintenant à davantage d'impartialité (pour ne pas se faire "lyncher" avec le principal coupable sans doute), mais c'est TROP TARD.
Il y a dans tout ça quelque chose de grave.
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Sur le même sujet :
Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?
Ce billet a été également été publié sur Betapolitique.fr
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Mise à jour
De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, par Alain Badiou ("Le Monde", novembre 2008)
« Que voit-on, ainsi détourné, ou retourné ? On voit, ce qui s'appelle voir, des choses simples et connues de longue date : le capitalisme n'est qu'un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeurs, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. »
« Laissons au film-crise, ainsi revu, sa force didactique. Peut-on encore oser, face à la vie des gens qui le regardent, nous vanter un système qui remet l'organisation de la vie collective aux pulsions les plus basses, la cupidité, la rivalité, l'égoïsme machinal ? Faire l'éloge d'une "démocratie" où les dirigeants sont si impunément les servants de l'appropriation financière privée qu'ils étonneraient Marx lui-même, qui qualifiait pourtant déjà les gouvernements, il y a cent soixante ans, de "fondés de pouvoir du capital" ? Affirmer qu'il est impossible de boucher le trou de la "Sécu", mais qu'on doit boucher sans compter les milliards le trou des banques ? »
« Il faut renverser le vieux verdict selon lequel nous serions dans "la fin des idéologies". Nous voyons très clairement aujourd'hui que cette prétendue fin n'a d'autre réalité que le mot d'ordre "sauvons les banques". »
« Son volontarisme s’applique à ce à quoi il peut s’appliquer, c’est-à-dire à travers l’oppression des plus faibles, singulièrement les ouvriers de provenance étrangère, et à l’extension sans frein, par des lois scélérates, de l’appareil répressif. Les "réformes" vont toutes dans le même sens : un Etat autoritaire et antipopulaire, que tout obstacle importune. Sarkozy procède à vive allure au démantèlement du système éducatif et, plus grave encore, du secteur hospitalier. La désignation du malade mental à la vindicte publique est l’un des aspects les plus révulsifs de sa politique. Ces derniers mois, la crise financière l’a pris à contre-pied. Il essaie de la gérer par des effets d’annonce, mais il ne fait rien d’autre que ce que les gouvernements font partout : sauver les banques avec des fonds publics. »
Alain Badiou : «C'est le communisme qui est une idée neuve en Europe» (Libération, janvier 2009)
« Toute une partie de la politique de Sarkozy produit une diminution des libertés publiques. Il y a multiplication des contrôles, aggravation de peines, et attaques ouvertes contre les institutions chargées de défendre ces libertés. Il ne fait maintenant aucun doute que la conception que se fait Sarkozy de l'action de l'Etat est de façon principale une conception autoritaire et répressive. »
« Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques. »
Alain Badiou l'hypothèse communiste "Ce soir ou jamais" 09-04-2009
samedi 8 décembre 2007
Le sarkozysme est-il un pétainisme transcendandental ?
Selon le philosophe Alain Badiou (1), l'esprit de Pétain revit en Sarkozy
Né en 1937, Alain Badiou
est l’une des figures majeures de la philosophie française, en France et à l’étranger. Enseignant à l’ENS de la rue d’Ulm, il est l’auteur de classiques comme Théorie du sujet ou l’Etre et l’Evénement. A propos de son dernier livre De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il vient d'accorder un entretien au Nouvel Observateur.
Résultat en deux temps : d'abord un long entretien filmé avec la journaliste Aude Lancelin.
Extrait :
Question : Vous allez aussi dans ce livre jusqu’à tenter une analogie entre sarkozysme et pétainisme. Pétainisme "transcendandental", il faudrait peut-être préciser ce point (rires). Qu’est-ce qui permet ce rapprochement historique pour le moins audacieux ?
Alain Badiou : « Je précise bien dans le livre que ce n'est pas de l'ordre de la ressemblance (...). C'est vraiment une analogie formelle.
Je donne du pétainisme une définition assez large. C'est je pense une constante de l'histoire française depuis la Révolution [de 1789], à savoir l'existence d'une figure de la réaction nationale, qui a des caractéristiques communes.
Premièrement c'est un régime dominé par la peur, de quelque chose.
Deuxièmement c'est un régime qui compose avec l'étranger, évidemment.
Troisièmement c'est un régime qui suppose qu'on peut mettre fin, véritablement, à la tradition révolutionnaire française (...). Ce que Sarkozy a lui-même énoncé sous la forme "il faut mettre fin à Mai 68 une fois pour toutes" (...).
Voila, l'ensemble de ces facteurs, je les appelle "pétainistes", uniquement parce que Pétain leur a donné évidemment la forme la plus violente. Je ne compare pas du tout Sarkozy à cette forme-là en tant que forme de violence : mais c'est le même esprit.»
Deuxième temps : un entretien publié par Le Nouvel Observateur, sous le titre «Sarkozy, nous voilà...». Alain Badiou complète et précise sa réponse à la question déjà posée dans l'entretien filmé :
Question : Vous allez jusqu’à opérer une analogie entre sarkozysme et pétainisme. Qu’est-ce qui permet, selon vous, ce rapprochement historique pour le moins audacieux ?
Alain Badiou : « Il n’y a pas de ressemblance au sens strict, mais un esprit commun.
J’appelle "pétainisme" une forme particulière de la réaction française, qui existe au fond depuis 1815.
Premier trait : présenter une politique capitularde comme une régénération nationale.
La "rupture", c’est quoi ? Le démantèlement des acquis sociaux, le fait que les riches paient moins d’impôts, qu’on privatise de façon rampante l’université, qu’on donne les coudées franches aux affairistes.
Cette façon de déguiser une soumission au capitalisme mondialisé en révolution nationale relève en soi du "pétainisme", au sens formel.
Deuxième trait : une répression administrative très dure, visant des groupes tenus pour étrangers à la société "normale".
Il ne faut tout de même pas oublier que la dernière élection s’est gagnée sur la capacité à capter les électeurs du FN.
Créer des suspects, les Africains, ou les musulmans, ou les jeunes des banlieues, figures nébuleuses à réprimer et à surveiller, est une activité essentielle du nouveau pouvoir, loin d’être seulement son ornement extérieur.»
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Alain Badiou chez Taddei (25/10/2007)
Transcription de l'entretien ICI.
Extrait :
« Il y a une double guerre aujourd’hui. Il y a une guerre menée à l’extérieur : on voit de plus en plus nettement que Sarkozy c’est aussi le ralliement progressif de la France aux guerres qui sont menées dans le monde (...).
La guerre intérieure, c’est une guerre renforcée contre les plus faibles, c'est à dire ceux qui n’ont pas de papiers, ceux qui n’ont pas d’argent, ceux dont le travail est dur et ingrat, ceux qui viennent d’ailleurs parce qu’ils ne peuvent pas vivre là où ils sont, tous ceux là on va les ficher, leur demander des règlements nouveaux, les soumettre à des lois oppressives. La loi CESEDA sur la condition du séjour des étrangers est une loi que je n’hésite pas à qualifier de scélérate, c’est une loi de ségrégation, c’est une loi de persécution et il faut en demander l’abrogation. Sarkozy est le nom de tout cela. Après tout, avant d’être candidat aux présidentielles il a été longuement le chef général de la police. »
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Mise à jour 27/01/2008
Nouvel entretien video : Alain Badiou : "Il y a une barbarie sarkozienne" (Rue89)
Question : Que pensez-vous de la "politique de civilisation" invoquée par Nicolas Sarkozy ?
Alain Badiou : « Absolument rien. (...) C'est pour moi tout à fait obscur, surtout brandie par Sarkozy. Parce que Sarkozy peut se réclamer de tout à mon avis, sauf de la civilisation, tel que je conçois le mot (...). C'est un homme inculte (...). A mes yeux Sarkozy c'est un barbare, quand même... Il y a une barbarie sarkozyenne (qui est une barbarie contemporaine - pas une barbarie archaïque - une barbarie d'aujourd'hui). C'est à dire finalement : l'argent, l'ostentation, les yatchs, les top-models, une exhibition de la vie privée (contre laquelle je n'ai rien en soi, mais ce n'est pas n'importe quelle vie privée, c'est la vie privée de ceux qui ont les moyens de la vie privée, si je puis dire). (...) Tout ça compose à mes yeux un phénomène qui indique très précisément que le monde capitaliste contemporain n'est pas dans ses ressorts intimes un monde civilisé. Pas du tout. C'est un monde violent, c'est un monde du contrôle, c'est un monde de l'oppression, c'est un monde de l'inégalité féroce, de l'inégalité assumée comme nécessité naturelle. »
Mise à jour
Alain Badiou analyse le succès public de son livre De quoi Sarkozy est-il le nom ? :
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